‹ Le crâne des criminelsChapitre 17 sur 33 · TOTAL · texte numérisé non relu

TOTAL

Sujets normaux.

Criminels ....

Fig. 11. — Le crâne d’un forçat du bagne de Brest {Muséum). Rèd. 2/3. x, x, plan alvéolo-condylien ; a, conduit auditif externe.

Nos chiffres concordent avec ceux de Manouvrier pour l’angle frontal, mais en différent notablement en ce qui concerne l’angle pariétal. Avant d’en montrer la différence, laissons la parole à Manouvrier qui va lui-même interpréter les angles auriculaires qu’il a obtenus.

« Notre tableau montre avec évidence, dit-il, que l’angle auriculaire frontal s’élève à mesure que l’on remonte des Anthropoïdes aux races humaines supérieures et que les assassins sont encore bien mal partagés sous ce rapport.

Fig. 12. — Le crâne de la fille Bouhours [Muséum) . Red. 2/3

« La petitesse de l’angle frontal des criminels les abaisse presque au niveau des races les plus inférieures. Il est juste cependant de faire observer que l’angle auriculaire frontal ne donne la mesure du développement de la région frontale que dans le sens antéro-postérieur. Il est certain qu’en tenant compte du développement dans le sens transversal, on relèverait les assassins français jusqu’au niveau des Nègres et même au-dessus. Mais cette considération n’a plus de raison d’être si l’on compare les assassins aux hommes de même race, car la différence qu’ils présentent dans leur angle frontal ne peut être compensée par un plus grand développement en largeur. Au contraire, le diamètre transverse frontal minimum est aussi plus petit chez les

assassins (96,3 au lieu de 100). — Cette petitesse du front chez les assassins est d’autant plus frappante que l’on ne trouve qu’une légère différence dans les autres angles ou lignes qui peuvent exprimer le développement des régions pariétale et occipitale cérébrale. On peut voir, dans le tableau précédent, que l’angle auriculaire pariétal est un peu plus grand chez les 22 assassins que chez les Parisiens; mais la courbe transversale sus-auriculaire est au contraire un peu plus petite (308 au lieu

Fig 13. — Le crâne de la décapitée femme Otlion ( Muséum ) Rèd. 2/3

de 312), ce qui rétablit peut-être l’égalité pour la région pariétale. — Un fait sur lequel je crois devoir appeler l’attention, c'est la valeur un peu moins grande de l’angle cérébral total chez les assassins. La somme de tous les angles auriculaires, frontal, pariétal et occipital total est plus faible chez les assassins que chez les Parisiens. Il est évident que la longueur absolue de la voûte crânienne descend moins bas, en avant et en arrière, par rapport à la situation du trou auditif, centre com-

mun des angles auriculaires, de sorte qu’une ligne droite menée par les deux points extrêmes de cette voûte, le point sus-orbitaire et l’opisthion, tend à passer au dessus du trou auditif, cas auquel la somme des angles auriculaires serait inférieure à 180°. — Or, puisque la partie antérieure et la partie postérieure de la voûte crânienne descendent moins bas l’une et l’autre, par rapport au trou auditif, il s’en suit que l’axe antéro-postérieur du cerveau,

Fig. t4. — Le crâne du plagiocéphale décapité Plessis [Musce Orfila).

Réd. 2/3.

chez les assassins, tend à se rapprocher de la direction rectiligne. C’est là évidemment un caractère inférieur, car l'incurvation de l’axe cérébral estdue au plus grand développement de ses parties antérieure et postérieure par rapport à sa partie moyenne ou pariétale, qui est si manifestement prédominante chez les microcéphales, chez les Anthropoïdes et chez les Quadrupèdes. — Le résultat du défaut de proportionnalité qui existe entre le développement de la région pariétale et le développement des régions

antérieure et postérieure du crâne, c’est le relèvement du trou occipital et de la base du front chez les espèces et les individus dont l’accroissement frontal et occipital ne peut suivre l’accroissement pariétal.

Fig. 15. — Le crâne du criminel fameux Lacenaire.

« Ainsi s’explique le mouvement de bascule qui se produit chez l’anthropoïde lorsqu’il passe à l’état adulte. La région pariétale s’agrandit et le trou occipital, qui était situé à la partie inférieure du crâne, comme chez l’homme, se trouve porté à la région postérieure. C’est ce qui aurait lieu à un faible degré chez les assassins, d’après les chiffres d’Orchanski. Le relèvement du point sus-orbitaire et de l’opisthion, par rapport à la base du crâne, me semble exprimé par les angles auriculaires d’une façon saisissante. Il résulte de ce double relèvement, ou plutôt de ce défaut d’abaissement des parties antérieure et postérieure de la voûte crânienne que l’angle sphénoïdal doit se trouver

agrandi chez les assassins. L/angle sphénoïdal, en effet, n exprime pas autre chose que le degré d'incurvation de la base du crâne. C’est, je suppose, l’idée que Virchow et Welcker ont eue lorsqu’ils ont imaginé et mesuré cet angle. En tous cas, ce que je tiens à faire remarquer, car cela contribue beaucoup à augmenter ta valeur crâniologique des angles auriculaires de Broca, c’est que ces angles servent, non-seulement à mesurer le développement des régions faciale, frontale, pariétale et occipitale, mais ils servent encore à mesurer, sur la voûte crânienne elle-meme, le degré d’incurvation de cette voûte, de même que l’angle sphénoïdal mesure l’incurvation de la base du crâne. »

Fig. 16. — Le crâne de l'assassin Le gouff [Musée Or fila). Rèd. 2/3.

12°. Angle sphénoïdal et angles occipitaux. — L'angle facial est à son maximum au moment de la naissance et va ensuite en décroissant jusqu’au jour où la croissance de la tête est achevée. Il ne marche donc pas de pair avec le développement de l’intelligence, mais marche en sens inverse. Pour cette seule raison, l’angle facial est mauvais.

Il n’en est pas de même de X angle sphénoïdal. Celui-ci est à son maximum chez le nouveau-né, puis va en diminuant progressivement jusqu’à l'heure où le crâne a achevé son développement. Il forme la série suivante : homme, femme, enfant, animal. 11 va en diminuant chez l’homme à partir de la naissance jusqu’à la fin de la croissance, tandis que chez le singe il devient de plus en plus grand et finit même par devenir, dans l’âge adulte, égale à 2 angles droits (Welcker).

C’est pour cette raison que l’angle sphénoïdal a beaucoup plus de valeur en crâniologie que l’angle facial (1).

Etudié comparativement chez les criminels et chez les sujets non criminels, cet angle m’a confirmé ce que nous indiquaient déjà les angles auriculo-crâniens.

Angle sphénoïdal

30 Allemands 134“

6 Nègres 144“ (138“-150»)

1 Orang 174“

(Welcker)

20 Flamands 133°, 5

35 Criminels 135“ (Debierre)

Ces chiffres confirment que le crâne cérébral est moins développé chez les criminels que chez les sujets normaux.

Je dois dire cependant que l’angle sphénoïdal de l’assassin Hugo Schenk ne dépassait pas H 3’, d’après les mensurations de Benedikt, et que celui de Charlotte Corday était de 123°. Je ne veux pas dire par là que je confonds Charlotte Corday avec les assassins vulgaires, mais seulement que je la range dans la catégorie des impulsifs, la catégorie après tout qui donne les fous comme elle donne les héros!

Les angles occipitaux , dont nous avons déjà eu l’occasion de parler, concordent-ils avec l’angle sphénoïdal et la projection comparative des crânes antérieur et postérieur pour n’accorder aux bandits qu’un crâne encéphalique moins étendu que celui

(1) Voy. P. Broca, Mèm. d’ Anthropologie, t. I, p. 145.

LF. CF ANF, DES CRIMINELS

Go

des hommes non criminels? Je donne la mesure de ces angles chez diverses catégories humaines et animales avant de fournir celle des criminels que j’ai étudiés.

Fig. 17. — Le crâne de la veuve Le gouffi [Musée Or fila). Réd. 2/3

Angle de Daubent, on (plan du trou occipital avec la ligne opistliio-sous-orbitaire)

Homme de 0°à 3°

Orang

Maki

Chien

Cheval

de Daubenton

A. occipital

A. basilaire

(opisthio-nasiaque)

(basio-nasiaque )

25 séries humaines de 1°.5 à 9°, 3

4 Chimpanzés

8 Orangs

5 Gorilles

9 Gibbons

CO

CH

12 Pithéciens

Angle de Daubenton

Angle occipital Angle basilaire

de Broca

Criminels

Non criminels

Ces résultats confirment les précédents.

Debierre.

\ 3° Valeur réciproque du crâne antérieur et du crâne postérieur . — Par la méthode des projections de la tête osseuse, Orchanski(l ) a trouvé les chiffres comparatifs suivants sur des Européens

normaux, des nègres et 24

assassins

français.

La projectio

totale = 4 00.

Européens

Nègres

Assassins

Projection de la face

Projection du crâne antérieur

Projection du crâne postérieur

Fig. 18. — Le crâne de Delafortery ( Musée de Gand ). Rèd. 2/3

D’où la conclusion : \ ° la face d'assassin occupe une plus grande étendue de la longueur totale de la tête; — 2° le crâne antérieur d’assassin est moins développé que son crâne postérieur.

Héger et Dallemagne sont arrivés aux mêmes résultats pour la Belgique.

ProJ. ant. Proj. post,. Différence Meurtriers de Bruxelles 82,0 100,5 18,5

Bruxellois normaux 83,6 97,7 10,1

Ces données confirment les précédentes.

(1) Orchanski, Loc. rit., p. 767 et 768.

LÉ Ctl ANE DES CRIMINELS ()7

De mon côté voici les résultats que j’ai obtenus. — La projection crânienne totale = 100. La projection antérieur ou prébasiaque, la projection postérieure ou postbasiaque et faciale sont

respectivement :

Non criminels Criminels

Projection antérieure 40,9 45,5

Projection postérieure 52,5 54,5

Projection faciale 0,4 0,8

Fig. 19. — Le crâne du décapité Vervacke ( Musée de Gand ). Ftèd. 2 3.

A, conduit, auditif; P, P' , crâne facial; P1, P'1, crâne antérieur;

P 2, P3, crâne postérieur.

D’où il résulte que si je trouve comme Orchanski que les criminels, ont une mâchoire supérieure plus avancée que les autres hommes, je ne puis souscrire avec lui qu'ils aient aussi un crâne antérieur relativement moins développé. — Il est vrai que les différences que j’ai trouvées entre les deux catégories sont si minimes qu’elles ne sauraient permettre une déduction philosophique quelconque sur la valeur crâniométrique de la tête des criminels.

14° Diamètres principaux du crâne. — Nous donnons ci-dessous le résumé des principaux diamètres obtenus par P. Broca sur les parisiens normaux, et le résumé de ceux que Ten Kate et Pawlovsky, Corre, Orchanski et nous-même, avons obtenus sur les décapités.

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Si nous analysons ces chiffres nous pourrons remarquer, comme Corre l'a déjà fait observer dans son livre sur les criminels, qu’il semble que les diamètres antéro-postérieur, transverse et vertical soient légèrement amoindris chez les assassins, et, comme ce sont ces trois diamètres qui commandent le volume du crâne, nous en conclurons qne leur réduction relative, déjà mise en évidence par la courbe frontale et la courbe susauriculaire, coïncide fatalement avec un amoindrissement de la capacité crânienne. Il faut dire cependant que nos chiffres personnels ne permettent pas une conclusion aussi absolue, pas plus que ceux de Bordier, qui accusent une hauteur verticale chez les assassins de 135,9, au lieu d’une hauteur de 130,4 qu’il a obtenue chez les Auvergnats.

Fig. 20 — Le crâne de Deshayes ( Musée de Gand ). Réd. 2/3.

Voici à cet égard l’opinion de Benedikt (1). Le diamètre longitudinal atteint chez 80 0/0 des sujets, en Europe, de 17 à 18 cent., avec minima et maxima physiologiques de 16 et 19 cent.; — le diamètre transversal est de 14 à 15 cent, en moyenne. Eh

(1) Benedikt, Loc. cit., p. 12,

bien ! les criminels présentent par rapport à ces sujets normaux, une plus grande somme de minima et d’extrêmes en quelque sorte exagérés, soit en longueur soit en largeur. Et sous ce rapport les aliénés se rapprochent aussi des criminels.

Fig. 21. — Le crâne de Schouteet ( Musée de Gand). Red. 2/3.

En ce qui concerne le diamètre vertical, alors qu il mesure en moyenne 13,3 chez les Allemands (Weissbach) et les Français (Broca), il tombe à 12 dans 25 0/0 des criminels, chiffre qu’on ne rencontre qu’à peine une fois 0/0 chez les normaux. De même le chiffre 14 est rarement atteint chez les criminels, tandis qu’on l’observe assez fréquemment chez les normaux. D’où cette nouvelle conclusion : les criminels ont surtout un crâne bas. La même réflexion s’applique aux aliénés.

— Y a-l-il réellement prédominance du diamètre occipital chez les criminels comme l’a trouvé Corre? En consultant le tableau ci-dessus, on verra que ni les chiffres d’Orchanski, ni ceux de

Ten Kate, ni les nôtres, n’autorisent une pareille conclusion. Si nous recherchions l’indice occipilal de dix-sept de nos criminels comparés à noire série de vingt individus ordinaires nous obtiendrions une indice de 85 chez les normaux et seulemeut de 72 chez les assassins, c’est-à-dire que chez nos sujets normaux le diamètre bi-astérique est supérieur à ce qu’il est dans notre série de criminels.

Rrt.jma

F (G. 22. — Le crâne de Wanderr Bosch (Musée de Gand ). Rèd. 2/3.

Dans mes séries totales, soit 109 criminels, j'ai obtenu un indice occipital de 76 pour les criminels et de 77,2 pour les non criminels. Différence insignifiante.

— Qu’indiquent, à leur tour, les diamètres frontaux?

Bordier a trouvé un diamètre transverse frontal supérieur ou stéphanique de 121,7 chez les parisiens modernes et de 119,3 seulement chez les assassins. Dans la série de Ten Kate et de Pawlovsky le diamètre frontal maximum est moindre encore. Cascella a noté sur les 44 crânes de criminels qu’il a étudiés, un

diamètre frontal minimum de 98 mill. et un diamètre frontal maximum de 119 milliraèlres.

Les assassins ont donc un front moins large, en moyenne, que les sujets normaux. Au contraire, le diamètre frontal inférieur, de 100 chez les normaux, a une tendance à dépasser 100 chez les assassins, d’après les chiffres fournis par Corre. Mais ce diamètre n’est pas intellectuel|puisqu’il n’est pas en rapport avec le développement du cerveau.

L’indice frontal ou rapport centésimal du diamètre frontal minimum (augmenté chez les décapités) et du diamètre transverse maximum du crâne (amoindri chez les assassins) a permis à Bordier de faire voir que le diamètre transverse maximum du crâne est amoindri chez les criminels.

Indice frontal

Parisiens

Auvergnats

Bas-Bretons

Criminels

Mais je n’ai trouvé qu’un indice de 68,1 surmeslOO criminels, et Fallût, sur Tegami, n'a aussi constaté qu’un indice de 67,9.

Ferri a insisté, d'autre part, sur l’infériorité du diamètre frontal minimum chez les assassins comparés aux voleurs, et surtout comparés aux escrocs et aux faussaires. Ce qui semble vouloir dire que les escrocs sont des criminels de luxe.

Mais, comme si l’on veut bien se reporter au tableau qui les donne on verra que les indices frontaux varient très peu, en faveur cependant des non criminels, on en arrivera à penser que le crâne du criminel ne tire rien de bien caractéristique de la largeur du front comparé au reste de la tête.

§ II. — Forme du crâne.

L’étude des rapports entre les différents diamètres du crâne, traduits par ce que l’on a appelé les indices céphaliques, ne donne pas seulement une idée juste sur la prédominance ou l’amoindrissement relatifs des principales régions du crâne, mais elle donne en même temps une idée exacte de la forme générale de la boîte crânienne.

1° Indice céphalique ou indice de largeur . — L’ indice céphalique ou indice de largeur est, on le sait, le rapport du diamètre transverse maximum ou diamètre antéro-postérieur maximum sous la formule D. T. m. X 100.

Cet indice est d'autant plus faible que le crâne est plus long, et d’autant plus fort que le crâne est plus court. Les crânes longs ou crânes dolichocéphales , ont un indice de 77 à 75 et audessous ; les crânes courts , crânes ronds ou crânes brachycéphales. ont un indice de 80 à 83 et au-dessus ; les crânes intermédiaires sont appelés crèmes mésaticéphales .

L’indice céphalique est un des caractères les plus précieux dans la distinction des races humaines.

Les recherches entreprises sur cet indice chez les criminels n’ont point abouti jusqu’ici à des résullats bien remarquables. Lombroso(l) se borne à conclure, « qu'il subit généralement l’influence régionale en l’exagérant : brachycéphalie exagérée dans le Piémont, 44 sur 55 ; dolichocéphalie dans la Sicile, dans la Sardaigne et la Calabre, 33 sur 39.» Le même auteur, en comparant un groupe de 49 criminels et de 83 sujets honnêtes du Piémont, a noté de plus que la brachycéphalie domine de beaucoup parmi les criminels qui, dans le Piémont, ont présenté, une brachycéphalie en général très forte (jusqu’à 88 et 90), phénomène, remarque Lombroso, qu’on observe également chez les crétins.

■Jjregnm.

Fin. 24. — Le crâne du décapité Janssens ( Musée de Bruxelles).

Red. 2/3.

Cascella (2) sur les criminels italiens méridionaux a constaté un indice de 77, c’est-à-dire la sous-dolichocépbalie.

Dans la série de Bordier, appartenant à la race française — mésaticéphale à Paris (indice 79,5), brachycéphale en Auvergne

(1) Lombroso, loc. cit., p. 154,

(2) Fr. Cascella, Crani di criminali, Aversa, 1893.

— la majorité des crânes d’assassins sont mésaticéphales avec un indice moyen de 78, mais inclinent vers la sous-dolichocéphalie; ils se rapprochent sous ce rapport, des crânes gaulois et des crânes des Troglodytes des cavernes de la Marne.

Dans les criminels du bagne de Brest, série des crânes de Corre, c’est aussi la mésaticéphalie qu’on observe ; il n’y a d’exception que pour Cognard qui était brachycéphale (indice — 83) et pour un assassin qui s’est suicidé et qui était sous-dolichocéphale (indice = 76) .

FiG. '25. — Le crâne de l’assassin décapité Jcmssens ( Musée de Bruxelles).

Mais dans la série des moulages de Corre et Roussel, la plus torte proportion est fournie, en premier lieu par le type sousbrachycéphale (plus de 56 0/0), et en second lieu par le type brachycéphale (jusqu’à 40 0/0). Il y a donc dans les deux séries de Corre une prédominance très accentuée des crânes courts.

Orchanski, alors qu'il trouvait un indice de 79,4 chez les

■Ja/Lssens PJ.

parisiens, rencontrait celui de 83,5 sur les décapités de sa série.

Les criminels de Ten Kate et Pawlovskv, sont franchement brachycéphales (indice = 83 à 84); les nôtres sont sous-brachycéphales (indice == 80.3) ; Hugo-Schenk était également sousbrachycéphale (indice = 81,8) ; Tcgami était sous-brachycéphale (81,85) et Esposito dolichocéphale (76,41). Harteld, le moine prussien décapité à Valence en 1892, était brachycéphale.

Fig. 26. — Le crâne du décapité Bonial f Musée de Bruxelles). Rèd. 2/3.

Que prouvent tous ces chiffres? Peu de chose à mon avis. Si Cipella et Gasparonne, brigands fameux, ont un indice de 72, et si le féroce Bouhors, les assassins Malzket et Plegel, ont un indice de 89, 86, 82, par contre Lacenaire, Lemoine, Moreau étaient dolichocéphales avec desindicesrespectifs de 76, 73 et 72. Si, dans noire série, Gonachon, Cartouche, Perret, Dumollard, Chrétien, Seringer, sont brachycéphales avec des indices de 85,86, 84,84 et 87 ; Durand est sous-brachycéphale (indice = 82),

Barrel (indice = 79), et Deschamps (indice = 78) sont mésaticéphales, et Baillet (indice = 82) est sous-brachycéphale. Il en résulte que l’indice céphalique que I on trouve sur les décapités ne paraît pas beaucoup s’éloigner de l’indice que l’on rencontre dans les différents types ethniques correspondants. C’est ainsi que si les Sardes criminels ont fourni un indice moyen de 71, les Sardes normaux (Zanetti) donnent un indice de 72.

Prym*'

Fig. 27. — Le crâne de l’ussassin décapité Baillet ( Laboratoire d’anatomie de Lille). Rêd. 2/3.

Qu’un assassin prussien des provinces baltiques soit mésaticéphale, rien d étonnant à cela, puisque les Prussiens de cette région (Lissauer) ont un indice céphalique de 79,15 (283 crânes). Pour la même raison un criminel Slave, Polonais ou Rulhène

aura beaucoup de chance d’être brachycéphale puisqu’il appartiendrait à des populations dont l’indice du crâne s’élève de 82 à 84 d’après les recherches de Weissbach, Mayer et Kopernicki. — Cependant Benedikt, en rappelant que l’indice transversolongitudinal varie chez les austro-allemands entre 76 et 83 dans 92 0/0 des cas, a fait remarquer que tandis que le chiffre 75 n’est ici que dans 1,5 0/0 des cas, le même chiffre est représenté dans 11 0/0 des cas chez les criminels, d’où la conclusion que ces derniers se font remarquer par une dolichocéphalie excessive. On peut ajouter que les crânes très longs des criminels (la même réflexion peut s’appliquer aux aliénés) sont aussi étrangement étroits (Benedikt).

Fig. 28. — Le. crâne d’un sujet non criminel {Lille). Red. 2j3.

Brachycéphale dans la série de Corre, dans celle d’Orchanski et dans la nôtre, serait-ce parce qu’il est dolichocéphale dans la série de Boidier que le brigand ou le bandit se rapprocherait davantage de l’animalité ? Je sais bien que les premiers habitants de l’Europe, les Troglodytes autochtones de la vieille Europe,

comme on les appelle , étaient dolichocéphales, mais qui donc a démontré qu’intellectnellement le type dolichocéphale (type Anglo-Germain-Frank) était inférieur au type brachycéphale (type Celte-Auverguat-Breton-Slave), et réciproquement?

Sur les crânes d'assassins décapités du Muséum dont l’indice de largeur est de 79,5 j'ai trouvé un indice métopique (D. T. M. X 100) ou indice vrai du crâne cérébral de 80,5.

L’indice céphalique ne peut donc point servir à caractériser les assassins, et tout au plus pourrait-on dire avec Laurent (1), que les criminels ont une tendance à se différencier de leur type ethnique par l’exagération de leur indice.

Et puis, en allant au fond des choses et en ne se payant point de mots, qu’est-ce que cela peut bien faire pour son fonctionnement que le cerveau soit un peu plus long ou un peu plus large !

28 Indice vertical ou indice de hauteur. — L’indice céphalique de hauteur est le rapport du diamètre antéro-postérieur maximum au diamètre vertical ou basio-bregmatique, suivant la

formule : Indice de hauteur = d ~T p 1 Cet in<iice permet

d’apprécier la forme du crâne suivant une coupe sagittale médiane qui partagerait cette boîte osseuse en deux moitiés latérales.

L’indice de largeur est-il de 80, et l'indice de hauteur de 75, cela signifie que la longueur du crâne étant 1 00, sa largeur est en moyenne de 80 (indice de largeur) et sa hauteur 75 (indice de hauteur). Or, à l’aide de cette méthode on a divisé les crânes en crânes longs dolichocéphales et sous-dolichocéphales, en crânes ronds, brachycéphales et sous-brachycéphales et en crânes intermédiaires ou mésaticéphales.

De même l’indice de hauteur permet de diviser les crânes en bas, hauts et intermédiaires. Sont platycéphales , ceux dont la hauteur n’atteint pas les 70/1 00e de la longueur; sont orthocéphales ceux dont la hauteur se maintient entre les 70 et 75/100' de la longueur; sont hijpsicéphales enfin, les crânes dont la hauteur dépasse les 75/100e de la longueur.

(d) Laurent, toc. cil., p. 182.

IÆ CHAISE t>ES CRIMINELS

Les mensurations de Bordier, Ardouin, Orchanski, ont établi que cet indice est plus élevé chez les criminels que chez les sujets normaux de même race. De 72 chez les Parisiens, de 73 chez les Auvergnats, de 70,9 chez 283 Prussiens des bords de la Baltique (Lissauer), il atteint 74 et 75 chez les criminels. Ce qui veut dire que le crâne de ces derniers serait plus haut que celui des sujets ordinaires. — Comme cet indice est aussi plus élevé dans les races inférieures et chez les aliénés, d’après Peli, on n'a point manqué de rapprocher les assassins de ces deux dernières catégories de sujets.

Fig. 29. — Le crâne d’un assassin ( Gand )- Réd. 2/3.

Mais dans la série d’Héger et Dallemagne c’est précisément l’inverse que l’on trouve. En effet, tandis que les Bruxellois non assassins y présentent un indice de 71, les assassins bruxellois y ont un indice de 69,5, c’est-à-dire qu’ils ont dans la classe des hypsicéphales comme dans la série de Bordier. — Les observations de Fallût sur Esposito et Tegami conduisent aux

mêmes résultats contradictoires, puisque tandis que le premier a un indice vertical de 68,6, le second en a un de 76,1.

Cascella, sur ses 44 criminels de l'Italie méridionale, a noté un indice de 74 (orthocéphalie). Baer qui a recherché cet indice sur 968 détenus de Ploctzensee, a trouvé dans la grande majorité des cas un crâne large et bas (brachycéphalie ( — 70) et subplatycéphalie), double caractère qu’on retrouve sur les crânes allemands (Virchow et Weisbach).

Que nous disent à ce sujet nos propres chiffres? L’indice de hauteur nous a fourni 72,9 chez les décapités et 71 seulement sur 20 crânes de sujets morts aux hôpitaux de Lille. Nos résultats confirment donc, à ce sujet, ceux de Bordier et d’Orchanski. Mais quellevaleur faut-il accorder, ici à cette hypsicéphalie,là à cette platycéphalie des assassins? Aucune, en l’espèce, je crois»

Fig. 30. — Le crâne hypsicèphale de l’assassin van Houte (Gand).

Red. 2/3.

3° Indice frontal. — L’ indice frontal , qui est le rapport du diamètre frontal minimum au diamètre transverse maximum du

crâne (indice frontal = ^nt.r ""n' X l0°) et exprime le dévelop-

Debierre.

peinent transverse relatif de la région antérieure du crâne, n’a pas non plus fourni de différence bien tranchée.

Lombroso, d’après ses observations personnelles, estime que les crânes des criminels ont plus souvent que les autres des indices courts et un peu moins souvent qu’eux des indices élevés, mais c’est toute la différence qu’il croit pouvoir noter.

Héger a obtenu une moyenne de 66 à 67 chez les criminels belges, et une moyenne de 67 chez les personnes honnêtes du même pays.

Fin. 32. — Le crâne au front fuyant d’un assassin du Brabant (. Bruxelles ) rèd. 2/3.

Bordier et Gorre, au contraire, ont trouvé chez les délinquants un indice plus élevé que chez les sujets normaux. Dans la série de Bordier, il est de 70,3 chez les assassins, tandis qu’il n’est que de 68,8 chez les Parisiens ordinaires; dans la série de Corre, il atteint 71.

Mes propres observations n’ont pas confirmé les résultats de Bordier, puisque 109 criminels m’ont fourni un indice frontal minimum de 68,1, le même indice étant chez tout le monde, d’après P. Broca, de 68,8, et que Y indice frontal maximum

(stéphanique) me donnait 76,2 alors qu’il est de 77,2 chez les sujets non criminels.

Indice frontal

Parisiens. 68.8

Auvergnats. 68,8

Hollandais. 66,0

Nègres. ~0>0

Assassins. 68,1

Fallût de son côté a constaté un indice frontal de 69,6 sur Esposito, et un autre de 67,9 sur Tegami.

Fig. 33. — La tète osseuse d’un assassin décapité de Liège (; photographie ).

4° Indice bi- auriculaire ou transverse de la base du crâne. — La ligne directe ou transverse bi-auriculaire mesure assez exactement la largeur de la base du crâne. A l’aide de cette ligne on peut donc, en la rapportant soit au diamètre transversal

maximum du crâne soit au diamètre métopique ou diamètre antéro-postérieur encéphalique vrai, déduire la valeur relative de la largeur de la base du crâne, comparée soit à la largeur soit à la longueur directe de la voûte du crâne.

T . , . . , D. bi-auriculaire X 100 » 1

Le premier indice, soit — m a donné :

Criminels. 84,8

Sujets non criminels. 82,7

Fig. 34. — La tète osseuse du décapité précèdent vue de face ( norma frontalis).

D où il résulte que le rapport centésimal de la largeur de la base à la largeur maxima de la voûte du crâne est plus élevée chez les criminels que nous avons étudiés que chez les sujets normaux sur lesquels nous avons recherché l’indice de la base

— Mais les différences sont faibles, et la largeur plus grande de la base du crâne relevée chez les sujets criminels est d’assez minime importance.

t iii . D. bi-auriculaire X 100

Le second indice de la base, soit D A p. métopique

de son côté :

m’a fourni

Criminels. 68,6

Non criminels. 66,6

Fig. 35. — La tête d’un assassin décapité (19, IB) de la province de Liège

( photographie ).

D'où il s’ensuit que la base du crâne est moins large, comparée à la longueur métopique, chez les sujets non criminels que j’ai examinés à cet effet que chez les criminels.

En résumé, la base du crâne sur les 20 sujets flamands que j’ai étudiés est moins large, comparée à la longueur ou à la largeur du crâne que chez 57 criminels sur lesquels j’ai fait le même calcul, mais les différences sont vraiment trop faibles pour comporter aucune déduction sérieuse.

Elles tiennent au reste à ce que dans les crânes normaux que j’ai mesurés, le diamètre bi-auriculaire moyen ne monte pas au delà de 122 millimètres, tandis qu’il égale 129 dans la moyenne des Parisiens contemporains.

Si je prends comme valeur de la base du crâne cérébral le diamètrebi-glénoïdien (ducentre d’une cavité glénoïde du temporal à l’autre), j’obtiens comme diamètres absolus et comme rapport du diamètre bi-glénoïdien au diamètre transverse maximum de la voûte = 100 :

Mesures absolues

Rapport

10 Savoyards.

99 mil.

10 Parisiens.

10 Nègres du Darfour.

10 Néo-Calédoniens

(P. Topinard)

Le même rapport m’a fourni chez 50 criminels 66,6.

D’où il ressort que l’indice de largeur de la base du crâne cérébral ne distingue en rien le crâne des assassins.

5° Forme générale du crâne. — Pour apprécier la forme ou la configuration générale du crâne, on peut, à l'exemple de Corre et Roussel, étudier les projections de cette boîte osseuse d’après les traits obtenus avec la lame de plomb, suivant trois plans principaux, le plan horizontal, le plan sagittal et le plan frontal.

Corre et Roussel, en opérant de la sorte,, ont rencontré fréquemment certaines formes qu’ils considèrent comme le lot ordinaire des criminels.

Ainsi les projections suivant le plan horizontal, qui vous donnent l’aspect de la tête comme si on la voyait directement d’en haut ( norma verticalis), leur ont montré notamment : 1° ie type elliptique ; 2° le type oboval ; 3° le type en gourde ; 4° le type hexagonal ; 5° le type renversé dans lequel la région antérieure du crâne a pris la forme habituelle à la région postérieure, et inversement.

A l’examen des projections suivant le plan vertico-transversal

ou frontal, ils ont rencontré comme plus frappants, le type scaphoïde ou caréné (scaphocéphalie), têtes sataniques pareilles à celles que le ciseau du sculpteur, s’inspirant de l'Enfer, a fixé sur les portiques de nos vieilles cathédrales, et la tête en pain de sucre.

La courbe médiane antéro-postérieure ou sagittale a mis en évidence : 1° le type platycéphale , crâne aplati du sinciput et par suite très réduit dans sa hauteur; 2° le type acrocéphale , caractérisé par l’aplatissement du bregma et l’élévation conoïde du sinciput; 3° le type cymbocéphale (crâne en besace), dans lequel il y a aplatissement bregmatique et post-bregmatique situé entre deux relèvements, celui du front et celui du sinciput.

Les mêmes projections ont permis à Corre de noter très fréquemment chez les criminels le front aplati, bas et fuyant et la réduction de la ligne cérébelleuse.

Ces derniers caractères sont confirmés par Bordier, Virgilio, Orchanski.

En opérant avec le crâniophore de Topinard, Orchanski a noté : a) que la hauteur des bosses frontales au-dessus de la glabelle s’échelonne comme suit :

b) Que la distance horizontale des bosses frontales en arrière de la glabelle (projection horizontale du front) est ainsi graduée :

Auvergnats Criminels français Nègres

56 mill.

Auvergnats Criminels français Nègres

14,2 cent.

c) Que l’angle d’inclinaison du front en arrière (sommet à la glabelle) se présente dans Tordre suivant :

Auvergnats

Nègres

Assassins français

Chez les décapités de Bordier, le front bas et fuyant se retrouve 33 fois 0/0, et dans les criminels vivants étudiés par Virgilio, dans la proportion de 28 0/0. Je rappelle que ce caractère coïnciderait d’ordinaire, selon Lombroso, Marro, etc., avec de fortes arcades sourcilières et de larges sinus frontaux. Baer et Pfleger sur 1885 détenus berlinois n'ont constaté le front fuyant que 88 fois, soit 4,7 0/o (1) , Mes recherches m’ont prouvé qu’il existe les plus grandes variations à cet égard.

Fig. 36. — Projection de 9 crânes d’assassins montrant leurs variétés

dans la forme.

x, x, plan alvéolô-condylien ; +, le basion de tous les crânes;

1, crâne de Choffron (Muséum); 2, crâne JB5 (Liège); 3, crâne de Van Houte (Gand); 4, crâne de Baillet (Lille); 5, crâne de Gonachon (Lyon); 6, crâne de Lacenaire (Musée Orfîla); 7, crâne de Claessens (Gand); 8, crâne de Golas (Muséum); 9, crâne de la Fille Bouhours (Muséum).

La région frontale du crâne basse et fuyante, est-elle en rapport avec la synostose précoce des sutures du crâne antérieur, synostose prématurée que jadis l’illustre Gratiolet avait considérée comme de règle dans les races humaines inférieures?

(1) A. Baer, Der verbrecher in Anthropolocjischer Beziehung , 1893

La scaphoeéplialie est-elle la conséquence de la synostose précoce des sutures sagittale et coronale? On en douterait quand on voit nombre de crânes de races sauvages présenter le type scaphoïde alors que la suture sagittale n'est pas ossifiée (Corre).

Fig. 37. — Courbe horizontale du crâne du forçat de la fig. 11 pour faire voir sa dépression bi-temporale

Lombroso (1) a relevé également la fréquence des formes anormales ou exceptionnelles de la tête chez les délinquants. Il a trouvé :

La trococéphalie (crâne presque tout à fait rond) 9 fois 0/0

La subscaphocéphalie 6,1

L’oxycéphalie (réduction antéro-postérieure très prononcée des bosses frontales) 4,5

(1) Lombroso, L’homme criminel, p. 165.

Avec Roncoroni et Mura, il a examiné plus récemment encore à cet égard cent femmes normales, 250 criminelles et 50 prostituées; sur ces trois catégories de femmes il a noté deux fois la plagiocéphalie chez les normales, 23 fois chez les prostituées et 29 fois sur les criminelles.

Penta(l), qui de son côté a étudié 500 criminels des bagnes de l’Italie a observé chez eux :

Plagiocéphalie

Seaphocéphalie

Microcéphalie

Platicéphalie

Acrocéphalie

D’autre part, Rossi (2) a noté :

L’oxycéphalie 5 fois 0/0

La ptatycèphalie 5 »

La seaphocéphalie 4 »

La plagiocéphalie (crâne oblique ovalairel 5 »

Arno et Colombali sur vingt-quatre femmes criminelles ont noté une fois la plagiocéphalie et sept fois l’acrocéphalie que Ten-Kate et Pawlovsky ont également observée quatre fois sur leurs 54 crânes de criminels. Arno seul a constaté deux fois 0/0 la plagiocéphalie sur une série de 151 criminels.

Benedikt a supposé que le crâne aplati dispose au crime ou à la folie, mais je crois — et je suis heureux de voir Baer partager mon opinion — qu’il ne s’agit là que de différences ethniques.

Enfin, parmi les malformations du crâne, Laurent (3) en signale deux comme beaucoup plus fréquentes que toutes les autres : c’est le front plat et fuyant avec crâne quadrangulaire, ou bien le front étroit et fuyant avec acrocéphalie ou tête en pain de sucre.

Mais si le crâne pyramidal, le « crâne en pain de sucre », est une conformation fréquente parmi les races sauvages (Austra-

(1) Penta, Archivio di psychiatria, XI, 1890.

(2) Rossi, L’Anthropologie criminelle de Lombroso, p. 41.

(3) Laurent, Les Criminels, p. 68.

liens, Néo-Calédoniens, etc.); si cette conformation se retrouve chez beaucoup de dégénérés; si c’est celle que les peintres et sculpteurs appellent têtes de l'autre monde , si typiques sur le portique de nos vieilles cathédrales, n’oublions pas qu’on la retrouve chez les personnes les plus honnêtes et chez des hommes de génie.

Je représente dans la figure 40 un crâne de criminel de la collection du Musée anatomique de Gand, qui a tout à fait le cachet néanderthaloïde et dont je dois la photographie à mon savant et très aimable collègue le professeur Leboucq.

6 0 Asymétrie du crâne. — La symétrie parfaite des deux côtés de la tête est si rare, qu’on pourrait dire, qu’en l’espèce, la nature a horreur de la régularité. De fait l’asymétrie du crâne est fréquente, même chez les sujets les mieux conformés et les moins criminels. Mais, à en croire une certaine école, elle serait particulièrement fréquente chez les délinquants. La variété la plus communément rencontrée est X asymétrie oblique croisée, déformation qui n’est pas sans analogie avec l’asymétrie du bassin dite déformation oblique ovalaire. Cette asymétrie, qui constitue la plagiocéphalie , reconnaîtrait, dit-on, comme origine la plus probable, la synostose prématurée de l’une des branches (en sens opposé) des sutures coronale et lambdoïde.

Corre (1) a relevé l’asymétrie crânienne dans la proportion de 60 p. 100 chez les meurtriers, de 63,6 chez les faussaires et les banqueroutiers, de 67,5 chez les voleurs et de 70,3 chez les condamnés pour attentats aux mœurs.

Lombroso, Ferri., Bordier, Benedikt, etc., ont aussi noté la fréquence de l’asymétrie du crâne chez les criminels. Le quart des criminels du cimetière « dell’ Ergastolo di Santo Stefano » étudiés par Cascella, étaient asymétriques, et parmi eux, beaucoup étaient occipitocéphales et pariétocéphales. Lombroso donne 5 0/0 de crânes plagiocéphales, et considère cette déformation comme un des caractères les « plus éclatants » du crâne des criminels. Mais Ten Kate et Pawlovsky, Marro, nous-même, n’avons pu reconnaître l’asymétrie comme un attribut particulier de la tête des décapités.

(1) Corre, Les Criminels, p. 68.

En effet, si le crâne de Baillet présente une asymétrie alterne bien accusée; si celui de Seringer est un type de la môme déformation (fig. 39), les autres criminels de la série lyonnaise ne présentent rien de ce côté d’assez net pour les distinguer des sujets non criminels.

Sur 47 crânes de décapités du Musée Orfila et du Muséum, j’ai noté la plagiocépbalie ou l’asymétrie latérale chez quinze, soit plus de 30 %, entr autres chez le fameux Lacenaire (Musée Orfila).

Manouvrier (d) a cherché à évaluer mathématiquement l’asymétrie du crâne et à déterminer un indice plagiocéphaliqüe. D’après lui, chez les personnes saines, la proportion des asymétries est à peu près la môme pour les deux côtés de la tête.

(1) Manouvrier, Soc. d’anthrop. de Paris, juin, 1883.

Tiu. d JcPût

Fig. 39. — Crâne de Seringer (asymétrique) (Yu de face et vu d’en haut)

Amadei (1) qui, lui aussi, a fixé un indice de l’asymétrie du crâne en choisissant le rapport entre les deux diamètres obliques dont le plus long serait égal à 100, a reconnu deux faits intéressants :

1° L’exagération chez les criminels de l’indice plagiocéphalique qu’il a trouvé de 96,3 à 99,5 ;

2* La prédominance de l'asymétrie à gauche.

Au contraire, Lombroso, a trouvé l’asymétrie droite prédominante (41 0/0, contre 20 0/0 à gauche et 38 symétries) chez 44 cviminels $ .

Fig. 40. — Crâne nèanderthaloïde d’un criminel du Musée de Gand

Les délinquants se rapprocheraient en cela des fous chez lesquels Sommer (2) a noté 75 fois 0/0 l’asymétrie du côté droit de la tête.

Ce qui paraît hors de doute, c’est que l’asymétrie, qui est la règle chez tous, le devient davantage encore chez les dégénérés

(1) Amadei, in Lombroso, L’homme criminel, p. 182.

(2) Sommer, Beitrag. sur Kenntniss der criminal-Irren, Berlin, 1883.

de toute sorte. C’est ainsi que R. Roscioli trouvant 16 fois 0/0 la symétrie dans les crânes des aliénés n’a pu la rencontrer que 3 fois seulement chez les sujets sains. C’est ainsi que Silvio Venturi de son côté, tandis qu'il trouvait 30 fois la plagiocéphalie sur 40 épileptiques, ne la notait que 3 fois sur un môme nombre d’individus sains.

Le crâne d’Hugo Schenk est asymétrique au profit du côté droit (Renedikt).

Fif. 41. — Courbe horizontale du crâne de Plessis (Voy. fig. 14) •

Red. 2/3.

Mais que penser delà valeur de ce caractère lorsqu’on sait que Lombroso a rencontré une asymétrie renversée, c'est-à-dire avec prédominance à gauche chez les femmes (14 asymétries à gauche 7 à droite chez 23 criminelles) ?

Un certain nombre de déformations crâniennes ont sans aucun doute leur cause dans la disposition morphologique môme de l’encéphale. « Le cerveau, a dit P. Broca, est le régulateur du crâne, et toute affection qui, chez le fœtus ou le jeune enfant, altère gravement la forme de la masse encéphalique,

produit nécessairement une déformation de la boîte crânienne. » Partant de là, on n’aurait pas lieu, dit-il, d’être surpris de la fréquence des déformations du crâne chez les criminels, lorsqu’on songe à leur souche et aux conditions dans lesquelles ils sont élevés. Les uns ont des tarés, des alcooliques, des aliénés, des dégénérés pour parents; d’autres sont corrompus par le mauvais exemple et les mauvaises habitudes dès leur plus tendre enfance. Gomment s’étonner, ajoute-t-il , qu'en de pareilles conditions le cerveau ne reçoive pas, par transmission héréditaire, ou n’acquière pas, à une époque où il est encore si malléable, des déviations qui se traduisent sur la boîte osseuse qui le renferme?

J’avoue que si l’on peut croire que l’alcoolique, l’aliéné, le dégénéré, peut communiquer, par voie de descendance, une disposition anatomique vicieuse du cerveau, je comprends peu qu’une mauvaise éducation puisse aller jusqu’à produire un résultat analogue.

Bien mieux établie est l’opinion qui rattache la malformation crânienne à un vice ostéogénique. Maints criminels, en effet, comme beaucoup d’aliénés, portent les stigmates de la scrofule, du rachitisme, etc., Ici, l’influence héréditaire et celle des déplorables conditions du milieu dépravé des premières années de la vie ne paraît pas douteuse.

Est-il possible, d’après cela, d’accepter avec Corre (1) que « l’asymétrie crânienne demeure, à peu près dans touè les cas, l’indice d’une certaine perturbabilité dans les actes cérébraux, et, quand l’éducation ne parvient pas à dévier les effets d’un pareil vice anatomo-physiologique, à plus forte raison quand elle a fait défaut, les instincts ont une grande chance de dégénérer en impulsions mauvaises, qui placent sous leurs ordres les facultés intellectuelles et les contraignent à diriger leurs efforts vers ce qu’on appelle la criminalité. »

Pour montrer tout ce qu’a d’excessif une pareille opinion, je rappellerai qu’à ce compte, les déformations crâniennes ethniques, conséquences d’absurdes pratiques traditionnelles, la déformation toulousaine, par exemple, devraient fatalement

1) Corre, Loc. cit., p. 75.

conduire au crime ou à la folie. Est-il besoin de dire qu’il n’en est rien ?

11 est intéressant, sans doute, de chercher à localiser dans le cerveau les sentiments, les passions, les instincts, les centres excito-moteurs, les facultés intellectuelles, mais n’allons pas trop vite. Défions-nous du système de Lavater-Gall!

Les criminels peuvent avoir des crânes difformes, mais cela ne joue aucun rôle dans la criminalité. Ce sont des accidents pathologiques ou héréditaires qu'on retrouve chez les plus honnêtes gens. Les pires criminels peuvent avoir un crâne très harmonique, — et avec Pinel on peut dire la même chose des aliénés — tandis qu’un homme de talent et de génie peut avoir un crâne asymétrique et disgracieux, témoins Bichat et Kant. Même difforme et synostosique, un crâne ne s’accompagne pas nécessairement d’un trouble intellectuel, car il se fait des compensations qui rétablissent l’équilibre (Virchow). Les déformations du crâne n’ont donc aucune importance dans la diagnose des criminels.

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