‹ Le crédit collectifChapitre 3 sur 19 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Nous avons déjà fait de nombreuses publications (1), qui toutes ont eu pour but de démontrer qu'au moyen d'une institution de crédit aussi simple à comprendre que facile à réaliser, il était possible d'abolir l'agiotage et l'usure, de rendre inutile le piièt individuel sur hypothèque; de donner le crédit, non seulement à tous les possesseurs de terres, de maisons, d'usines, d'actions ou titres industriels, mais encore à tous les possesseurs de produits, c'est-à-dire à tous les producteurs, pourvu que ces produits aient une valeur réelle, basée sur une vente assurée et un écoulement rapide.

Nousavons, en outre, cliercliéà démontrer qu'indépendammentdu crédit ouvert à tous possesseurs de produits, il était on ne peut plus facile de mettre directement en rapport entre eux les producteurs et les consommateurs, sans faux frais, sans intermédiaires, rapport direct qui aurait pour effet inévitable la suppression de l'accaparement et l'inutilité de la spéculation.

De telle sorte que toutes les sommes prélevées aujourd'hui par l'usure, l'ag-iotage, le prêt individuel sur hypo-

(1) RÉFORME DU CRÉDIT ET DU COMMERCE, appela tous les producteurs.

Socialisme appliqué à la production, à la circulalion, à la consommation.

Paris, Librairie Sociétaire, quai Voltaire, 2o.

Uièque, l'accaparement el la spéculai ion, retournant tout entières à la production et à la consommation, il en résulterait une révolution complète dans l'état actuel de la société, non seulement en faveur de tous les producteurs propriétaires, mais surtout en faveur des producteurs prolétaires; révolution toute pacifique, et fondée uniquement sur la justice, sur l'équité, sur le respect de tous les droits et de toutes les libertés.

C'est encore le même but que nous poursuivons dans la présente publication; seulement, nous avons lâché de devenir encore plus précis et plus clair, et de rendre nos démonstrations si palpables, qu'elles puissent être accessibles à tous.

La persévérance que nous mettons à poursuivre la démonstration de l'inutilité de l'usure, de l'ag-iotafre, du prêt individuel sur hypothèque , de la spéculation et de l'accaparement, peut nous donner l'apparence d'un ennemi passionné et systématique de la bourgeoisie.

Il n'en est rien : propriétaire, manufacturier, nous faisons donc partie de la bourg-eoisie ; nous y avons tous nos intérêts, toutes nos afl'ections, et, loin de lui être hostile, loin de provoquer sa chute, nous croyons au contraire travailler à sa conservation et la défendredans ses droits légitimes , mais dans ses droits légitimes seulement. Loin de travailler à la destruction de la bourgeoisie , c'est avec une ardeur douloureuse que nous recherchons les moyens de la sauver.

Or, suivant nous, un seul moyen réellement efficace existe aujourd'hui : c'est la réalisation d'institutions destinées à remplacer l'usure, l'agiotage, le prêt individuel sur hypothèque, la spéculation et l'accaparement.

Le jour des sacrifices est venu ; la Révolution est là, béante, implacable, prête à tout dévorer, si la bourgeoisie ne se hàle de prendre l'initiative des réformes; prête à briser les privilèges de la bourgeoisie, comme cette bourgeoisie elle-même a su briser en 89 les privilèges de la noblesse.

La bourg-eoisie , lanci'C sur la mer dos révolutions , est un vaisseau battu par une elïVoyable tempête, sans mats, sans boussole, sans gouvernail, faisant eau de toutes parts ; prête à sombrer dans les abîmes , il ne lui reste plus qu'un seul espoir.

Il lui faut jeter du lest à la mer; il est urgent, si elle veut conserver son existence, si elle veut sauver ses droits légitimes , ce qu'elle a de plus cher, qu'elle jette par-dessus le bord les monopoles et les privilèges ; sinon elle est perdue ; et surtout elle ne doit pas larder, car, demain peut-être , il serait trop tard.

D'ailleurs , en consentant au sacrifice, en prenant l'initiative des réformes, la bourgeoisie n'agira pas simplement suivant les lois de la justice, de l'équité, delà religion ; elle fera acte d'intelligence et d'intérêt bien entendu, car voulùt-ellc s'opposer aux réformes, fût-elle assez aveugle pour suivre la carrière aventureuse des révolutions, ses monopoles, ses privilèges n'en seraient pas moins abolis , les institutions destinées à remplacer l'usure, l'agiotage, le prêt individuel sur hypothèque, la spéculation et l'accaparement, étant aujourd'hui trop connues pour qu'il soit possible de reculer longtemps encore leur mise en pratique.

La lumière est faite , et le crédit collectif va supplanter LE CRÉDIT INDIVIDUEL.

Or, en disparaissant, le crédit individuel entraînera avec lui tous les monopoles, tous les privilèges.

Le crédit individuel, c'est-à-dire le crédit fait à un individu par un autre individu, a présidé jusqu'à ce jour à toutes les transactions. Toutes les fois qu'un individu , offrant même toute espèce de gage et de garantie , a eu besoin d'un capital ou d'un instrument de travail, il a du s'adresser à un autre individu possédant ce capital ou cet instrument de travail, lequel naturellement, en cédant le capital ou l'instrument de travail à l'emprunteur, subissait une privation, et acquérait par ce fait un droit légitime à être indemnisé de celte privation.

Or, c'est ceUe indemnité lég-ilimement due par l'emprunteur qui a servi de prétexte à l'usure , à l'agiotage, au prêt individuel sur hypothèque, à la spéculation et à l'accaparement, pour prélever inutilement des sommes énormes sur la production et sur la consommation.

Mais le crédit individuel doit céder la place au crédit collectif, c'est-à-dire au crédit fait à tous par tous et non à un individu par un individu; tout emprunteur solvable offrant gage et garantie, devant s'adresser à la société au lieu de s'adresser à l'individu.

SUBSTITUTION DU CRÉDIT COLLECTIF AU CRÉDIT INDI- VIDUEL : telle est la révolution économique qui brisera les monopoles et les privilèges, et qui brisera la bourgeoisie elle-même, si elle continue de s'opposer à ce qu'exigent la science économique, le bon sens , la justice et l'équité.

Il n'y a pas à se le dissimuler; l'abandon de ces privilèges sera un grand sacrifice pour la bourgeoisie ; car c'est principalement par leur moyen qu'elle a pu s'élever si fort au-dessus des classes laborieuses, propriétaires ou prolétaires.

Aussi, la bourgeoisie fera-t-elle tous ses efîorts pour échapper à cette dure nécessité ; mais c'est en vain. Douloureux ou non, de gré ou de force , ce sacrifice doit être accompli ; ce sacrifice seul peut rétablir l'équilibre et ramener la paix dans la société en donnant satisfaction aux intérêts du plus grand nombre. Et la bourgeoisie aura tout à gagner, puisque nulle société ne sera stable, nul gouvernement ne pourra durer, si les intérêts de la majorité ne sont satisfaits.

Or, la majorité est évidemment formée de la classe tout entière des producteurs, propriétaires ou prolétaires.

Le problème social consiste donc à trouver les moyens de satisfaire à la fols et les intérêts des propriétaires et ceux des prolétaires.

Car satisfaire les uns et non les autres ne serait pas une solution.

Ne satisfaire que le propriétaire et maintenir le prolétariat avec tout son cortège de misère et de souffrances ;

Ne satisfaire que le prolétariat et sacrifier les vingt millions de propriétaires français :

Ce serait soulever contre l'ordre social des légions (i'ennemis acharnés; ce serait établir la révolution en permanence.

Il faut donc, si la bourgeoisie ne veut périr, qu'elle trouve le moyen de satisfaire cette immense majorité.

Et, suivant nous, le seul moyen c'est de sacrifler l'usure, l'agiotage, le prêt individuel sur hypothèque, la spéculation et l'accaparement, en substituant le crédit collectif au crédit individuel.

Ce sacrifice seul, ainsi que nous espérons le démontrer, satisfaisant à la fois les intérêts des propriétaires et des prolétaires, mettra fin h l'anarchie sociale dans la'quelle nous sommes plongés.

Mais avant d'aborder l'étude des moyens qui , selon nous, sont à même de donner satisfaction à la propriété et au prolétariat, c'est-à-dire à la production et à la consommation, nous devons signaler l'impuissance de la plupart des moyens proposés jusqu'à ce jour, dont les uns sont matériellement impraticables, les autres insuffisants ou impossibles à réaliser immédiatement dans l'état actuel de la société, s'ils ne sont pas fondés sur l'injustice, en tendant à ne donner satisfaction qu'à un seul intérêt, soit propriétaire, soit prolétaire.

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