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DROIT AU CRÉDIT

Ce crédit peut lui être donné par la banque de France.

La banque de France doit devenir banque d'état.

La banque d'état donnant le crédita tout possesseur d'un gage solide, réel et authentique, amène pour résultat l'abolition de l'usure et de l'agiotage, et l'inutilité du prêt individuel sur hypothèque.

Il est une institution financière, lîorissante entre toutes , qui, seule au milieu des ruines de la France, a continué de prospérer malg:ré la débâcle du crédit survenue après la Révolution de Février , quand tout s'écroulait autour d'elle.

Celle insliîulioii , c'est la hanchîe de France.

Ce mot: banque de France, n'est point motivé, car cette banque n'est pas la banque de la France ; elle ne fonctionne pas dans l'intérêt de la France ; elle est la banque de ses actionnaires; elle ne fonctionne que dans leur intérêt.

Voici comment a été fondée cette institution, destinée à jouer dans l'avenir, ainsi que nous espérons le démontrer, un rôle si important :

Il y a quarante ans environ , quelques banquiers et quelques capitalistes s'associèrent pour fonder une banque ; ils versèrent comme mise de fonds une somme en numéraire métallique qui s'élève aujourd'hui, en y comprenant les succursales de province», au chiffre de cent millions en écus (1).

Moyennant ce versement, cette société de banquiers et de capitalistes fut autorisée à s'intituler du nom pompeux de banque de France , et à émettre, à jeter dans la circulation une somme de billets de banque qui s'élève aujourd'hui à cinq cent cinquante millions environ.

Cette faculté de jeter dans la circulation une somme de cinq cent cinquante millions en billets de banque , moyennant le versement préalable d'une somme de cent millions en numéraire métallique, a constitué pour les actionnaires de la ban(iue de France une opération remarquablement lucrative.

En effet, la banque de France ne prêtant, c'est-à-dire n'escomptant les lettres de change, que moyennant un

(1) Nous n'avons pas besoin de dire que, par ce cliiffre de 100 millions, nous n'entendons que la mise de fonds des actionnaires et non pas la totalité de l'encaisse actuelle, dont les trois (|uarts appartiennent au public qui lésa versés en échange des billets de la banque de France.

intérêt d'environ quatre pour cent , perçoit ainsi annuellement, pour le montant total de l'intérêt de son émission, une somme énorme qui s'élève aujourd'hui, tous frais payés , à près de vingt millions de irancs.

Or, comme les actionnaires de cette banque n'ont versé que cent millions en numéraire métallique, il en résulte qu'au lieu d'un revenu de cinq pour cent qu'ils eussent du toucher s'ils avaient autrement placé leur arg-ent, ils touchent chaque année, sans aucun risque, sans aucune chance de perte, ainsi que l'expérience de Février l'a prouvé, un revenu d'environ ving^t pour cent , ce qui explique le haut prix auquel sont cotées les actions de la banque de France.

Il est évident que jamais opération n'eut un caractère plus tranché d'intérêt privé, et pourtant, c'est cette institution si manifestement établie dans l'intérêt seul de ses actionnaires, qui, sans que ses fondateurs s'en soient doutés, s'est charg-ée de prouver au monde l'inutilité de l'usure, de l'agiotage et du prêt individuel sur hypothèque.

Oui, la banque de France, ce joyau du privilège et du monopole , est destinée à affranchir la France du monopole et du privilège.

C'est ce que nous allons essayer de démontrer.

Les opérations de la banque de France consistent à escompter avec des billets de banque des lettres de change à trois signatures :

1° Signature du souscripteur de la lettre de change qui promet de payer une certaine somme à une échéance déterminée;

2° Signature de la personne à laquelle on a promis de payer ;

3° Signature d'une caution qui s'engage à payer dans le cas où celui qui a promis de payer n'acquitterait pas sa promesse, et où celui auquel on a promis de payer serait lui-même insolvable.

Pour que la banque de France escompte une lettre de change, il ne sulïît pas qu'elle soit souscrite par trois signatures prises parmi les premières venues: il faut que ces signatures appartiennent à des hommes connus et notoirement solvables, afin que la banque soit assurée qu'elle sera remboursée de ses avances par l'un des trois signataires à défaut des deux autres.

Que ressort-il de ce fait? C'est que lorsqu'un homme promet de payer, et qu'il offre un gage ou une garantie suffisant à assurer que celte promesse sera acquittée, c'est-à-dire lorsque, dans le cas de la lettre de change , il trouve deux bonnes signatures comme caution de la promesse de payer.

Cet homme obtient le crédit à la banque de France.

Il suffit donc, pour que la banque de France donne le crédit à une promesse de payer, qu'elle acquière la certitude que son avance lui sera remboursée.

En conséquence, pouiMi que la j>anquc soit assui'«'c (l'être remboursée, pourvu quelle obdcnne un ^'•a{,'-c, une {garantie, elle peut donner le crédit.

Donc , plus la (garantie olTerle à la banque sera solide et réelle, plus elle devra donner tacilenient le crédit.

Or, de toutes les g-arantles qu'ait pu exi^>-er la banque de France , elle a justement choisi la moins sûre et celle qui offrait le plus de chances de perte.

Car des sig:natnres ne sont point un gag-e réel ; leur valeur est une afl'aire d'appréciation , de confiance , et souvent de faveur; tel homme très-solvable pourra voir refuser sa signature à la banque; tel autre, au contraire, en pleine déconfiture, pourra jouir du plus g-rand crédit , et il est parfaitement permis de concevoir de certains cas où aucun des sig-nataires d'une lettrede change ne pourrait faire honneur à sa sigrnature et remplir ses eng-ag:eraents.

Il suffirait pour cela de certaines connivences , de l'erreur , de la nég-lig-ence, ou de certains événements politiques comme en Février, par exemple, pour que la banque eût en portefeuille de nombreuses lettres de chang-e impayées.

Et pourtant , malgrré l'insuffisance évidente de ce g:ag-e, malg-ré son peu de solidité, la banque a pu lui ouvrir le crédit et elle a pu le faire sans perte appréciable , puisque la banque de France , qui eût dû être ruinée après la révolution de Février, se trouve finalement aujourd'hui avec un chiffre de deux millions de lettres de change impayées.

De telle sorte qu'elle se trouvera, en définitive, avoir perdu en 1818 deux millions sur ses escomptes, pendant que ses bénéfices ou intérêts se seront élevés à douze ou quinze millions; par conséquent, au lieu d'être minée, elle en a été quitte pour fi:ag'ner deux millions de moins.

Que serait-ce donc si, au lieu de prêter sur signatures d'une valeur toujours hypothétique, la banque ne prêtait que sur dépôt d'un g-ag-e supérieur à la somme qu'elle émettrait, que moyennant une g-arantie réelle et absolument certaine 1

N'est-il pas évident que dans ce cas elle n'eût pas même perdu ces deux millions ?

Ainsi, qu'un propriétaire ag-ricole, possesseur d'un bien franc d'hypothèque , présente à la banque une promesse de payer à une échéance déterminée , et comme g-arantie de cette promesse, qu'il dépose à la banque ses titres de propriété, de telle sorte que si à l'échéance il n'acquittait pas sa promesse de payer, la banque, ayant pour g-ag-e entre les mains la propriété de l'emprunteur, se couvrirait de ses avances en faisant vendre ladite propriété, sans cesser, malg-ré cela, d'avoir recours contre l'avoir tout entier de l'emprunteur, dans le cas où, par impossible, la propriété donnée en grage serait insuffisante pour couvrir la banque de son avance.

Nous disons par impossible, parce que la banque n'accepterait jamais pour g:age une propriété sans l'avoir fait expertiser, et ne ferait jamais d'avance que pour une somme inférieure à sa valeur.

N'est-il pas de toute évidence que dans ce cas la banque ne pourrait perdre; qu'elle serait parfaitement g-arantie , et par conséquent qu'elle pourrait donner le crédit ?

La nature du g-ag:e importe donc peu, pourvu qu'il soit solide et qu'au moyen de ce gage la banque puisse toujours être à l'abri de toute perte.

Toute la question consiste alors dans la réalité et la solidité du gage.

Eh bien ! moyennant certaines précautions spéciales,

los produits de bonne qualité, classés et expertisés, d'un écoulement facile et dune vente assurée, les actions ou titres industriels de bonnes entreprises, notoirement prospères , peuvent oiTrir à la banque un g-age tout aussi solide que les lettres de cliang-e à trois sig^natures et les titres de propriété, et par conséquent se trouvent avoir tout aussi bien droit au crédit.

Et ce qui prouve que les titres de propriété(l), les produits et les actions industrielles sont un gage suffisant pour donner droit au crédit, c'est qu'ils l'obtiennent déjà aujourd'hui de l'individu.

C'est ainsi que tout possesseur d'un immeuble franc d'hypothèque trouve facilement à emprunter sur hypothèque; et la propriété constitue si bien un bon g-ag-e, que ce g-enrede placement est considéré, par les individus donnant le crédit au possesseur d'immeubles, comme le placement le plus sûr: aussi est-il le plus recherché.

C'est ainsi que tout possesseur de produits trouve dans l'org-anisation actuelle du commerce un crédit facile, au moyen de la consig:nation de ses produits ; en effet, il suffît qu'un possesseur de produits les remette en consignation à un commerçant, pour que ce dernier lui ouvre , sans coup férir , un crédit de la moitié et souvent des trois quarts de la valeur des produits.

(1) Il va sans dire que pour que la banque raclte le crédita la portée de l'immeuble, il faut au préalable, et avant tout, modifier profondément la loi hypothécaire, de manière à ce que et les gérants de la banque, et tous les intéressés puissent toujours connaître la situation hypothécaire d'un immeuble.

Celte nécessité d'une modification du système hypothécaire est si bien sentie, que la force des choses a obligé le gouvernement actuel à présenter quelques modifications ; il est tout à fait évident ([u'uiic réforme radicale ne peut plus être reculée.

Les produits obtiennent donc facilement le crédit indiyiduel.

Quant aux titres et aux actions industrielles, leur existence est trop récente, les grandes compag-nies ont donné trop de mécomptes, pour que le crédit individuel ait pu être facilement accordé à ces valeurs jusqu'à ce jour; néanmoins, elles sont si bien un gag-e valable, qu'il vient de s'ouvrir une maison de banque fondée spécialement pour donner le crédit sur dépôt d'actions, et l'on peut affirmer même , sans se compromettre^ que tout possesseur d'actions, de la banque de France, des bonnes ligrnes de chemins de fer ou de toute autre entreprise en pleine prospérité, trouvera facilement à emprunter sur la consig-nation de ces titres.

Or, si les immeubles, les produits, les actions industrielles ont pu obtenir le crédit individuel , à plus forte raison obtiendront-ils le crédit collectif, car on ne peut nier qu'un individu a encore plus intérêt qu'une banque à ne faire que des placements sûrs et solides; puisque s'il se trompe une fois, il est ruiné; tandis que si une banque se trompe de la même manière, elle en est quitte pour passer un article à profits et pertes , c'està-dire pour voir un peu restreindre ses bénéfices.

Donc, la banque de France , seule institution de crédit collectif actuellement existante en France, peut, sans se compromettre, imiter l'individu, et donner le crédit à l'immeuble, aux produits, aux titres industriels, en tant que gagnes supérieurs d'une promesse de payer.

Et elle le peut si bien , qu'elle l'a déjà fait.

Ainsi , elle a déjà escompté une promesse de payer de cent cinquante millions , faite par le g-ouvernement de France, lequel, pour g^age et g^arantic de sa promesse de payer , a déposé à la banque des titres de propriété des forêts de l'Etat.

Eu quoi serait-il doue plus dillieile à la bauque de faire pour les particuliers pris individuellenieut , ce qu'elle a déjà fait pour tous les particuliers réuuis, c'està-dire pour l'Etal ?

En ouvrant le crédit à la promesse de payer, gag-ée par l'ininieuble, la banque de France ne ferait d'ailleurs qu'imiter ce qui se fait déjà en Allemag:ne et en Polog-ne, où le crédit le plus étendu a pu être accordé il limmeuble d'après un mode qui , quoique imparfait, n'en a pas moins rendu de g-rands services à l'af^riculture.

C'est encore ainsi que la banque de France, par l'entremise des comptoirs et entrepôts nationaux, a pu ouvrir le crédit aux possesseurs de produits , les produits consig"nés à l'entrepôt servant de gage.

Ce serait encore en suivant le même prin.cipe , que la banque aurait pu ouvrir un crédit de quinze à ving-t millions aux possesseurs de farines, à Paris, sur le dépôt de CCS farines.

Ce qui prouve bien clairement que toutes les fois qu'un produit a une valeur réelle, il devient un gage suffisant et il obtient le crédit.

Donc , les immeubles , les produits et les titres industriels sont de bons gages.

Donc, la banque de France pourrait, sans risque, sans courir aucune chance de perte, escompter les promesses de payer gagées par une valeur supérieure eu immeubles, en produits ou en titres industriels.

Donc, la banque de France, pour ouvrir le crédit à tous les gages solides et certains de France, n'aurait qu'à étendre ses opérations à toute la France et à augmenter le nombre de ses comptoirs en proportion des besoins.

Et, dit-on, il s'en est fallu de peu, il y a trois ans, qu'elle ne prît l'initiative et opérât son extension.

On prétend qu'au moment même de la chute de Louis-Philippe, la banque était sur le point d'obtenir la présentation d'une loi qui l'aurait autorisée à prêter sur dépôt de g-ag-es immobiliers.

Pourquoi donc ce qui aurait été bon il y a trois ans ne le serait-il plus aujourd'hui? On ne pourrait en donner aucune raison yalable.

Aussi n'est-ce pas pour des raisons avouables que la banque de France s'oppose aujourd'hui à sa propre extension.

Son refus n'a pas d'autre cause que des intérêts cachés, menacés par l'extension de la banque de France.

De telle sorte que quelques intérêts privés suffisent pour empêcher le pays de profiter de tous les avantages que pourrait lui offrir l'extension de la banque de France, donnant le crédit à 4 % et au-dessous à tout possesseur d'un g:age solide, réel et assuré.

Ce sont donc des intérêts privés qui forcent les agriculteurs et les manufacturiers, tous les producteurs, en un mot, à payer à l'usure, à l'hypothèque, des intérêts énormes qui absorbent tout le fruit de leurs travaux, tandis que par l'extension de la banque de France ils obtiendraient le crédit à 4 %., sinon à des conditions plus favorables encore.

Et pour se convaincre qu'il n'y a pas une raison avouable d'empêcher l'extension de la banque de France, il n'y a qu'à examiner les objections qu'on élève contre cette extension.

On prétend qu'en cas d'une très-vaste circulation, la banque ne pourrait pas être constamment en mesure d'opérer l'échange à vue de ses billets contre du numéraire métallique.

On prétend qu'en mettant en circulation une plus grande masse de billets de banque , le numéraire ne serait plus en rapport a\ccles besoins; de là, dépré-

oialion, et le retour des désastres de la banque de Lan et des assignats.

Comme on le voit, nous ne dissimulons pas la difficullé ni la gravité des objections.

Heureusement (nous le croyons du moins), cette gravité n'est qu'apparente, et il nous sera facile de prouver que ces objections ne sont point sérieuses.

En effet, examinons la première objection : l'impossibilité où se trouverait une banque d'échanger à vue ses billets contre du numéraire.

On a cru pendant longtemps, et on a eu le plus grand soin d'entretenir soigneusement ce préjugé, on a cru que la condition sine quâ non de l'existence de toute banque était l'échange à vue des billets de la banque contre le numéraire métallique.

Or , si cela eût été vrai, il n'y aurait pas eu de banque possible, quel qu'ait pu être le champ large ou restreint de ses opérations.

Car une banque n'ayant de raison d'être qu'à la condition de pouvoir opérer une émission de billets plus considérable que son encaisse métallique , il est bien évident que si tous les porteurs de billets de banque venaient réclamer l'échange à vue, selon leur droit, cet échange serait matériellement impossible.

Le simple bon sens indique donc, dès l'abord, que si l'échange à vue est la condition suprême de l'existence d'une banque, il faut que la banque ait toujours en cave une réserve métailique égale à son chiffre d'émission, nécessité qui rendrait toute banque impossible ou au moins inutile.

Heureusement, la banque de France s'est chargée elle-même de réfuter l'objection ; elle s'est chargée de démontrer que la condition sine qud non de l'existence

d'une banque n'était point l'écliaiig-e à vue des billets de banque contre le numéraire.

Lors de la révolution de Février, une panique générale s'emparant de tous les esprits, tous les porteurs de billets de banque, voulant profiter de leur droit d'échange h vue , se présentèrent à la banque pour toucher du numéraire métallique; la banque, ainsi qu'il est facile de le concev oir, n'avait pas en cave, du numéraire en quantité suffisante : elle ne put donc faire face à ses engagements ; elle refusa purement et simplement de donner du numéraire métallique, et elle obtint une loi qui décrétait le cours forcé de ses billets.

Eh bien 1 chose naturelle mais bien inattendue , ce cours forcé, cette impossibilité d'échange à vue qui eussent dû, suivant le dire des adversaires de l'extension de la banque de France, amener la dépréciation, le désordre, l'émeute et une nouvelle représentation des désastres des assignats et delà banque de Law, produisirent un résultat diamétralement opposé; aussitôt qu'il n'y eut plus d'incertitude, la panique cessa subitement et, le sang-froid revenu, les billets de la banque furent recherchés avec prime, et loin de leur préférer le numéraire, il fallut tout dernièrement forcer les gens à prendre des écus.

L'expérience à donc confirmé le fait.

Donc, l'échange à vue n'est point une condition fatale de l'existence des banques.

Donc les billets de banque puisent dans une autre cause que dans l'échange à vue, la confiance qui leur est nécessaire pour demeurer dans la circulation.

En elTet, ce qui fait la bonté d'un billet de banque, c'est d'être le signe représentatif d'im gage supérieur à sa valeur nominale. C'est encore qiietout porteur d'un billet de banque sache que la banque possède entre ses

mains uiu' i^ataiilic ('t*rUiiue,qui lui assure le leuibuursenienl de SCS avances; ef enfin c'est que tout pou-

TEUR DE BILLET DE BANQUE PUISSE, NON PAS ECHANGER SON BILLET CONTRE DES ECUS , MAIS BIEN CONTRE LES OBJETS OU LES VALEURS DONT IL PEUT AVOIR BESOIN.

Or, la banque de France escomptant les promesses de payer , basées sur un grag-e supérieur en immeubles, en produits, en titres industriels , il est clair (|ue tout porteur d'un billet de banque sachant ce billet parfaitement garanti , sachant que le billet qu'il possède est le sigrne représentatif d'une valeur supérieure à son chififre , ce porteur se trouvera en pleine sécurité.

Or, la confiance grénérale ainsi acquise au billet de banque lui assure la seconde condition nécessaire pour qu'il puisse être accepté sans dépréciation comme numéraire, c'est-à-dire l'échangre à vue non contre des écus seulement , mais bien contre toute valeur , puisque, par suite de l'extension de la banque de France, tout possesseur de valeurs en France se trouvera en contact avec la banque et acceptera ses billets en paiement.

On dira , il est vrai, qu'il ne suffit pas qu'un billet de banque réunisse toutes ces conditions du numéraire, pour pouvoir être accepté partout le monde; on dira qu'il existe encore des préventions ; que l'ig-norance , trop générale, s'oppose à la libre circulation des billets de banque.

Ces fins de non-recevoir ont fait leur temps , le préjugé est vaincu et la banque de France elle-même s'est chargée de porter la conviction et la confiance dans les esprits les plus incrédules : elle a si triomphalement traversé la crise révolutionnaire , elle a , à elle seule , si bien sauvé le crédit et la France financière; elle a rendu de si grands seivices . ne fût-ce que par cela seul

qu'elle demeurait debout quand tout s'écroulait autour d'elle; on savait si bien que ses billets étaient parfaitement garantis et cette certitude inspirait une conflance si grande , que les billets de la banque ont été acceptéspartoutle monde etpartoutà la t'ois, en échange contre toute espèce de valeurs; c'est ainsi que la confiance la plus absolue, mais la plus méritée, s'est attachée à la banque de France.

Si bien que l'idée de l'extension absolue de la banque de France, que l'idée d'une banque g-énérale donnant le crédit à toute promesse de payer basée sur un g-age supérieur, est devenue populaire, et elle est si évidemment désirée par les populations , même les moins éclairées, que peut-être, si l'on n'y prend g-arde, le mot crédit par la banque deviendra le mot d'ordre d'une nouvelle révolution.

Quanta la seconde objection : la crainte d'une dépréciation par suite d'une trop grande émission, elle n'est pas plus fondée.

En effet, pourvu qu'un billet de banque soit bien réellement le signe representatif dune valeur réelle supérieure ;

Pourvu que ce billet soit échangeable a volonté contre tout objet ou toute valeur ;

Pourvu qu'il n'y ait pas en circulation une quantité PLUS grande que les besoins ,

Il est impossible qu'il y ait dépréciation : or nous avons démontré que les billets de la banque de France otTrent les deux premières conditions.

Quanta la troisième, c'est-à-dire l'équilibre entre la quantitéde papier émis et les besoins de la circuiaiion, il y a un moyen bien simple de l'obtenir.

Il ne s'ag-it que d'obliger la banque de France à reti-

rcu' de la circulation , à recevoir en dépôl, tout billet (le banque qui lui serait présenté, et à payer à celui qui en serait porteur, c'est-à-dire à lui rembourser le môme intérêt qu'elle aurait perçu lors de son émission, sauf une commission.

Par ce simple fait, bien simple, on le voit, il est impossible qu'il reste dans la circulation un seul billet inutile.

Car, par ce moyen, tout porteur d'un billet de banque sans emploi, plutôt que d'en subir la dépréciation, le rapporterait à la banque qui lui en rembourserait l'intérêt.

Encore une fols,labanque de France peut donc étendre ses opérations, et la France doit repousser les mensonges calculés de ceux qui disent que procéder à son extension, qu'augmenter ses émissions, c'est faire du papier-monnaie, c'est renouveler les assig-nats :

Comme s'il pouvait y avoir le moindre rapport entre desbillets de banque, sig-nes représentatifs d'une valeur réelle et supérieure, échangeables à vue contre toute valeur, incapables de subirladépréciation, puisque, en cas de dépréciation, la banque les retirerait en remboursant l'intérêt, et un papier-monnaie ou des assignats, émis arbitrairement par les gouvernements , sans mesure ni proportion avec les besoins, ne représentant aucune valeur réelle , et n'ayant d'autre gage que la bonne foi des gouvernants et la solidité des gouvernements, gages évidemment trop insuffisants.

Ainsi que nous l'avons avancé plus haut, toutes les objections élevées contre l'extension de la banque de France ne sont donc pas sérieuses.

La vraie cause qui s'oppose à cette extension, c'est l'intérêt particulier.

Car, si la banque se meilaiî h escompter lonics

les promesses de payer garanties par un {^age réel , elle amènerait par ce fait Tabolition de l'usure , de l'ag-iotag:e et du prêt individuel sur hypothèque; il est très-évident que tous les possesseurs de gage, trouvant le crédit à très-bas prix à la banque de France, organe DU CRÉDIT COLLECTIF, ne s'adrcsscraicnt plus à l'usurier ni au prêteur sur hypothèque , c'est-a-dire au CRÉDIT INDIVIDUEL , dont Ics scrvices sont bien plus onéreux.

Il en résulterait que tous ceux qui bénéficient aujourd'hui au moyen du crédit individuel perdraient ces bénéfices : on conçoit donc qu'ils soient hostiles à l'extension de la banque de France, et qu'ils emploient toute leur intluence pour l'empêcher.

D'un autre côté, si la banque de France, au lieu de ne faire l'escompte que de la lettre de change à trois signatures , dont la troisième est presque toujours celle d'un banquier, escomptait aussi les promesses de payer à une seule signature, les deux autres étant remplacées par le gage réel , il se trouverait que la troisième signature , celle du banquier, deviendrait inutile dans la plupart des cas.

Or, comme les banquiers obtiennent le crédit à la banque à 3 ou 4 p. O/o, tandis qu'ils le font payer 5 ou 6, comme paiement de leur signature de complaisance, et qu'en outre ils perçoivent une commission ou agio, l'inutilité d'une troisième signature constituerait pour eux un notable déficit. Aussi, ont-ils le plus grand intérêt à s'opposer à l'extension de la banque de France, et leur opposition est toute-puissante, carie plus grand nombre des banquiers se trouvent fondateurs ou actionnaires delà banque de France.

Si donc les possesseurs d'immeubles, de produits et de titres industriels sont encorevictimes des extorsions (\o lagiotage, du prêt individuel sur hypothèque, de la

spé(Milationel (te raocaparemcnt, c'est à l'obstacle élevé par l'intérêt particulier qu'ils le doivent.

Profitant de rii,'-norancef,'-énéraledes questions financières, ijjinorancc très-précieusement entretenue et alimentée par des difficultés spécieuses, les intérêts privés ont pu, jusqu'à ce jour, détourner la question ; mais aujourd'hui tous les voiles sont levés, l'igruoranco est vaincue, les discussions soulevées depuis la Révolution de février ont répandu la lumière sur ces questions jadis si obscures, mais si claires aujourd'hui, si simples, que c'est par millions que l'on compte ceux qui, dès ce moment, savent que le salut du présent et de l'avenir se trouve dans la substitution du crédit

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