‹ Le couvre-feu: dernières poésiesChapitre 162 sur 172 · LA FLEUR DES MURAILLES · texte numérisé non relu

LA FLEUR DES MURAILLES

J'aime les vieux manoirs dans les mousses tapis. Leurs créneaux ébréchés, leurs piliers décrépits , Et^us les arceaux noirs de leurs voûtes qui tremblent. Les nocturnes conseils des corbeaux qui s'assemblent 1 J'aime ces châteaux forts, de broussailles velus, Qui dorment échancrés sur leurs rocs vermoulus, Et ces tours , dont les ans bouchent les meurtrières , Dont la guerre a ridé les murailles guerrières, Où les petits oiseaux, pratiquant leurs palais, S'en vont faire leurs nids dans le creux des boulets. J'aime des vieux couvents les chapelles votives, Leurs fenêtres, dont l'âge a cassé les ogives. Et dans leurs bénitiers, écornés par le temps. L'abeille, en ruisseaux d'or, distillant le printemps.

Sur ces murs , que la pluie ou la bise démembre, Taime surtout à voir, comme un panache d'ambre, Flotter la giroflée : ou d'agrestes barbots, De leurs croix de turquoise, émailler ces tombeaux. De l'immortalité pur et frêle symbole, C'est comme autour des morts une sainte auréole : Cest comme au front du Tasse, invalide et courbé, La couronne qui pousse, avant qu'il soit tombé. De nos temples mourants parure printanière , J'aime à voir ces bouquets, plantés dans la poussière , Envoyer de si bas leur parfum vers les cieux. Qui sait si ce n'est pas un emblème pieux De notre âme, qui monte au ciel comme un nuage. Quand l'édifice humain s'écroule ou fait naufrage ? Un liseron qui rit à l'angle d'un vieux mur : Dans l'ombre d'une fente ouvrant son œil d'azur, L'humble hysope qui veille : et , sur un marbre chauve, Les fleurons bouillonnes d'une touffe de mauve : Dans la niche d'un saint la pervenche qui dort. Me fait bien plus rêver que ces têtes de mort. Où le papillon grec va reposer son aile ; Le papillon s'envole, et la fleur est fidèle.

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