‹ Le crâne des criminelsChapitre 21 sur 33 · DIVERS · texte numérisé non relu

DIVERS

en

Nègres j (

TEN KATE ET PAIA Criminels

Suicidés ] §2

ORCHANSKI

Assassins

Total

Angle de Cloquet

Angle de Jacquart

Angle de Jacquart sur la série des têtes moulées du musée de Brest (Corre et Roussel).

Voleurs

Faussaires

Incendiaires

Violateurs <

Meurtriers

! / 750 et + . .

Européens . . . / 74° — 70° .

( 70° et — . .

De ces mensurations effectuées par Orchanski, Ten Kate et Pawlovsky, Corre et Roussel, il résulte que les criminels ont un angle moins élevé que le reste des hommes ; c’est-à-dire qu’ils ont la face moins orthognathe, moins droite, autrement dit qu’ils sont plus prognathes. C’est ce que m’ont prouvé mes recherches sur la projection faciale du crâne des criminels (voy. tableau 8, p. 19).

C’est aussi la conclusion de Lombroso, qui a examiné l’angle facial de Camper sur un certain nombre de criminels.

L’angle facial de Camper, qui mesure l’inclinaison de la face (ligne faciale) sur la ligne horizontale auriculo-spinale, c’està-dire sur l’horizon ou plan alvéolo-condylien, est en moyenne, chez les races de l’Europe, de 76,5 (écarts 85°-60°), de 70° chez les Nègres, de 40' chez les Anthropoïdes adultes, de 52°-56 chez les autres singes, — de 38° chez les Lémuriens et de 30° chez les Canidés.

Eh bien, Lombroso, sur 40 criminels, ne vit cet angle atteindre 80° que 3 fois, et chaque fois il s’agissait de brigands de haute marque, dont la capacité crânienne était très élevée. Chez les 37 autres, la mesure de cet angle n’atteignit pas la moyenne ordinaire. Ainsi, chez deux meurtriers piémontais, et chez des faussaires et voleurs lombards, siciliens, romains ou toscans, il vit cet angle varier de 68° à 74°. — Chez 60 femmes

criminelles, il rencontra une moyenne de 73° (écarts 81°-69°), les angles les plus grands se trouvant chez les empoisonneuses et les condamnées pour coups et blessures, les plus petits se rencontrant chez les meurtrières et dans les crimes sexuels.

Le prognathisme alvéolaire ou sous-nasal a été relaté 4 fois 0/0 sur 100 femmes normales par Lombroso, alors qu’il notait ce caractère 7 fois 0/0 sur 250 femmes criminelles. Mais Penta ne dit-il pas qu’il a observé 45 fois 0/0 celte même disposition sur sa série de 500 criminels des bagnes de l’Italie?

Arno et Colombali ont mentionné 7 fois le prognathisme et l’eurignathisme sur 22 femmes criminelles (!), et Arno seul 1 fois sur 151 criminels.

On trouvera dans le livre de Mantegazza (1) et celui de Schack (2) des figures curieuses de prognathisme sous-nasal, qui rapprochent la tête de l’homme de celle des félins (tête d’ours, tête de fouine, etc.).

Pour notre compte, nous avons recherché l’angle facial chez nos sujets normaux et chez nos décapités. L’angle que nous avons choisi de préférence est celui de J. Cloquet, parce que seul cet angle, avec celui de Cuvier, parmi les angles faciaux, tient compte du prognathisme sous-nasal et parce qu’il a une valeur sériaire. Il nous a donné une moyenne de 70” chez nos sujets ordinaires avec des extrêmes de 68-73, et chez nos assassins une moyenne de 66° avec des écarts de 64-72. C’est la confirmation de la loi générale établie par Lombroso et d’autres anthropologistes. Cette loi, notre angle ophryo-alvéolaire, qui mesure l'aire de la face, la confirme encore, puisqu’il nous a donné 52° (48-59) chez 20 sujets normaux, tandis qu’il ne nous fournissait que 49“ (42-55) chez 16 décapités du musée de Lyon. Le crâne de Baiilet présente un prognathisme sous-nasal très accusé, et dans l’ensemble la tête osseuse de ce gredin ressemble un peu à celle d’un nègre ou d'un Océanien.

L’angle facial d’Hugo Schenk est de 70°, d’après Bénédikt, et Fallot a constaté un angle facial ophryo-spinal de 78° et 79° sur

(1) Mantegazza : La Physionomie et les sentiments, Paris, 1875.

(2) Schack ; La Physionomie chez l’homme et chez les animaux, p. 305, Paris,

Esposito et Tegami. J’ai trouvé le même angle, c’est-à-dire l’angle facial de Camper, de 76°9 sur 109 criminels (1).

Il reste donc à peu près démontré que les criminels sont plus prognathes que le reste de leur race. De ce côté ils se rapprochent davantage de l’animalité. Encore est-il que Ranke admet qu'ils ne le sont pas davantage que dans les honnêtes gens des mêmes populations.

Enfin, Ferri admet que chez les délinquants le développement relatif de la face comparé à celui du crâne est plus grand ( Congrès d'anthrop. de Rome, 1894).

10. — Front. — Au double point de vue physologique et esthétique, le front, bien qu’appartenant au crâne, a été considéré comme une des parties les plus importantes de la face. La sagesse des nations y a cherché la manifestation des mouvements de l’âme et l’indication de la valeur intellectuelle. Les peintres et les sculpteurs ont su manifester et peindre l’expression des émotions qui s’agitent sous le crâne en traçant ou en gravant la forme du front, |la saillie des bosses frontales, la saillie des arcades sourcilières. Le front bas et fuyant a toujours été considéré comme une marque d’infériorité.

Marro (2) a mesuré la hauteur du front chez 52 sujets normaux et 121 délinquants. En fixant, en moyenne, la hauteur du front à 4 centimètres, on peut dire que les fronts bas (audessous de 4 centimètres) sont au nombre de 15 0/0 chez les normaux, tandis qu’ils s’élèvent à la proportion de 41 0/0 chez les criminels. De même, alors que les non-criminels ont un front haut (dépassant 4 centimètres) 84 fois 0/0, les criminels n’ont ce front que 58 fois sur 100.

Le front, on le sait, est partagé en deux plans réunis à angle plus ou moins obtus, au niveau des bosses frontales, c’est-àdire que l’os frontal est coudé en une sorte d'angle obtus et arrondi, saillant en avant. Chez la plupart des Européens, l’angle a relativement peu d’ouverture : le front est droit et

(1) Sur les crânes des prostituées des musées de Pavie, Bergonzoli a noté un angle facial moyen de 76° (angle de Gloquet).

(2) Marro, Loc. cit. p 125.

LA FACE DLS CRIMINELS

loi

bombé, tandis que dans certaines races préhistoriques (race de Néanderthal) et races inférieures (races océaniennes), ainsi que chez les microcéphales de toute race, l'angle est très obtus : le front est fuyant. Or, dans les races blanches, alors que les honnêtes gens ne présenteraient que 4 0/0 de fronls fuyants, les criminels atteindraient la proportion de 22 0/0 d’après Penta et d'environ 30 0/0 selon Marro.

L’exagération de la saillie des bosses frontales a été considérée par certains anthropologistes, par Lombroso, par Laurent, comme un caractère qu’on retrouve aussi chez bon nombre de criminels. Nous ajouterons que la forte saillie des arcades sourcilières, qui surplombe l’œil et lui donne un regard dur et méchant, a été mentionnée comme une des distinctions du criminel par Lombroso, qui aurait rencontré 38 fois 0/0 ce caractère. Depuis cependant, Lombroso lui-même, avec Roncoroni et Mura, n’ont rencontré cette saillie exagérée que 14 fois 0/0 sur une série de 250 criminelles et Penta, de son côté, n’accuse ce caractère sur 500 criminels des bagnes de l'Italie que 21 fois sur 100. Lombroso note 8 fois 0/0 la saillie des arcades sourcilières sur 100 femmes normales. Je mets ce chiffre en opposition avec les 14 fois 0/0 qu’il l’a trouvée chez 250 délinquantes. Enfin, le même auteur signale l’effacement concomitant chez les criminels de la saillie intermédiaire aux deux arcades sourcilières , bosse frontale moyenne ou glabelle, ce qui achèverait de caractériser le crâne des assassins.

11. — Ecartement des yeux. — Si nous examinons le diamètre bi-orbitaire interne (d’un dacryon à l’autre), nous pourrons nous rendre compte de l’écartement des yeux, autrement dit nous pourrons apprécier la largeur de la racine du nez. Ce diamètre chez nos criminels est de 22mm8. Quel est-il chez les sujets non-criminels? P. Broca a donné 21,6 pour les Parisiens contemporains, 25 chez les Hollandais, 28,5 chez les Auvergnats, 12,6 sur les nègres d’Afrique.

Le diamètre bi-orbitaire externe , qui s’étend d’un rebord orbitaire externe à l’autre, à peu près d’une suture fronto-malaire à celle du côté opposé, permet à son tour d’apprécier la largeur de la ligne orbitaire transverse. Cette ligne est chez nos crimi-

nels de 96mm,9. Si nous consultons le même diamètre chez les sujets ordinaires, nous voyons qu'il est de 98,34 (moyenne de 38 sujets).

12° Asymétrie de la face. — Lombroso (1) considère l’asymétrie de la face comme un des caractères les plus éclatants de la criminalité. Or, c’est là une question de degré, car l’asymétrie crânio-faciale est la règle, la symétrie l’exception daus les crânes les plus normaux.

Gratiolet, Topinard, etc., regardent même l’asymétrie de la tête comme un caractère de supériorité, ce qui ne veut pas dire, qu’on ne s'y méprenne point, qu’avec une asymétrie excessive on doive renconlrer une haute intelligence doublée d’une grande moralité.

Brouardel, Lasègue et Moltet n’ont-ils pas rappelé que le crâne de Menesclou était symétrique?

Yoici néanmoins des chiffres concernant l'asymétrie crâniofaciale seule que nous empruntons à Corre (2) :

A ce propos, Corre lui-même fait remarquer que la proportion des asymétries faciales est de beaucoup plus forte chez les criminels luxurieux, chez lesquels on a relevé une proportion élevée de déformations du crâne, en rappelant les affinités du crime sexuel avec les actes qui relèvent de l’aliénation mentale; — puis chez les voleurs, dont la majorité, ajoute Corre, appartient aux dégénérés du vice et de la misère.

Penta a remarqué 15 fois pour 100 l’asymétrie faciale sur sa série de 500 délinquants italiens, et Lombroso, Roncoroni et Mura l’ont signalée 17 fois sur 160 femmes criminelles, tandis qu ils ne l’ont observée que 6 fois sur 100 femmes normales.

(1) Lombroso : L’Homme criminel, p. 181.

(2) Corre, loc. cit., p. 98.

Asymétries de la tête

Chez les voleurs . . .

» faussaires . .

» violateurs .

» assassins .

L’asymétrie de la face a également été notée 4 fois sur 24 femmes criminelles, par Arno et Colombani et par Arno seul 4 fois pour 100 dans une série de 151 criminels.

Sur les 26 crânes des prostituées de l’Italie septentrionale, Bergonzoli a noté deux fois l’asymétrie (8 0/0); je l'ai trouvée deux fois sur 6 crânes de femmes criminelles.

13 a Palais. Indice palatin . — La forme de la voûte palatine varie avec les races et les sujets d’une même race. Les formes parabolique et hyperbolique sont communes dans les races blanches ; les formes en upsilon, en ellipse, sont rares chez les Européens et s’observent principalement dans les races noires et chez les singes.

Le rapport centésimal du diamètre transverse au diamètre antéro-postérieur delà voûte du palais constitue Y indice palatin. Or, alors que cet indice est de 74 en moyenne chez les Parisiens (Topinard), avec des movennes minima de 63 et des moyennes maxima de 84, il serait beaucoup plus élevé chez les assassins, — de 81 dans la série d’Orchanski.

Fallût a noté 64,81 chez Esposito et 71,15 chez Tegami.

Pour mon compte, dans ma double série, je l’ai trouvé de 70 chez les décapités lyonnais (écarts = 62-78) et de 69 chez mes sujets normaux (dans ma série générale, je relève 71,3 au prolit des criminels), ce qui ne confirme point que les criminels aient une voûte palatine plus rétrécie que le reste des hommes.

On se rappelle que Lasègue a vu dans l’asymétrie de la voûte palatine l’un des caractères les plus fréquents de la tête des épileptiques et des dégénérés en général.

D’après P. Næcke, le bourrelet palatin (torus palatinus) avoisinant la suture palatine, serait un signe de dégénérescence fréquent chez les criminels et les aliénés (Neurologisches Centralblatt , 1893, p. 402).

14° Orbites. Indice orbitaire. — L’augmentation de la cavité des orbites chez les criminels serait un fait acquis si l’on acceptait, à ce sujet, les chiffres de Bono (1), qui a trouvé :

(Il Bono : Delta capacità orbitale e cranica ( Archivio di Psichiatria, Torino, 1880).

LA FACE UES CRIMINELS

Capacité orbitaire.

Lombards honnêtes 56,5

» coupables 61,5

» aliénés 56,2

Piémontais honnêtes 56,5

» coupables .... 77,7

» aliénés 55,6

Il s’ensuivrait que Y indice céphalo-orbitaire , c’est-à-dire le rapport entre la capacité des deux orbites et la capacité du crâne, serait plus petit chez les criminels que chez les non-criminels. Or, suivant Mantegazza, on le sait, la capacité des deux orbites chez les Italiens est d’à peu près le 1/8 de la capacité du crâne (27,2 avec écarts de 22,7 à 36,5).

Hommes sains, Criminels . .

Aliénés . . .

Indice céphalo-orbitaire.

. . . 26,0 (Lombroso)

A en croire Lombroso, le plus grand développement des orbites chez les assassins s’explique, comme chez les oiseaux de proie, par la coordination des organes, en suite d’un exercice plus fréquent (?).

Bergonzoli a trouvé une capacité orbitaire totale moyenne (pour les deux orbites) de 43 cent, cubes sur les crânes de 26 prostituées (avec écarts de 30 à 69), la capacité crânienne moyenne étant de 1244 cent, cubes (avec écarts de 1048 à 1385).

L 'indice orbitaire , c’est-à-dire le rapport centésimal du diamètre vertical au diamètre horizontal de l’ouverture des orbites serait aussi, à ce compte, logiquement plus grand chez les assassins que chez les non-criminels. En d’autres termes, étant donné qu'on a divisé les hommes en mégasèmes (indice = 89 et -|-),en mésosèmes (indice =83 à 89) et en micro sèmes (indice = 83 et — ), il s’ensuivrait que les criminels devraient être classés dans la catégorie des mégasèmes. (’/est, en effet, ce qui ressortirait des chiffres d’Orchanski, qui a trouvé un indice orbitaire de 88,4

chez ses assassins, si l'on sait que la moyenne de l’indice orbitaire est de 83,7 chez les Parisiens et de 86 chez les Auvergnats. Mais, comme, de notre côté, noos avons observé un indice de 91,83 chez nos sujets normaux (écarts r= 81-100), tandis que nous ne trouvions qu’un indice de 90,3 dans notre série de 109 criminels (écarts = 74-96), et que d’autre part Fallot a rencontré un indice de 79,7 et de 86,4 chez ses deux décapités, nous ne considérons pas la question comme jugée. Il n’est, donc pas sûr qu’à ce point de vue les criminels se rapprochent davantage que le reste des hommes des anthropoïdes, chez lesquels l’indice orbitaire dépasse toujours 100. — Je rappelle cependant à ce sujet que Bénédikt a trouvé un indice de 100,05 à droite et de 103,6 à gauche sur le crâne du sinistre gredin Hugo Schenk.

15° Nez. Indice nasal. — Le nez des criminels a été étudié avec un soin tout particulier par Ottolenghi (1).

Le criminel, en général, présente le nez droit (60 0/0), à base horizontale (60 0/0), de longueur moyenne (48 0/0), plutôt large (54 0/0), souvent dévié (48 0/0), rarement protubérant (38 0/0). Le non-criminel, au contraire, porte un nez tantôt crochu (26 0/0), tantôt ondulé (25 0/0), plutôt long (57 0/0), de moyenne largeur (54 0/0), à base très souvent abaissée (42 0/0) et très rarement écartée (6 0/0), souvent protubérant (30 0/0).

Le profil rectiligne et la projection en avant du nez distingueraient donc le nez du criminel du nez de l’honnête homme.

Parmi les criminels, on a même cherché à distinguer le nez du violateur de celui du voleur.

Le voleur aurait un nez rectiligne (40 0/0), concave (23 0/0), à base relevée (32 0/0), court (30 0/0), large (53 0/0), écrasé (31 0/0) et bien souvent dévié (37 0/0). Le violateur, de son côté, porterait le plus souvent un nez rectiligne (54 0/0), écrasé (50 0/0) et dévié (50 0/0), mais de dimensions moyennes.

Le nez de l’épileptique serait onduleux (42 0/0) et crochu (32 0/0), à base horizontale (72 0/0), de dimensions exagérées, très long (75 0/0), très large (30 0/0), dévié (25 0/0), presque toujours busqué (59 0/0).

(I) Ottolenghi. Lo Squcletto e la for'ma del naso, Centuria di critnlna/i, 1888.

Le crétin, au contraire, a le nez camus, souvent concave (50 0/0), à base toujours horizontale (100 0/0), toujours écrasé (100 0/0), souvent dévié (40 0/0).

Laurent (1) a confirmé la fréquence des déviations du nez chez les criminels, et Lombroso, avec ses élèves Roncoroni et Mura, a nolé ces déviations vingt-cinq fois 0/0 sur 250 femmes criminelles, huit fois 0/0 sur 50 prostituées, tandis qu’il ne les a rencontrées que trois fois sur 100 femmes normales.

Otlolenghi ne s’est pas borné à examiner la conformation générale du nez de 630 sujets normaux, de 392 criminels, de 40 épileptiques et de 10 crétins, mais il a étudié, au point de vue des anomalies de l’ouverture des fosses nasales, 526 crânes dont 397 normaux, 129 de criminels et 50 de fous. Yoici le résultat de ses recherches :

Chez les sujets normaux, il a rencontré vingt-trois fois 0/0 des anomalies ; tandis que chez les criminels il les notait dans la proportion de 39 0/0. Mais, chose singulière et qui montre bien le peu de valeur de tous ces chiffres, c'est que les criminels * ont des anomalies quarante-huit fois 0/0, alors que les criminelles s n’en ont que trente-trois fois 0/0.

Le même observateur a rencontré la « gouttière simienne » seize fois 0/0 chez les criminels, tandis qu’il ne l’a pas même trouvée deux fois 0/0 sur les sujets normaux ; sur 20 crânes de crétins de la Lombardie et du Piémont, il la rencontra cinquantecinq fois 0/0 ; chez les aliénés il la nota quarante-deux fois, et chez 15 épileptiques il l’observa trente-huit fois 0/0. De son côté, Ferraz de Macedo a noté cette anomalie dans la proportion de 4 0/0 chez les Portugais * , et dans celle de 1,0 chez les Portugaises. Je dois dire que si je l’ai notée dix fois sur une centaine de crânes de criminels, je la vis une fois très développée sur un crâne (crâne J de ma collection) qui, du reste, affecte véritablement la forme d’un crâne de nègre et provient d’un aliéné idiot.

Ottolenghi a constaté de plus que chez les délinquants les os propres du nez seraient beaucoup plus volumineux et beaucoup plus souvent déviés de leur direction normale que chez les honnêtes gens ; et il a observé, enfin, que l’ouverture nasale asymé-

(1) Laurent, loc. cit., p. 185,

trique appelée par Welker ouverture ptéléiforme , domine chez les criminels, chez lesquels elle se présente trente-six fois 0/0 au lieu de huit fois, qui est la proportion qu’on observe chez les sujets normaux. Cette asymétrie de l'ouverture nasale, les criminels la partageraient avec les voleurs qui l'ont trente-sept fois 0/0, avec les crétins qui l'offrent vingt fois 0/0 et les épileptiques où on la rencontre trente-deux fois 0/0.

En somme, Ottolenghi a cherché à montrer les rapprochements que l’on peut faire entre le nez des assassins, des voleurs et celui des épileptiques et des fous; c’est bien, mais une seule chose frappe dans l’étude de ses documents, c’est la projection du type hors des limites de son balancement habituel. L’écart des formes du nez chez les délinquants et les aliénés est proportionnellement beaucoup plus grand que chez les sujets normaux, voilà ce qui reste vrai et rentre dans la loi générale.

Selon Lombroso et Ottolenghi, on remarque trois fois plus chez les criminels que chez l’honnête homme l’échancrure nasale façonnée à gouttière simienne et l’ouverture des narines asymétrique, ptéléorinique ; dans les meurtriers prévaut, comme chez les épileptiques, le nez gros, long, gibbeux ; dans les voleurs, le nez écrasé, creux, court et large, qui est propre aux crétins ; dans les escrocs, le nez droit et bien proportionné... Mais rien ne ressemble à un voleur comme un escroc... Pourquoi l'escroc a-t-il un autre nez que le voleur?... Lombroso et Ottolenghi oublient de nous dire quel nez porte le malfaiteur à la fois escroc et voleur !...

Au fond, toutes ces variétés de forme du nez, à part la gouttière simienne et V ouverture ptéléiforme, sont des plus confuses et des moins caractéristiques. Encore est-il que la gouttière simienne et l’ouverture ptéléiforme peuvent se rencontrer elles-mêmes sur les sujets les plus honnêtes. Sans doute la gouttière simienne est beaucoup plus fréquente dans les races inférieures, les Néo- Calédoniens par exemple, que chez les races élevées, comme les races européennes, mais à côté Y épine nasale , qui s’amoindrit au fur et à mesure qu'on descend des races civilisées aux races sauvages telles que les nègres d’Afrique et d’Océanie, n'a-t-elie pas été donnée par un élève de Lombroso, Ottolenghi, comme très développée chez les criminels?

L'indice nasal a-t-il plus de valeur pour caractériser le prétendu type criminel?

On sait que l’indice nasal, ou rapport centésimal de la longueur à la largeur du nez, est un caractère de premier ordre en anthropologie. Sont leptorhiniens tous ceux qui ont un indice de 47 et au-dessous ; c’est le cas des Européens. Sont mésorhiniens les races qui ont un indice de 48 à 52 ; c’est le cas des Mongols. Enfin, sont platyrhiniens tous ceux qui ont un indice de 53 et au-dessus.

Eh bien, à cet égard encore, l’assassin ne se distingue pas de l’honnête homme. En effet, alors que nous trouvons un indice de 45 chez les 16 décapités <3* du musée de médecine légale de Lyon (écart = 38 — 57) et 45,7 dans notre série générale, nous notons un indice de 45,68 chez nos sujets normaux (extrêmes = 38 — 50). Benedikt a noté 44,6 sur le crâne d’Hugo Schenk ; Fallût 50 chez Esposito et 40,3 chez Tegami.

16° Oreilles. — Morel est le premier qui ait attiré l’attention sur la coexistence de la grossièreté du pavillon de l’oreille et certains troubles intellectuels, en particulier la dégénérescence héréditaire ; aussi un pavillon mal développé, mal bordé, dépourvu de lobule, à bords irréguliers ou festonnés et présentant le tubercule de Darwin, porte-t-il le nom d'oreille de Morel.

Ces malformations de l’oreille, fréquentes chez les aliénés, seraient non moins fréquentes chez les criminels. Elles ont été spécialement étudiées par Frigerio (1), Gradenigo (2), Lannois(3), — Ju 1 ia (4) dans une thèse inspirée par le professeur Lacassagne.

Selon Frigerio, l 'angle auricul o-temporal ( qui mérite la plus grande attention en Anthropologie criminelle, dépasse 90° dans

(1) Frigerio, L’Oreille externe (Arch. de l'Anthropologie criminelle, t. III, 1888, page 438.)

(2) Gradenigo, ( Archivio di psichiatria, XII, t. VI, 1891).

(3) M. Lannois, De l’oreille au point de vue anthropologique et médico-légal (Arch. de l’Anthropologie criminelle, t. II, 1887, p. 336).

(4) J. Julia, De l’oreille au point de vue Anthropologique et médico-légal, Lyon, 1889.

les conditions normales, avec des chiffres de beaucoup inférieurs à ceux que l’on constate chez les aliénés et chez les criminels. La moyenne pour 100 tend à augmenter, de l’homme sain à l’aliéné et au criminel, pour atteindre son maximum chez les singes, où elle est rarement inférieure à 100°.

L’indice du pavillon et l’indice de la conque décroissent du jeune âge à l’âge adulte chez les sujets sains; l’indice de la conque est supérieur, l’indice du pavillon inférieur chez les criminels comparés aux individus normaux, et, par rapport à l’indice moyen de la conque, les aliénés et les criminels se succèdent dans l'ordre décroissant suivant : non héréditaires, 0,69; dégénérés et violateurs, 0,67 ; voleurs de grands chemins, 0,66 ; homicides, 0,65; voleurs et faussaires, 0,65 ; héréditaires, 0,64; incendiaires, 0,60.

Gradenigo a minutieusement étudié le pavillon de l’oreille de 650 personnes normales (350 t et 300 s), 330 aliénés (180i s et 150 ?), de 76 crétins (50 î et 26 s) et de 352 criminels typiques (304 s et 48 î ).

Voici ses résultats :

Criminels.

Gens honnêtes.

Pavillons réguliers. . .

Lobules adhérents . . .

Oreilles à anse . . . .

Oreilles Wildermuth (1) .

Dans de nouvelles recherches sur l’oreille de 245 femmes criminelles, le même auteur a noté, en les comparant à un très grand nombre de femmes normales et d’aliénées :

Le pavillon régulier dans 65 0/0 des femmes normales.

» » 54 » » criminelles.

» » 46 » » aliénées.

L’oreille sessile dans 12 0/0 des femmes normales.

» » 20 » » criminelles.

» » 39 » » aliénées.

(1) Dans ce type, la saillie de l’anthélix est plus forte, — contrairement à l’ordinaire, — que celle de l’hélix.

L’anomalie de la fosse scaphoïde dans . » » » .

L’oreille à anse dans * .

L’absence de l'hélix dans

La présence du tubercule darwinien dans » » »

8 0/0 des femmes normales.

21 » » criminelles

13 » » aliénées.

3 0/0 des femmes normales.

5 » » criminelles.

4 » » aliénées.

7 0/0 des femmes normales.

7 » » criminelles.

8 » » aliénées.

3 0/0 des femmes normales.

2,9 » # criminelles

2,7 » » aliénées.

Il résulte de là que quelques anomalies de conformation du pavillon de l’oreille se rencontreraient environ deux fois plus fréquemment chez les délinquants que chez les habitants de Turin. Mais s’il en est ainsi, pourquoi les différences entre les délinquants hommes et les délinquants femmes? Pourquoi aussi l’oreille non bordée et l’oreille darwinienne, ces formes si imparfaites du pavillon, ne sont-elles pas plus fréquentes chez les criminels que dans le reste de la population?

Pinta, dans sa série de SCO criminels des bagnes d’Italie, a observé :

Oreilles inégales ... 24 fois 0/0 » à anse. ... 33 »

■> pithèques. . . 5,60 »

» darwiniennes . 45 »

Arno, sur 151 criminels, a reconnu :

Oreilles à anse. . . 4 0/0

» de Darwin. . 2 0/0

Maurice Lannois (1), enfin, qui a examiné 43 détenus des prisons de Lyon, a également été frappé de la fréquence de l’écartement des oreilles (grand angle auriculo-temporal). Il a observé aussi le tubercule de Darwin, la longueur démesurée

(1) Maurice Lannois, /oc. cit ., p. 336.

du lobule ou son adhérence à la joue, la malformation décrite par Féré et Huet à la Société de Biologie en 1885, etc. (1).

Mais, dit mon excellent collègue et ami Lannois lui-mêmt,

« il faut avouer qu’il n’y a rien en tout ceci de vraiment caractéristique et surtout rien de constant; toutes ces déformations peuvent se rencontrer sur des sujets sains d’esprit. S’il existe une formule qui puisse rendre des services au point de vue de l’Anthropologie criminelle et de l’aliénation, elle est encore à dégager. »

Dans ces derniers temps, Schwalbe (2) a bien étudié la forme et l’évolution du pavillon de l'oreille, et Binder et L. Meyer (3) se sont occupés de 1’ « oreille de Morel ». Or, pour ces derniers, la dégénérescence du pavillon est une déviation pathologique, du type normal et non pas une rétrogradation atavique. Schwalbe, lui, a montré que le fœtus humain de quatre mois a un pavillon à plis radiés à la place de l’anthélix, ce qui rappelle l’oreille des Ongulés; celui du fœtus de cinq à six mois a une oreille en pointe sans ourlet, c’est la forme de l’oreille du cercopithèque. Ces formes d’oreilles, on les a sans doute rencontrées chez les criminels, mais ce sont des arrêts de développement du pavillon que l’on rencontre chez bien d’autres personnes.

Le tubercule de Darwin, qui est une petite éminence développée sur le bord libre de l’hélix vers sa partie postéro-supérieure, serait le vestige de l’oreille en pointe des animaux et constituerait un caractère régressif de premier ordre. On le rencontre, en effet, chez nombre de singes (macaques, babouins). D’autres déformations, telles que l’absence de l’hélix, l’effacement de l’anlhélix, l’absence de l’une des branches de la fourche, l’absence du lobule, que l’on retrouve chez les Anthropoïdes et les singes, ont également pu être considérés comme des anomalies atavistiques. Mais beaucoup d’autres, comme l’adhérence du lobule qui n’existe chez aucun singe, ne sont pas passibles de la même explication.

(1) C'.h. Féré, Contrib. à l'étude des variations morphologiques du pavillon de l’oreille humaine (Rev. d’ Anthropologie, 1886, p. 226).

(2) Schwalbe, L'Oreille en pointe chez l’embryon humain (Anatomischer Anzeiger, IVe année, 1889. p. 406).

(3) Binder et L. Meyer, L’Oreille de Morel ( Arch . f. Pchych., XX, 1890, p. 2 et 3).

Demeure. 11

Au demeurant, je crois qu’il est prudent de conclure avec Julia qu’il est impossible actuellement de compter les déformations congénitales du pavillon de l’oreille, quelle que soit leur nature, parmi les signes qui caractérisent la dégénérescence et l'atavisme, puisqu’il est possible de retrouver les mêmes anomalies chez des individus sains d’esprit et de corps, tandis qu’elles font tout à fait défaut chez des dégénérés types.

Faut-il considérer l’oreille forte et mal ourlée, l’oreille écartée et mal ordonnée comme un caractère réversif porté par les criminels ? S’il en était ainsi, la police aurait trouvé son chemin de Damas ; elle mettrait facilement la main sur le coupable, et pourrait s’écrier, elle aussi, comme le dit ironiquement Proal : Teneo lupum auribus !

Léon Laloy [V Anthropologie, 1890, p. 680), tout en rapportant l'observation d’un pavillon réduit à la cavité de la conque , qui existait onze fois sur vingt-cinq membres de la même famille en trois générations, a fait remarquer que ce ne pouvait être là un caractère réversif au delà des Mammifères, puisque les autres Vertébrés n’ont point de pavillon de l’oreille. C’est là un arrêt de développement, une variation spontanée qui, sans aucun doute, pourrait être propagée par sélection artificielle. Le mélange incessant d’individus nouveaux la fait heureusement disparaître, et il n’y a pas à craindre qu’elle soit jamais fixée par la sélection naturelle. Mais cette malformation, léguée en héritage à trois générations, aurait été constatée chez une famille criminelle qu’on n’aurait probablement pas manqué d’en faire un caractère atavistique dénonçant la brutalité et la férocité.

Que le criminel ait le nez de travers, les oreilles en anse ; qu’il ait la mâchoire massive, les zygomes écartés, les saillies sourcilières surplombantes et le front fuyant, les orbites très grandes et très écartées ; qu’il soit asymétrique de la tête et du visage; qu’il ait l’œil hagard, faux, sinistre, les lèvres minces et la barbe rare ; que plus que tout autre il porte des formes suspectes, des particularités exceptionnelles, des défectuosités, attribuables sans doute à un trouble de développement du crâne, des traits pathologiques ou tératologiques, il n’en reste pas moins avéré qu’à l’heure qu’il est il est impossible d’établir une

relation de cause à effet entre une anomalie crânienne ou cérébrale et la criminalité. L’étude anatomique d’un individu est impuissante encore à décider s'il a été, s'il est ou s’il sera un scélérat.

S’il existe un criminel-né, qui ne serait, selon l’Ecole, qu’un être aberrant parmi les modernes, un représentant en quelque sorte des anciens Troglodytes sauvages contemporains de l'Ours des cavernes et du Mammouth, et si le crime n’est qu’un phénomène réversif ou atavistique, une fatalité par conséquent contre laquelle le sujet reste impuissant, rien n’est moins démontré. Il y a entre les criminels une affinité sociale et psychologique, parfois une étrange ressemblance physique, mais d’affinité anthropologique il n’y en a point, c’est-à-dire que le prétendu type criminel n’existe pas.

Lombroso, Ferri, Garofalo, etc., soutiennent que l’aptitude criminelle est liée à une certaine conformation vicieuse du système nerveux, déjà reconnaissable à certains caractères corporels. L’anatomie du criminel dément une telle assertion. Ceci ne veut pas dire que la virtualité criminelle ne soit pas inscrite dans la physiologie cérébrale, mais nous ignorons encore à quelles « raies spectrales du cerveau », pour employer l’élégante expression de Tarde, correspond l’aptitude criminelle. Que l’assassin soit un cérébral, un névrosé, un détraqué, un dégénéré, un infirme au point de vue psychologique, un être hanté par la « folie morale », un possédé, un impulsif, peut-être, — mais il n’en reste pas moins vrai que le milieu social a une influence considérable pour faire passer la « puissance criminelle » de l’état latent où elle peut exister chez un sujet donné à l’état actif.

Quand il s'agit de la capacité crânienne, les données des auteurs sont contradictoires. Lombroso, Monti, Marro, Rossi, etc. trouvent une petite capacité (en bloc 1,525, pour les meurtriers italiens, contre 1,573 pour les honnêtes gens du même pays), tandis que Bordier, Magitot, Héger ont noté, et nous avec eux, une grande capacité, plus grande que chez les hommes honnêtes (1), et que sur 968 délinquants, Baer a obtenu une capa-

(1) Magitot a noté : 180 crânes parisiens, 1560 cent, cubes; fil décapités 1571 et 45 hommes célèbres 1665 cent, cubes. J’ai trouvé 1560 chez les criminels, contre 1542 chez les honnêtes gens.

cité pareille à celle de la population qui vit en dehors des prisons (1).

Etudie-t-on la circonférence horizontale du crâne, les mêmes divergences, les mêmes contradictions apparaissent. Baer note que, d'après Wecker, la circonférence chez les Allemands s adultes est, en moyenne, de 541 mill. Prenant cette circonférence chez 968 détenus, il trouve 565 mill. (max. 620, min. 525), — les délinquants incorrigibles ayant les chiffres les pins hauts, les meurtriers venant ensuite, et enfin les voleurs. Si nous nous reportons à nos propres chiffres, nous verrons que nous ne pouvons tirer de la circonférence du crâne aucune déduction sérieuse pour ou contre la criminalité, puisque nous avons trouvé 521 millimètres sur les crânes des sujets ordinaires et 525 sur les crânes des criminels. Envisageons-nous Je diamètre sagittal du crâne, nous n’y trouvons non plus rien de caractéristique. Ainsi les sujets adultes î normaux ayant une moyenne de 186 millimètres, Troïski trouve chez des criminels russes 23 0/0 ayant 153-180 mil., 76,6 0/0 ayant 181-200 mil. et 0,4 0/0 ayant 201 mill. et au-dessus, tandis que Baer, chez des criminels allemands, note 7,8 0/0 ayant 153-180 mill., 80,8 0/0 ayant 181-200 mill. et 2,4 0/0 ayant 201 et plus. Les divergences tiennent évidemment à la différence de race.

Le diamètre transversal maximum est sujet aux mêmes variations. Etant de 146 mill. sur les Allemands i adultes normaux, il est de 156 sur les détenus de Ploctzensee étudiés par Baer (max. 178, min. 113') Jusqu’à 140, Baer en trouve 0,5 0/0 ; de 141 à 150, 12,4 0/0; de 151 à 160, 63,4 0/0; de 161 à 170, 23,2 0/0, — tandis que sur des criminels russes, Troïski, opérant de la même façon, note que de 131 à 150, il y en a 46 0/0, et 54 0/0 avec les diamètres de 151 à 168 millimètres. Baer, enfin, ajoute que les chiffres bas appartiennent aux meurtriers, et que les chiffres extrêmes, hauts et bas, n’appartiennent pas aux récidivistes.

L’indice céphalique varie avec les régions ou les races. J’ai

(1) Pour que des résultats sérieux sortent de ces comparaisons, il faudrait qu’elles soient laites sur des sujets de même race et avec des chiffres provenant d’une même méthode de cubage.

trouvé 80 chez les sujets normaux et 80,3 chez 109 criminels, Sur ses criminels, Baer a trouvé 10 dolichocéphales (indice=75). soit 1,1 0/0; — 125 mésaticéphales (indice — 75-79,9), soit 12,9 0/0, — et 833 brachycéphales (indice au-dessus de 80), soit 86 0/0. Ces chiffres n'ont aucun caractère particulier aux criminels. Que l’on emploie la méthode de l’indice céphalique ou la méthode de « classification naturelle », en quelque sorte géométrique, de G. Sergi ( Principi e metodo di classificazione. Le varielà umane. Torino, 1893), on arrive toujours au même résultat, à savoir que la forme de la tête est une question de race ou une question de variété pathologique, non une question de moralité — ou d’immoralité.

La hauteur de la tête (mesurée depuis le conduit auditif) a une moyenne de 128 millimètres, avec maximade 164 et minima de 109 (Baer); or la grande majorité des détenus de la maison centrale prussienne de Ploctzensee (634) avaient une moyenne inférieure (121,30). Selon Benedikt, les crânes aplatis disposent au crime ou à l’aliénation mentale, mais en l’espèce, je crois avec Baer qu’il ne s’agit que de différences ethnologiques (1). Enfin, le rapport des demi-circonférences antérieure et postérieure n’a pas non plus de valeur intrinsèque absolue, d’après ce que nous en avons dit plus haut et d’après les chiffres obtenus par Baer. En effet, cet observateur a trouvé : 1° que les 2 demicirconférencesétaionlégales sur 81 détenus prussiens (15,22 0/0); — 2° que la moitié antérieure l’emportait sur 370 détenus (69,53 0/0), et la moitié postérieure sur 81 détenus (15,22 0/0). Il conclut que ni la région frontale n’est plus petite, ni la région occipitale plus développée que chez les sujets non criminels. Je rappelle que j’ai obtenu une projection antérieure du crâne de 80 sur les crânes des criminels contre. 81 sur les crânes des sujets ordinaires. L’occipitocéphalie, la microcéphalie et la

(1) Voici à ce sujet les chiffres obtenus par Weissbach, Benedikt et Baer:

Weissbach (215 crânes normaux)

Benedikt (180 crânes de la collection de Bonn)

Baer (968 détenus berlinois)

brachycéphalie occipitale de Benedikt sont des caractères atypiques ou pathologiques. Bref, la crâniométrie est impuissante à dévoiler le criminel.

Une combinaison de propensions héréditaires ou acquises (le caractère, aptitudes héréditaires ou accidentelles), résultant d’une cérébralité particulière et viciée, combinée à une combinaison d’exemples (milieu social) qui créent des habitudes perverses^ voilà la source complexe du crime.

Le crime est une résultante, c’est, suivant l’expression imagée de Ferri, comme un microbe malfaisant auquel il faut un bouillon de culture. Le microbe, c’est l’individu, le bouillon c'est le milieu social. Je ne puis donc admettre avec Colajanni et Tarde que le crime fait le criminel, comme le fleuve fait la vallée. Sans doute « la fonction fait l’organe », mais, comme l’a finement remarqué Brouardel, au Congrès d’Anthropologie de Paris de 1889, si la danse développe les mollets des danseuses, il faut d’abord un mollet !

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