‹ Le couvre-feu: dernières poésiesChapitre 87 sur 172 · LE MIROIR D'ARCHIMEDE · texte numérisé non relu

LE MIROIR D'ARCHIMEDE

Quand la flotte romaine assiégeait Syracuse , Ârchimède, appliquant la science à la ruse, Au soleil défenseur osa s'associer.

Il enferma ses feux dans des miroirs d'acier, Comme nous dans l'obus un réservoir de poudre , Et, lançant la lumière en place de la foudre, Et d'éclairs contre Rome armant le sein des eaux. Acheva le problème, en brûlant ses vaisseaux. Nous crions au miracle ! et pourquoi ce prodige Ne laisse-t-il en nous ni lueur, ni vestige, Quand de l'ordre physique il passe à l'idéal. Et du monde des sens à l'univers moral ?

L'œil croit, et l'âme nie. Eh, pourtant, qu'on le dise l Que sont ces forts marins, que la guerre improvise.

Près du vice en bataille^ autour de nous posté,

Dont l'étemel blocus cerne Thumanité ;

Près de la servitude et de sa lèpre immonde;

Près du virus de Tor, qui pourrira le monde ?

Vos plus savants miroirs, bornés dans leurs effets,

Consument, à cent pas, vos donjons imparfaits:

Regardez le poëte, alors que, dans son œuvre.

Le soleil enfermé sous son regard manœuvre 1

Combattant aujourd'hui contre vos passions,

A vingt siècles plus loin il darde ses rayons.

Qu'il s'allume aujourd'hui I dans trois mille ans encore.

Le miroir de ses vers> sublime météore.

Ira de ces marchands, que nous traitons en rois.

Foudroyer l'avarice, incendier les lois.

Et, comme le fer rouge employant le tonnerre.

Cautériser le crime aux veines de la terre.

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