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jour les affaires de l’Europe seront réglées non par un cénacle de diplomates représentant l’antagonisme des gouvernements, mais par un Parlement d'Europe où domineront les influences pacifiques des peuples. Voici qu'aujourd'hui ce rythme séculaire, qui semble une loi de l’histoire, ce perpétuel recommencement, a de nouveau armé une coalition de nations contre les prétentions d’une puissance à l’hégémonie mondiale : ainsi les événements se répondent d’un
: bout à l’autre du siècle, Et voici que pareillement la
conception politique du Saint-Simon de 1815 est reproduite en 1917: il est assez piquant que le juriste perspicace qu'est le président Wilson prétende à asseoir la paix internationale à peu près sur la base -qu’avait imaginée, après l'abbé de Saint- Pierre et Kant, ce Messie exalté; la Société des Nations fait pendant à la ARéorganisation de la Société européenne.
On croit avoir assez mis en reliéf cette renaissance des idées saint-simoniennes dans l’ordre politique : il ne sera pas malaisé de faire apparaître le même renouveau dans l’ordre économique. Les disciples de Saint-Simon s’en préoccupèrent beaucoup plus que leur maître : leur doctrine consiste en une. critique de l’organisation existante, caractérisée, quant au mode de production, par la libre concur-
rence, et, quant à la règle de répartition, par la
propriété privée. Re Re SRE
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Ils insistent d’abord sur le désordre apparent où réel d’une ‘production qui n'obéit. à auçune -vue,
d'ensemble, qui ‘est:abandonñée au discernement individuel et à des impulsions :fragméntairés; qu’au milieu de: crises douloureuses la : concurrence: est impuissante à adapter exactement aux besoins de la consommation. C'est bien souvent que depuis l'Exposé de la Doctrine on s’est plu à peindre en teintes sombres cette « anarchie économique. » Or, les faits ont évolué précisément vers la centralisation de direction économique dont ils ont eu l'intuition :
on a vu «se multiplier les ententes entre industriels, les comptoirs de vente et les syndicais de produc-
teurs» (1). ô : Avant le conflit européen, la vente seule des pro: duits faisait l’objet d’une réglementation émanant de
cartels : dépuis qu’il est intervenu, les industriels |
par tout pays redoutent les difficultés qu’ils rencontreront, après la cessation des hostilités, dans la recherche des matières premières dont la raréfaction se fait durement sentir, et ils renoncent à effectuer leurs achats librement et isolément : ils constituent des comptoirs ou syndicats d'achat, ils se groupent, ils s'organisent, afin d'éviter entre soi toute concurrence nuisible (2). Enfin la «gestion de guerre » a
amené l'Etat à collaborer d’une façon très étroite à cette coordination artificielle des forces productives
soustraites au jeu spontané de la concurrence : le
1. Gide et Rist, Histoire des Iétrèties évonoiniques, p: 265. (a° Ed.).
2, Max Hoschiller, care d'Economie iniernalionale, le « Temps » du 12 sept. 1916. fé PARLER PS
passage redoutable de cette gestion’ de guerre à la gestion de paix le forcera: d'assumer encore davantage ce rôle dont la théorie ‘saint-simonienne. le voulait voir chargé.
La critique saint-simonienne porte, en second lieu, sur le régime actuel de répartition: elle s'attaque moins à la propriété individuelle en elle-même, qu'à son attribut jusqu'ici essentiel, l’hérédité, dont elle réclame l’abolition, afin que soit réalisée celte égalité du point de départ que les Anglais appellent « equality of oportunity » ; la suppression de l'héritage est aux yeux des Saint-Simoniens le moyen décisif de la transformation économique, permeltant d’instituer la formule nouvelle de répartition : à chacun selon son mérite. C'est assurément sur ce point que-les anticipations saint-simoniennes se sont le moins trouvées vérifiées par l’évolutionultérieure : il semble assez improbablé qu'on porte d'ici longtemps à la propriété individuelle cette grave atteinte de l’amputer du droit de transmission héréditaire. Cependant le développement de la solidarité naturelle qui unit davantage les hommes au fur et à mesure qu'ils nouent entre soi de plus nombreuses relations commerciales, fait dépendre la situation de chaque indi- -vidu de moins en moins de la situation initiale d’où il est parti et « de plus en plus de la situation générale du marché, de la conjoncture, comme disent les Allemañds » (a) ; celui qui se contente de suivre la voie
1. V.sur ce point : Colson, Cours d'économie portiques Livss ï, p-425.: | ; Ô
tracée par ses pères,sans chercher à adapter aux circonstances nouvelles l'emploi de ses capitaux et de . : son activité, aboutit bien vite à la ruine, D’ailleurs,
l'enorme aggravation des droits successoraux (1), encore qu’elle ne procède d’aucune vue théorique de politique sociale et provienne simplement de ce que les besoins trop certains de notre fiscalité doivent ; bien prendreleursatisfaction partout oùilsle peuvent, réduira encore dans les inégalités la part du hasard ce de la naissance. Quoi qu’on en ait, qu’on le regrette ou s’en félicite, il y a là, soit par l’action spontanée = des phénomènes naturels ou par l’effet indirect d’occasionnelles mesures législatives, un pas très sensible fait vers l'établissement d’un régime économique conforme aux volontés du Saint-Simonisme. = Reste à examiner son programme social et à voir si les réformes qu’il comporte ne sont pas, dans l’état actuel des choses, en voie de réalisation ou à l’ordre du jour de nos préoccupations.