LIVRE TROISIÈME
M'a rendu philosophe, et même un peu chrétien. Je ne vous dirai pas que je la chante bien; Mais j'ai, pour la campagne, un peu de fanatisme, Et je suis, par Gérés, cousin du paganisme.
Si mes jeunes moissons ne poussent pas toujours Si dru que je voudrais : si l'été, dans son cours. En ridant mes melons, a mal doré leurs côtes. Je n'en trouve pas moins la nature sans fautes : Et, pour en profiter dans mes froides saisons. J'y cueille, à pleins paniers, d'excellentes leçons. J'en ai déjà rempli mainte et mainte corbeille , Un vrai jardin d'hiver, dont je suis seul l'abeille : Et je ne vous fois là ni contes, ni romans; Ce sont des fruits à part.... venez voir si je mens.
Pour devenir un jour tout à fait optimiste. Rien ne me manque plus dans mon réduit d'artiste , Que vos conseils. Venez visiter ce manoir.
Averti de vos pas, mon vieux couvent, moins noir. Sent presque rajeunir ses entrailles de pierre; U agite en tous sens ses panaches de lierre; L'ogive, dont le temps écorne les rinceaux, Met de la mousse neuve autour de ses arceaux.
«00 LE COUVBE-FEU.
Et mes piliers verdis, que la vieillesse ébarbe, Ont mis à leur côté leur plus belle joubarbe. Profané par l'oubli , ce sanctuaire obscur N'aura jamais paru si sacré ni si pur.
Car vous lui montrerez, dans sa double harmonie, La probité du cœur et celle du génie, Noble culte, que l'homme ose aussi blasphémer, Mais qu'en vous connaissant il est forcé d'aimer.
Puisqu'il s'agit de culte, écoutez ma prière, La meilleure, à coup sûr, qui soit dans mon bréviaire : Venez, mon docte ami, respirer sous nos bois Un repos, qui fait bien au cœur comme à la voix; Venez vous abreuver, dans nos grasses prairies , D'un air tout parfumé de fraîches rêveries.
Nous avons des vallons, que la Suisse en virait. Et, tout au bout des prés, une grande forêt.
Où poussent par milliers des chênes druidiques , Centenaires autels dignes de vos cantiques; De vieux chênes râblés , qui parlent d'Irmensul , Dont les nœuds et les ans échappent au calcul. Mais qui, soit dit ici sans dénigrer leur force Et le fer végétal de leur sauvage écorce.