‹ Le couvre-feu: dernières poésiesChapitre 52 sur 172 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

Couchés, debout, pareils aux granits innombrables, Dont les fils d'Osiris avaient pavé leurs sables : Tous^ comme autant de sphinx entiers ou mutilés Présentant, d'un air morne, aux siècles assemblés, Leur énigme de fer, pleine d* ombre et de rouille , Et dont la nuit s'accroît sous l'œil qui la débrouille ! Un temps approche , où , las de se faire épier. L'inexorable mot sera lu tout entier :

Tâchons d'en épeler la syllabe première; Un rayon de soleil en comprend la liunière%

De ces monuments morts, vivants, ressuscites. Il sort des fronts à part de splendeurs escortés. Les rois à diadème, et les rois sans couronne, Ceux qui n'ont pas besoin de la base d'un trône. Pour qu'on les aperçoive au-dessus des humains : Les rois que le génie a sacrés souverains.

Imployables témoins de l'ouragan des âges.

Us résistent, du nom, au bélier des orages.

Comme des murs thébains l'antique majesté Aux complots sablonneux du simoun révolté; Comme, non loin du Nil, ces Alpes funéraires. Où dormaient des faux dieux les grandeurs cinéraires.

Ces palais de la mort qui n'ont plus d'habitants* Phares toujours debout sur la route du temps , Ils se jettent de loin leurs lueurs fraternelles, Pour protéger encore, ardentes sentinelles, Notre bétail humain qui broute au-dessous d'eux. Éclairé, mais ingrat, le troupeau hasardeux, Marche, en se relayant, sous ces phares placides. Comme un tas de fourmis au pied des pyramides. L'un mesure d*en bas leur immortalité :

L'autre, en la blasphémant, s'abrite à leur clarté. Honteux qu'ils soient si haut , on voudrait les atteindre , Et, pour les égaler, on cherche à les éteindre. Muni de froids brouillards, dans l'ombre accaparés. Pour en gagner la cime on se fait des degrés : Puis l'échelle envieuse avec fracas s'écroule. Bien des cirons tombés en meurent; mais la foule  la destruction ne fait jamais défaut; Sur les degrés rompus on remonte à l'assaut.

Et tels sont iios travaux, insectes que nous sommes. D'user nos petits bras à miner nos grands hommes. Jusqu'à ce qu'il se trouve un héros sidéral.

Qui nous force à bâtir son phare sépulcral , Et, malgré nous, du monde astre supplémentaire, D'une lueur de plus illumine la terre.

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