‹ Le couvre-feu: dernières poésiesChapitre 89 sur 172 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

II avait entendu y sur sa couche glacée ,

Près de sa mère en deuil prier sa fiancée,

Et son âme, un instant, reployant son essor,

Aurait voulu rester pour les entendre encor.

Vains souhaitsi il mourut, comme on meurt, quand on aime,

En pleurant. Tout à coup. Dieu rompt ce ban suprême!

A son palais solaire avant d'être monté.

Dans ses champs paternels il renaît transplanté ;

Mais il ne les voit plus qu'à travers son suaire.

Forcé de se remettre à sa tâche annuaire,

Le chagrin du départ le saisit au retour.

Et son œil d'exhumé ne comprend plus le jour.

Déjà l'herbe oublieuse a poussé dans sa voie.

Sa mère, en Tembrassant, Ta reconnu sans joie :

Ce n'est pas là le fils, qu'elle avait enfanté;

C'est celui que la mort dans ses flancs a porté.

Sa maîtresse n'approche, à son tour, qu'avec crainte;

Quel baiser peut fleurir sur cette bouche éteinte.

Qui sur un front vermeil ne jette, en s'y posant,

Ou sa pâleur de spectre , ou le froid de son sang I

Étranger aux humains, qui ne sont plus ses frères. Il parcourt, isolé, leurs chemins temporaires,

Tout seul, quoiqu'avec eux : de Tâme et du regard, Cherchant le port céleste entrevu par hasard, Et dont le souvenir, constant mais indocile, Feu follet invisible, entre ses chairs vacille. Le désert de son cœur se réfléchit partout.

Point de sentier pour lui qui ne mène au dégoût! Dans son linceul absent sa marche s'embarrasse. Il se semble à lui-même un fantôme qui passe, Qui, conduit dans la vie en laisse de la mort, Y traîne, à ses côtés, le gouffre dont il sort, Et voit, à chaque pas de sa route flétrie.

Dégoutter sur les fleurs la cendre qu'il charrie.

Sûr de son avenir puisqu'il l'a traversé.

Il assiste, en avant, à son destin passé.

Qu'il sente du génie, aux mains toujours si closes,

Tomber en lui le grain, qui fait les grandes choses!

L'ouragan sans merci, qui soufile du cercueil.

Vient geler les moissons dont il rêvait l'orgueil.

Les passions en vain rappellent à leur fête :

Au lieu de leur répondre, il détourne la tête.

Gomme s'il entendait sa fosse se rouvrir;

En voulant l'éviter, il a l'air d'y courir.

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