‹ Le Crédit Agricole Dans L'HéraultChapitre 18 sur 29 · III. — Particularités · texte numérisé non relu

III. — Particularités

du fonctionnement de ces Caisses

On ne présentera pas à propos du fonctionnement de ves caisses les mêmes observations qu'au sujet du Crédit Agricole des Syndicats de l'Hérault. En effet, le désir chez la plupart d’entr'elles de proportionner les avances à consentir aux souscriptions des emprunteurs, la fixation par quelqu’unes d’un maximum aux prêts, dénote leur intention de venir en aide surtout à

la petite ou moyenne culture ; on ne leur reprochera pas (le perdre le caractère de mutualités en étendant leurs opérations dans un rayon très large et en dehors de leurs membres, puisque certaines sont au contraire des sociétés fermées (‘). Il ne s'agissait pas davantage de faciliter l'accès de la banque ordinaire aux viticulteurs, de confondre le Crédit agricole avec le Crédit commercial. Les circonstances dans lesquelles elles ont apparu sont la preuve du contraire.

Les viticulteurs de l'Hérault ont cherché à profiter des dispositions avantageuses de lois récentes ; ils ont tenu surtout à participer à la répartition des avances mises par l'Etat à la disposition de l'Agriculture; mais il n'a jamais été dans l'esprit des fondateurs de ces caisses de s’aider « mutuellement ». Il n’était nullement question pour les uns de mettre leurs économies à la disposition des autres, pour ceux-ci d'en profiter ; tant que la situation était bonne, alors qu'il eut été possible à beaucoup de placer ainsi leurs avances, un complet désintéressement règne pour ces institutions; mais du jour où la ruine parait envahir le pays, lorsque les propriétaires embarrassés de leurs récoltes, après avoir épuisé leurs économies, s'ils en avaient, se trouventsans aucune ressource, alors on s'accroche, comme à une planche de salut, à la création de ces caisses, et là se fonderont des mutualités «en faveur d’un certain nombre » où se trouveront des hommes intelligents et dévoués, où de distingués professeurs d'Agriculture, des Présidents où des administrateurs de sociétés déjà existantes auront indiqué la voie à suivre.

Sans doute on ne peut que se féliciter des résultats obtenus. Il est très heureux que, dans 20 communes, on ait pu, grâce au dévouement d'hommes éclairés,

(1) Caisse de Mudaison par exemple.

atténuer les conséquences d’une crise grave, mais c’est là bien peu, lorsqu'on considère que le mal était général, que toutes les communes du département en souffraient. D'autre part, quel était le nombre des élus appelés, au sein de ces quelques localités, à profiter des bienfaits de ces institutions ? Nous voyons même l’un de leur plus précieux collaborateur dire, en s'adressant aux fondateurs de ces caisses : « il n’est pas utile d'être nombreux : la qualité vaut mieux que la quantité ». Théoriquement, chacun avait le droit de faire partie de pareille société; mais on sait ce que sont dans les petites localités les rivalités soit d'hommes, soit de partis; mieux encore, suivant à la lettre les conseils donnés, ce sont en général de petits groupes qui se réunissent, souvent les propriétaires aisés à l'exclusion de tous autres. Si l’on se reporte au tableau donnant le nombre des sociétaires on y trouvera qu’il est, par exemple, de 21 à Courmonterral pour une population totale de 2354 habitants, de 34 à Cazouls-les-Béziers pour 4143 habitants, de 9 à Mudaison pour 700 habitants; enfin la Caisse cantonale d’'Olonzac compte seulement 81 membres. Il convenait bien d'être prudent, da situation économique du pays étant à ce moment très critique, mais est-ce là le Crédit Agricole, tel que l'avait conçu le législateur ? Le crédit doit être consenti à tous ceux qui en sont dignes. Sont-ils donc aussi peu nombreux ?

À un autre point de vue, il ne pouvait être question de « canaliser » l'épargne de l’agriculteur pour la faire utiliser par l'agriculture; cette épargne n'existait pas etc'est justement parce qu’elle faisait défaut aux uns et aux autres, qu'on s'adressait à ces institutions, alimentées par l'argent de capitalistes ou de l'Etat. Dans ces conditions ceux qui s’adressaient ainsi à la générosité d'autrui pour se tirer d’un mauvais pas,

auraient dû, semble-t-il, consentir des sacrifices pour assurer à leur escompteur le maximum de garanties possibles. Il leur était bien facile de mettre celui-ci à l’abri de toute éventualité fâcheuse. La situation était très embarrassée et les capitaux faisaient totalement défaut à ces viticulteurs ; mais combien considérables, au contraire, n'étaient pas les garanties offertes par leurs immeubles? On sait ce que vaut un hectare de terrain dans la région : cette valeur varie entre 8.000 et 12.000 francs; le moindre propriétaire, possédant au moins quelques hectares, pouvait donc offrir des garanties appréciables. Pourquoi les membres de ces caisses n'accepteraient-ils pas dans leurs sociétés la solidarité illimitée ?

On nous répondra peut-être : il est facile de s’enchaïîner par de tels liens, lorsque la situation générale est bonne, lorsqu'on n’a pas à redouter de voir compromettre le succès d’une entreprise à ses débuts ; mais lorsqu'au contraire la situation est mauvaise, lorsque surtout on ne sait quel accueil sera réservé à de telles institutions, il serait très imprudent de s'engager ainsi. C’est là le raisonnement tenu par tous les fondateurs de ces sociétés, mais c’est une bien mauvaise argumentation; elle dénote d’abord un état d'esprit peu en harmonie avec le caractère de mutualité qu'on s'attache à attribuer à ces caisses ; elle aboutissait de plus à des résultats fâcheux. Nous verrons plus bas, en étudiant les avantages que paratt présenter cette solidarité illimitée, ce qu’il faut penser de l'attitude de ces caisses. (!).

On ne peut pourtant pas nier les services rendus par toutes ces sociétés partout où elles ont fonc-

(1) Voir ci-dessous. 3% partie,

tionné. On doit aussi enregistrer avec plaisir la régularité dont elles ont fait preuve dans leur fonctionnement, elles ont puissamment secondé l’œuvre du Crédit agricole des Syndicats de l'Hérault ; lon voit ainsi annuellement près de 3 millions de francs accordés par le Crédit à la viticulture, et cela en toute sécurité, puisqu'on n'a pas eu un seul effet impayé,

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