LIVRE PREMIER
Et le granit vaincu, qui n'aura pas tremblé, Se sera, dans cent ans, miette à miette écroulé. Alors, au lieu de battre un rocher magnanime. Le fleuve ira se perdre au fond de quelque abime. Triomphateur suivi de son escorte d'eau.
Son triomphe consiste à se faire un tombeau.
Pour peu qu'on sache lire un mot du grand poëme. Que celui qui l'a fait explique à ceux qu'il aime. On s'est bientôt traduit de semblables tableaux : C'est de l'histoire humaine écrite avec des flots. Des sommets du génie accourent débordées, Et s'élancent sans fin des cascades d'idées.
Qui veulent démolir le problème du sort.
Le problème d'airain se rit de leur effort.
Et renvoie au hasard la pensée en poussière, Stérile tourbillon, où l'avare lumière Ne laisse pas courir d' arc-en-ciel fugitif.
L'esprit redouble en vain son assaut convulsif, La nature résiste et s'obstine au mystère :
Et quand l'oracle à bout va cesser de se taire. L'homme n'en sait pas plus le mot du grand secret : Cest la tombe qui s'ouvre, et lui qui disparaît.