LA CASCADE
Les champs nous prêchent Dieu^ disait le grand Shakspire : L'herbe muette en parle à l'arbre qui soupire, Et l'eau, qui se dorlote en son lit de cressons, Nous dicte, en sautillant, de limpides leçons. Écoutez donc, ô vous, disciples des campagnes, Les sermons voyageurs du torrent des montagnes, Et ce qu'il dit surtout quand , de son pic natal, Tombe, en rebondissant, sa foudre de cristal.
Voyez- vous ses éclats, sans relâche et sans halte. Attaquer coup sur coup ce rocher de basalte , Et le fipont du géant, qu'elle ne peut courber. Briller sous l'avalanche au lieu d'y succomber?
Athlète dédaigneux de cette onde étourdie, Qui semble l'assiéger d'un humide incendie, L'écueil toujours battu reste toujours debout, Et repousse dans l'air la cascade qui bout.
On dirait qu'acharnée à sa fiévreuse course, L'eau, pour recommencer, veut rentrer dans sa source. Celle qui coule en haut ne se rebute pas.
Et poursuit à grand bruit ses liquides combats. Riche, abondante ou non, la cascade intrépide Presse de plus en plus sa bataille rapide.
Mais ne la gagne pas. Les flots toujours brisés En sable pluvieux remontent divisés , Pour retomber fonjlus en poussière d'écume; Cendre d'eau, qui souvent au soleil se rallume. Où, comme un reste d'or au front déchu des roîs. L'éclair d'un arc-en-ciel tremble encor quelquefois.
Rien ne peut ébranler le lutteur formidable.
Que tourmente des flots la chute infatigable; Mais avec sa défaite il a beau marchander.
Sa force, un de ces jours, finira par céder.
L'eau, qui mine en détail sa victoire immobile, Écaille l'ennemi qu'on croit indélébile.