LIVRE TROI-SIÈME
Rien n'excite, n'attire, ou n'émeut son envie; Il vit, dans un autre air, détaché de sa vie. Pareil à ces bouquets, par la serpe coupés.
Et qu'un vase adoptif d'une eau pure a trempés. Le nouvel élément, où renaît leur verdure, Avec ces pauvres fleurs, entretient leur blessure : La sève, en se hâtant, leur fait bientôt défaut. Elles poussent plus vite, et s'effeuillent plus tôt.
Doublé par le sommeil, j'ai souvent, pâle et sombre. Assisté dans un rêve au convoi de mon ombre.
Ou debout, près du moi sur sa couche étendu.
Poursuivi d'un doigt sûr mon pouls rare et perdu. Homme et spectre, posés l'un à l'autre en problème. Ainsi \dvait Lazare , insoluble à lui-même.
L'âme, du spectre à l'homme, errant comme un fanal, Se cherchait, sans se voir, en ce double arsenal. Comme le froid savant, dont l'acier téméraire. Veut , aux flancs d'un cadavre , ou la lire ou l'extraire , Lazare, de ses sens aiguisant le scalpel.
Sous son propre cerveau guettait le mot du ciel; Mais, prêt à le saisir, le mot fier et superbe Restait insaisissable, et fuyait sous son verbe.
Passager de la tombe, il n'en a rapporté,
Avec d'autres brouillards, qu'une autre obscurité.
D'univers différents douteux aborigène, Qui soufire du repos, que l'activité gêne.
Il se sentait, vivant, le collègue des morts. Combinant ces états, sans les mettre d'accords, Il était là debout, un pied dans chaque monde. Comme au seuil d'un empire, où la discorde gronde. Un drapeau blanc et noir, qui flotte entre deux camps; Comme sur un rocher, qui sépare deux champs.
Un de ces fiers sapins dont on ne sait pas l'âge. Quelque chêne roussi d'un côté par l'orage, Et de l'autre encor vert des baisers du printemps. Qui, livré sans relâche à des vents inconstants, Balance, tour à tour, entre les deux vallées. Ses touffes de feuillage, et ses branches brûlées*
Échappé de la mort, il croit toujours sentir. Dans les plis de sa chair quelque ver se blottir. Inquiète du jour, sa fatale pensée Redoute encor la nuit dont elle est divorcée,