DES AUTRES CAISSES DU DÉPARTEMENT
Causes qui ont amené la création de ces Sociétés
Il est un fait à signaler : à l'exception de la Caisse de Montpellier, la loi de 1894 ne reçut, dans le département, aucune application pendant quelques années. Il n'y a là rien d'étonnant, semble-t-il. Cette caisse étend ses opérations au département entier; il n’était nullement utile de créer de nouvelles sociétés : quiconque désirait emprunter n'avait qu'à s'adresser à elle, et l'on sait à quelles conditions ; il suffisait d’être membre affilié d’un syndicat pour avoir le droit d'y recourir. Une telleargumentation paraittrès logique ; nous répondrons cependant : comment expliquer alors le mouvementsubit quis’est produit et qui a entrainé dans moins d’un an la création de près de vingt caisses ? En voici les raisons,selon nous: tant qu'il s'est trouvé dans chaque centre un ou deux propriétaires seulement obligés de faire appel au crédit, on ne songeait pas à s'adresser ailleurs qu’à la Société de Montpellier; lorsque, par suite de causes signalées ci-dessous, lon vit, au contraire, dans beaucoup de localités, de nombreux propriétaires obligés d’y recourir, on pensa qu'il serait préférable de créer de nouvelles Sociétés ; et les avantages en étaient grands, comme on le verra dans la suite.
bai.
Dans une précédente citation (‘) de M. Crassous, et cette pensée était développée cet expliquée, il était dit : € Le midi ne demandait pas l'appui d'institutions de » crédit ». L'on trouve quelques lignes plus bas : « Mais par suite d'une crise intense et sans précédent, » que nous traversons, les ressources auxquelles le » vigneron avait puisé jusqu'ici se trouventtaries, juste » au moment où il aurait fallu qu’elles fussent le » plus abondantes. La mévente des vins a eu pour » résultat de diminuer les épargnes et d'augmenter » considlérablement les demandes d'emprunt..... Dès » l'an dernier on sentit la nécessité d'organiser le » Crédit Agricole (? <... » On n’a pas à faire ici l'historique de cette crise; toutefois il est utile d'indiquer quelle fut son intensité, pour comprendre quel trouble elle apporta dans la région.
Des nombreuses causes auxquelles on l’attribuait, la seule à retenir est la surproduction générale. Tandis que la production totale en France atteignait annuellement une moyenne d'environ 35 à 40 millions d'hectolitres de vin, l’on vit dans les années 1900-1901 ce chiffre porté à 70 millions (*).
Production totale de 1899 à 1902 :
18991... .082.26002325:.7 hectolitres RU MR NE MN EE (LATE — 1909 ALI TI S e nu 19008 2026527601 — NOTE: 7 AE LETTRE 4 TANT — 1002%250##39:985 783%. —
Comme, d'autre part, la quantité est obtenue aux dé-
(1) Voir ci-dessus page 42.
(2) Compte rendu sténographique du Congrès des Caisses de Crédit Agricole Mutuel, de Carcassonne — page 40.
(3) Y-compris l'Algérie,
pens dela qualité, le marché fut emcombré, saturé de mauvais vins. Dans ces conditions, la production étant supérieure à la consommation, et la qualité du produit étant inférieure,une baisse était inévitable Elle atteignit malheureusement des proportions bien plus considérables qu’on n'aurait pu le prévoir. L'on voit, en effet, les vins dont les cours avaient varié entre 18 et 22fr. l'hectolitre jusqu'à ce moment, descendre brusquement, sans arcune transition, dans l’espace de quelques mois à peine, à des prix oscillant entre 5 et 7 fr., voire même moins pour ceux de qualité trop douteuse. Des chiffres donnés plus haut, (voir page 41j on tire la conclusion que le prix de revient d’un hectolitre de vin varie entre 6 et Tfr. () M. Palazy, dans un article très intéressant, déclare que : « tout compte fait, le prix de revient d’un » hectolitre de vin ressort à 16 fr. 75 (?), et dans ce » prix la main-d'œuvre et les salaires rentrent pour » moitié (*}». Nous croyons ces chiffres un peu exagérés parce que, d’une part la production moyenne par hectare est supérieure à celle qu’il donne, du moins dans les régions visées et surtout pour les vignes qui reçoivent les soins énumérés dans l’état des frais de culture établi par M. Palazy; parce que, d’autre part, toutes les dépenses signalées ne sont point engagées, du moins toutes les années.
Il résulte de ces différentes considérations, qu'au moment où les vins se vendaient entre 18 et 22 pla Situation du viticulteur était plutôt enviable et l’on comprend pourquoi M. Crassous a pu dire fr) oise midi ne demandait pas l'appui d'institutions de crédit ». L'on comprend mieux encore dans quelle
(1) Sans compter l’intérét du sol, ni le travail de direction.
@) Bulletin de la Société d'Encouragement à PAgriculture du Département de l'Hérault — Année 1900 — Décembre, page 293 et suivantes,
(5) Voir page précédente.
gène ont dû se trouver ces mêmes viticulteurs par suite de cette baisse aussi brusque et aussi forte. On Pourrait objecter sans doute que les récoltes antérieures auraient dû assurer aux propriétaires des ressources et des avances suffisantes, pour parer au contre coup fâcheux d'une crise passagère. On n’a pas à enregistrer une pareille prudence, et la plupart de ces viticulteurs se sont trouvés alors dans la plus grande gêne.
Comment faire face aux nécessités du moment? Tant que les vins s'étaient vendus à un prix rémunérateur, que la prospérité avait régné dans la région, les gros propriétaires avaient toujours trouvé accès à la banque ordinaire. On sait quelles sérieuses garanties offrait leur signature. Mais lorsque la baisse se produit, le crédit à eux offert se restreint, et il se restreint d’autant plus que leurs immeubles, leurs vignes, subissent une très grande dépréciation. De leur côté les petits propriétaires, dont ces gros viticulteurs étaient les bailleurs de fonds, dans les moments de gène, vont être obligés de s'adresser ailleurs. Les uns et les autres voient tarir les sources auxquelles ils puisaient d’ordinaire.
Et plus que jamais pourtant le crédit leur était nécessaire ; il faut faire face aux mêmes frais d'entretien. Il en est autrement dans une industrie; lorsqu'elle chôme, les frais sont considérablement réduits ; la production s’arrêtant, la main-d'œuvre est en moins à payer ; ici, au contraire, ces frais restentles mêmes et, dans une certaine mesure, augmentent. La surproduction amena de nouveaux frais : d’abord augmentation de la main-d'œuvre (vendanges plus longues, fabrication du vin plus coûteuse) ; ensuite achat de nouvelles futailles destinées à recevoir le trop plein. L’agriculteur pouvait, d'autre part, espérer des cours meilleurs ;
il avait donc intérêt à garder ses produits pour les vendre à un moment plus favorable et, de là, nouvelle nécessité pour lui de recourir au crédit destiné à lui fournir les subsides qui devaient lui permettre d'attendre. On songea alors à la création de caisses rurales.
Le mouvement fut encouragé pour deux raisons : il eut été imprudent de s'engager dans pareille voie si l'on ne s'était pas assuré à l'avance le concours d'un escompteur , comme l'avait fait antérieurement la Caisse de Montpellier. Or cet escompteur était tout trouvé : c'était la Caisse Régionale qui venait de se fonder au capital de 100,000 francs ; la seconde raison était que le Crédit Agricole des Syndicats de l'Hérault, surchargé de demandes, était très désireux de se débarrasser de beaucoup d'entre elles ; et celles-ci passaient ainsi aux Caisses rurales nouvellement créées.
Il est inutile de chercher d'autres causes à la création de la plupart de ces caisses ; seule la crise l’a provoquée et nous en avons une preuve dans le fait suivant : dans les régions du département où le vignoble n'existe pas, c'est-à-dire dans les régions où la crise n’a eu aucune répercussion, nous ne trouvons aucune Société de ce genre; la reprise des affaires, d'autre part, a amené un certain calme dans leurs opérations. L'on voit enfin brusquement arrêté ce mouvement du début qui donna naissance aux nombreuses caisses que nous allons étudier, en même temps que parait s'atténuer cette crise. ;
1, — Des relations de ces Caisses locales avec leurs emprunteurs
Importance des opérations de ces Mutualités
La récolte de 1899, (!) rar son abondance, amenra la crise. Toutefois celle-ci n’éclata pas dès le début. Les quelques premiers mois, (dernier trimestre de l'année 1899) l’on vit encore les prix se maiotenir. Mais dés le commencement de 1200, devant l'impossibilité d'écouler une récolte trop abondante, les prix s’avilissent tout à la fois, et alors commence cette longue période de « mévente », selon l'expression vulgaire eb consacrée dans la région.
Le mouvement de création des caisses se fit encore attendre; d'abord les viticulteurs pensaient que la récolte de 1900, moins abondante, viendrait corriger le funeste effet produit par celle de 1899, on pensait aussi que l’afflux des étrangers, amenés par IExposition Universelle, serait un débouché ouvert à cette production anormale ; on doit dire également que cette première année de crise fut assez bien supportée ef que la nécessité de recourir au crédit ne se fit pas trop sentir.
Cepenilant, dés le début de l’année 1900, deux caisses fureat créées, celle de Cournonterral remontant au 8 février, et celle de Murviel-lès-Montpellier qui la suit de près, le 1* mars. La première, quoique constituée, fonctionne par l'intermédiaire de son Syndicat. Celui-ci escompte les effets émis par ses membrès à la Caisse
(1) Enexcés de plus de 15 millions d’hectolitres sur la précédente.
locale de Montpellier. On se souvient de cette particularité et l'on sait que cette caisse escomptait en réalité à 4 1/2 les effets transmis par les Syndicats (‘) ; l’on sait encore que c’est seulement avec le Syndicat de Cournonterral que pareilles opérations ont été faites. Cette façon de procéder a persisté ; c’est donc par l’intermédiaire du Crédit Agricole des Syndicats de l'Hérault que sont escomptés ses effets ; ceux-ci sont du reste confondus avec ceux de cette Caisse. Au contraire, le Crédit Agricole de Murviel qui, au début, avait fonctionné en escomptant à la Société Générale, est devenu un £lient de la Caisse Régionale après sa création.
C’est donc vers la fin de l’année 1900 et dans le courant de l’année 1901 que se sont créées toutes les Caisses rurales du département. Düûes aux mêmes causes, nées en même temps, elles devaient avoir dans leur rôle, dans leur fonctionnement, bien des points communs qui permettent de les rapprocher et de les grouper.
A l’exception des premières créées, ces caisses rurales avaient décidé que les prêts seraient seulement consentis aux sociétaires. De 1à pour tout emprunteur la nécessité d’être porteur d'au moins une part. C'est pourquoi toutes ces mutualités agricoles, sauf celles de Mudaison et Lodève, ontémis des parts de 20 fr. dont le quart seulement est exigible en souscrivant. (:) Les viticulteurs se trouvaient en ce moment dans une situation financière très embarrassée; on ne pouvait exiger d'eux un versement qui aurait rendu bien onéreux le crédit à eux consenti. Ces parts étant productives d'intérêt, répondra-t-on, le versement ainsi exigé ne peut renchérir ce crédit. C’est là un argument tout
(1) Voir plus haut -- page 55.
(2) Toutes les Sociétés du département sont à capital variable.
à fait théorique, Conçoit-on que le porteur d’une seule de ces parts dont le quart, c'est-à-dire 5 fr. seulement, était exigible en Souscrivant, ait eu l'intention en l’'achetant de faire un placement ? Certainement non, et toute souscription dans ces conditions était faite, soit dans le but d'encourager le développement de pareilles institutions, soit pour profiter de leurs avantages. En voici du reste une preuve : la plupart des caisses exigent des emprunteurs la Souscription de 5 parts, pour qu'ils aient droit à des avances dépassant 1000 fr. ; malgré cette disposition, la plupart des sociétaires sont seulement porteurs en moyenne de 4 à 5 parts. Le tableau ci-contre (voir à la page suivante) nous renseignera sur leur situation au 31 décembre 19092.
De la modicité du capital de ces sociétés, de l'absence, dans leurs statuts, de dispositions relatives a des dépôts ou emprunts de leur part, on déduira que ce capital n'était point destiné à constituer un fonds de roulement mais seulement une garantie vis-à-vis de l'escompteur. De là encore, des articles relatifs à leurs Opérations, nous déduirons le rôle qu'elles étaient appelées à jouer et le but dans lequel elles avaient été créées.
Comme la Caisse de Montpellier, les mutualités agricoles fondées pendant la crise devaient être seulement des intermédiaires entre l’agriculteur et l'escompteur. Toutefois cet escompteur n'est plus le même; et c’est du reste, grâce à l'apparition de celui-ci, qu'ont pu prendre naissance les caisses ci-dessus mentionnées. L'examen des statuts des premières créées laisserait supposer qu'il en était autrement pour elles: ces caisses, déclarent-ils, pourront accepter des dépôts ; elles pourront aussi faire d’autres opérations que les avances ou prêts. Toutelois, si l'on remarque que ces dispositions sont la reproduction exacte de celles contenues dansles statuts du Crédit Agricoledes Syndicats de l'Hé-
GS