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CHAPITRE III

Le Cerveau des criminels

Les criminels ont-ils l’encéphale plus volumineux ou moins lourd que les honnêtes gens ?

Avant de rechercher le poids du cerveau des délinquants, établissons le poids moyen du cerveau de la population adulte honnête.

Si nous nous en référons à cet égard aux registres de Bischoff et de Broca qui comprennent les pesées de 628 encéphales d’hommes de 20 à 60 ans, non criminels, mais de toutes tailles et de toutes conditions, nous trouvons que le poids moyen de l’encéphale est de 1,362 grammes. — Si maintenant, pour apprécier l’échelle des variations, nous divisons ces encéphales en trois séries de cerveaux, moyens, petits et gros, nous obtenons les chiffres suivants :

Les gros cerveaux, de 1,500 à 1,700 grammes, sont dans la proportion de 12,5 0/0; les petits cerveaux, de 1,000 à 1,250 grammes, dans la proportion de 14,5 0/0, tandis que les cerveaux moyens, ceux du poids de 1,250 à 1,500, sont dans celle de 73 0/0, c'est-à-dire que les encéphales de 1,250 à 1,500 grammes comprennent les trois quarts du groupe entier. Encore est-il que c'est de 1 ,250 à 1,450 grammes qu’on rencontre le plus grand nombre de cerveaux.

Ceci étant donné, voyons le poids du cerveau d’un certain

nombre de

criminels :

18 Décapités (Lélut)

1,350 grammes

(Ecarts 1,183-1,396)

42 Criminels (Giacomini),

(Ecarts 1,036-1,328)

Annamites et Mois (Néis) 1,200-1,500 —

(Ecarts 1,158-1,550)

(Bischoff)

» 1,373 grammes.

L’asssasin

Prévost

Ménesclou

Campi

Lemaire

Pranzini

Hugo Schenk

Esposito

Tegami

Baillet

Decroote

Clayes

Vannieuvanhœve

Soit, sur

un total de

206 criminels allemands, français et

italiens, un poids encéphalique moyen de 1334 grammes.

Huschke, pesant 20 cerveaux de criminels, d’aliénés et de suicidés, leur a trouvé 125 grammes de matière cérébrale de plus que 20 sujets normaux pris pour terme de comparaison !

Bischoff, comparant le poids de ses 137 cerveaux de criminels au poids de 422 cerveaux de normaux a noté que parmi les cerveaux lourds (de 1400 à 1500 grammes), les criminels entraient pour 24 0/0, tandis que les normaux n’entraient que pour 20 0/0, — les cerveaux petits se partageant également à peu de chose près dans les deux catégories de sujets, — tandis que dans les cerveaux moyens (de 1300 à 1400 grammes) les sujets normaux l'emportaient de plus de 30. — (Bischoff, Hirngewicht des Mens ch en , 1880).

Les recherches de Boyd, qui a opposé 521 aliénés à 2,000 sujets normaux, ne fournissent que des contradictions. Peacok de même, qui a pesé 183 cerveaux d’aliénés et 315 cerveaux d’Ecossais sains, n’aboutit aussi qu’à des contradictions.

En distinguant le genre de folie, Parchappe, sur 284 sujets, trouva que deux formes d’aliénation, la folie épileptique et la

manie aiguë, fournissent une moyenne cérébrale au-dessus de la normale (1,395 et 1,402,) tandis que deux autres formes, la démence chronique et la paralysie générale, donnent une moyenne au-dessous delà normale (1,357-1,280.)

Bra dans sa thèse inaugurale (1882), reposant sur les pesées de 598 cerveaux de Dagonnet, arrive à des conclusions conformes à celles de Parchappe, c’est-à-dire que les étals mélancoliques et maniaques s’accompagnent d'un poids cérébral élevé, tandis que toutes les formes de démence sont accompagnées d’une diminution du poids du cerveau. Ce qui revient à dire que dans la folie aiguë il y a augmentation du poids de l’encéphale, alors que dans la folie chronique il y a diminution de ce poids.

Broca avait trouvé un poids moyen de 52 grammes pour les annexes du cerveau (enveloppe et liquide céphalo-rachidien), soit 4 pour 100 du poids du cerveau. Chez les aliénés, Morselli (1) a obtenu un poids moyen de 108 grammes, c'est-à-dire du double. Ce poids augmente graduellement avec l’âge, en raison du processus d’évolution sénile.

Morselli a en outre trouvé que le poids moyen des aliénés est toujours inférieur à celui des hommes sains d’esprit. Le rapport cranio-cérébral, c’est-à-dire le rapport entre le poids net de l’encéphale et la capacité crânienne = 100 est aussi plus faible chez les aliénés, au point que le rapport indiqué par Manouvrier, soit 87 0/0, n’est plus chez les fous que de 83 en moyenne. — Dans les mêmes recherches, et contrairement à d’autres auteurs, Calori entre autres, Morselli a constaté que la forme du crâne ne semble pas influencer le poids du cerveau. En revanche les fous ont souvent un indice céphalique exagéré en regard du type crânien de la population à laquelle ils appartiennent.

Penta a observé ( Congrès de Rome , 1894) que la capacité crânienne et le poids du cerveau sont inférieurs chez les criminels et les fous, mais ces constatations restent assez vagues et assez confuses pour qu’on puisse penser que le cerveau des criminels n’est pas, régulièrement , moins volumineux que le cerveau de la population correspondante.

(1) Morselli, Le Poids de l’encéphale dans ses rapports avec les caractères craniomètriques chez les aliénés, (analysé in l’Anthrop. il" 6, 1890, p. 725.)

On sait que l' asymétrie des hémisphères ne prouve rien. Chez des sujets quelconques c’est tantôt un hémisphère qui l’emporte de quelques grammes, tantôt l’autre hémisphère. D’autre part, on sait qu’on a vu des hommes admirablement pondérés au point de vue mental, témoinBichat, qui étaient considérablement asymétriques du cerveau (1).

Si le cerveau du criminel ne se distingue pas par son poids, c’est-à-dire par son volume, de celui des honnêtes gens, ne s’en séparerait-il pas par sa conformation extérieure et intérieure, en un mot par sa morphologie?

Les doctrines psychiques actuelles s’accordent avec les doctrines physiologiques et anatomo-pathologiques pour faire du cerveau un organe complexe, comprenant un certain nombre d’organes spécialisés en vue d’une fonction distincte. Les facultés de l’entendement sont décomposables par l’analyse en plusieurs groupes fondamentalement différents tout en restant unis dans une étroite association ; la pathologie prouve de son côté qu’il existe dans l’écorce du cerveau des centres idéomoteurs, des centres de mémoire spécialisés et distincts.

Il n’est donc pas sans intérêt de se demander si, à ce point de vue, le cerveau du criminel ne se distinguerait point du cerveau des autres hommes.

Le problème a été excellemment posé ainsi par Mathias Duval :

« Etant donné une série d’encéphales ayant appartenu à des sujets caractérisés par le développement évident, incontestable de certaines facullés, rechercher si ces cerveaux présentent dans leurs circonvolutions des caractères particuliers, également évidents et incontestables, de telle sorte qu’on puisse dire que tel trait de la morphologie des circonvolutions est en rapport avec le développement de telle faculté cérébrale (2). »

Eh bien, à ce titre l’étude du cerveau des criminels présente un intérêt de premier ordre ; par leurs passions brutales, par leurs actions incohérentes, désordonnées, violentes, les criminels se distinguent le plus souvent avec une grande netteté du

(1) Sur la question de l’asymétrie, voy, Ribbe, Rev. d’anthrop. , p. 350, 1881.

(21 Mathias Duval, Bull, de la Soc. d’ Anthropologie de Paris, 1886, p. 129.

reste des hommes et tranchent sur la foule banale ; il est donc d’une haute portée philosophique de rechercher si, à ces particularités passionnelles, mentales et impulsives, ne correspondent pas des particularités dans l’anatomie du cerveau.

Voyons ce que nous avons actuellement d’acquis à cet égard.

L’une des études les plus complètes qui aient été faites sur celte question appartient à Benedikt (de Vienne). Sur douze cerveaux de criminels, le savant anatomiste autrichien crut reconnaître deux caractères très importants, en quelque sorte spécifiques. Le premier de ces caractères, c’est la confluence des fissures, c’est-à-dire la communication des principales scissures entre elles par l’intermédiaire de sillons creusés sur les circonvolutions qui limitent les scissures. Le deuxième caractère, c’est le type à quatre étages dans le lobe frontal, par suite du dédoublement de la circonvolution frontale supérieure en deux circonvolutions secondaires (1).

En 1878, Hanot (2) confirmait dans une série de onze autopsies qu’il a pratiquées à l’Infirmerie centrale des prisons de la Seine le type particulier au criminel de quatre circonvolutions frontales superposées. Toutefois, il ne notait les quatre étages que sur quatre prisonniers, et d’autre part, au lieu que la circonvolution frontale surnuméraire provînt du dédoublement de la première frontale, il vit qu’elle provenait du dédoublement de la seconde circonvolution frontale. Cette donnée parut d’autant mieux assise que, pendant que Ilanot poursuivait ses recherches, Ovion, interne des hôpitaux, en exécutait d’analogues sur des cadavres de malades décédés à l’hôpital Cochin et ne rencontrait pas une seule fois le type à quatre étages frontaux (3).

(1) Benedikt, Sulla questione dei cerveli dei deliquenti (Lettera aperta al prof. Carlo Giacomini dei prof. Moriz Benedikt. in Gazetta del/e cliniche, vol. XIX, nos 9, 10, 11, 1883), — et Der Raubthiertypus am menslichen-Gehirne. Vol'àufige Mittheilung (Centralb. für die Medicin, n° 52, 1876), — et Anatomische Studien an Verbrecher-Gehirnen, Wien, 1879, — et Zur frage des Vierwindung typus (Centralb. für die Med., Wiss. 1880, n° 46), — et Drei Chinesen-Gehirne , Wien, 1887, — et Beitr'dge zur Anat. den Gehirna Oberflàche (Medizinische Jahrbucheren. Wien, 1888, p. 54 et suiv.).

(2) Hanot, Soc. de biologie, p. 365, 1879.

(3) Ovion, Soc. de biologie, p. 365, 1879.

Dans des recherches plus récentes, Bénédikt confirma ses premières conclusions et aussi celles de Hanot. Sur 87 hémisphères de criminels, cet auteur trouva 42 fois le type ordinaire ; 40 fois le type à quatre frontales, complètes 27 fois, incomplètes 13 fois; 5 fois le type à cinq circonvolutions plus ou moins complètes. Dans les deux cas où il y avait quatre étages d’un bout à l'autre du lobe frontal, la quatrième circonvolution prenait naissance 8 fois par dédoublement de la première, et 16 fois par dédoublement de la deuxième frontale. Dans trois cas, il y avait dédoublement de la première pour une moitié, de la deuxième pour l’autre moitié. Dans les treize cas à type incomplet, il y avait 4 fois dédoublement de la première, 8 fois dédoublement de la seconde, et une fois dédoublement des deux (1).

En 1886, le professeur Bouchard (de Bordeaux) présentait à la Société d’Anthropologie de cette ville les cerveaux de trois assassins qui, tous les trois présentaient le type à quatre circonvolutions frontales antéro-postérieures (2).

Mais ce caractère, nous allons le démontrer péremptoirement, n’est point du tout spécial au cerveau des criminels.

Déjà Giacomini avait contesté l’opinion de Bénédikt et Hanot. Plus récemment Fallût est venu en fournir une nouvelle preuve.

Sur 164 cerveaux d’individus normaux, C. Giacomini a noté le dédoublement de la deuxième frontale 24 fois, soit 14 0/0, et 5 fois sur 66 cerveaux de criminels, soit 8 0/0; en même temps il notait le dédoublement de la première 9 fois dans la première série, soit 7 0/0, et une fois dans la série des criminels, soit 1,7 0/0 (3).

Sur 20 hémisphères de malades morts aux hôpitaux de Marseille, Fallût a trouvé 3 fois la frontale supérieure dédoublée, et 13 fois la seconde (dédoublement incomplet) (4).

Broca a retrouvé sur le cerveau de l’assassin Prévost quel-

(1) Bénédikt, Centralblalt f. die Med. Wiss., 1880, p. 849.

(2) Bouchard, Eludes sur les circonvolutions frontales de trois suppliciés {Bull, de la Soc. d'Anthr. de Bordeaux , t. III, p. 12, 1880).

(3) Giacomini, I aneta de/le circonvoluzioni cerebrali nell’uomo, Torino, 1881 et Guida allô studio délie circonvoluzioni cerebrali deU’uomo, 2° éd. Torino,

(4J Falot, Arch.de l’Anthr. critn., t. IV, p. 296, 1889.

ques-unes des particularités anatomiques signalées par Bénédikt sur le cerveau des criminels, notamment le type des scissures conlluentes. C’est ainsi que la scissure occipitale interne communiquait à plein jet avec la scissure occipitale externe par suite d’un pli de passage pariéto-occipital supérieur peu développé et profond, d’où résultait l’existence d’une « calotte » comme chez les singes. Tcutefois l’existence d’une calotte n'est pas spéciale aux cerveaux des criminels. On la rencontre environ 2 fois 0/0 sur les individus quelconques denotre race, et Asseline, un publiciste distingué, avait un cerveau qui portait cette anomalie. Il est vrai d'ajouter que la calotte peut résulter de deux genres de modifications dans l’écorce : elle peut être la conséquence d’une atrophie relative du premier pli de passage de Graliolet; c’est le cas de l’assassin Prévost. Elle peut résulter, au contraire, de l’exubérance des circonvolutions qui bordent la scissure pariéto-occipitale : c'est le cas d'Asseline.

Il en résulte qu’alors que, chez le premier, cette anomalie est réellement réversive, chez Asseline elle n’est réversive qu'en apparence, et constitue plutôt chez lui un avancement, un progrès, un caractère de perfectionnement. Broca a signalé d’autres communications anormales des scissures et des sillons sur le meme cerveau ; anastomose du sillon prérolandique et de la scissure sylvienne; anastomose du premier et du deuxième sillon frontal par l’intermédiaire du prérolandique qui coupe le pied de F2 ; pli de passage frontopariétal inférieur très atrophié, de sorte que la scissure de Rolando semble s'ouvrir dans la sylvienne ; sillon profond séparant le pli courbe du lobe temporal, et s'étendant jusqu’à la pointe du lobe occipital ; la communication du sillon postrolandique avec le sillon interpariétal qui se prolonge lui-même en arrière sans interruption jusqu’au sommet du lobe occipital.

Sur le cerveau d’Eugène Véron, que j’ai vu dans les mains de mon collègue le professeur Manouvrier de l'Ecole d’Anthropologie de Paris, il existe plusieurs anomalies. Sur l'hémisphère gauche, il y a un sillon prérolandique complet s’ouvrant dans la scissure sylvienne; une coupure de Fa ; un postrolandique ouvert dans la sylvienne et communiquant par l’interpariétal avec le sillon occipital transverse; le sillon parallèle est ouvert

lui-même dans le sillon interpariétal et le premier pli de passage pariéto-occipilal est profond ; dans son tiers postérieur la sousfrontale est dédoublée et la scissure en Y est ouverte dans la scissure limbique.

Dans l'hémisphère droit le sillon postrolandique s’ouvre dans la sylvienne ; la fosse de Sylvius, légèrement ouverte, laisse apercevoir un peu, dans le fond, le lobe del’insula : la sylvienne se continue dans le sillon interpariétal ; le sillon parallèle se bifurque et s’avance : 1° dans l’interpariétal ; 2* dans le pli courbe et s’ouvre de plus dans le sillon T3; le premier pli de passage est profond ; la scissure en Y est ouverte dans la scissure limbique ; la circonvolution du corps calleux est dédoublée en grande partie par un sillon longitudinal.

De son côté, Rüdinger (1) sur quinze hommes distingués (le juriste Wülfert, le philosophe Johann Hubert, Hermann, Dirichlet, Bischoff, Dœllinger, Tiedemann, Harless, Harter, Fallmerayer, etc.), a trouvé plusieurs anomalies, entre autres la branche antérieure de la scissure sylvienne double sept fois et triple huit fois du côté gauche.

Mais si Paul Broca reconnaît comme fréquentes, insolites, anormales ces communications des anfractuosités de l’écorce, il ne paraît pas croire, avec Benedikt, qu’elles constituent une sorte de type anatomique caractéristique du cerveau des criminels.

'<■ Une ou plusieurs de ces communications, dit-il (2), n’empêchent pas un cerveau d’être à la fois très intelligent et très bien équilibré ; mais lorsqu'elles sont nombreuses, lorsqu'elles affectent des parties importantes, elles sont l'indice d’un développement défectueux. C’est ce qu’on voit souvent sur les cerveaux peu volumineux des pauvres d’esprit ou les cerveaux des assassins avec cette différence que, dans le premier cas, le moindre développement des plis de passage ou d’anastomoses est en rapport avec le développement des circonvolutions en général et avec la petitesse cérébrale; tandis que dans le second cas, il coïncide au contraire avec l’ampleur delà plupart des circonvo-

(1) Rüdinger, Arch. fur Anthropologie, vol. XIII, 1881, — et Ein Deitrage zur Anat. des Spraclicentrums. Stuttgart, 1882.

(2) P. Broca, Bull, de la Soc. d’ Anthropologie de Paris, 1880, p. 240,

1 utions et témoigne de l’irrégularité du développement du cerveau. » G. Hervé a exprimé la même opinion (La circonvolution de Broca , thèse de Paris, 1888).

Flesch (1), qui a examiné plus de cinquante cerveaux de criminels, rapporte qu’il n’en a pas trouvé un seul peut-être qui ne présentât quelque anomalie. C’est ainsi qu’il a noté : l’insula à découvert dans deux cas; le cervelet incomplètement recouvert par les lobes occipitaux ; la communication des deux scissures perpendiculaires externe et interne (six fois sur huit hémisphères), d’où l’existence d’une « calotte » ; la coupure de la frontale ascendante par un sillon profond, d’où la communication de l'un des sillons frontaux avec la scissure de Rolando; une division analogue delà pariétale ascendante et communication de la scissure rolandique avec la postrolandique ; l’abouchement de la scissure de Rolando dans la syl vienne, etc. Outre ce type de fissures confluentes, Flesch regarde les cerveaux des criminels comme se distinguant par deux sortes de caractères opposés ; les uns se distinguant par des circonvolutions moins riches, les autres par des circonvolutions plus riches. A ce dernier point de vue, Flesch rapporte que sur sept cerveaux il a rencontré une complexité des circonvolutions frontales, qu’on ne rencontrerait pas sur les cerveaux ordinaires, et consistant essentiellement dans la subdivision des deux premières frontales par une série d’incisures verticales. Nous verrons plus tard ce qu’il faut penser de cette opinion.

Le professeur Giacomini, dans le courant d’un remarquable travail sur les Variations des circonvolutions (2), a été amené à discuter l’opinion de Benedikt en ce qui concerne le type cérébral des criminels. « Benedikt, fait justement remarquer l’éminent anatomiste italien, admet que si l’on assimile les scissures à des courants d’eau, un nageur pourrait les parcourir toutes, grâce aux anastomoses qui les réunissent; mais il serait facile de faire une autre supposition : par les fréquentes communications que les circonvolutions d’un même lobe ou de lobes différents ont entre elles par les plis de passage que nous pouvons

(1) Flesch, Untersuchungen über Verbrecher-Gehirne. Wtirzburg, 1882.

(2) G. Giacomini, Variétés des circonvolutions cérébrales chez l’homme (Arch. itat. de biologie, t. I, p 231 et 333, 1882.

considérer comme autant de ponts jetés sur les torrents représentés par les fissures, un individu à pied pourrait également parcourir toute la surface cérébrale en cheminant sur les circonvolutions. » Or, ajoute Giacomini, à m’en rapporter aux vingthuit cerveaux de criminels que j’ai étudiés, je puis dire que ces cerveaux appartenaient plutôt au deuxième ty fie que je viens de supposer, c’est-à-dire au type des plis anastomotiques fréquents , qu’au type des fissures confluentes de Bénédikt. Bref, la conclusion de Giacomini est que les criminels n'ont point un cerveau portant un cachet spécifique; ils offrent des variétés comme le reste des hommes ; mais pas plus la confluence des sillons que la fréquence des plis anastomotiques, que l’on peut du reste rencontrer ensemble sur un même cerveau, ne sauraient les caractériser et en faire un type à part.

Dans le cerveau de Ménesclou, d’après Chudzinski (2), il y avait, entre autres particularités anatomiques, un enfoncement du premier pli de passage pariéto-occipital droit, — une scissure de Sylvius relevée, d’où amoindrissement du lobe frontal dans le sens antéro-postérieur, — une subdivision de la première frontale, qui était, de plus, très tourmentée, — une frontale ascendante très flexueuse, coupée par une incisure profonde au-dessus du point où F1 2, vient se jeter sur elle. — Au fond, rien de caractéristique.

Chez Guileau, l'assassin du président Garfield , il y avait un grand nombre de fissures secondaires, surtout dans les lobes frontaux, sans cependant que le type circonvolutionnel ait été le type confluent. Le lobe paracentral était très petit et la circonvolution post-centrale atrophiée (Mendel).

D’autres auteurs ont pu signaler sur le cerveau de criminels une circonvolution pariétale interrompue par un sillon (H usckhe), une bifurcation de la scissure de Bolando (Richter), un corps calleux rudimentaire (Willigh). — Ferrier (1), chez une femme criminelle, observa le redoublement de la scissure sous-frontale dans l'hémisphère gauche, et l’interruption delà scissure de Rolando par un pli de passage sur l’hémisphère

(1) Chudzinski, Bull, de la Soc. d’anthrop. de Pans, 1880, p. 578.

(2) Ferrier, Arch. de Neurologie, 1882.

droit, anomalie que terrier considère comme très rare, puisqu’il ne l’aurait constatée que 2 fois sur 800 cerveaux de sujets ordinaires.

Benedikt (1) a noté sur le cerveau de l’assassin Dobrowicki une interruption des plis de passage pariéto-occipitaux du côté gauche et l’absence de la branche postérieure de la scissure de Sylvius du côté droit. La ligure du cerveau de Fieschi, l'auteur d’une célèbre tentative d'assassinat contre Louis-Philippe, que l’on peut voir dans Y Atlas d'anatomie comparée du système nerveux de Leuret et Gratiolet (pl. XXII), montre que Fieschi avait un cerveau à quatre étages frontaux par dédoublement de F2, mais toutes ces particularités, nous allons bientôt le voir, ne sont pas spéciales au cerveau du criminel. Si d’un côté l’on peut dire que le cerveau qui porte une scissure calcarine isolée de la scissure occipitale, une fosse de Sylvius qui est restée ouverte, une « calotte occipitale », etc., est un cerveau qui semble avoir rétrogradé, on peut aussi soutenir que le cerveau qui présente des scissures confluentes est un cerveau perfectionné. Mais n’empiétons pas sur nos conclusions. Achevons la description des anomalies que l’on a rencontrées sur les cerveaux de criminels que l’on a eu l’occasion d’examiner et d’étudier.

Lombroso, en réunissant un certain nombre d’observations, note qu’on a rencontré un « opercule occipital » S fois sur 112 criminels, en se bornant à rappeler que cette anomalie est fréquente chez les microcéphales (4 sur 12, soit 33 0/0) et très rare dans les cerveaux des sujets ordinaires. Mais pour que ces chiffres aient quelque valeur, il faudrait les établir sur deux séries de sujets bien déterminés, l’une composée de criminels, l’autre d'honnêtes gens.

Or, à ce dernier point de vue seulement, Giacomini n’a-t-il pas trouvé sur des sujets normaux une communication 20 fois sur 180 hémisphères cérébraux du sillon interpariétal avec le sillon parallèle par suile de l’existence d’un deuxième pli de passage profond? Et le même anatomiste et Zernoff n’ont-ils pas observé aussi de 18 à 20 fois pour 100 le sillon orbilo-frontal

(1,) Benedikt, Démonstration eines Verbrecher Gehirnen, 1883.

Debieiuie.

(orbitaire externe de Benedikt), sur lequel Benedikt a insisté dans le cerveau des criminels ?

Le même anthropologiste mentionne que la séparalion delà scissure occipitale interne d’avec la calcarine n’a été rencontrée qu ’iine fois sur 100 hommes honnêtes, tandis qu’on l’a observée sept fois sur 112 criminels.

En 1889, A. Fallût (1), professeur à l’Ecole de médecine de Marseille, nous a donné la description du cerveau des deux assassins Esposito et Tegami, décapités à Aix en 1887.

Dans le cerveau d'Esposito, il y avait : coupure de Fa et par suite communication de la scissure de Rolando avec le sillon prérolandique, — une scissure perpendiculaire externe à gauche assez marquée par suite de l’effacement du deuxième pli de passage pari éto-occipi tal , pour détacher nettement le lobe occipital du lobe pariétal, — une première frontale (F1) à droite reliée à la deuxième (F"2) par quatre plis d’anastomoses, qui masquent le premier sillon frontal (SF1) ; — une deuxième frontale (F2) dédoublée des deux côtés (lobe frontal à quatre étages), — une première temporale (T1) coupée verticalement par une incisure et largement anastomosée avec la deuxième temporale (T2), — des plis de passage fronto-limbique, préovalaire et pariéto-limbique antérieur profonds, etc,, etc.

Chez Tegami, Fallût a constaté : une bifurcation en V de la branche ascendante antérieure de la scissure de Sylvius, dédoublant le cap, — coupures multiples de Fa et une coupure de Pa, d’où résulte la communicalion de la scissure de Rolando avec les sillons prérolandique et poslrolandiquc, — la situation profonde des deux plis de passage pariéto-occipitaux, du second surtout, ce qui fait que la scissure perpendiculaire externe coupe d’un seul jet la surface de l’hémisphère sur lequel le lobe pariétal semble séparé du lobe occipital, — un sillon prérolandique gauche interrompu par les racines de F1 et de F2, mais communiquant avec la scissure de Sylvius, — un dédoublement de F2 à gauche et une double 3' circonvolution frontale (F3) du côté droit, — un sillon postrolandique qui se jette à gauche dans

(1) A. Fallot, Le Cerveau des criminels : Notes sur les deux assassins Esposito

et Tegami (Arch. de l’Anth. crim., p. 289, t. IV, 1889.)

PLANCHE II Cerveau de Tegami

la scissure de Sylvius ei s'élargit à droite à sa partie inférieure en une sorte de fosse où aboutit la scissure de Sylvius et où l’on voit naître le pied de la circonvolution pariétale inférieure s’attachant sur P2, — la situation profonde du pli temporo-limbique, d’où résulte la communication de la scissure calcarine avec la fente de Bichat, — l'indépendance sur l’hémisphère droit des circonvolutions occipitales du lobe temporal, etc., etc.

Fig. 63. — Cerveau d’Hugo Schenk. Hémisphère droit. — Face externe (d'après Benedikt).

Plus récemment, Ottolenghi et Roncoroni (1) ont signalé diverses anomalies des sillons sur une catégorie de criminels qu’ils ont étudiés. — Penta (2) a mentionné dans son étude de 23 cerveaux de criminels : une fois une double circonvolution poslrolandique, une fois une quatrième circonvolution frontale

(1,) Ottolenghi et Roncoroni, Anomalies rencontrées dans l'autopsie de cent criminels épileptiques, etc, Turin, 1891.

(2) Penta, Arch. di psich., vol. XI, 3, p. 32.

antéro-postérieure, trois fois une scissure pariéto-occipitale profonde, une fois l’absence du pied de F3 à droite, une fois l’atrophie extrême de F3 du côté gauche, une fois l’absence de la scissure de Rolando d’un côté.

Dans le cerveau d’Hugo Schenk étudié par Benedikt (1), il existait les anomalies suivantes :

1” Isolement de la scissure calcarine et de la scissure occipitopariétale interne ;

2° Communication de la scissure occipitale interne avec la scissure de l’hippocampe et avec la scissure limbique par suite de l’atrophie du pli lemporo-limbique, disposition rare sur l’homme normal, assez commune chez l’idiot;

3° Aplasie du lobe carré ;

4° Terminaison en pointe de la scissure sous-frontale ;

5° Passage direct en avant du lobule paracentral de la scissure sous-frontale sur l’hémisphère droit;

6° Lobe frontal aplasique ;

7° Enorme développement des circonvolutions rolandiques et coupure de la pariétale ascendante, d’où découle la communication de la scissure de Rolando avec le sillon postrolandique ;

8° Aplasie de la circonvolution pariétale supérieure et des deux plis de passage pariéto-occipitaux ;

9° Grand développement des circonvolutions occipitales externes.

Le cerveau d’Kackler, exécuté à Vienne (Autriche) en 1877, pesait 1530 grammes (Hoffmann), présentait des signes nombreux d’infériorité et d'atypie (Benedikt). Les deux hémisphères présentent le sillon limbique de Rroca (sillon rhinal des animaux) ; une scissure calloso-marginale pénétrant dans la souspariétale ; — une scissure pariéto-occipitale s’enfonçant dans le sillon de l'hippocampe ; — la circonvolution de l’hippocampe et le cunéus sont aplasiés, le lobule quadrilatère est agrandi et

(1) Bénédikt, Arch. de l’Anth. crim , t. VI, p. 239, 1891.

porte trois pl i s transversaux(précunéus à trois plis de Tenchini) ; le lobule paracenlral est limité en bas et en avant par un sillon courbepréparacentral. — Ala faceexternede l'hémisphère gauche , le sillon interpariétal est composé de deux serments et les deux circonvolutions pariétales sont en partie dédoublées ; il y a en outre des communications anormales, de la scissure (le Sylvius avec le sillon parallèle, avec le sillon frontal inférieur, avec le sillon interpariétal. Dans Y hémisphère droit, il y a aplasie du pied de F1, les deux circonvolutions rolandiques sont peu développées et les deux sillons pré et poslrolandiques confluent avec la scissure sylvienne.

Le cerveau d’Hackler, conclut Benedikt, est donc bien un cerveau anormal et dégénéré (\oy.Arch. de /’ An.tr op. criminelle, t. VII, p. 238, f892J.

Henri deFrancesconi, décapité à 26 ans pour avoir tué un facteur dans l’intention de le dépouiller de ses lettres chargées, était un léger et un imprévoyant. La situation précaire dans laquelle il était, l'ambition d’avoir une autre position sociale l’engagèrent à commettre son crime.

Le cerveau de Francesconi étudié par Benedikt (1) est riche en particularités (Benedikt).

En général des scissures naissent un grand nombre de prolongements spéciaux et les circonvolutions sont étroites et comme morcelées, à l’exception toutefois de T1 et deFa etPadans leur partie inférieure (v.la iig.).Le sillon parallèle traverse lelobe pariétal et ayant contourné le bord sagittal de l'hémisphère (v.la fig.) vient se terminer dans le lobule quadrilatère (confluence des sillons). A la face interne de l'hémisphère F1 est dédoublée et le sillon sus-orbitaire (so, v.la fig.)se continue à la face externe formant là avec le môme sillon de l'hémisphère opposé un sillon crucial (v.lafig.) à la limite du lobe frontal et du lobe orbitaire comme chez Trichechus Rasmarus (Voy. Turner, Journ. of Anatomy, XXV, p. 103, 1890).

Le lobe quadrilatère a trois plis. Le lobe occipital, outre le premier sillon occipital, ou sillon médio-laléral (ml) qui est la continuation de la première scissure de Leuret, porte deux

(l) Benedikt, Arch. de l’Anthrop. criminelle, t. VIII, p. 225, 1893.

Debierre. 13

autres sillons, le premier ou supérieur (sillon ecto-latéral) est la continuation du deuxième sillon temporal, le second ou inférieur la continuation du troisième sillon temporal (sillon de Vernicke). Benedikt les considère comme représentant le prolongement occipital des deux scissures supérieures de Leuret. Sur l’hémisphère gauche, la première scissure est très apparente au niveau de P1 (1s, v.lafig.). Enfin la scissure sylvienne envoie une branche profonde dans la circonvolution du crochet (sillon amygdalien de Wilder).

FiG. 64. — Cerveau d’Hugo Schenck.

Hémisphère droit. — Face interne (d’après Benedikt).

Pour mon compte personnel, j’ai eu l’occasion d’étudier six cerveaux d’assassins, ceux de Gonachon, le parricide de Monplaisir, et d’Hartels, le moine assassin décapité à Valence en 1892, qui appartiennent au Musée de médecine légale de Lyon (collection du prof. Lacassagne), et ceux de Baillet, Degroote, Clayes et Vannieuwanhœve, que j’ai déposés à l’Institut anatomique de Lille.

L’écorce du cerveau de Gonachon présente les particularités suivantes :

Dans l'hémisphère gauche, la troisième circonvolution frontale (F3) est subdivisée dans sa moitié antérieure en deux plis par un sillon antéro-postérieur ; d’où il résulte un type à quatre circonvolutions frontales dans la partie antérieure du lobe frontal gauche. Le deuxième sillon frontal (SFJ) s’ouvre dans la scissure de Sylvius par un sillon prérolandique qui est inter-

cm

Fig. 6b. — Cerveau d’Hugo Schenck.

Hémisphère gauche. — Face externe (d’après Benedikt)

rompu par le pied de FL Le sillon interpariétal s'étend sans interruption dans le lobe occipital, où il se continue d'un seul jet avec le sillon occipilal supérieur (SO1) . Le sillon parallèle (ST1) est interrompu par deux plis d’anastomose et se continue directement avec le deuxième sillon occipital (SO”2). Le lobe de l’Insula comporte cinq plis. La scissure en Y s’ouvre dans le sillon limbique, et la scissure sous-pariélale dans la scissure sous-frontale.

Dans l’hémisphère droit, le lobe frontal est aussi à quatre étages dans sa moitié antérieure, mais ici par dédoublement de la deuxième circonvolution frontale (FJ). F1 et FJ ont chacune deux pieds insérés sur Fa. Le sillon poslrolandique est interrompu par l'insertion de P1 sur Pa, et s’ouvre dans la scissure syl vienne. Le sillon interpariétal s’ouvre dans le sillon occipital transverse. Le sillon parallèle est interrompu par deux plis d’anastomose. Le lobule du pli courbe et le pli courbe se rapprochent beaucoup plus du schéma du cerveau fondamental que du côtégauche où ST1 ne se prolonge pas jusqu'au gyrus angularis. La scissure calcarine s’ouvre dans la scissure limbique. L’insula antérieur présente cinq plis, le postérieur en offre deux.

En ce qui concerne le cerveau de Baillet, voici les particularités les plus saillantes que je relève en ce qui a trait à ses circonvolutions :

La face externe de l’hémisphère gauche présente comme dispositions exceptionnelles : 1° un dédoublement de F1 par suite de l’existence d’un sillon longitudinal creusé sur cette circonvolution, sillon interrompu par trois plis d’anastomoses ; — 2° une troisième frontale (circonvolution de Broca, F3) très simple, bien que présentant les trois lobules classiques ; — 3° une Fa assez mince, coupée vers le milieu de son trajet par un sillon profond, d’où résulte l’ouverture de la scissure de Rolando dans le premier sillon frontal (SF1); — 4° une scissure rolandique ouverte dans la sylvienne ; — 5° un premier sillon temporal (ST1) ou sillon parallèle ouvert en arrière dans le sillon interpariétal. Sur cet hémisphère, le reste ne présente rien de particulier; les deux plis de passage pariélo-occipitaux sont normaux et la face interne de l'hémisphère ne me paraît point porter de variété digne d’être mentionnée.

Sur 1 hémisphère droit, le lobe frontal est également à quatre étages par dédoublement de F1, mais, contrairement à ce que j’ai noté sur l’hémisphère gauche, F3 est bien développée : les deux branches antérieures, l’ascendante et l'horizontale, de la scissure de Sylvius sont bien creusées et les trois lobules operculaire, triangulaire et orbitaire nettement dessinés et sillonnés de fissures secondaires. Il existe en outre sur cet hémisphère un

sillon postrolandique qui s’ouvre dans la scissure sylvienne; sur lui se jette en T le sillon interpariétal qui se prolonge en arrière jusqu’à la pointe du lobe occipital. Le pli courbe, le lobule du pli courbe, les plis de passage pariéto-occipitaux sont, normalement développés, mais comme le premier pli de passage est assez bas en raison de la forte inflexion du gyrus qui lui donne

Fig. 66. — Cerveau d’Hugo Schenck.

Hémisphère gauche. — Face interne (d’après Benedikt).]

naissance, il s’ensuit que la scissure perpendiculaire interne se continue nettement sur le tiers supérieur de la face externe de l'hémisphère. La même disposition d’ailleurs se représente sur l’hémisphère gauche. — Sur la face interne de l’hémisphère, la disposition des circonvolutions est classique, à l’exception toutefois du pli temporo-limbique qui est très mince, mais suffisant cependant pour former une frontière nette et évidente entre la scissure en Y et la fente de liichat.

Voyons le cerveau de Degroote, voleur et assassin décapilé en

Hémisphère gauche. — Parmi les scissures seule, celle de Rolando présente une variété exceptionnelle ; elle est ouverte dans la sylvienne.

Lobe frontal. — Face externe : Rien. Face interne : F1 dédoublée. Face inférieure : rien .

Lobe ■pariétal. — Face externe : sillon post-rolandique complet; lobule du pli courbe simplifié. Face interne : rien.

Lobe temporal. — T1 est coupée par un pli, de façon que le sillon parallèle s’ouvre dans la sylvienne.

Lobe occipital. — Rien .

Hémisphère droit. — Scissures. La perpendiculaire interne s’ouvre dans la fente de Richat.

Lobe frontal. — Le sillon prérolandique s’ouvre dans la sylvienne.

Le cerveau de Clayes, décapité à Hautmont (Nord) en 1893, ne présente rien de plus caractéristique.

Hémisphère gauche. — Face externe. Scissures : rien. Lobe frontal: sillon prérolandique complet, ouvert dans la sylvienne , — lobe à quatre étages par dédoublement de F1 et de F2. — Lobe pariétal : coupure de Pa. — Face interne . Scissures : sous-frontale interrompue. — Lobe frontal : F1 dédoublée.

Hémisphère droit. — Face interne. Scissures : rien . Lobe frontal : F2 dédoublée. — Lobe temporal : le sillon parallèle présente des branches profondes ascendantes et descendantes. — Face interne. Scissures : la sous- frontale se prolonge dans le précunéus ; — la calcarine s'ouvre dans la fente de Richat. — Lobe occipital : le cunéus est petit.

Passons au cerveau de Vannienwenhove, assassin et voleur, décapité à Lille en 1894.

Hémisphère gauche, — Face externe. Scissures : rien de

remarquable. — Lobe frontal : F1 est dédoublée, et vers le pôle frontal les circonvolutions sont très flexueuses et présentent des plis courts et répétés; le sillon prérolandique se continue avec le sillon frontal supérieur et s’ouvre dans la scissure de Sylvius. — Lobe 'pariétal : le sillon postrolandique est complet. — Lobe temporal : T1 a plusieurs plis transversaux, des incisures qui la traversent et font communiquer la sylvienne avec le sillon parallèle. — Face interne : F1 est dédoublée ; — le lobule paracen-

Fig. 67. — Cerveau de Francesconi.

Face externe de l'hémisphère droit.

tral est peu développé; — la circonvolution de l’hippocampe est volumineuse, celle du corps calleux est au contraire réduite. Présence du sillon occipital transverse dans lequel s’ouvre la scissure calcarine.

Hémisphère droit. — Face externe . Scissures : Les sillons sont confluents ; le prérolandique coupé seulement par le pied de F2, s’ouvre dans la sylvienne et se prolonge jusque en avant du lobule paracenlral ; — le postrolandique est complet et s’ouvre dans la sylvienne et la sylvienne s’ouvre dans le sillon interpa-

riétal. — Lobe frontal : F1 et F1’, assez simples et épaisses à leur origine, sont coupées par de nombreux plis transversaux à mesure qu’elles s’avancent vers le pôle frontal ; le lobe est à quatre étages par dédoublement de F1 et de F2; F3 est flexueuse mais d’un volume peu considérable. — Lobe pariétal : Le lobule du pli courbe a trois plis transversaux, — P1 est peu développé. — Lobe temporal : T1 est plissé en cordelière. — Face interne , scissure et sillons : la sous-frontale gagne la face externe de l'hémisphère et communique avec la sous-pariétale ; la calcarine s’ouvre dans la fente de Bichat ; la pointe du lobe temporal porte le petit sillon limbique de Broca.

Le cerveau de Sabourin, décapité à Niort en 1895, pesait 1260 grammes; à part le dédoublement de F1 ou de F2, et la simplicité de F3 dans l’hémisphère gauche, ce cerveau ne présentait aucune anomalie (Voy. Arch. de l'Anthrop. criminelle, t. IX, p, 498, 1894).

Le cerveau de Laureau, décapité à Dijon le 19 avril 1894, pesait 1315 grammes, — le cervelet seul 160 grammes, — il ne présentait aucune particularité atypique et il n’y avait ni injection ni adhérence des méninges (Voy. Arch. de l'Anthrop. criminelle, t. IX, p. 502, 1894.)

Mon excellent collègue et ami, le professeur Tenchini (de Parme) (1) a étudié le cerveau de 130 criminels italiens, qui, tous, avaient de 20 à 40 ans. Sur ces 130 crimiels, 33 sont dolichocéphales (indice céphalique moyen = 71, écarts 63,1 — 74,4), 52 brachycéphales (indice moyen — 83,6, écarts 80 — 91), et 45 sont mésaticéphales (indice moyen = 77,2, écarts 75 — 79,9).

Sur ces délinquants, je relève un poids cérébral moyen de 1 .341 gr. (écarts = 1. 128 — 1 .600), mais 79 sur les 130 ont un cerveau du poids de 1.200 à 1.450 gr.

En outre, on peut retirer des chiffres de Tenchini que ceux de la haute Italie et de l’Italie du centre, chez lesquels prédomine la brachycéphalie, ont un poids moyen de 1.355 gr., tandis que les criminels de l’Italie méridionale, à prédominance

(1) L. Tenchini : Cervelli di delinquenti, Parme, 188S-1891,

dolichocéphale, n’ont qu’un cerveau du poids moyen de 1.300 gr. (1).

Tenchini a noté que le poids du cerveau a varié comme suit avec la catégorie de criminels : voleurs, 1.321 gr.; assassins, 1. 341 gr.; violateurs, 1.362 gr. ; faussaires 1.391 gr.

Sur 32 encéphales, le môme anatomiste en a noté : 2 du poids de 1.200 gr.; 10 du poids de 1.200-1.300 gr. ; Il du poids de

Fig. 68. — Cerveau de Francesconi.

Face interne de l’hémisphère droit.

1.300-1.400 gr. ; 6 du poids de 1.400-1.300 gr. et 3 seulement au-dessus de 1.500 gr.

Sur les 130 cerveaux étudiés par le professeur d’anatomie de Parme, c’est-à-dire sur 260 hémisphères, je relèverai les particularités les plus saillantes.

Sur la face interne des hémisphères, je note : 1° la communication de la scissure sous-frontale avec la perpendiculaire interne (quatre fois), le prolongement de cette scissure sur la

(1) Le poids du crâne relevé dans les mémoires de Tenchini a varié de 500 à 900 gr. Quatre fois seulement il a dépassé 900 grammes.

face externe de l’hémisphère (trois fois) et son arrêt avant d’atteindre le bord sagittal de l’hémisphère (cinq fois); 2° la communication de la scissure sous-pariétale avec la perpendiculaire interne (sept fois); 3° la communication de la scissure calcarine avec la fente de Bichat (vingt-six fois 0/0) et avec le sillon de l’hippocampe (dix fois 0/0); l’interruption de cette scissure par un pli plus ou moins reculé (dix-neuf fois); 4° une scissure calcarine accessoire communiquant ou non avec la perpendiculaire interne (30 fois) ; 3° une circonvolution frontale interne dédoublée (quarante-quatre fois) et un lobule métopique double (dix-huit fois) ; 6° une circonvolution frontale interne surnuméraire (sept fois); 7° un lobule quadrilatère (précunéus) en V (une fois) et en M (vingt-sept fois), très développé (vingt fois) et à trois plis, amoindri et réduit à deux plis comme chez le fœtus humain de 7 à 8 mois, le microcéphale et chez les anthropoïdes (arrêt de développement); 8° un cunéus très développé) (soixante-quatre fois) et d’autres fois très petit (dix-neuf fois) ; 9° un sillon parcourant, suivant sa longueur, la circonvolution du corps calleux et tendant à dédoubler cette partie du lobe limbique (douze fois) ; 10° l'interruption de la scissure perpendiculaire interne par un pli de passage superficiel [pli microcéphalique de Giacomini) chez deux sujets, pli que l’on rencontre fréquemment chez les idiots et les microcéphales, et que Mingazzini (Manuale di anatomia degli organi nervosi centrait, Roma, 1889) a retrouvé quatre fois sur soixante hémisphères de criminels, alors qu’il le chercha en vain sur les sujets normaux; 11° l’interruption de la circonvolution du corps calleux à l’origine du lobe quadrilatère.

Sur la face externe de 60 hémisphères, je relève les particularité suivantes en ce qui concerne le lobe frontal : 1° la scissure de Rolando est ouverte à ses deux extrémités (cinq fois); elle est raccourcie, d’où il résulte que F3 prend pied sur Pa (une fois) ; 2° un sillon prérolandique complet (cinq fois) ; 3° un sillon frontal transverse (quatre fois); 4° F1 double dans une étendue

(3) Ce dédoublement, je ne le compte que lorsque le sillon longitudinal qui fend la circonvolution frontale interne a au moins quatre centimètres de longueur, sillon continué, ou non, en avant par un sillon métopique, en arrière par un sillon qui s’engage dans le précunéus.

plus ou moins grande (huit fois); F2 double (sept fois) ; Fs double (dix-sept fois) ce qui fait un lobe frontal à quatre étages; 5° une vraie circonvolution frontale surnuméraire (trois fois); 6“ les circonvolutions frontales simplifiées (trois fois), normales (vingt et une fois).

Sur 100 hémisphères, je relève, touchant le lobe pariétal, le lobe temporal et le lobe occipital , les [variétés ci-dessous : 1° le sillon postrolandique inférieur communique avec la syl-

Fig. 69. — Cerveau de Francesconi.

Face externe de l'hémisphère gauche.

vienne (quatre fois), il est indépendant d’avec l’interpariétal (12 fois sur 50, — 15 0/0); 2° le sillon interpariétal communique avec le sillon parallèle (22 sur 60), externe (trente fois), avec la sylvienne (six fois), avec la fente interhémisphérique (huit fois), il est interrompu par un pli (trente-deux fois) et même par deux plis (cinq fois); 3° Pa est interrompue (onze fois), elle est à décours atypique (quatre fois), elle est dédoublée et il y a une circonvolution pariétale ascendante surnuméraire (une fois); 4° le lobule pariétal inférieur est compliqué (sept fois), constitué par T1 seule (cinq fois), constitué par T2 seule (une lois); 5° il y

a trois circonvolutions pariétales (quatre fois) ; 6° T1 est interrompue (onze fois), elle a une anastomose (trente-deux fois), deux (dix fois), trois (une fois) ; 7° un sillon occipital transverse (continuant l’interpariétal) existant 79 fois 0/0 , et pouvant communiquer avec la fente interhémisphérique (25 fois sur 60)., avec la scissure perpendiculaire externe'(six fois) et avec le sillon parallèle (cinq fois).

Fig. 70. — Cerveau de Degroote.

Face externe de l'hémisphère gauche (1).

Arrêtons-nous un court instant sur tous ces chiffres pour en déduire la valeur intrinsèque.

En ce qui concerne la confluence des scissures, caractère qu’on

(1) Dans cette figure et les suivantes représentant la face externe de l’hémisphère, RR, représentent la scissure de Rolando, — SS, — la scissure de Sylvius, — O, la scissure occipito-pariétale, — F1, F1, F3, les 3 circonvolutions frontales, — Fa, la circonvolution frontale ascendante, — P\ la circonvolution pariétale ascendante, — 1, le lobule operculaire, 2, le lobule triangulaire et 3, le lobule orbitaire de F3, — /, le sillon interpariétal, — Ot, le sillon occipital transverse, — P{, la circonvolution pariétale supérieure et P2, la circonvolution pariétale inférieure, —

Ge, le lobule du pli courbe,— Ca, le pli courbe,— T1, T-, et T3, les 3 premières circonvolutions temporales,— O', O-, O3, les 3 premières circonvolutions occipitales, —

Ra, le sillon prérolandique, — Rp, le sillon postrolandique, — l, l’incisure limbique de Broca, — So /, le sillon olfactif.

a donné comme spécial en quelque sorte au cerveau des criminels, je ne le trouve pas confirmé parles observa lion s deTenchini , puisque cet auteur n’a noté, par exemple, la communication de la scissure de Sylvius que 4 fois 0/0. En effet, Giacomini a rencontré celte communication 21 fois sur 180 hémisphères de sujets de conditions diverses, et Tenchini lui-même, sur 114 hémisphères d’individus normaux, a trouvé l’ouverture de la rolandique dans la sylvienne 1 fois chez les * et 5 fois chez les ?, — ce qui donne à peu près la proportion de 6.25 0/0.

Fig. 71. — Cerveau de Decjroote.

Face externe de l’hémisphère droit

La confluence du sillon parallèle et de la sylvienne, ou la confluence du sillon interpariélal et du sillon parallèle ou de la scissure occipitale transverse, n’ont pas plus de valeur. Cette confluence est aussi fréquente dans le cerveau des sujets quelconques que dans celui des criminels. C'est ainsi que l’interpariétal pénétrait sans interruption dans le lobe occipital 55 fois sur 180 hémisphères étudiés par Giacomini ; il communiquait avec la scissure de Sylvius 32 fois sur 158 hémisphères et avec le sillon parallèle 1 10 fois sur 558 hémisphères réunis et examinés soit par Chiarugi, soit par Vanhersecke. Dans le cerveau de Véron, la sylvienne communique avec le sillon post-rolandique, celui-ci

avec le sillon interpariétal, lequel, à son tour, se jette dans la perpendiculaire externe ; d’autre part, la calcarine se prolonge jusqu’à la fente de Bichat.

SiTenchini note la communication de la calcarine 10 fois sur 130 avec le sillon de l’hippocampe, Giacomini a rencontré la même confluence 67 fois sur 168 cerveaux de sujets d’ordres divers, et Vanhersecke a mentionné la même communication

Fig. 72. — Cerveau de Degroote.

Face interne de l’hémisphère gauche (1).

(1) Dans celte figure et les suivantes représentant la face interne de l’hémisphère ,

CC représentent le corps calleux, — S, le septum lucidum, — Op, la couche optique, — SSF, la scissure sous-frontale, — SSP, la scissure sous-pariétale, —

O, la scissure perpendiculaire interne, - C, la scissure calcarine, — B, la fente de Bichat, — F\ la circonvolution frontale interne, — Fd, la circonvolution interne seconde, — L, L, la circonvolution limbique, — H, la circonvolution de l’hippocampe, — cr, le crochet de la circonvolution de l’hippocampe, — P, le precunéus, — ov, le lobule paracent.ral, — C’, le cunéus, — pr, le sillon préovalaire, — Ob'-, Ob'1 *, Ob'\ Ob, les 3 circonvolutions métopiques, — l, le ventricule laté-

ral, — T, le trigone cérébral, — p, le pédoncule cérébral, — m, le tubercule

mamillaire, - K, le chiasma optique, — Ma, le trou de Monro, — SI, le sillon limbique temporal, — E, l’espace perforé antérieur, — L'1, le lobule lingual, — /'“.le lobule fusiforme, — TK, la 4e circonvolution temporale, — O1, O3 * *, O6, les trois dernières circonvolutions occipitales, — C° la commissure blanche antérieure, — II, le nerf optique, — 1, le corps godronné, — 2, le corps bordant; — Y, la

scissure en Y.

(pli temporo-limbique profond comme chez les Singes) 32 fois sur 116 hémisphères. Ce dernier observateur a également vu 94 fois sur 116 le sillon interpariétal allant se perdre dans le sillon occipital transverse (1).

Le dédoublement fréquent des circonvolutions frontales , si souvent observé par Tenchini sur les cerveaux de ses criminels, pourrait faire croire à un développement intellectuel plus grand. Or, étant donné les cerveaux des criminels qu'il nous est le plus

Fig. 73. — Cerveau de Degroote.

Face interne de l'hémisphère droit.

ordinairement donné d’examiner (basse classe), cette conclusion serait un non-sens. Ce fait prouve une fois de plus que si l’étendue de l’intelligence est en relation directe de l'étendue de l’écorce grise cérébrale, elle n’est pas moins sous la dépendance de la qualité du cortex, c’est-à-dire qu’elle s’élève avec le développement lui-même des cellules pyramidales, de l’étendue et des arborisations de leurs dendrites, en un mot avec l'étendue des associations cellulaires.

(1) Vanhersecke. La Morphologie des cironoolutions cérébrales. (Thèse de Lille, 1891).

Tenchini accuse 17 fois le dédoublement de F3 sur 60 hémisphères de criminels, alors qu’on ne le rencontrerait que 19 fois sur 180 hémisphères de sujets non criminels (Tenchini). Celte proportion est insolite. Pour mon compte, je n’ai rencontré ce dédoublement que 6 fois sur 116, et Giacomini l’a noté seulement 2 fois sur 56 hémisphères de délinquants, 14 fois sur 400 hémisphères de sujets ordinaires, ce qui est loin de confirmer les observations de Tenchini.

FiG. 74. — Cerveau de Claycs.

Face externe de l’hémisphère gauche.

Sur 4 criminels, Romili ( Notizie analomiclie . Crani e Cervelli di Criminali. Siena, 1883) ne l’a pas trouvé. G. Chiarugi ( Osserv . sulla divisione delle circonvol. fronlali. Siena, 1885) a fait la même constatation négative sur 74 hémisphères de personnes saines. Et si Poggi ( Varietà delle circonvo/uzioni cerebrali nei pazzi. Reggio-Emilia, 1884) a noté 15 fois le dédoublement de F2 sur 100 hémisphères d’aliénés, il ne rencontra que 5 fois le dédoublement de F3. Sur 26 hémisphères de fous, Chiarugi, enfin, ne rencontra aucune fois ce dernier dédoublement (1).

fl) Chiarugi a rencontré F 1 dédoublé 6, 7 0/0 chez les non criminels et 11, 5 0/0 chez les criminels, F2 dédoublé 14. 8 0/0 chez les premiers et 15,3 0/0 chez les seconds.

Comme la troisième circonvolution frontale est le centre de la mémoire motrice verbale, s’il était vrai qu elle fût plus spacieuse chez les criminels que chez les gens normaux, il faudrait en conclure que les criminels ont, comme on dit, la « langue bien pendue » mais. ..

Si enfin, on acceptait tout à la fois que la deuxième circonvolution frontale (dans son pied) est le centre de la mémoire motrice graphique (Charcot, Exner) et que cette circonvolution

Fig. 75. — Cerveau de Clayes. Face externe de l’hémisphère droit.

est souvent double chez les criminels, il serait assez naturel de croire que ces malfaiteurs ont un penchant graphique très développé. Le fait est que beaucoup d’entre eux cultivent le dessin pictural. Mais je ne crois pas qu'on puisse sérieusement soutenir une pareille opinion.

Le sillon orbito-frontal n’a pas non plus fourni de caractère typique, puisque si Tenchini l’a rencontré 21,8 0/0 chez les criminels, Giacomini a trouvé 18 0/0, et Zernoff 20 0/0 chez les sujets non criminels. — C. Poggi, au contraire, aurait observé

Debierrs. 14

que l’existence de ce sillon est beaucoup plus fréquente chez les criminels, s’il est vrai qu il 1 a rencontré 53 fois 0/0, 34 fois chez les * , 17 fois chez les *.

Les anomalies du lobe pariétal ne sont pas plus caractéristiques. Si Tenchini a noté 15 fois 0/0 un sillon postrolandique indépendant de l’interpariétal, Giacomini n a-t-il pas trouvé une proportion sensiblement la même sur des sujets de toutes catégories, soit 12 0/0?

Fig. 76. — Cerveau de Clayes.

Face interne de l’hémisphère droit.

Si le sillon interpariétal est interrompu 32 fois sur 60 dans les criminels de Tenchini, Giacomini n’a-t-il pas noté cette interruption 31 fois 0/0, et Zernoff 29 0/0 chez les normaux ?

La proportion reste néanmoins beaucoup plus forte chez les criminels. Elle s’accuse encore davantage si l’on sait que sur 92 hémisphères de sujets sains, Tenchini rapporte en avoir trouvé 47 sans aucune interruption du sillon interpariétal. Mais si l’on remarque que le sillon est interrompu par un pli 154 fois sur 526 hémisphères de personnes de toutes catégories en s’en

rapportant aux observations rassemblées par Vanhersecke, et par deux plis 17 fois sur 336 hémisphères, on verra que si les chiffres de Tenchini diffèrent notablement de ceux de Vanhersecke quand il s’agit d’une interruption simple (32 fois sur 50 contre 154 sur 526), ils ne s’en éloignent guère quand on envisage l’interruption double (5 fois sur 50 contre 17 fois sur 336).

T1 s'anastomose par un pli avec T2 55 fois (12 0/0) et par deux plis 11 fois sur 336 hémisphères de sujets normaux

Fig. 77. — Cerveau de Clayes.

Face interne de l’hémisphère gauche.

(Giacomini), tandis que la proportion s’élève à 32 0/0 dans le premier cas et à 10 0/0 dans le second sur le cerveau des criminels de Tenchini. Mais cette corticalité locale plus développée indique-t-elle un accroissement d’étendue de la mémoire motrice verbale , qu’on a localisée, on le sait, dans T1 ? — Ce serait, je crois, voguer à pleines voiles sur l’océan houleux de l'hypothèse.

Si la « calotte occipitale » a été notée 5 fois sur 112 cerveaux de criminels que Benedikt, Brown, Tenchini, Willigk, Mingazzini ont eu l’occasion de réunir, j’ai trouvé une proportion à peu près semblable dans plus de 200 hémisphères quelconques que j’ai examinés. Broca a noté la proportion de 2 0/0. D’autre

part, la calotte peut se rencontrer chez les gens les plus honnêtes et les plus intelligents. Le cerveau de Fuchs, celui d’Asseline la présentaient.

Le pli microcéphalique de Giacomini, la pénétration de la scissure en Y dans la fente de Bichat ont-ils une valeur plus grande ?

Ce sont là sans doute des caractères simiens, des caractères réversifs, des arrêts de développement ; ils montrent une corticalité peu développée, mais si cela intéresse le degré d’intelligence,

Fig. 78. — Cerveau de Vannhieuvenhœve.

Face externe de l’hémisphère gauche.

en quoi cela peut-il intéresser la criminalité? — Il est du reste à retenir que si Tenchini a noté le pli microcéphalique 2 fois sur 130 criminels, Giacomini a rencontré un pli cunéo-précunéen supérieur 4 fois et un pli cunéo-précunéen inférieur 1 fois sur 168 hémisphères de sujets non criminels.

L’ampleur du cunéus si fréquemment observée par Tenchini indiquerait-elle que les criminels ont une vue large et perçante ? On sait que le cunéus peut être considéré comme le centre cortical visuel commun. Mais j’ai eu l’occasion de noter le faitinverse sur l'assassin Clayes.

On sait que chez le cheval (Turner (1 ), Tenchini et Négrini) (2), chez le bœuf (Tenchini et Négrini), le rhinocéros (R. Owen), l'âne, le chameau, le lion, le tigre (Manouvrier) (3), le sanglier (Bole) (4), et surtout chez les cétacés (Broca) (5), Bauregard) (6), la circonvolution du corps calleux (portion sus-calleuse du lobe limbique) présente ou un simple sillon parallèle à sa longueur

Fig. 79. — Cerveau de Vannhieuvenhœve.

Face externe de l’hémisphère droit.

qui tend à la dédoubler, ou bien un véritable dédoublement (Cétacés). Or, du fait que la tendance au dédoublement a lieu dans certains cerveaux de criminels figurés et étudiés par Benedikt, Tenchini, etc., on pourrait supposer que c’est là, d’une part

(1) W. Turner, The eonvolutions of the brain, 1890, p. 34.

(2) L. Tenchini et F. Negrini, Sulla corteccia cerebrale degli equini e bovini, Parma, 1889.

(3) Manouvrier, Etude sur le cerveau d’Eugène Véron et sur une formation fronto-limbique (Bull, de la Soc. d’Antlirop. de Paris, p. 238 et 504, 1892),

(4) Bole, Le lobe Limbique (Thèse de Lille, 189 , p. 67 et 49).

(5) P. Broca, Le grand lobe limbique (Rev. d’Anthropologie, 1878 et 1879).

(6) H. Bauregard, Rech. sur l’encéphale des balœnides (Journ. de l’Anat. XIX, p. 513, 1883).

la preuve d’un appareil olfactif central très développé, et d’autre part un retour vers les types mammaliens inférieurs.

Mais il n’en est rien, puisque si Campi (Manouvrier) présente un sillon intra-limbique (dédoublement du gyrus fornicatus) on retrouve le même sillon sur les cerveaux de Bertillon, Yéron, Coudereau, Gambetta, Broca (Manouvrier), aussi bien que dans le cerveau des fœtus humains de 7 à 9 mois et sur des cerveaux

Fig. 80. — Cerveau de Vannhieuvenhœve.

Face interne de l’hémisphère gauche.

de nègres (Manouvrier). D’autre part, le cerveau d’Asseline, un intellectuel, ne le présentait pas (Manouvrier) (1). Je l’ai noté moi-même environ cinq fois sur 100 dans des cerveaux d’ordre divers.

Si l’on admet avec Manouvrier qu’il y a une sorte de balancement entre la circonvolution frontale interne et la circonvolution du corps calleux, on peut admettre que la présence du

(1) Voy. Manouvrier loc . cit. p. 253 et suivantes.

Chudzinski et Mathias Duval, Description morphologique du cerveau de Gambetta (Bull, de la Soc. d’anthrop. de Paris , 1886).

Chudzinsky et Manouvrier, Elude sur le cerceau d’Adolphe Bertillon (Bull, de la Soc, d’Anthrop., 1887).

sillon intra-limbique indique un agrandissement du lobe frontal aux dépens du lobe limbique, opinion conforme à l’opinion de Broca, à savoir que chez l’homme comme chez tous les mammifères anosmatiques, le lobe limbique est en régression. Dans ce cas, le sillon intra-limbique devrait être considéré comme une deuxième scissure sous-frontale (scissure sous-frontale inférieure). Si au contraire, on considère l'existence du sillon intralimbique comme indiquant un dédoublement de la circonvolu-

Fig. 81. — Cerveau de Vannhieuvenhœve.

Face interne de l’hémisphère droit.

tion du corps calleux au profit de celle-ci, on peut penser que ce dédoublement fait descendre le cerveau, puisque s’il y a balancement entre la frontale interne et la circonvolution du corps calleux, l’accroissement du lobe limbique se ferait aux dépens du cerveau frontal. Mais pour mon compte, comme le sillon intra-limbique existe aussi bien chez l’homme vulgaire que chez le savant ; comme il semble être l’apanage du cerveau des grands mammifères dont, on le sait, le plissement grandit avec le volume du corps, j’estime que le dédoublement de la circonvolution du corps calleux, aussi bien que le dédoublement de la frontale interne, ne prouvent qu’une chose, un cortex

cérébral assez développé. Si ce fait peut avoir une relation avec l’intelligence, il ne semble en avoir aucune avec la criminalité. Si c’est la circonvolution calleuse qui s'agrandit, c’est l’organe central de l’olfaction qui se perfectionne, s’il est vrai qu’on doive définitivement admettre la localisation du centre olfactif dans le lobe limbique; si c’est la circonvolution frontale interne qui empiète sur la circonvolution du corps calleux, c’est le cerveau frontal qui s’accroît aux dépens du centre olfactif.

Fig. 82. — Cerveau de Baillet.

Face externe de l’hémisphère droit.

Mais à quoi bon aller plus loin dans cette voie analytique et descriptive ? Nous pourrions multiplier les exemples de ces variétés dans les circonvolutions sans grand profit pour la solution du problème que nous cherchons à résoudre. Ce problème se réduit à ceci, en définitive : Dans les anomalies de l’écorce cérébrale que l’on a signalées chez les assassins, y en a-t-il une qui soit caractéristique du cerveau de cette catégorie de sujets? Ou encore, trouve-t-on chez eux une association de caractères qui fasse du cerveau de ces hommes une exception, une variété cérébrale qu’on ne rencontre que chez eux?

Si on ne trouve dans le cerveau des criminels que des parti-

cularités qu’on observe également à titre d’exception chez les gens honnêtes, ce ne sont plus là que des particularités banales qui ne peuvent en rien différencier les criminels des autres sujets. C’est précisément ce que l’on constate . J’ai étudié (1) à ce sujet les circonvolutions de près de 800 hémisphères cérébraux, dont 116 m’appartiennent en propre, les autres provenant des

Fig. 83. — Cerveau de Baillct.

Face externe de l’hémisphère gauche.

collections de Giacomini, Chiarugi, Yalenti, Mingazzini, Flesch, Bénédikt, etc. La plupart de ces hémisphères appartiennent à des sujets sains d’esprit morts aux hôpitaux ; les autres viennent d’aliénés ou de criminels. Eh bien, qu’on se donne la peine de parcourir les tableaux (2) des variétés que j’ai établies, et l’on se convaincra que toutes les anomalies que l’on a rencontrées sur les cerveaux des criminels, depuis le lobe frontal à quatre étages jusqu’à la calotte occipitale simienne, ont été

(1) Voyez G. Vanhersecke, La Morphologie des circonvolutions cérébrales, e, le., thèse de Lille, 1891.

(2) V. G. Vanhersecke, loc. cit. p. 13 à 93, et Ch. Debierre, La Moelle épinière et l’Encéphale, p. 304 et suiv,

retrouvées sur le cerveau des aliénés et des honnêtes gens. Aucune de ces anomalies n’est donc caractéristique et il n’y a point, au point de vue morphologique, de « cerveau criminel », tout au plus peut-on dire, et cela nous paraît exact, que chez les criminels, de même du reste que chez les fous, les anomalies sont plus fréquentes, plus graves pour ainsi dire, par leur association assez commune. Il y a donc cependant chez les criminels une certaine irrégularité dans la disposition des plis de la sur-

face du cerveau qu’il serait injuste de ne pas reconnaître. Cette irrégularité leur est commune avec les aliénés et semble témoigner d’un organe mal équilibré, mal ordonné, constatation dont nul ne méconnaîtra l’importance au point de vue fonctionnel, c’est-à-dire au point de vue psychique.

Mais en réalité, on ne peut, dans l’état actuel de la science, « établir aucune relation entre une anomalie cérébrale et la criminalité et la folie ». (Feré, Dégénérescence et criminalité ,

Benedikt, Broca, llanot, Moutard - Martin , Foville, Feré,

SSF. R

Fig. 84. — Cerveau de Baillet.

Face interne de l’hémisphère droit.

Fallot, Tenchini, Mingazzini, Giacomini, Ferrier, Bergmann, Huschke, Willigk, Iieschl, Flesch, Schweckendick, etc., etc., ont signalé les anomalies les plus variées des sillons et des circonvolutions du cerveau chez les criminels. La confluence des sillons que Benedikt considère comme typique chez les criminels a été niée par Bischoff qui ne l’a jamais rencontrée chez de nombreux criminels, tandis que d’autre part, Biaswanger l’a constatée chez 1/3 des cerveaux d'hommes non criminels, au

Fig. 85. — Cerveau de Baillet.

Face interne de l’hémisphère gauche.

nombre de 180, qu’il a examinés à Breslau et à Berlin. Donaldson a examiné un cerveau de criminel ; il n’a pas retrouvé le type des scissures convergentes ( Association de neurologie américaine, 1892). On peut donc dire avec Schaafhausen, Baer, etc. qu’il n’y a pas de cerveaux criminels.

Le cerveau des criminels, comme leur crâne, présente fréquemment des signes de dégénérescence congénilale qui sont là comme des signes d organisatien inférieure, mais y voir des caractères de criminalité, c’est autre chose.

Le cerveau des criminels ne présente aucun type particulier,

aucun caractère spécifique et les fréquentes anomalies atavistiques qu’y veut voir Lombroso (L'Homme criminel, p. 231), lorsqu’elles existent, n’ont aucun caractère de cause à effet. Comme le disait Mingazzini au dernier Congrès de Rome (1894), il n’y a pas un type spécial de cerveau pour les criminels, mais chez cette catégorie de sujets, les caractères dégénératifs ou anormaux sont plus fréquents.

Les criminels enfin l’emportent-ils ou non par leur cervelet et leur isthme ?e l’encéphale sur les autres hommes?

En comparant à ce point de vue une série de femmes criminelles à une série d’honnêtes femmes, Varaglia et Silva (1) ont trouvé :

Poids du cervelet, de la protubérance et du bulbe

Femmes honnêtes 141 grammes

Femmes criminelles 155 —

Le cervelet d’Hugo Sclienk 194 grammes

» de Baillet 142 —

» de Tegami 145 —

» d’Esposito 170 —

»> de Laureau 160 —

Dans les registres de Broca concernant l’hôpital de la Pitié, le poids moyen du cervelet est de 143 grammes; le poids moyen de tout l’encéphale étant de 1.356 grammes.

On a fait du cervelet l’organe de l’amour brutal. A ce point de vue les criminels étant le plus ordinairement des frigides devraient avoir un petit cervelet. On a cependant dit, sans preuve du reste, qu’ils l’avaient plus gros que les autres hommes. On a dit avec plus de raison que le cervelet est un organe de motricité, de coordination des mouvements et d’équilibration.

A ce compte, les criminels,qui sont des « impulsifs » devraient avoir l’organe cérébelleux plus volumineux que le commun des hommes.

(1) Varaglia et Silva, Studi su 60 crani, Torino, 1885.

Or, rien n’est moins démontré que le cervelet soit plus volumineux chez les assassins que dans tout autre groupe de la société. Il est vrai que si les criminels sont des moteurs impulsifs, on peut aussi les regarder comme des mal équilibrés.

Bref, si le criminel ne se distingue du commun des mortels ni par le volume, ni par la forme de son cerveau, ne s'en distingue-t-il pas par les altérations anatomo-pathologiques ou les modifications histologiques de ses organes encéphaliques.

Ap rès avoir relaté différentes altérations des méninges (pachyméningites, adhérences, œdème de la pie-mère, ostéomes de la faux du cerveau, etc.) et du cerveau lui-même (ramollissement, points hémorragiques, abcès, athérome des artères, etc.) que divers auteurs (Bénédikt, Broca, Robin, etc.,) ont notées à l’autopsie d’un certain nombre de criminels, Lombroso (1) conclut que les délinquants rivalisent avec les fous et quelquefois les dépassent » pour les maladies du cerveau.

Sur 28 cerveaux de criminels, Flechs aurait trouvé 50 fois 0/0 des altérations des méninges ; 3 fois il y avait eu des blessures graves du crâne avec leptoméningite chronique consécutive. Or, on a fait depuis longtemps la remarque que l’hyperémie chronique du cortex est la base de toutes les altérations du cerveau des aliénés. Mais je dois dire qu’en ce qui concerne les criminels les cas négatifs sont au moins aussi nombreux que les cas positifs. Les cinq décapités, voleurs et assassins, dont j’ai eu l’occasion défaire l'autopsie ne présentaient ni altération des méninges ni altération de l’écorce cérébrale.

Sur un jeune escroc, on a noté de la parencéphalie avec destruction des racines de Fs(Lambl. Westphal. Arch. f. Psychiatrie, 1889). Marie lvauster qui, à 13 ans, a tué sa mère, pour en hériter, avait de la pachyméningite hémorrhagique avec coupures atypiques des circonvolutions (Hotzen, Befunde am Gehirn einer Muttermorderin , 1866).

Mais nos connaissances sont encore si bornées de ce côté que je crois qu'il est préférable de ne pas s’arrêter davantage sur ce sujet, digne pourtant à tous égards du plus grand intérêt.

Quant aux modifications structurales du cerveau, si elles

(1) Lombroso, L’Homme criminel , p. 198.

existent nous n’en pouvons parlée, car l’histologie comme la physiologie sont encore muettes à cet égard. Que les vibrations moléculaires soient en concordance dans le cerveau, comme partout ailleurs dans l’organisme avec la constitution même de l’élément anatomique, cela ne me paraît point discutable, mais autre chose est de découvrir à. quelle disposition organique correspond telle aptitude, à quelle disposition des éléments nerveux correspond la tendance à telle impulsion.

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