‹ Le couvre-feu: dernières poésiesChapitre 106 sur 172 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

OÙ, réveillant d'un mot mes ennuis du jeune âge, Avec Tobscurité je fais moins bon ménage; Où le genus vatum reparait tout entier, Où mécontent de moi, sans être singulier.

Je suis triste, morose, et même assez maussade ; L'honmie le mieux portant est quelquefois malade. Mais une fleur qui s'ouvre au vol d'un papillon , Un rayon de soleil roulant sur le sillon.

Le baiser matinal de Maxime ou d'Eusèbe, Plus inspirant pour moi que l'aurore de Thèbe, Un regard de leur mère, et me voilà guéri 1 En diriez- vous autant, si je m'étais meurtri Aux dards envenimés qu'aiguise la critique?

Qui sait si je n'ai pas un orgueil diabolique , Caché dans le fin fond du cœur et du cerveau. Prêt à crucifier un honnête bourreau, S'il traitait en coupable un innocent poëme ? Je n'en jurerais pas. Inconnu par système , Mieux vaut, sous mes buissons, sommeiller abrité. Que de courir après la popularité.

Qui ne fait pas toujours du bien quand on l'attrape. Et fait toujours du mal quand elle nous échappe.

J'aime beaucoup Horace, et je vous Tai dté; Maintenant c'est un trait, à Yii^e emprunté, Dont je veux de ces vers enrichir l'humble étoffe. Le premier de ses vœux fut d'être un philosophe, Le second et dernier, d'être un bon laboureur. Jupiter, disons mieux, crainte de quelque erreur. Le ciel, pour tenir compte, à sa docte jeunesse, D'avoir, même à Paies, préféré la sagesse, Ne se contenta pas d'en faire un vrai Platon, Plus fort sur le labour que ce bœuf de Caton, Dieu voulut qu'il sût rendre, et c'était peu facile. L'agriculture aimable, et la science utile :

Il en fit le plus grand des poëtes connus.

Je ne suis pas encor de ces lourds ingénus.

Qui mesurent leur ombre à celle de Virgile; Mais le ciel paternel, à mes souhaits docile. Ne m'a pas, dans ses dons, moins bien traité que lui. Ami des arts, je sais, quand je tourne à l'ennui, Sans que personne entende, emboucher la trompette. Toucher tout bas la lyre et tout haut la serpette. Écrivain le matin, et le soir jardinier.

Je me tire, en seigneur, de mon double métier. Je joue auxfleurs, aux vers, sans rien mettre, et jegagne. Tantôt fermier, tantôt poëte, la campagne

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