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DE L'ÉPARGNE ET DU CRÉDIT AGRICOLE

Quel est donc le rôle de l'épargne dans le fonctionnement de ces caisses rurales ? Il est sinon nul, du moins insignifiant ; il est en réalité, nous répondra-t-on, ce qu'il devait être : la plus grande partie des viticulteurs se trouvaient au moment de la création de ces sociétés dans la plus grande gêne; les autres se gardaient bien d'engager leurs avances dans des spéculations, qui ne présentaient à leurs yeux aricune garantie. L’ensemble des versements, destinés à constituer le capital de chacune de ces sociétés, s'élève seulement à la somme de 25,675 francs (‘). La modicité des parts impliquait suffisamment que les fondateurs ne désiraient point attirer des placements ; on paraissait même les écarter. En vérité le capital de chacune des caisses, transformé en parts de la Régionale, est bien utilisé par celle-ci à. lescompte; mais il en résulte, d'autre part, qu'après s'être débarrassées de ce capital, ces sociétés n’ont à leur disposition aucun fonds de roulement ; du reste, elles ne désirèrent jamais en avoir.

Les réserves et le capital de la Caisse Régionale seront-ils suffisants pour assurer le fonctionnement du

(1) Non compris le capital de la Caisse locale de Montpellier.

Crédit Agricole dans le département, lorsque l'Etat aura retiré ses avances ?

C'est là une question à laquelle il est bien difficile de donner une solution; certainement, si le viticulteur de l'Hérault persistait à considérer le Crédit Agricole comme il l’a fait jusqu'à aujourd'hui, si un état économique précaire de la région amenait encore la création de nouvelles caisses, quelles que soient les réserves constituées par cette Société, elles seraient insuffi- Santes ; il faudrait donc chercher ailleurs les fonds nécessaires. D'autre part encore, même la situation S’améliorant, il faudrait trouver de nouvelles sources à l'alimentation de ces caisses, si le viticulteur comprenait enfin quels profits il pourrait retirer du fonctionnement de ces sociétés, si, comme le dit M. Astier, son éducation économique lui permettait de comprendre « que ce n’est pas une honte d'emprunter ; que lorsqu'on accorde du crédit à quelqu'un c’est parce qu'on croit (credere, croire) à son honnêteté, à sa solvabilité, à sa capacité de remboursement » ir Nous allons envisazer séparément chacune de ces deux hypothèses.

1° Dans la première, on suppose qu'on ne doit attendre aucun concours de l’agriculteur, dépourvu de toute avance, ef l’on craint qu'à un moment les fonds de roulement de la Caisse Régionale ne suffisent plus à l'escompte des effets présentés. Différentes solutions ont été indiquées. M. Parés, président de la Caisse Régionale de Perpignan, proposait « la souscription du capital de fondation par voie d'emprunt départemental, non amortissable, mais remboursable à terme » (*). On

(1) Bulletin de la Socièté d'Encouragement à l'Agriculture, — Année 1900, page 291.

(2) Voir compte rendu sSténographique du Congrès des Caisses de Crédit Agricole Mutuel de Carcassonne, page 93,

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à vivement critiqué cette solution; les subventions ne doivent être accordées qu'à titre d'encouragement, a-t-on répondu (!); opérer autrement serait entrer dans une voie fausse et constituer, à l’aide. des deniers publics, un privilège en faveur d'une catégorie déterminée de citoyens, tanlis que l'impôt ne doit servir qu’à l'ensemble de la Nation. L'on a encore proposé le concours des Caisses d'épargne, dont on avait déjà un exenple (Bouches-du-Rhône). On connait la disposition de la loi du 20 juillet 1895 permettant aux Caisses d'épargne d'employer les revenus de leur fortune pe rsonnelle et le cinquième du capital, en prêts aux sociétés coopératives (le crédit qui existent dans leur département ou leur commune ; elles peuvent aussi employer ces sommes à garantir les ‘ pérations d'escompte de ces sociétés ; il y a, de ce chef, un crédit d'environ 20 millions en capital et 3 millions en revenus, ouvert aux sociétés coopératives. Reste à savoir comment se ferait cette contribution des fonds des Caisses d'épargne au Crédit Agricole, D'abord faudrait-il qu’elles y consentissent ; si on l’admet, il nous paraitrait dangereux que des avances soient faites directement aux Caisses locales ; celles-ci manquent en général d’une bonne direction ; on pourrait, d'autre part, se heurter à bien de l’imprudence de la part de leurs fondateurs ; mettre des fonds entre les mains de personnes ignorant les exigences et même le fonctionnement du crédit, nous parait une opération dangereuse. La meilleure solution serait, semble-t-il, d'accorder ces avances à la Caisse Régionale elle-même, et celle-ci continuerait ses opérations comme par le passé. Sans doute ce serait bien moins avantageux ; les Caisses d'épargne ne consentiraient pas ces prêts gratuitement , mais si elles récla-

(4) Voir compte rendu sténographique du Congrès des Caisses de Crédit Agricole, page 26, Réplique Dufourmantelle.

maient seulement un intérêt de 3 °), il y aurait encore place pour un bénéfice; celui ci serait assuré surtout par les opérations faites au moyen des réserves. D'autres voudraient voir se créer des banques populaires, qui mettraient leurs fonds à la disposition des banques agricoles. Ces banques populaires ne subissent pas, dit-on, la répercussion des crises, qui atteignent si souvent l'Agriculture et enlèvent aux Caisses Agricoles leurs ressources. Grâce à ces banques, le Crédit rural et leCrédit urbain se pénétreraient: épargne des campagnes se fondrait avec l'épargne des villes; cette dernière, plus abondante, pourrait refluer vers les emplois productifs que lui réserverait l'Agriculture. « C’est un » idéal fort bon de mêler les professions pour en créer » un nœud dont les besoins se suppléent et se joignent » grâce à leur variété. Une seule profession à ordinai- » rement besoin d'argent tout en même temps, et le » rembourse également à la même époque. Cela s’ap- » plique surtout à l'Agriculture, occupation ordinaire- » ment jetée dans le même moule. Les demandes etles » remboursements se divisent et se répondent, s’il y a » des commerçants aussi bien qu: des agriculteurs ; » alors un besoin supplée l’autre, et de plus, on trouve » qu'une masse de crédit à courte échéance peut très » bien supporter quelque proportion de crédit assez » long » (‘. C’est là pourtant une solution qui ne nous parait pas devoir intervenir «le longtemns; on ne voit nullement se dessiner pareil mouvement dans le département; or, ce qui nous préoccupe, c’est surtout l'avenir immédiat de ces institutions

Quel sera donc le remède? On a repoussé les allovations départementales comme contraires à l'équité; on doute de la participation des Caisses d'Epargne au

(1) Compte-rendu du Congrès de Caen, 1896. H.-W. Wolff,

Crédit Agricole; on doute bien davantage encore de la création de Banques populaires susceptibles d’alimenter les mutualités Agricoles. Ce remède, on Île trouvera, croyons-nous, dans l'augmentation constante du fonds de roulement de la Uaisse Régionale; on devra s'attacher à augmenter le plus possible son capital, puisqu'il est douteux que l’état consente à l’avenir des avances considérables. On pourrait à cet effet supprimer la disposition permettant seulement la souscription de.50 parts par personne. Au début, et afin de ne pas mettre la direction de la Société entre les mains de quelques capitalistes, on avait cru bon de limiter la participation de chaque sociétaire et l'on avait eu raison; mais on écartait ainsi les placements importants et, seuls, pareils placements peuvent se faire dans des conditions avantageuses pour la Société. La confiance inspirée par les administrateurs, par la direction de cette caisse assurerait, pensons-nous, de nombreuses et importantes souscriptions; les intérêts servis ne permettraient peut-être pas d'abaisser aux emprunteurs le taux de l'escompte, mais on arriverait à constituer ainsi un fonds de roulement suffisant pour faire face à toutes les demandes.

99 [ans la seconde hypothèse, nous supposons la prospérité revenue dans l'Hérault. Sans doute les besoins de crédit diminueraient alors dans des proportions notables et peut-être les rommes dont dispose la Caisse Régionale seraient-elles sufsantes. Mais l'on doit également supposer que le viticulteur, plus instruit sur les avantages, du Crédit n'hésitera pas à recourir à lui () dans les mêmes circonstances où, autrefois, il s’en tirait d'une autre façon

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(1) Surtout si l’on avait pu, à ce moment, abaisser le taux de l’escompte,

(soit en ajournant la dépense si cela n’était pas tout à fait impossible, soit en vendant des valeurs, soit même en achetant à crédit et payant dans ce cas un taux d'escompte bien supérieur à celui consenti par une Caisse agricole). L'on peut espérer aussi que le viticulteur qui, autrefois, dans des moments de gêne, s’adressait à un voisin afin que personne ne connût Sa situation, n’hésitera pas à venir à la Caisse rurale. S'il en était ainsi le fonctionnement de ces caisses présenterait certainement une très grande activité; c’est alors qu'il conviendrait de recueillir l'épargne de l’agriculteur, destinée à parer à l'insuffisance des disponibilités de l'escompteur. |

Sans doute on ne conseillerait pas à cet agriculteur de confier à la Caisse rurale tous ses capitaux; en effet, ces sociétés les accepteraient sous forme de dépôts et ne pourraient leur servir un gros intérêt ; cest donc seulement ses disponibilités destinées à parer aux dépenses à effectuer dans l’année qu'on lui demanderait de confier à la Caisse rurale.

Quelle serait la situation de la Caisse dans le cas d’une nouvelle crise? De nombreuses demandes de retraits se produiraient alors ; comme elle aurait placé son argent, par exemple, en rentes sur l'Etat, il ne nous parait pas que la vente au cours du jour puisse être l’occasion de grosses pertes; elle pourrait même, comme l'a fait la Caisse Régionale, s'assurer une réserve spéciale pour parer à une telle éventualité. D'autre part elle pourrait réescompter son portefeuille à la Caisse Régionale, et toutes les difficultés seraient aplanies. On nous répondra sans doute : ilest à redouterque, dans ce cas, la Caisse Régionale ne puisse sufffire à ce réescompte, la crise étant générale. Il ne faut point oublier que les mutualités agricoles auront à ce moment bien plus à faire à des dépôts qu’à

l'escompte d'effets : ceux-ci seront en réalité peu nombreux.

La difficulté est donc d'attirer l’épargne du cultivateur ; il ne sera pas très aisé de vaincre ses hésitations ; il consent difficilement à se séparer de son argent; lorsqu'il le fait, c'est qu'il est sûr du placement. C’est cette certitude qu’il faut lui donner. Et il l'aura lorsque les garanties réclamées par la Caisse aux eémprunteurs lui assureront un parfait fonctionnement avec des chances de moins en moins grandes de pertes, lorsqu'aussi les engagements pris par les Sociétaires viendront lui assurer que, même dans le cas où la Société ferait de mauvaises affaires, le recouvrement des fonds prêtés serait toujours assuré.

Il convient done d'examiner qu'elles ont été jusqu’à aujourd'hui ces garanties offertes par ces caisses rurales et quelles sont celles que l’on désirerait pour elles. C’est surtout à ce point de vue que des modifications à leur constitution paraissent nécessaires.

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