Dimanche, 4 déceinbre 1831. Œuvres, l V, p
ses
une bonne part, réalisée, et nous assistons à l'heure
actuelle à une poussée de Saint-Simonisme sans doc-
trines. On entend par là que nombre de réformes présentées à titre de transitions par ces novaleurs sociaux sont aujourd'hui effectuées ou impérieusement réclamées par l'opinion publique, mais que généralement elles ne le sont pas dans le pur esprit saint-simonien ; en d’autres termes, tandis que le Saint-Simonisme voyait dans ces réformes des élapes vers un ordre ‘social radicalement nouveau, elles constituent dans la pensée actuelle un état économique définitif qui ne diffère de la société antérieure ni par son allure générale ni par son ressort essentiel. Ce sont, bien plutôt que les applications rigoureusement systématiques d’un principe admis a priori, des mesures empiriques décrétées ou demandées sous la pression des nécessités présentes. L'Ecole saint-simonienne est bien morte; mais elle est un peu comme un foyer éteint d’où la chaleur a rayonné et persiste dans l'air. Originales quand eles furent présentées, ses conceptions étaient issues
d’une si exacte et si profonde conscience des besoins.
des sociétés modernes que le temps n’a point affaibli ‘
leur force critique ni leur valeur positive : son effet fut seulement de les dépouiller de leur marque d’ori:
gine, de les rendre anonymes et de les faire tomber
dans ce qu'on peut arpeler le fonds commun ou le . none domaine public de lexpérience humaine, en sorte que. beaucoup font du Saint-Simonisme sans le savoir. La guerre a singulièrement favorisé leur dif-
STE de fusion et leur réalisation : sa conduite entraine et plus encore sa liquidation nécessitera une révision de notre organisation politique, économique et sociale ; il s’est trouvé que c’est dans le sens saintsimonien que le renversement des méthodes désuètes s'est déjà effectué et que les réformateurs proposent de l’accentuer encore.
Et, que ce conflit armé, sans comparaison dans Phistoire, contraigne à l'application des théories imaginées par des hommes convaincus de l'avenir pacifique de l'humanité, cela ne laisserait pas que d’être assez paradoxal, si l'on ne se souvenait qu'ils étaient encore sous l'impression des guerres napoléoniennes. Cela érée même une analogie de pts entre eux el nous.
Une esquisse à grands traits et un a des idées générales du Saint-Simonisme, d’une part, des principales tentatives d’adaptation et de rajeunissement opérées ou préconisées de nos jours, d'autre part, montreront aisément que là Société ‘réorganisée s'engage d’une manière inconsciente et comme inévitable dans la voie tracée par l'Ecole.
‘La méthode positiviste et la métaphysique panthéiste du Saint-Simonisme débordent le cadre de celte élude qui se bornera à lexamen des seules parties neuves el fécondes de la doctrine, à savoir: le système politique, pa économiques. 1e programme social, - e |
Et d’abord, quelle est la politique de Saint: Simon? On la résume loul entière dans £ê néologisme : c'est:
2, 10 l'industrialisme. Elle comprend à la fois des directions de politique intérieure et de politique extérieure.
‘Saint-Simon prétend, en premier lieu, régénérer l'organisme politique interne, en mettant un térme à ce contre-sens qu'est une nation essentiellement «industrielle » et qui est menée sur le mode militaire par une noblesse appuyée de légistes. Sa dévise, la voici : » Tout par l’industrie et tout pour elle » (1) ; en d’autres termes, l’industrie doit être à la fois le moteur et le but de l’activité gouvernementale.
Le moteur ? Pour que le pouvoir politique passe aux mains de l’industrie, le moyen légal est de confier aux industriels les plus importants la direction des intérêts sociaux (2). Or, n’entendons-nous pas ün peu partout, de nos jours, comme un écho multiplié, à un siècle d'intervalle, de la Parabole bien connue ? On ne saurait nier que, depuis quelques années déjà, une certaine lassitude se manifestait à l'égard de cette «avocacerie » (3), qui était la bête
noire de Saint-Simon et que le pays avait lentement
prise en défiance, sinon en dégoût. :
La guerre est venue accélérer et eee cette tendance non douteuse vers un recrutement nouveau du personnel gouvernemental : elle a fait apparaitre
. 1. Sur cesthéories industrielles, voir E. de Witt, Saint- Simon et le système industriel.
2. Saint-Simon, Catéchisme des Industriels. Ed. Rodrigues, p.50.
3. Id. ibid., p. 168 « L'ayocaterie est la nee Fa as lageet de Vécirassente »
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la prééminence certaine dé l'activité économique sur toutes les autrés (1), puisque le gouvernement, pour la soutenir, a dû-devenir tributaire de l’industrie (2). . Aussi a-t-on.vu charger des grands chefs économiques, des « capitaines d'industrie », de la gestion de départements ministériels particulièrement techniques et importants qui réclamaient cette compétence solide qui ne s’acquiert que par la pratique des vastes affaires privées (3). Sans doute l'après-guerre provoquera une généralisation de la méthode,.et dès à présent l’on voit certains organisateurs de la lutte pacifique de demain orienter leurs vues dans un sens nettement saint-simonien : il en est qui, proposant de faire aux industriels une place au sein du Conseil d'Etat rédacteur des lois nouvelles, repren-
1. Lysis, Vers la Démocratie nouvelle: « Ce n’est pas le député, c’est l'industriel qui crée la richésse » (Paris, 1917, p. 12).
2. Saint-Simon, Vues sur la propriété : «Le gouvernement veut-il faire la guerre ; c'est à l’industrie qu’il s'adresse, d’abord - pour avoir de l’argent, et ensuite pour se procurer tous les
objets dont il a besoin. C’est elle qui lui fournit des canons, des fusils, de la poudre... L'industrie s’est emparée de tout, même
de la guerre. Par un effet heureux et nécessaire des perfectionnements de l’art militaire, la guerre s’est mise de plus en plus dans la dépendance de l'industrie, tellement qu ’aujourd' hui la véritable force militaire est passée entre-les mains des industriels. Ce ne sont plus les armées qui constituent la force militaire d'un pays, c’est l’industrie. Les armées d'aujourd'hui (et par armée, entendez la collection des guerriers, depuis le simple soldat jusqu’au chef le plus éminent) ; les armées, disons-nous, ne remplissent plus que des fonctions subalternes; car leur mérite ne consiste qu’à employer les produits de l’industrie : l’armée qui en est le mieux pourvue est toujours celle qui obtient l'avantage.
(chap. VIN, $. 2, Ed. Rodrigues, pp. 336-337).
3. Voir Revue de Paris 1* j janv 1918. Lee sur la Réforme gouvernementale. -
nent exactement le plan ‘exposé en 1824 dans:les Opinions littéraires. |
Voilà changée la qualité de ceux qui exercent et dirigent la puissance publique. Ce n’est pas tout : * Saint Simon entend déplacer le but où tendra leur action ; il appelle de ses vœux un Etat qui soit de moins en moins une souveraineté commandant des personnes et devienne de plus en plus une administration organisatrice des choses (1); il veut qu'on renonce aux discussions byzantines où les partis se battent vainement autour de formules vides et de concepts usés (2). " :
Ce sont, là encore, aspirations et revendications qui s'expriment vivement à l’heure actuelle : on se plaint de l’incapacité lamentable dont font preuve les gouvernements successifs devant la nécessité d'organiser, pour nous assurer la vie, la production et la circulation des richesses, et on leur demande de substituer à cette politique formelle à quoi ils se se complaisent, une «science positive », dont le « véritable et unique fondement soit l'économie politique » (3).
Après la politique intérieure où ci prône cette double réforme, Saint-Simon envisage en second lieu la politique internationale. Au moment même où se lient le Congrès de Vienne, il annonce qu'un
1. Saint-Simon, Système industriel. | Œusres compl., . XXI, p. 11. < 2.1d., ibid., p.. 12.