LIVRE QUATRIÈME
Ëbl qu'avons-nous besoin , renégats du silence, D'échanger pour du bruit leur muette opulence 1 Quand on rampe partout , pourquoi vouloir planer; Quand tout le monde vend, pourquoi vouloir donner ? Et de lui-même alors le poëte s'étonne.
Épine par épine il pèse la couronne, Dont l'invisible honneur lui brûle sur le front ; Son rêve de pouvoir, malgré lui, s'interrompt, Et, pâle d'une vie en vains mots dépensée, L'homme demande à Dieu compte de sa pensée.
Ohl quand ces questions bourdonnent dans mon sein, De mes vers effrayés j'y sens mourir l'essaim. C'est alors que pour moi le printemps même est sombre ; n est nuit au soleil : ses rayons font de l'ombre. Puis, sans les appeler, je ne sais quels éclairs Viennent à l'improviste envahir mes déserts : Le soleil délivré revient régner en maitre; Le jour revient, le jour se fait dans tout mon être*, La poésie enfin descelle son tombeau, Et reprend son autel au temple du cerveau.
Plus de sourds, plus d'ingrats alors que je redoute! J'interroge inconnu l'inconnu qui m'écoute.
so.
Gomme autant de flots d'or^ de lumière ^ et de miel, Qui remontent d'en bas à leur source du ciel, On dirait, soulevés par le vent du mystère, Que tous ces chants perdus , qui sont morts pour la terre. Vont vivre dans les cieux pour n'y jamais mourir; Ce qui se fane ici va là-haut refleurir.
Mon àme, à chaque vers, touche à son but suprême; Il semble que ce soit une part d'elle-même.
Qui veuille, à nos ennuis disant un long adieu. S'en aller préparer sa place auprès de Dieu.
Je crois alors, je crois, à travers les nuages.
Voir tous mes morts aimés j'^groupés sur leurs rivages,
Se répéter, ravis d'un bruit inusité.
Mes messages de pleurs et d'immortalité.
Tous sont fiers d'accueillir ces sonores merveilles :
Quand les vivants sont sourds, les morts ont des oreilles.
Attentifs à mon nom qui monte et qui grandit.
Mon père me regarde et ma mère applaudit.
Heureux, m'ayant connu, de me connaître encore.
Mes amis d'un matin, que m'a repris raiut)re.
Je les vois, m'invitant à presser mon départ.
Se pencher de leur ciel pour m'en donner ma part;