LIVRE DEUXIÈME
L'homme, d'un trait de plume, a raison de l'espace.
L'étendue obéit au compas qui l'embrasse,
Et se resserre. L'homme a vu, soiis ses crayons.
En docile faisceau ramper ses régions.
Et, traduisant le globe en lignes colorées,
Lui, ses îles, ses mers, ses fleuves, ses contrées,
Il en jette à la fois la masse sous nos yeux. .
Dites-moi, maintenant qu'il a soumis les lieux,
S'il peut, sur d'autres points transportant le miracle,
Ainsi que le théâtre abréger le spectacle.
Et pourquoi pas ? Pourquoi l'histoire, aux longs détours.
Ne pourrait-elle pas, réduite dans son cours.
Et semblable aux pays, qui ne sont rien sans elle,
Avoir aussi bien qu'eux sa carte universelle;
Telle que nos regards puissent, partout présents.
Ainsi que tous les lieux parcourir tous les temps ?
Est-ce un rêve! La tâche est-elle trop abstraite? Vous n'avez qu'à vouloir, la carte est presque faite.
Voyez ce double cercle, où le monde est tracé. Pour peu que l'œil penseur y demeure fixé, L'œil y jette la vie, élai^t sa structure :
Il vous entre, au cerveau, grand comme la nature. La mappemonde inerte est vivante : les cieux Vont s'y cintrer d'eux-mème en dôme spacieux. Le sol impatient s'y boursoufle en montagnes. Se dessine en vallée, ou s'évase en campagnes. L'air frémit; l'Océan, par la lune pressé.
De tropique en tropique y bondit balancé; Au front chenu des pics la neige se dévide; Des volcans, débordés en basalte liquide, La flamme qui se fige écrase les guérets; Le bassin des vallons fourmille de forêts.
La présence de l'homme est encore lointaine!
On devine la pièce, en regardant la scène.
Et ce qu'on ne voit pas, derrière le rideau. N'en est pas moins visible au miroir du cerveau.
Ne quittez pas des yeux la carte qui s'anime; Et voilà les humains, évoqués de l'abîme.
Qui soulèvent partout, obélisques mouvants.
Leurs spectres tatoués d'arabesques savants :