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pensée si riche, si pleine et sicomplexe du Saint-Simos nisme.On a seulement désiré marquer. à larges traits à quel point ce Saint-Simonisme fut,un peu én toutes matières, un iniliateur et uh précurseur et combien les hommes qui l’ont élaboré avaient. « d'avenir dans. l'esprit » (1 }:ona constaté lesréa!lisationstâtonnantes, partielles, non liées, à quoi nous assistons, d’un système qualifié de rêve et d’utopie par de faux sages et des esprits courts, mais on a écarlé la question assez vaine de savoir s’il était désirable que ces réalisations se produisissent. | Surtout, on se défend d’avoir ouh « filier » et souder doctrinalement notre état d’esprit et celui du Saint-Simonisme, d’avoir soutenu la prétention puérile que les tendances actuelles aient été déterminées par la volonté consciente et bien arrêtée de notre société de se modeler sur le plan saint-simonien : pour s'adapter à des nécessités nouvelles, dont celles de la guerre ne sont pas les moindres, elle a, d’une façon toute naturelle et comme par l’effet d’un réflexe involontaire, accompli certaines démarches qui, rapprochées les unes des autres, se trouvent constituer un mouvement d'ensemble précisément conforme à celui que les Saint-Simoniens avaient prose et. désiré. “ - = Ce point accordé, on maintient que, sous des influences diverses et qui ne sont pas toutes accidentelles, il s’est formé autour de nous une sorte d’at-
1. Faguet. Politiques et Moralistes du xx siècle, t. II, p. 42. =
mosphère saint-simonienne, in qua mosemur el vivimus.el Sumus. | C’est très intentionnellement que jusqu'ici, dans
l'exposé et la comparaison des préoccupations saint-
simoniennes et des nôtres, on a omis de mentionner un problème qui tient, dans les unes comme dans les autres, une place de tout premier plan : on veut dire la question du crédit.
L’ampleur de cette guerre, qui n’est pas seulement un conflit entre des gouvernements, mais une lutte entre des peuples mettant en jeu leurs forces économiques et financières, a accumulé les ruines. matérielles et immatérielles ; sa durée augmente chaque jour les proportions de l’œuvre prochaine des relè-
vements nécessaires : il est donc logique et utile qu’on.
s'inquiète de plus en plus de préparer, au cours même des hostilités, les moyens financiers et économiques propres à la réparation rapide du pays.
Pour permettre aux finances publiques de liquider
la situation critique Causée par la guerre et créer
entre les mains des particuliers de larges ressources où le fisc vienne puiser, il faudra, comme au temps de M. Guizot, dire à la France de s’enrichir, et elle ne saurait le faire qu’en restaurant sa puissance productive, notamment sa puissance industrielle : il ne
suffira pas de remettre en ctat les exploitations sus-
pendues par les événements ou détruites par l’inva-
sion ; une reslilutio in integrum ne serait encore
qu'un recul et les charges accrues exigeront des
épaules plus fortes : il faudra donc pourvoir les entre-
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prises existantes d’un outillage à rendement supérieur
et mettre en valeur les richesses encore «inertes » que recèle notre sol, en un mot organiser « l’exploitation du globe » par les hommes associés, comme le demandaient déjà les Saint-Simoniens. D’où viendront les capitaux indispensables à cette remise en marche et à ce nouvel essor de notre production qu’exigeront les nécessités fiscales ?
Non moins que les besoins du Trésor, l’état de notre change veut que nous nous libérions, autant qu'il est possible, de toute dépendance étrangère, et que nous développions nos facultés d’exportation. Cela aboutira encore à des créations d’industries nouvelles et à des démandes de capitaux.
La dépopulation dont nous souffrons et qu'est venue si cruellement aggraver la guerre, contraindra les industriels de remplacer dans la production la main-d'œuvre humaine par la force mécanique. Ce développement inévitable du machinisme entraînera lui aussi un énorme besoin de capitaux.
Enfin, pour une nation, il ne servirait de rien d’avoir gagné celte guerre si elle était incapable de jeter dans l’autre guerre le maximum d'efficacité productive.
Ainsi donc, considérations fiscales, financières, économiques, nationales, toul concourt à imposer à notre pays un programme d'intensification et d’expansion industrielle qui réclamera, pour être exécuté, des masses de capitaux d’une importance insoupçonnée. £ Vergeot 2
Qui dispensera les ressources exigées ? A poser
seulement la question, on entrevoit déjà l'ampleur du rôlé que le crédit est appelé à jouer dans notre ‘économie d’aprés-guerre : l’association de plus en
plus intime de la banque et de l’industrie apparaît
comme indispensable, et, s’il est démontré que cette ‘collaboration continue et cet appui mutuel sont jus-
qu’à présent chez nous rarement réalisés, on devra logiquement conclure à la nécessité d’une réorgani-
“sation en ce sens de notre outillage financier. Depuis un certain nombre d’années, l’on reproche à nos |
banques « de ne pas assumer plus hardiment la fonc-
tion de régulateurs et d’excitateurs de l’industrie » (1):
la guerre à fait se multiplier encore les ouvrages et
les articles sur ce devoir des banques. Les plaintes”
‘des intéressés ont attiré l'attention des pouvoirs
‘publics, et un projet de loi a été déposé qui a déjà av pour partie l’adhésion du Parlement : du vote
‘et de l'application de cette loi, on attend moins une
solution définitive et étatiste du problème du crédit
industriel qu’une orientation donnée par l'exemple à une institution officielle à l’activité bancaire privée. “Enfin l’on aperçoit divers indices d'un effort de la part des banques elles-mêmes pour s'adapter dans la mesure du possible au rôle nouveau que l’état des choses va leur assigner.
‘Faire du crédit au profit de l’industrie un grand instrument d’impulsion ei de coordination, voilà donc
4 Gide et Rist, loc. cit., p. 265.
33 — l'une des préoccupations dominantes aujourd’hui des industriels, des écrivains, du législateur, des professionnels de la banque.
Le problème du Crédit industriel est précisément aussi celui qui tient le plus de place dans la pensée doctrinale et dans l’œuvre pratique des Saint-Simoniens. |
Dans les articles si sensés et si réalistes du Producteur, du Globe et du Crédit, c’est à chaque page
qu'on rencontre les vues les plus suggestives sur le
rôle directeur et centralisateur qu’ils suuhaïiteraient de voir joué par la banque, et l'Exposition de la doctrine, si remarquable par la vigueur de son style et l'élévation de ses conceptions, dégage avec une réelle maîtrise et un vrai don de prophétie la philosophie de la fonction bancaire.
Gelte formule théorique ducrédit stinotanit et régu- S lateur de l’activité productrice; le Saint-Simonisme
: pratique des dernières années, celles qui suivirent la dispersion del’ Ecole, l’a réalisée et les frères Pereire ont fondé en 1852 le Credit Mobilier.
Une étude historique et de cette conception doctrinale et de ces réalisations positives ne serait peutêtre pas une contribution inutile à la recherche d’une solution au problème contemporain.
Pour ia conception doctrinale, d’abord : car il serait possible de s'inspirer et de profiter des directions qu’elle comporte en vue de l'établissement de nos plans de réformes actuels. | Pour les réalisations positives, ensuite : car l’arma-
ture essentielle de notre système bancaire est formée par les grandes sociétés de dépôt et de crédit dont le prototype fut justement le Crédit mobilier ; malheureusement cette banque saint-simonienne, pour des raisons diverses, s’est écroulée et, d'autre part, ‘la conception même du Saint-Simonisme cessant d'animer les vastes établissements inspirés par elle et émigrant dans les Etats voisins au plus grand profit de ceux-ci, ces institutions ont été contraintes par leur constitution bâtarde de dévief de leur but initial. Ainsi notre organisation de crédit n est plus conforme à la pensée et au plan de ses fondateurs. Pour qu’elle remplisse de nouveau la fonction qu’on exige d’elle de nos jours et en vue de laquelle les Saint-Simoniens l'avaient créée de toutes pièces, il faut la rétablir, dans la limite. des possibilités, en l'état même où elle est sorlie de leurs mains. Et, pour cela, il faut avant tout connaître exactement cette forme initiale et non encore altérée. | LE Telles sont les deux raisons pour lesquelles on a entrepris d'étudier la conception saint-simonienne du crédit à l’industrie sous son double aspect théo=. | rique et pratique
L'étude du Crédit mobilier, c'est- à-dire du Saini- Simonisme pratique tout entier, nous eût été très malaise, si M. Gustave Pereire ne nous avait COm- muniqué tous les documents, inédils ou devenus irès.
rares, qui constituent la grande collection en prépae
ration des Œuvres des Pereire, Pour l’obligeance
— 25 — | avec laquelle M. Gustave Pereire a pour nous ouvert ses archives et feuilleté ses souvenirs, nous le prions de trouver ici l'expression de notre respectueuse gratitude. :
Nous ne saurions non plus manquer de dire notre reconnaissance à M. le député et professeur Landry, dont le rapport si clair et si plein sur la loi récente organisant le Crédit industriel nous a été d’un grand secours pour l’examen du problème contemporain et qui a bien voulu nous préciser l’état actuel et l’avenir probable de la question au Parlement.