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industrielle, une fonction analogue à celle du Crédit foncier (1) en matière immobilière. L’un prête son immeubles par voie d’hypothèque, au moyen de sur. capital d’abord, puis à l’aide d'obligations qu’il émet pour une somme égale à celle des prêts effectués. L'autre placera ou prêtera sur valeurs mobilières et industrielles, au moyen de son capital d’abord, puis à l’aide des fonds que lui procureront les obligations qu'il sera autorisé à émettre pour une somme égale à celle de ses placements et du montant de ses dépôts en comptes courants.
Ce système d'obligations à long terme demande quelques commentaires ; car cette combinaison, avec laquelle on est aujourd'hui si familiarisé, représente
au milieu du xix* siècle une innovation très remarquable et constitue sans doute la création la plus - importante des Péreire, celle sans laquelle toutes leurs autres conceptions seraient restées leltre morte.
C’est en 1837 qu'ils en apercoivent pour la première fois toute la fécondité. Dès le commencement des travaux du chemin de fer de Saint-Germain, ils ont conscience de l’insuffisance des devis et de l’impossibilité de les équilibrer solidement; ils sont d’autre part frappés de la nécessité que les action-
- r. Le Crédit foncier date du 10 décembre 18b2 ; il est issu de la Banque foncière de Paris, fondée le 28 mars 1852 ; la campagne du Globe (articles de l'avocat Decourdemanche) et du Crédit ne fut pas étrangère à sa constitution et les Pereire collaborèrent à celle-ci (V. l'origine de ces projets dans Saint-Simon, Vues sur la
-propriété, ch. II. L'imitation des banques hypothécaires allemandes y est sensible).
näires de chemins de fér obtiennent de gros bénéfices: pour rendre ces placements attrayants et populaires.
À une époque où la dette est considérée comme un fardeau, ils ont la pensée d’en faire une force, et de diviser le capital des sociétés en deux parties ! en actions parlicipant à toules les chances et à tous les
‘risques de l’opération, et en dette consolidée dûment
hypothéquée, servie d’un intérêt fixe, dont une partie reste au pouvoir de la compagnie débitrice pour former une prime d'amortissement. C’est ainsi qu’en 1837 ils proposent (1) et qu’en 1839 ils réalisent (2) l'appel de capitaux complémentaires pour les compagnies de Saint-Germain et de Versailles au moyen d'obligations de 1.250 francs produisant 50 francs d'intérêt et émises à 1000 francs. Le système est ; ensuite copié par d’autres sociétés. En 1851, au
milieu de la détresse générale et avec le consente-
ment du Conseil d'Etat moins routinier, ils font adopter par la Compagnie du chemin de fer du Nord, pour le rachat de la ligne d'Amiens à Boulogne, le type d'obligations de 500 francs, émises au mieux,
— alors à 250 francs, — donnant 15 francs d'intérêt annuel, payables en deux coupons semestriels. C’est celte conception qui, généralisée par tout pays, a donné le moyen de construire, à côté des voies à grand trafie, une foule de lignes peu productives,
enrichissant d’autant plus la nation he elles traversent des régions plus pauvres.
1e Grive d'Emile Pereire (Œuvres des Pereire, série G, p. 10) 2. Ibid, p. 218.
La combinaison est de même appliquée au Crédit foncier, dont le capital n’est qu’un fonds de roulement, les prêts s’opérant par l'émission d'obligations ou de lettres de gage. ;
Enfin les Pereire veulent encore en user pour la conslitution du capital du Crédit mobilier. Les avan: tages qui en résulteront sont évidents.
Le chiffre assez bas de l'obligation et l’appât d’un revenu assuré attireront à la société la masse énorme des petites épargnes démocratiques. Elle ne leur
laissera que peu à peu absorber les titres acquis par elle, en souscrivant et en conservant une forte fraction des valeurs qu’elle émet. Elle évitera ainsi les réalisations prématurées et les crises qui s’en suivent au détriment de ceux qui patronnent les grandes ‘affaires et de ceux qui y ont employé leurs économies.
Il est un autre effet auquel les Pereire attachent plus d'importance. Ces obligations absorberont les emprunts des diverses compagnies de transports ou : - d'industrie et substitueront « une valeur uniforme à
la diversité des titres qui encombrent le marché ». Tel est lesens des mots : «opérer. par voie de consolidation-en un fonds commun la conversion des titres | : particuliers d'entreprises diverses », par lesquels le
- préambule des statuts du Crédit mobilier en définit le but :: : À
Cette conversion des valeurs diverses en un titre unique, cette politique de fusion établira, entre les dettes de toutes les entreprises, une centralisation en une dette unique d’où naitra entre elles unesolidarité
intime et qui soulagera le public du soin d'apprécier la force variable et incertaine des divers émetteurs. Lorsque l'unité sera réalisée, lorsque le centre commun existera, l’extrême facilité avec laquelle pourront se négocier les titres de cette dette ouvrira une nouvelle source de crédit à toutes les sociétés. « Le Crédit mobilier deviendra, pour les Compagnies et spécialement pour celles de chemins de fer, ce que la Caisse des Dépôts et Consignations est aujourd’hui pour les communes », avec cet avantage de plus qu’il pourra consacrer à cette entreprise, non seulement | une portion de ses propres ressources, mais encore tous les fonds qu’il pourra concentrer. à Ce rêve d’unification des emprunts industriels porte bien la marque de l'esprit saint- simonien : c’est trop évident pour qu’on ait besoin d’y insister. L’on peut donc décrire le dernier rôle du Crédit mobilier : en tant que banque d'émission. L'une de ses fonctions principales consistera, en effet, dans l'émission d'obligations à court terme. Il convient d'y consacrer encore plus de développements qu'aux obligations précédentes, amortissabies à longue échéance. Car, d’une part, l'expérience quotidienne ne nous les a pas, comme celles-ci, rendues familières ; d'autre part, elles ont toujours tenu une place prépondérante dans les préoccupations des Pereire. On en trouve la première expression dogmatique dans les leçons d’ Isaac Pereire sur la valeur, l'échange et l’argent, lues à l’ Athénée de Parisen 1831 (1).