‹ Le couvre-feu: dernières poésiesChapitre 33 sur 172 · LA VOIX DU VENT · texte numérisé non relu

LA VOIX DU VENT

Assis dans ma cellule, au fond de mon couvent, Il me plaît d'écouter, le soir, la voix du vent, Qui semble murmurer, dans les forêts prochaines, L'oflSce des mourants au chevet des vieux chênes. Lents ou tumultueux, lugubres ou touchants, Que d'accords compliqués se croisent dans ses chants ! Quel bizarre mystère y surprend la pensée.

Soit qu'il gémisse au loin comme une ombre blessée. Ou jase dans le lierre aux vitraux des parloirs; Soit qu'il siffle en rampant dans la nuit des couloirs. Ou, troublant nos foyers, s'abatte et se confine Dans les tubes frileux où leur vapeur chemine ; Soit encore qu'il vienne, envoyé par le deuil. Gomme un hôte fatal heurter à notre seuil,

Owy disputant nos toits au vol de la chouette , Faire au bout du pignon grincer la girouette 1

Tous les bruits sont les siens : c'est lui qui, dans les bois, Brame sous les taillis comme un cerf aux abois, Ou, du cor des piqueurs simulant la fanfare, Poursuit de faux échos la chasse qui s'égare. Il résonne dans Tair comme un clavier d'airain. De nos champs de bataille il a le cri sans frein, Les clameurs du triomphe ou celles de la fuite; Dérobant la campagne aux dieux qui l'ont instruite , Il y jette la guerre et ses appels de sang; Ou, pieux pèlerin, il emprunte, en passant, Des notes de prière au bronze de nos cloches. De rOcéan , brisé sur la pointe des roches , Il imite, en hurlant, les sauvages frissons, Ou redit du missel les fluides chansons.

Tantôt on croit entendre un ramier qui roucoule, Tantôt le craquement d'un donjon qui s'écroule ; Vous diriez maintenant les coups d'un bûcheron , Qui se suivent; bientôt c'est le pas d'Oberon , Dansant autour des fleurs qui dorment; tout à l'heure, Ce sera dans la brume une harpe qui pleure.

Page 1