‹ Le crâne des criminelsChapitre 18 sur 33 · III. — Caractères de surface. — Examen de l’exocrane · texte numérisé non relu

III. — Caractères de surface. — Examen de l’exocrane

ET DE l’eNDOCRANE.

L’examen de la surface extérieure et de la surface intérieure du crâne des criminels révèle-t-il des particularités spéciales à cette sorte de sujets?

Lombroso a signalé chez les délinquants : 1° la persistance plus fréquente de la suture métopique ; 2° la soudure plus précoce des autres sutures ; 3* la plus grande simplicité des sutures ; 4“ la fréquence plus grande des os wormiens lambdatiques et astériques ; 5° le développement des arcades sourcilières coïncidant avec l’aplatissement de la saillie intermédiaire, bosse frontale moyenne ou glabelle ; 6° le recul du trou occipital et ses dimensions exagérées en plus ou en moins ; 7° la présence plus fréquente de la fossette occipitale moyenne ou fossette ver-

mienne et la crête frontale; 8° l’ostéoporose; — et beaucoup d’autres anomalies, et parmi elles, le front étroit et fuyant, le prognathisme, l’aplatissement de l’occiput, l’obliquité des orbites, la fosse canine déprimée, la suture malaire, l’absence de ptérion» le bec frontal du coronal, la déformation du trou occipital, l’anomalie dentaire, les trous sus-orbitaires surnuméraires, etc., etc.

Parcourons brièvement quelques-uns de ces caractères à la fois chez les assassins et chez les sujets ordinaires.

1 0 Suture médio-frontale ou métopique ( Voy . fig. 34). — La dualité du frontal est. de règle chez les Vertébrés jusqu’aux Primates. Chez ces derniers, c’est-à-dire les Singes, les Anthropoïdes et les Hommes, le frontal est simple à partir de deux ans. Mais chez tous les animaux, les hémifrontaux tendent à se souder par suite des progrès de l’âge. Dans l'espèce humaine, l’époque de la soudure peut retarder et dès lors on voit la suture médiofrontale persister accidentellement. Cette persistance chez l'homme adulte varie avec les races.

C’est ainsi que P. Broca l’a rencontrée 12 fois sur 100 crânes d’Auvergnats, 9 fois sur 100 crânes de Parisiens, tandis que ce caractère ne se rencontrerait, suivant Anoutchine, que 5 fois pour 100 sur les crânes mongols et une fois pour 100 dans les crânes nègres (1). Toutefois, il existe une discordance qui prouve que la question n’est pas si simple et qu’elle ne doit pas être considérée comme tout à fait résolue, car Ranke (2), sur 2535 crânes de Bavarois, tout aussi brachycéphales que les Auvergnats, n’a rencontré que 7,3 fois 0/0 lemétopisme. Cependant les crânes métopiques sont rares dans les races inférieures, probablement parce que ces races sont ordinairement dolichocéphales, car chez les Andamans et les Mincopies, brachycéphales, la suture médio-frontale se montrerait chez l’adulte aussi fréquemment que chez les Auvergnats.

Dans ses recherches sur 1000 crânes Portugais contemporains,

(1) Anoutchine, De la suture médio-frontale chez l'adulte, (Analy. in Rev. d’Anthropologie, 1883).

(2) Ranke, Les crânes de la population des campagnes de l’ancienne Bavière (Beitrâge zur Anthr. der Bayerns, in Rev. d’Anthrop., 1882).

Debierre. 7

Ferraz de Macedo (1) a nolé 33 fois le métopisme chez les sujets $ (soit 11,8 0/o), et 47 fois sur les sujets ? (soit 9,3 0/o) -

De leur côté, Ten Kate et Pawlosvky (2) Font observée 5 fois sur leurs 54 crânes; Corre, une fois sur les 21 crânes de criminels du musée de Brest, et 6 fois sur 28 condamnés asiatiques.

Ottolenghi et Roncoroni (4), sur 100 criminels, Font rencontrée 2 fois seulement. Roncoroni et Ardu (5) , 4 fois sur 43 crânes de criminels (33 voleurs, 0 fripons, 3 homicides, 1 déserteur), soit 9,2 pour 100.

Sur les 16 crânes d'assassins du musée de Lyon que j'ai étudiés, et sur 20 crânes normaux que j'ai examinés à cet égard, un seul parmi les décapités présente cette anomalie : c’est le crâne de l’assassin Dumollard (Voy.fig. 44 et 45), delà collection du professeur Lacassagne, et un seul parmi les normaux, c’est le crâne J de notre collection. Le crâne de Dumollard et le crâne J sont brachycéphales ; des trois crânes d’assassins du Muséum qui ont une suture métopique, ceux de Golas et de Gossy sont également brachycéphales, mais celui de la femme Bouhours est dolichocéphale. Sur les 24 décapités du musée Orfila, celui de Boutillier qui Fa aussi conservée est brachycéphale ; sur les 25 criminels du musée de Gand, des 4 qui ont conservé la suture métopique, trois, Delafortery, Eecke et Yan Troye, sont brachycéphales, le quatrième, Schouteet, est dolichocéphale. Sur 88 crânes d'autres criminels, j'ai noté le métopisme 10 fois, soit 9 pour 100. Si nous additionnons tous les cas de métopisme que nous venons de rapporter, et que l’on a notés chez les délinquants, nous arrivons à trouver que la persistance de la suture médio-frontale a été observée 19 fois sur 286 criminels, soit 7 à 8 fois pour 100. La conclusion s’impose : la suture métopique n’est pas plus spéciale aux criminels qu’à d’autres sujets.

(1) Ferraz de Macedo, Archivio de Psicliiatria e cTAnthropologia criminale, Torino, 1889.

(2) Ten Kale et Pawlovsky, Sur quelques crânes de criminels (Rev. d’Anthropologie, p. 112, t. IV, 1881).

(3) Corre, Les Criminels, p. 15, Paris, 1889.

(4) Ottolenghi et Roncoroni, Anomalies rencontrées dans l’autopsie de ÎOO criminels , épileptiques, etc., Turin, 1891.

(5) Roncoroni et Ardù, Archivio di Psicliiatria, XII, 1891.

Lli CRANE DES CRIMINELS

Lombroso (1), cependant, dit qu’en comparant 66 crânes de criminels et 60 crânes de criminelles à 3090 crânes de sujets normaux provenant, soit de la collection Legge, soit de la collection Amadei et Lombroso (crânes de soldats morts à Solférino), il a rencontré la persistance de la suture médio-frontale 9 fois chez les hommes criminels, 26 fois chez les femmes criminelles (pourquoi cette différence entre les criminels s et ? au point de vue du métopisme ?) et seulement 9 fois chez les hommes normaux et 13 fois chez les femmes normales. Sur les 299 crânes de criminels de diverses collections qu’il a réunies à cet effet, Lombroso a noté 12,7 fois pour 100 la persistance de la même suture. De son côté, Mingazzini, sur 30 crânes de criminels, a rencontré le métopisme dans 16 0/0 des cas, moins encore que Cascella (2) qui donne plus de 20 0/0 pour sa série de criminels, proportion d’autant plus singulière qu’il s'agit, en l’espèce, de crânes dolichocéphales (indice = 76).

Sous quelles influences se produit ce retour accidentel à un type moins élevé et quel en est le mécanisme de production ?

Des recherches rappelées ci-dessus, il ressort que le métopisme est plus fréquent dans les races supérieures ; qu’il l’est surtout chez les brachycéphales, comme l’indique la forte proportion rencontrée chez les xAuvergnats et chez les autres peuples brachycéphales du globe. (Calmette, Welcker) (3). Les causes qui entravent la soudure des deux frontaux au point d’éveiller l'idée d’un retour à une disposition ancestrale, peuvent être considérées comme des causes anormales, sinon pathologiques.

Broca inclinait à penser que le métopisme est le résultat de l’agrandissement de la loge cérébrale antérieure survenu exagérément pendant la première enfance, sous l’influence d’un développement trop rapide des lobes frontaux du cerveau ou sous l’influence d'une hydrocéphalie légère, dont onretrouverait d’ailleurs les traces en d’autres points du crâne. — Une statistique dressée par P. Topinard sur 475 crânes d’aliénés adultes

(3) Lombroso, L 'Homme criminel, p. 170, Paris, 1887.

(1) Cascella, in Arch. de l’Anthrop. criminelle, 1893.

(2) Calmette : De la suture médio-frontale ou mëtopique, Paris, 1878.

semble indiquer, en effet, que l’origine du métopisme serait plutôt d’ordre pathologique que d’ordre physiologique, puisqu'il rencontra sur cette série 14 fois sur 100 la persistance de la suture médio-frontale (1).

Le métopisme est-il un caractère de perfectionnement? Oui, si l'on considère seulement sa plus grande fréquence dans les races supérieures ; peut-être, si l’on admet que le cerveau puissant mène au génie comme à la folie; non, si l’on estime qu’il est d’ordre pathologique. Dans tous les cas, si c'est un caractère réversif, c’est un caractère qui nous reporte au delà des Primates.

2° Soudure plus précoce des sutures . — On a dit que les crânes des criminels se faisaient remarquer par l’effacement et la soudure précoce des sutures du crâne, en particulier des sutures pariétale, pariéto-occipitale et pariéto-frontale. Chez Clément, l’assassin de Paul-Louis Courier, cette synostose prématurée avait envahi les sutures pariétale et lambdoïde; chez Baillet, l’assassin de Merlimont, âgé seulement de 28 ans, la synostose précoce est remarquable ; elle est un peu moins avancée chez Chrétien, moins encore chez Duchamp, et chez Laurent, Perret et Barrel elle est seulement commencée au niveau des sutures sagittale, coronale et lambdoïde. Sur le crâne de Durand, la synostose a envahi l’obélion et la branche droite de la suture lambdoïde.

Sur le crâne de Laurent et de Perret, le ptérion (suture sphéno-fronto-pariéto-temporale) est effacé. Au contraire, chez Gonachon et Seringer, qui n’ont pas dépassé l'âge de 20 ans, et chez Dumollard, âgé de plus de 40 ans, les sutures ne sont point fermées.

11 en était de même chez les assassins Esposito et Tegami, décapités à Aix en 1889. Toutefois, Fallût note que la synostose commencée sur le crâne d'Esposito était plus avancée dans la région frontale que dans la région occipitale.

Chez Lemaire, âgé de 19 ans, on voyait déjà la synostose de la suture sagittale ; à 20 ans chez Arnioni, à 30 ans chez l'assas-

opinard : Anthropologie générale, p. 792.

sin Brusa-Ferro, à 31 ans chez le violateur Hoffmann, à 34 ans chez les assassins François et Lacenaire, on observait déjà la môme synostose qui ne se ferait dans les crânes normaux qu’à partir de 40 ans.

Mes recherches personnelles sur 88 crânes d’assassins m'ont donné les résultats suivants, en ce qui concerne l'oblitération des sutures :

Sutures ouvertes 16 fois.

Sutures fermées eu partie 21 fois.

Sutures fermées prématurément. 33 fois.

La proportion des synostoses précoces est assez élevée. Quant à dire si la synostose delà lambdoïde accompagnait plus souvent que la synostose de la coronale la suturation toujours plus précoce de la sagittale, j’ai remarqué qu’il y a de grandes variétés à cet égard, variétés qui, au reste, ne sont pas spéciales au crâne des criminels. Je crois cependant que la synostose de la suture coronale est plus précoce et plus souvent observée concomittamment avec la synostose de la sagittale, chez les décapités que chez les sujets ordinaires. Mais tantôt on observe une synostose à droite seulement de la coronale et une à gauche dans la lambdoïde ; en un mot, il y a oblitération oblique croisée.

Que conclure de ces constatations ? Peu de chose, il nous semble. Pour obtenir un résultat sérieux à cet égard, il faudrait pouvoir comparer des séries de crânes de criminels avec des séries de crânes normaux d’âges semblables, ce que nous ne pouvons faire, faute de matériaux. Que nous prouvent les 39 0/0 de sutures partiellement soudées et les 9 0/0 de sutures totalement soudées des 43 crânes de criminels de Roncoroni et Ardu? Rien, si nous ne pouvons mettre en regard une série pareille de crânes de sujets normaux de même âge. Je sais bien que l'opinion de Lombroso, à savoir la synostose précoce du crâne des assassins, a été confirmée encore par Mingazzini et Romiti ; je sais bien que sur une série de 383 crânes, appartenant aux criminels d’Amadei, de Paoli, de Cougnet, de Bono, de Lombroso, de Bordier, de Benedikt, de Ten Kate et Pawlowski, de Iléger et

Dallemagne, de Lenhossek, de Flesh, de Corre et Ardouin, Lombroso l’a noté dans 28,9 0/0 des crânes ; je sais encore que sur 66 criminels comparés aux 1,770 crânes normaux étudies par Legge et aux 1,320 crânes provenant des soldais morts à Solférino, Lombroso a noté 37 fois pour 100 la soudure des sutures chez les criminels et seulement 25 fois pour 100 dans

les crânes normaux ; mais je persiste à croire que les preuves fournies à ce sujet restent jusqu’alors insuffisantes pour entraîner la conviction. — Qui ne sait au reste la variabilité dans la soudure des sutures dans les crânes en général ? La lecture des travaux de Gratiolet (1 ) et de Ribbe (2) peut nous donner une

(1) Leuret et Gratiolet, Anatomie comparée du système nerveux, t. II, p. 297, Paris. 1839-1857.

(2) Ribbe, Etude sur l'ordre d'oblitération des sutures du crâne (thèse de Paris, 1885).

idée de celte variété, selon les individus d une meme race et sui vaut les races différentes.

Pour que le lecteur puisse se rendre un compte suffisamment exact de la valeur de la synostose prématurée des sutures du crâne, je vais brièvement lui donner des indications générales sur les sutures crâniennes.

Gratiolet, en 1843, a établi les deux lois suivantes : 1° les sutures du crâne dans les races inférieures sont plus tôt envahies par la synostose que dans les races supérieures : 2° dans les races inférieures, l’ossification marche d'avant en arrière, dans les races supérieures, elle progresse d’arrière en avant.

La première de ces propositions est facile à comprendre. Dans les races inférieures, le cerveau est moins volumineux, sa croissance est, en outre, plus rapidement achevée. Le développement du crâne s'arrête avec celui du cerveau et les sutures, devenues inutiles, se laissent prendre par l’ossification.

La seconde conclusion doit être interprétée de la façon suivante :

Toutes choses égales d’ailleurs, le développement de l'intelligence est proportionnel au volume du cerveau et en particulier au volume du cerveau frontal. Or, ce qui distingue le cerveau de l’Européen de celui du Nègre ou du Hottentot, c’est surtout le grand développement relatif des lobes frontaux, en concordance du reste avec la plus grande culture intellectuelle. Or, selon Gratiolet, dans les races supérieures, qu’il appelait races frontales (on sait maintenant pourquoi), l’accroissement de la partie

postérieure du cerveau, et partant de la partie correspondante du crâne, serait terminé bien avant celui de la partie antérieure. La suture lambdoïde, dont le rôle est terminé, sera donc synostosée avant la coronale, dont le jeu est encore nécessaire au développement du frontal.

L’inverse se produirait dans les races inférieures, que Gratiolet appelait, toujours pour la même raison, races occipitales. Ici l’accroissement du cerveau et du crâne est plus tôt terminé en avant ; les sutures correspondantes se soudent les premières.

Gratiolet ajoutai!, comme complément à la loi qu’il venait de poser, que chez les sujets les moins favorisés de la race blanche les choses se passaient, en général, comme dans les races inférieures. A considérer les criminels, avec quelques ailleurs, comme des attardés , on voit de suite que les idées de Gratiolet leur seraient applicables. Nous avons vu cependant qu’il n’en est rien .

Mais la loi de Gratiolet n’est pas aussi absolue que le croyait son illustre auteur. Les recherches de Sappey,Pommerol, Hamy, Zukerkandl, Ribbe, Thomas Dwight, etc., ont prouvé qu’en général dans les races Européennes, la synostose du crâne commence sur l’endocrâne et qu’elle s’effectue de la région pariétale où elle débute vers l'obélion, aux régions frontale et occipitale au lieu de procéder d’arrière en avant comme le voulait Gratiolet (1).

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Fig. 43. — Vu de face.

(1) Thomas Dwight, The closure of the crantai sutures as a sign of âge (Boston medical and surgical Journal, 24 avril 1890).

En réalité chez les Parisiens, l’ordre d’oblitération des sutures dans leur ensemble est le suivant sur l’endocrâne :

1° Sagittale ; 2° coronale ; 3° lambdoïde, et sur l’exocrâne le même ordre est celui-ci :

1° Sagittale ; 2° lambdoïde ; 3° coronale.

On peut ajouter que l’indice céphalique exerce une action manifeste sur cet ordre d’oblitération. Chez les brachycéphales la suturation est plus précoce en arrière, c'est l’inverse pour les dolichocéphales. La brachycéphalie et la grande capacité crânienne, en effet, paraissent bien être une cause de persistance plus longue des sutures; la fermeture se ferait de plus bonne heure chez les dolichocéphales avec faible capacité du crâne.

Dans les races inférieures (Nègres, Polynésiens, Néo-Calédoniens, Cafres^etc.) la loi de Gratiolet n’est pas non plus encore

beaucoup plus juste, car la synostose est chez elles, aussi discordante à partir du point central sagittal. Néanmoins, comme l’ossification normale des sutures s’effectue en moyenne entre 40 et 45 ans dans les races supérieures, tandis que dans les races inférieures ces sutures commencent à se fermer vers l’àge moyen de 25 à 28 ans, on peut admettre avec Gratiolet que cette

synostose précoce chez les Nègres et les Océaniens trouve sa raison dans une terminaison précoce de l’accroissement cérébral. Comme d’autre part, chez les Nègres et les Océaniens la synostose semble bien envahir plus spécialement en premier lieu la coronale, il s’ensuit que la loi de Gratiolet contient une certaine part de vérité qu’il serait injuste de ne pas lui reconnaître. Si donc le Nègre est plus vite « jeune » que le blanc, il est aussi plus vite « vieux ». Ne cite-t-on pas toujours, à la suite de Gra-

Fig. 4b. — Vu de face.

tiolet, l’exemple de ce vieillard mort à 102 ans, avec la plupart de ses sutures ouvertes et dont le crâne « malgré les ans, gardait une éternelle jeunesse ».

En examinant, au Muséum de Paris, un certain nombre de crânes d’hommes distingués, d’aliénés et de criminels., Ribbe (1) a reconnu que si les criminels ne présentaient rien qui méritât d’être rappelé au point de vue de la synostose, il n’en était pas de même des aliénés et des hommes distingués. Les crânes de ces derniers (Juvénal des Ursins, Boileau, le maréchal Jourdan, le maréchal Wurmser, Descartes, etc.), se font remarquer on le sait, par une forte capacité. Eh bien, ils sont remarquables aussi, malgré l’âge, par la persistance des sutures. Quant aux crânes des aliénés, ils sont juste l’inverse ; car ils se distinguent par la soudure hâtive, non seulement de la suture sagittale, mais encore de la fronto-pariétale, oblitération précoce qu’il ne serait peut être pas irrationnel de rattacher à l’arrêt de croissance plus rapide du cerveau, et spécialement des lobes frontaux, ce qui rend inutile la persistance de la suture coronale. Obolonsky (2) cependant signale l’oblitération prématurée des sutures comme un des caractères des crânes des criminels.

Voici enfin à cet égard les conclusions d’un travail récent de A Fortounatoff (3) :

1° Il n’existe pas d’ordre, ni de suite rigoureuse dans l’oblitération des sutures ; 2” la loi de Gratiolet, d’après laquelle l’oblitération des sutures du crâne chez les races blanches va d’arrière en avant et en sens inverse dans les races noires, pas plus que la loi de Betz et Rava (4), sur la différence sexuelle dans l’ordre de l’ossification des sutures ne sont justifiées chez les indigènes russes , 3* l’oblitération des sutures ne commence pas toujours par la table interne.

(1) Ribbe, loc. cit., p. 117.

(2) Obolonsky, Les crânes des criminels (en russe), Saint-Pétersbourg, 1890.

(3) A. Fortounatoff, Marche de V oblitération des sutures du crâne chez certains peuples du territoire russe (Mém. de l’Acad. des sciences de Saint-Pétersbourg, vol. LX, 1889.

(4) Betz et Rava, Kiewer Universitœtsnarichten , 1880.

3° Simplicité plus grande des sutures dentelées . — Ce caractère a été considéré par Lombroso comme se rattachant spécialement au criminel. L’anthropologiste italien l'a noté dans 18,4 0/0 des 383 crânes de criminels étudiés par divers savants de l’Europe.

Roncoroni et Ardù l’ont rencontré 3 fois sur leurs 43 crânes de criminels, soit près de 7 fois 0/0. — Chez Lemaire, assassin et voleur de profession, décapité à 29 ans, les sutures étaient d’une grande simplicité. Si nous consultions nos propres impressions en ce qui concerne ce caractère chez nos criminels, nous dirions aussi que la simplicité des sutures nous a frappé chez tous les décapités lyonnais, excepté chez Dumollard, où les sutures sont bien denliculées. Sur 88 autres crânes de criminels, j’ai constaté 16 fois des sutures simples et 23 fois des sutures bien dentelées. Nous pourrions ajouter que A. Fallût a rencontré aussi cette dernière disposition sur le crâne de Tégami. Mais quelle importance attacher à ce caractère?

Comme dans les races mongoliques et dans les races noires, les complications des sutures sont moins prononcées que dans les races blanches, on a voulu leur faire dire que les criminels sont des « retardés » des « dégénérés » dans la civilisation.

4° Fréquence des os ivormiens , ptérique, lambdatique et astèrique. — D’après la statistique que Chambellan (1) a dressée au Musée Broca, on peut conclure que le nombre des os wormiens est plus considérable sur le crâne des Auvergnats (à cause de la grande capacité crânienne et de la brachycéphalie) que sur les Pari siens, sur ces derniers que chez les Néo-Calédoniens, les Nègres et les Péruviens. Il serait aussi plus considérable chez les hommes que chez les femmes (toujours à cause de la plus grande capacité crânienne) et, dans une même population, chez les brachycéphales que chez les dolichocéphales. Ce nombre augmenterait avec la capacité moyenne du crâne. Les microcéphales, les anthropoïdes et les singes présentent beaucoup moins d’os wormiens que les hommes normaux, tandis que ies

(1) Chambellan, Etude anatomique et anthropologique sur les os wormiens (thèse de Paris, 1883).

MO

hydrocéphales en ont beaucoup plus. Enfin la grandeur moyenne de ces petits os s’accroît en même temps que leur fréquence. Tout cela découle de ce fait, à savoir, que les os wormiens semblent avoir été faits pour parer à l'insuffisance de l’ossification. Il s'ensuit que les grands crânes ont plus d’os wormiens que les petits, et aussi que les crânes dont les sutures sont soudées en ont moins'; ce qui pourrait expliquer que les criminels aient moins d’os wormiens que les sujets normaux s’il était démontré qu’ils ont réellement une synostose plus précoce.

Fig. 46. — Exemple d’os bregmatique (Desandrieux, Muséum de Paris).

Voici l’ordre de fréquence, chez les sujets normaux, des os wormiens fontanellaires et suturaux, d’après Chambellan :

110 crânes de Parisiens — os astérique 36 fois

» » » » ptérique 14 »

» » » » lambdoïdien

198 » » b bregmatique 2 »

» » » s obélique 2 »

Centonze (1) de son côté, sur une série de 400 crânes d’Italiens du Sud, a trouvé quatre fois l'os bregmatique, l’os interpariétal antérieur de Calori, et a cherché à montrer que cet os de la fontanelle antérieure est de règle chez les singes platyrhiniens et spécialement dans les genres Cebus et Atèles.

F. Marimo et L. Gambara (2), dans leurs récentes recherches sur 264 crânes, ont rappelé que Allen a rencontré le processus frontal 23 fois sur 1 100 crânes; que Grüber l’a noté 60 fois sur 4000; Mantegazza 16 fois 0/0 sur 214 crânes de Papous, Fuégiens, Australiens et Négritos et que Calori ne l’a trouvé que 8 fois sur 1100 crânes d’Italiens.

En ce qui concerne les os wormiens ptériques, Mantegazza les les a signalés dans 30 0/0 des crânes des races inférieures et Marimo et Gambara 90 fois sur 1000 crânes. Ces derniers auteurs les ont mentionnés 28 fois 0/0 chez les Lapons, les Australiens, les Suédois et les Néo-Zélandais; 27 fois 0/0 chez les Papous ; 26 fois chez les Indous; 8 fois chez les Italiens du Nord et les Péruviens; 6 fois chez les Fuégiens et les Sardes, et 3 fois 0/0 enfin, chez les anciens Egyptiens.

Si l’enchevêtrement môme des races et des dolichocéphales avec les brachycéphales dans ce tableau, indique suffisamment que la question de race est ici fort peu en cause, il n’en est pas de même de la forme de la tête. Comme l’avaient déjà dilStieda et Schlocker, la fréquence des os wormiens du ptérion marche de pair avec la grandeur du diamètre bi-temporal, c’est-à-dire avec la brachycéphalie.

Voyons si la fréquence de ces os est plus grande chez les criminels.

Lombroso (3), Marimo (4) ont noté des os wormiens du ptérion dans la proportion de 23 0/0 chez leurs criminels, tandis que d’après Lombroso (5), on ne rencontrerait ces ossiculesque

(1) Centonze : L'Os bregmatique ( Mem . Soc. Ital. dette scienze, 3' série, VII n° 3, 1890).

(2) F. Marimo etL. Gambara, Contributions à l’étude des anomalies du ptérion ( Archivio per l’Antrop., XIX, 1889).

(3) Lombroso : L'Homme criminel, p. 171.

(4) Marimo, Archives d’ Anthropologie, 1889.

(5) Lombroso : L’Anthropologie criminelle, p. 30, Paris 1899, et L'Homme criminel, p. 171, Paris, 887.

16 fois chez les Italiens du Sud, 28 fois sur les Australiens et 36 fois 0/0 sur les Papous.

D'après Marimo et Gambara aussi la fréquence des os plériques est plus grande chez les criminels. Ces auteurs noient en effet 28 fois 0/0 ces os dans cette catégorie d’individus tandis qu’ils n ont trouvé qu’une proportion de 13 0/0 dans les crânes provenant de l’Italie du sud. Ils mentionnent encore comme plus grande chez les délinquants l’association des os ptériques et des autres os wormiens (71 0/0 au lieu de 47 0/0 dans les crânes normaux) , la fréquence des os épiptériques (18 0/0 au lieu de 10 0/0 chez les sujets ordinaires), et l’association des os du ptérion et de la fossette vermienne (29 0/0 au lieu de 6 0/0 dans les crânes ordinaires).

Lombroso a rencontré l’os ptérique 18 fois 0/0 chez les fous et 63 fois 0/0 dans des crânes de sauvages.

Deux fois Ten Ivate et Pawlovsky ont rencontré un os wormien du ptérion dans une série de dix crânes de suicidés non aliénés, et Corre rappelle qu’il a également retrouvé cette anomalie chez le curé Delacolonge, assassin de sa maîtresse, et sur le crâne d’un criminel malais.

Si nous consultons nos deux séries de crânes d’assassins lyonnais et de crânes normaux, nous voyons un os wormien au niveau de la fontanelle latérale ou astérion, chez Gonachon, Durand, Barrel et Chrétien; un os wormien endocranien astérique chez Laurent, un os wormien de la fontanelle postérieure ou lambdatique chez Gonachon et enfin un véritable os épactal ou interpariétal chez Duchamp et chez Barrel. Sur le crâne de Barrel, il a la forme d’une couronne ducale et mesure 2 centimètres sur 3 centimètres 1/2. — Le crâne de Laurent présente un os wormien endocranien au niveau de l astérion.

Dans 10 crânes normaux pris pour étalons, nous rencontrons : sur le crâne A, un os wormien lambdatique et un os astérique; sur les crânes F et G , un os astérique des deux côtés, et sur les crânes D et E , de petits os wormiens au niveau de la suture lambdoïde. — Deux autres crânes de sujets non assassins, que nous avons sous les yeux en ce moment, présentent l’un un os épactal bien denticulé de la grandeur d’une pièce de cinq francs en argent au milieu de la suture lambdoïde gauche, l’autre trois

os épactaux bien crénelés d’environ S centimètres de diamètre, qui partagent l’occipital écailleux en quatre pièces.

Lombroso, sur les crânes de sa collection et sur ceux des criminels appartenant à d'autres auteurs, a noté (314 crânes) 22 fois 0/0 la présence d’os wormiens.

Roncoroni et Ardu signalent 43 fois 0/0 la présence d’os wormiens chez leurs criminels, et au dire de Lombroso (1), Penta (2) aurait observé des deux côtés un os anomal singulier qui, de chaque côté de l’occipital allait rejoindre « le ptérion, comme dans les poissons pleuronectiles ». J’avoue que je ne comprends pas très bien ce qu’entend réellement l'anthropologiste italien dans cette description.

Corre a rencontré une fois Los épactal ou interpariétal sur un criminel annamite; Roncoroni et Ardù 4 fois sur leurs 43 crânes de criminels (soit 9 0/0). — On sait que cette anomalie, c’est-àdire la présence d’un os interpariétal, épactal ou lambdoïdien, a été considérée comme une particularité ethnique remarquable chez les anciens Péruviens. C’est pour cela que Tschudy et Ribero, en 1831, ont désigné cet os sous le nom d’os des Incas.

Anoutchine (3) qui a étudié à cet égard des milliers de crânes dans les musées d'Europe, l’a rencontré dans 20 0/0 des crânes péruviens, dans 9 0/0 des crânes américains, dans 5 0/0 des crânes nègres et dans 2 0/0 des crânes européens. On le trouverait 2 à 3 fois 0/0 dans les races allemandes d’après Welcker, et 8 fois 0/0 chez le Bavarois selon Ranke (4).

Jacquart (3), qui a repris la question, a rencontré 16 fois l’os épactal sur 2000 crânes du Muséum, et P.Brocaa fait voir combien on avait exagéré la fréquence de cet os chez les anciens Péruviens.

Washington-Mattews(6)sur88 crânes d’Arizoniens anciensliés

(1) Lombroso, l’Anthropologie criminelle, p. 30.

(2) Penta, Rivista di discipline carcerarie, p. 23, 1889.

(3) Anoutchine, De l'os des Incas, Moscou, 1880, et Revue d' Anthropologie, 1882.

(4) J. Ranke, Sur l’os des Incas, Beitrage sur Anthropologie Bayern, 1878.

(5) Jacquart, De la valeur de l’os épactal, Paris, 1873.

(6) Washington-Mattews, L’os des Incas (American Anthropologist, vol. II, octobre 1889).

Debtf.rre.

aux Indiens Pueblos actuels par les caractères ostéologiques et ethnologiques a trouvé :

Os de l’Inca

Arizoniens anciens 6,81 0/0

Péruviens 6,08 »

Américains non Péruviens 3,86 »

Nègres . 2,65 t

Mongols 2,26 »

Malais et Polynésiens 1,42 »

Mélanésiens 1,65 »

Caucasiens 1,19 »

Européens 1,09 »

Ces résultats concordent avec les recherches d’un ancien élève de l’école de Lyon. Sur 300 crânes des catacombes de Paris conservés au musée Broca, P. Lucy (1) a trouvé 32 fois l’os épactal; sur une collection de 150 crânes lyonnais du musée d’anatomie de la Faculté de Lyon, il l’a noté 10 fois, et l’examen de 20 crânes de Néo-Calédoniens le lui a présenté 2 fois. En somme, les crânes parisiens des catacombes et les crânes lyonnais conservés à la Faculté de médecine présenteraient de 8 à 10 fois 0/0 l’os épactal, ce qui est la moyenne ordinaire des Européens. Bref, les recherches de Broca, Jacquart, Ranke, Lucy, aussi bien que celles de Washington-Mattews s’accordent pour dire que l’on ne peut faire de la présence de l’os épactal un caractère de race, comme tendaient à le vouloir faire les résultats d’Anoutchine.

Récemment, Ferraz de Macedo, à son tour, en a noté la présence 2 fois sur 100 , et 0,6 sur 100 $. Sur 136 crânes de

criminels divers, Lombroso aussi l'a noté 10,5 fois 0/0. Sur ses 126 crânes de criminels, hommes et femmes, et sur 3090 crânes normaux qu’il a rassemblés à cet effet, il l’a rencontré 9 fois 0/0 sur les criminels, 6,8 0/0 sur les femmes criminelles, 0,5 chez les normaux, 1,7 fois 0/0 chez les femmes normales et 3 fois 0/0 chez les fous (2).

(1) 'P. Lucy, Des anomalies de l’occipital ("thèse de Lyon 1890/.

(2) Lombroso, L’Homme criminel , p, 170,

Bref, les os wormiens qui semblent indiquer une expansion du cerveau plus précoce et plus prolongée par rapport au développement du crâne, se rencontreraient, au dire de Lombroso, 23 fois sur 100 criminels et seulement 16 fois 0/0 sur les crânes normaux. Mais Baer conclut qu’ils sont des produits pathologiques (rachitisme, etc.), et n’ont aucune signitication.

Quelle valeur générale doit-on accorder à l’os interpariétal, os épactal, os des Incas, os triquètre, os lambdatique?

Je rappelle que l’os interpariétal des quadrupèdes, qui se soude plus ou moins tardivement avec l’occipital chez les uns et reste indépendant toute la vie chez d’autres, est un petit os triangulaire, qui occupe l’angle postérieur des pariétaux, audessus du sus-occipital.

Cet os a-t-il un représentant normal dans l’espèce humaine ?

Ce qu’il y a de certain, c’est qu’on peut l’observer à titre d’anomalie.

Pour tout le monde l’os interpariétal est le résultat d’un arrêt survenu dans l’ossification de l’écaille de l’occipital, ou bien d’une perversion dans le développement de cet os. Mais au delà, on ne s’entend plus.

Les uns admettent que l'occipital écailleux ou membraneux, se développe par deux points d’ossification seulement (Laffey, Hannover) ; d’autres pensent qu’il y a quatre points d’ossification (Kolliker, P. Broca, etc.,), et enfin, certains anatomistes croient qu’il se développe par six (Rambaud et Renault) et par huit points d’ossification (Hagen, Anoutchine, Merkel, Kolliker). Mais parmi ceux qui admettent huit points d’ossification, il faut remarquer que ïïagen et Anoutchine n’acceptent pas que ces quatre paires de centres osseux soient superposées : pour eux une de ces paires est latérale.

Ce qu’il y a de certain , c’est que si l’on examine ’les occipitaux de fœtus humains de 10 à 20 centimètres (de 3 à 5 mois) on peut voir que l'ossification de l’écaille, se fait en deux parties : une inférieure développée dans le chondrocrâne (os cartilagineux), une supérieure développée dans la voûte membraneuse du crâne (os membraneux). — Or si, laissant de côté la portion cartilagineuse de l’occipital qui paraît bien se développer par deux points

symétriques latéraux, on n’y envisage que la portion membraneuse de l’écaille de l’occipital, on voit une écaille osseuse, tantôt manifestement constituée par la convergence et la soudure de deux points latéraux, tantôt par la réunion de deux paires superposées de points latéraux. Ce qui fait que dans le premier cas on observe sur des fœtus de 6 mois et plus une paire de fentes sur le bord de l’écaille et une fente verticale et médiane, et dans le second un fente verticale aussi, mais deux paires de fentes sur le bord de l’écaille.

Sur l'occipital de l’adulte on retrouve souvent les traces de ces deux fentes sous la forme de deux crêtes ou lignes de soudure superposées : une supérieure, line a niichae suprema de Meckel, qui passe au-dessus de l’inion ; une inférieure, linae nuchae superior qui correspond à l’inion et à la gouttière latérale (point d'insertion de la tente du cervelet, ligne de séparation du cerveau et du cervelet). Entre les deux lignes, il y a une surface bombée que l'on appelle, à la suite d’Ecker, torus occipitalis transvers us ; au-dessus de la ligne snpérieure, il reste une assez large portion d’écaille, où siègent quand ils existent les os interpariétaux ou épactaux. Il existe enfin une troisième crête, la ligne courbe inférieure de l'occipital où s'attachent divers muscles de la nuque.

Mais il y a plus. Sur certains occipitaux de fœtus humains, ainsi que Rambaud et Renault l’ont bien noté (1), on voit une troisième paire de points osseux sur l'écaille de l’occipital. Ces points exceptionnels, situés à l’angle pariétal, ne pourraient-ils point devenir, lorsqu’ils existent, l’origine de l’os ou des os interpariétaux ?

Ficalbi (2), en étudiant les crânes des Vertébrés, a également noté qu’au-dessus de l’interpariétal soudé avec le supraoccipital, on peut rencontrer anomalement chez l’homme, constamment chez certains Mammifères, deux os qu il a distraits de la classe des os wormiens et qu'il a appelés os interpariélaux accessoires. Signalés aussi par Meckel, Richiardi, Chiarugi, etc., ces os ont

(1) Rambaud et Renault, Développement des os. Paris, 1864.

(2) Ficalbi, Atti delta Soc. di Sc. Nat. Pise, 1885. Voyez aussi : Romiti, Lo svi/upo e le varie fà de/!’ osso occipitale nell’ uomo. Sienne, 1881.

été considérés par Virchow comme liés à une théromorphie ; comme dus à un arrêt de développement par Sergi ; comme le résultat d’un phénomène régressif et atavistique par Chiarugi et Mingazzini.

Bianchi Stanislao (1), ne les ayant rencontrés sur 65 fœtus de 2 à 9 mois que 4 fois seulement, en conclut, lui aussi, que ces os ne sont pas normaux dans l’espèce humaine. Mais il en conclut de plus qu’on ne peut les considérer comme homologues aux préinterpariétaux constants des singes, des carnivores, des cétacés, des solipèdes, des édentés et des marsupiaux, et que ce ne sont point des organes en régression.

Sur 669 crânes, dont 625 d’adultes, de l’Institut anatomique de Kœnigsberg, Stieda (2) a rencontré 21 fois des préinterpariétaux (interpariétal ou épactal), soit 4 0/0 ; — 7 fois des occipitaux supérieurs (moins de 1 0/0), — 3 fois des interpariélaux coïncidant avec des supra-occipitaux (0, 44 0/0) ou épactal tripartitum de Virchow.

Le développement de l'occ i pi I al explique avec facilité toutes ces anomalies. Il suffit pour cela de se rappeler que si l’écaille de l’occipital est ordinairement composée au début d’un infraoccipital double (os développé dans le chondrocrâne) et d'un supra-occipital double (os développé dans le crâne membraneux) qui se soudent ensemble vers le quatrième mois de la vie fœtale, il peut exceptionnellement comprendre des points accessoires qui, évoluant séparément, donnent naissance à toutes les formes d’os interpariétal.

Eh bien, étudions maintenant les crânes des sujets qui ont des os épaclaux Dans les uns, comme celui que j’ai sous les veux en ce moment, il u’exi'te qu'un os épactal qui siège, soit à droite, soit à gauche, sur l’écaille de l’occipital au-dessus de la ligne nuchale suprême ; tantôt cet os remonte jusqu’au lambda, tantôt il se localise au milieu de la suture lambdoïde. Dans d’autres crânes, comme celui que je tiens maintenant dans les mains, il

(1) Bianchi Stanislao, Contrib. à l’étude des os préinpariètaux chez l'homme. (Archivio per l'Anthrop. et la Etn. XIX, 1890), et Sut nodo Kerckringiano ( Monitore zoologico ialiano , 1893).

(2) H. Stiéda, Anomalies, der menslichen Hinterhaupdtsschuppe Wiesbaden, 1892. — Voy. aussi : Cliiaruzi, Atti délia R. Accad. di Fiisocritici , Sienne, 1888.

y a trois os épactaux, l’un médian, les deux autres latéraux, occupant tous les trois la portion de l’occipital écailleux située an-dessus de la ligne nuchale suprême, qui reste ici constituée par une suture dentelée séparant l’écaille en deux os superposés. L'os médian monte jusqu’au lambda, les deux autres siègent sur la partie moyenne des deux branches de la suture lambdoïde.

Fig. 47. — Exemple d’os ivormiens lambdoïdiens (3 et 3’) et d’os épactal ( crâne de Plessis, n° 7 0 du Musée Or fila).

1, suture sagittale; 4, 4, suture lambdoïde.

A quoi correspondent sur ce crâne les deux os surnuméraires latéraux de l’écaille ? Ils seraient constitués par la première paire ou paire supérieure des points osseux de l’écaille restée indépendante de la paire inférieure de l’écaille. De plus les deux points de cette première paire seraient restés indépendants l’un de l’autre. Entre eux, on trouve sur notre crâne l’os surnuméraire médian.

A son tour, d’où vient ce dernier? Correspond-t-il à l’interpariétal des animaux, et résulte-t-il de la présence initiale d’un point osseux, anomal dans l’espèce humaine, de l'écaille de

l’occipital? Tout ce que l’on peut affirmer, c’est que l'os occipital du sujet qui présente cette anomalie a dû se développer audessus de la ligne nuchale suprême, aux dépens, non point d’une paire de points d’ossification latéraux et symétriques, mais aux dépens de trois foyers osseux qui sont restés isolés les uns des autres et se sont unis ensemble seulement par des sutures. Qu’on les appelle tous les trois os interpariétaux ou tous les trois os épactaux ; qu’on appelle les deux latéraux os épactaux et le médian os interpariétal ou lambdatique, peu importe. La tératologie ici encore vient en aide à l’embryogénie.

Sur 88 sujels criminels j’ai rencontré :

Os wormiens 26 fois

Os ptérique 18 »

Os astérique 6 »

Os coronal 2 »

Os épactal 3 »

Os épactaux 3 »

Os interpariétal S »

Os bregmatique 1 »

une seule fois par conséquent l’os bregmatique, que j’ai rencontré sur trois crânes inconnus du Muséum, deux dolichocé-

phales et un brachycéphale, et que l'on a l’occasion de voir assez rarement. — Sur un assassin décapité du Musée Orfila du nom de Plessis (n° 70) j’ai noté deux grands os wormiens lambdoïdiens et un bel os épactal médian ou interpariétal (fig. 47), Sur une femme décapitée du Muséum (fig. 48), j’ai rencontré trois os épactaux (n° 5578, n° 154 de la collection de Gall.) — D'une façon générale, soit sur ces 88 crânes, soit sur les 361 que j’ai examinés au musée anatomique de Gand, je n’ai pas vu que l’os épactal ou interpariétal, comme on voudra, soit plus fréquent chez les criminels que chez les sujets non-criminels. La multiplicité même de cet os n’est nullement un caractère du crâne d’assassin, puisque j’ai noté trois épactaux sur un crâne de mon laboratoire , et que Jacquart a figuré un cas semblable dans les planches de son mémoire. Mais ce qui paraît fréquent chez les criminels, c’est la présence des os plérique et astérique.

5° Développement des arcades sourcilières avec effacement de la glabelle. — Lombroso considère la saillie des arcades sourcilières comme un des caractères du crâne des criminels. Je dois dire qu’à m’en rapporter à mes propres observations, c’est là une affirmation qui mérite d’être contrôlée sérieusement avant d’être définitivement admise. Quoiqu’il en soit, Lombroso note ce caractère 52 fois sur 100 dans les 206 crânes de criminels de diverses collections qu’il a étudiés à cet effet, et comparant à cet égard 66 criminels de sa propre collection à un grand nombre de crânes normaux, il trouve les arcades sourcilières et les sinus frontaux très développés 62 fois 0/0, chez les criminels tandis qu’il ne rencontre ce caractère que 25 fois 0/0 dans les crânes normaux (1). Parallèlement il note la dépression de la glabelle dans 31 0/0 des crânes de criminels et seulement dans 13 0/0 des crânes normaux. Roncoroni et Ardù ont également noté 27 fois 0/0, Mingazzini33 fois 0/0 le grand développement des sinus frontaux chez les criminels. D’après mes propres impressions, il me semble pouvoir dire aussi que les assassins ont plus souvent que les sujets normaux des saillies orbitaires

(1) Lombroso, L’Homme criminel, p. 170.

très accusées. Ainsi chez Baillet, Barrel, Laurent et Dumollard (4 sur 10) les arcades orbitaires sont saillantes, et la glabelle est effacée chez Laurent et chez Gonachon. Mais Baer, contrairement à Lombroso n’a rencontré des arcades sourcilières très proéminentes chez les détenus que dans la proportion de 3,2 0/0.

6° Développement des apophyses mastoïdes et des deux lignes courbes pariétales. — Lombroso regarde la massivité de l’apophyse mastoïde comme un caractère qu’on rencontre souvent chez les criminels. Roncoroni et Ardu l'ont noté 23 0/0 dans leurs observations. — Nos observations personnelles faites comparativement sur nos crânes d’assassins et nos crânes normaux ne nous permettent guère de formuler une appréciation quelconque à cet égard.

La ligne courbe crotaphytique et la ligne courbe pariétale qui sont assez peu marquées d’ordinaire, surtout la dernière, seraient remarquablement développées, selon Lombroso, sur les crânes des criminels. Dans 66 crânes la ligne crotaphytique se dessinait en relief, et chez 16 elle était très rugueuse. — Nos observations personnelles nous permettent de dire aussi que les lignes courbes pariétales paraissent plus développées chez les assassins. Elles sont certainement plus développées dans les crânes de Dumollard, de Perret, de Durand, de Baillet, que dans les 30 ou 40 crânes de sujets normaux que nous avons étudiés comparativement à cet égard. — Mais il ue nous a point semblé qu’elles se rapprochassent davantage chez eux, comme c’est le cas chez les anthropoïdes et nombre de sujets des races humaines inférieures.

7° Direction , situation reculée et indice du trou occipital. — On sait que l’inclinaison aussi bien que la situation du trou occipital sont en rapport avec l’attitude bipède ou quadrupède, et les conditions d’équilibre de la tête dans ces deux genres d’attitude. Or, l’angle basilaire de Broca qui mesure cette inclinaison, et en même temps la situation du trou — car les deux termes sont intimement liés l’un à l’autre, — s’étend de 14°

(Auvergnats et Slaves) à 26° (Nubiens) et à 45° chez l’anthropoïde.

Angle occipital Angle basilaire

Hommes 10°, 3 à 20°, 1 14°, 3 à 26°, 3

Chimpanzés. . . 35° — 45° —

Singes pithéciens 33° à 35° 45°, 6 à 49°

Orchanski (1) a constaté que chez les assassins (24 crânes du Musée Orfila) le 'plan du trou occipital regarde plus en arrière, se rapprochant ainsi de ce qui existe chez les races humaines inférieures. D’après ses triangulations, X angle occipital de Broca, de 20,12 chez les Nubiens et de 12,45 chez les Parisiens, serait de 13,2 en moyenne chez les assassins européens; et X angle basilaire , de 25,97 chez les Nègres, de 17,12 chez les Parisiens, serait de 20 chez les assassins.

Nos recherches personnelles confirment les recherches d’Orchanski. Nous avons trouvé l’angle basilaire, pris avec le goniomètre médian de Broca, de 21° dans 10 crânes normaux et de 24° dans nos 10 premiers crânes d’assassins, et l'angle occipital de 15° chez les normaux et de 18° en moyenne chez les assassins. A. Falot et Alezais (de Marseille) ont noté un angle occipital de 15° et 16° sur les crânes d’Esposito et Tegami, et un angle basilaire de 21° chez le premier de ces bandits et celui de 25° chez le second, — ce qui confirme également que le trou occipital est plus reculé chez les assassins.

Orchanski a de plus observé que les dimensions du trou étaient aussi plus grandes chez les assassins que chez les autres sujets. Dans les crânes parisiens ordinaires, ce trou lui a donné un indice moyen de 84,90 (extrêmes d’après Broca = 77-90), tandis que le même indice monte à 85, 4. Mes recherches sur ce point confirment encore celles d’Orchanski. Sur 73 criminels, l’indice du trou occipital, c’est-à-dire le rapport centésimal delà largeur à la longueur, était de 86°, 30, tandis qu’il n’était que de 83°, 85 sur 20 crânes normaux pris pour termes de comparaison. — Ces observations infirment les recherches contradictoires de Lombroso sur ce sujet.

(I) Orchanski, Recherches craniologiques sur une série de crânes d’assassins (Bull, de la Soc. d’Anlhrop. de Paris, 3e série, t, V, p, 366, 1882. )

On sait que Wyman et Broca ont démontré que le basion est situé un peu plus en avant chez l'Européen que chez le nègre et dans les autres races inférieures, la projection crânienne antérieure (en avant du basion), la projection totale = 100, étant de 40 chez les Européens et de 36 chez les Nègres, et la projection crânienne postérieure (en arrière du basion) étant de 52 chez les Européens et de 50 chez les nègres.

P. Topinard a montré de même que si le centre du trou occipital est situé plus près de la partie postérieure que de la partie antérieure dans toutes les races humaines, ce centre est cependant placé un peu plus en avant (variations de 3 unités) dans les races blanches que dans les races noires. Or on sait que dans une même espèce, lorsque le trou occipital devient plus central l’angle facial augmente, c’est à dire que le crâne se rapproche du type humain (J. Ranke, Beitræge zar Antrop. u. Urgeschichte Bayeras, Munich, 1892). A ce point de vue, les assassins se rapprochent davantage des races humaines inférieures, des anthropoïdes et des singes.

Projection crânienne = 100

Singes

Parisiens Nègies Anthropoïdes Pithéciens Chiens

Projection postérieure.... 59,8 60,7 80,2 83,5 92,7

Projection antérieure 40,2 39,3 19,8 16,5 7,3

Cependant je rappelle que celte question ne me paraît pas résolue (à savoir le recul chez les criminels du trou occipital) puisque sur 109 de ces bandits, la projection crânienne étant 100, j’ai trouvé la projection crânienne antérieure de 45.5 et la projection postérieure de 54,5, les sujets normaux m’ayant fourni les chiffres comparatifs de 41 et 53 ( voy . les tableaux).

L’examen de l'intérieur de la surface du crâne, autrement dit 1 examen de l'endocrâne, n’a pas été jusqu’ici minutieusement fait. Cette surface présente, en effet, l’empreinte des circonvolutions (empreintes digitales) et des sillons (éminences mamillaires) du cerveau et l’empreinte des vaisseaux méningés et encéphaliques. Ces empreintes pourraient donc nous fournir

quelques renseignements sur les reliefs du cerveau et la vascularisation de l'encéphale.

Les deux caractères les plus importants que l’on a signalés sur l’endocrâne des criminels sont la crête frontale et la fossette occipitale moyenne.

8° Crête frontale et fossette occipitale vermienne . — La crête frontale hypertrophique signalée par Tenchini (1) a été confirmée par Mingazzini, Yaraglia et Marimo, qui font trouvée dans 47 0/0 des criminels, et dans 14 0/0 seulement des crânes des honnêtes gens (2). Je suis loin d’avoir rencontré une pareille proportion .

Bianchi l’a trouvée plus vivement marquée aussi chez les aliénés (ce qu’a contesté Mingazzini), ce qui se voit encore dans les races inférieures (Tenchini). Son développement exagéré coïnciderait d’après Tenchini avec l’existence bien marquée de la fossette occipitale moyenne. Mais Benedikt pense qu'il témoigne plutôt de l’arrêt de développement des lobes frontaux, parce qu’il coïncide avec la synostose prématurée de la suture frontale.

La fossette occipitale moyenne , encore appelée fossette cérébelleuse moyenne, fossette vermienne, fossette aymarienne, fossette de Yerga, est constituée, on le sait, par une dépression olivaire de volume variable (depuis la grosseur d’une noisette à celle d’une noix le [tins ordinairement) ou par une simple gouttière qui siège au niveau de la crête occipitale interne ou inio-opistiaque, dans la région correspondant au lobe moyen ou vermis du cervelet.

Cette fossette, sur laquelle j’ai appelé à nouveau l’attention au Congrès d’anthropologie de Bruxelles au mois d’août 1892, n’est pas constante. Loin de là, son existence est même une exception relativement rare. Lombroso ( L'Homme criminel , p. 16oetl70), qui la considère comme la plus caractéristique et la plus atavistique des anomalies du crâne des criminels, l'aurait observée chez les sujets ordinaires dans la proportion

(1) Tenchini, Su/ta cresta frontale dei criminali, Pavie, 1886.

(2) Archivio di Psichiatria, vol. III, p. 68.

de 4 0/0, tandis que chez les criminels il l’aurait constatée 16 fois sur 100 crânes.

Marimo [Archivio di Psichiatria, 1889) a confirmé les observations de son confrère italien. Cet auteur annonce, en effet, qu'il a rencontré la fossette vermienne dans les proportions suivantes dans les divers groupes humains :

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