LE PORTRAIT DU DANTE
D*où vient tant de tristesse au front plissé du Dante ? Quels travaux ont creusé, comme une lave ardente, Cette orbite profonde, où le regard se perd, Comme un rayon d'espoir au fond d'un cœur désert ? Dans quel moment le peintre a-t-il vu son visage? A quel jour de ses jours rattacher cette image ? Lui, si noble et si fier, vient-il, chargé d'ennui. De compter les degrés de Tescalier d'autnii?
Est-il maître à Florence, ou si proche de Tètre, Qu'il répugne au pouvoir avant de le connaître? Est-ce rage, la haine, ou de jaloux regrets.
Qui, comme un soc fiévreux, ont labouré ses traits? Dans son cerveau nourri de quelque sève amère. Sent-il germer l'exil et le destin d'Homère ?
A-t-il déjà franchi, sinistre pèlerin, Du monde des damnés Téquateur souterrain, Et se sent-il au cœur remuer les tortures, Qu'il va peindre et sculpter pour les races futures? Des champs du purgatoire, éphémère habitant, Traîne-t-il à ses pieds leur sable pénitent.
Et, déjà poursuivi par sa mâle odyssée, Rapporte-t-il des morts les pleurs dans sa pensée ? Non , non , ce n'est pas là le secret de son deuil. Si la cendre a couvert les éclairs de son œil , Si de son front puissant le nuage est si sombre. C'est qu'il a de Virgile entendu parler l'ombre. Et que l'homme troublé se souvient trop du dieu. C'est qu'il a vu là-haut, comme un ange d'adieu , Reprise à son amour, aussitôt que rendue, Resplendir Béatrix, hélas 1 deux fois perdue. Sa pensée est bien loin du séjour des maudits. Et, pâle de la terre, il vient du paradis.