LES MAGICIENS ET LES FÉES
La terre a, dites- vous , perdu toutes ses fées! Sous le poids du réel les âmes étouffées N'ont plus, -pour en sortir, droit à l'inattendu 1 Du ciel, devenu sourd, on n'est plus entendu! Les magiciens sont morts, ou leur œil, qui se voile ^ Ne sait plus, dans la nuit, lire la moindre étoile! Ne vous croyez donc pas ainsi dépossédé.
Rien ne s'en va, tout change, et la terre a gardé, De ses plaines d'hier, propices colonies, Les mêmes enchanteurs, et les mêmes génies, Qu'elle a vus, guérissant ceux que le sort blessait. Suspendre, comme un pont où le bonheur passait, Leur baguette magique entre ce monde et l'autre; Ce pont, qu'on croit rompu, traverse encor le nôtre.
Complaisante à vos maux, n'est-ce pas, dites-moi, Une fée aux traits d'ange et de femme, la Foi, Qui toujours avec vous semble d'intelligence. Dans l'Éden retrouvé vous installer d'avance, Et, quand vous l'habitez, ferme sur vous le ciel? C'est une fée aussi, dont le cœur maternel Ne vous fera jamais défaut, que l'Espérance, Qui de nos cœurs captifs prévient la délivrance. Et qui nous fait d'un songe une réalité.
Leur faut-il une sœur? Prenez la Charité, Qui grossissant ses biens d'emprunts faits sur les nôtres j Vous permet d'accomplir ce que rêvent les autres. Ces trois êtres divins et pourtant familiers, Pour le bonheur de l'homme en valent des milliers.
Jaloux de vous créer de nouveaux privilèges.
Vous faut-il appeler à vous les sortilèges?
Les magiciens non plus ne vous manqueront pas. Vous avez le Travail, ange aux robustes bras, Qui, rien qu'en y touchant, transforme la nature; Et le Génie encore, aigle à vaste envei^re,