A LA VILLE
Que de bruit dans la rue 1 A peine b'H est jour. Et, de Taurore en pleurs devançant le retour. L'orgue , aux sons catarriieux , dont le rbume chevrote. De ses air^ enroués tousse à faux chaque note. J'entends déjà de loin, sur leurs essieux criards, Vers leurs morts du matin voler les corbillarids, Et, de leurs ex-chevaux fouettant les simulacres. Les cochers, soûls d'hier, grincer avec leurs fiacres. A peine s'il est jour 1 cependant levons-nous. Et du ciel éclairci humons l'air vif et ^ux.
Cet air frais et chargé de salubres présages. Bon Dieu! l'affreuse odaur, les hideux paysages!
Quel dégoûtant spectacle éparpillé partout!
Des flots de chiffonniers, sortis de leur égout. Dont les gosiers bourbeux pour jurer se relayent, Et qui semblent salir les ruisseaux qu'ils balayent! Vous verrez qu'un beau jour de nos belles saisons, Pour quelque tas d'ordure ils prendront nos maisons. Qui croirait qu'il existe un soleil dans le monde. Et qu'il pousse au blé vert une couronne blonde! Il va pleuvoir! que faire, et, d'ici jusqu'au soir. Comment chasser le spleen, que je suis sûr d'avoir? Mes livres de Paris sentent tous la poussière : Sous leurs feuillets frileux la muse prisonnière. Reste toujours blottie; aux champs c'est différent. Les livres les plus secs ont un baume enivrant. Des trésors de l'année, ô ciel, quelle disette! Je ne vois sur ma table ici qu'une gazette :
Gomme c'est printanier! On craint le choléra. ... S'il vient à moi, tant mieux! cela me distraira; Pourvu que j'en réchappe ! Ah ! bon ! voilà qu'on sonne \ Ce sont des ennuyeux ; je n'y suis pour personne; Je veux bâiller tout seul. Si je faisais des vers! La poésie, habile à changer d'univers.
Peut bien me transporter, sur ses ailes chantantes, Aux grèves des étangs et des lacs, sous les tentes,