‹ Le crédit comme stimulant et régulateur de l'industrie: La conception Saint-Simonienne, ses réalisations; son application au problème bancaire d'après-guerreChapitre 90 sur 97 · LS ANT · texte numérisé non relu

LS ANT

{ “qu'il y aurait profit à s’en inspirer. Cette imitation ‘serait-elle possible, d’après les termes de la loi, à

“une Société de caution mutuelle qui voudrait se fonder sous son régime ?. Assurément : l’article 2

laisse aux statuts toute latitude quant à la composition du capital et à la proportion dans laquelle chacun des membres contribue à sa composition ; ils pourraient donc en décider la constitution par voie de cotisations fixes et annuelles de 50 francs au ‘minimum ; — l’article 5 semble seulement tenir à ce que des versements soient faits au fonds de réserve avant tout payement d'intérêt aux participants, mais ‘laisse les statuts libres de déterminer les prélève- ‘ments imposés par la société comme prix de sés Services et sur lesquels serait constitué ce fonds de “réserve ; ils pourraient donc le former par des cotisations graduées d’après le risque couru à chaque aval par la société. Ainsi l'initiative des intéressés a la faculté d'introduire la séduisante formule saintsimonienne sous l'étiquette de celte loi souple ; il paraît qu'il y aurait lieu de le leur recommander. Par lè moyen des cotisations variables, les Sociétés ‘de caution mutuelle peuvent, en même temps, réaliser l'idéal où elles doivent tendre du crédit personmel: elles lé peuvent par leurs statuts, puisque l'article 3 réserve aux conseils d’ administration le ‘pouvoir de décider les garanties à PREAre dans “chaque cas particulier et de faire suivre, par l'inter-

. de ‘délégués, Jes'äffaires dé leurs clients."

: En vertu de’ l'article” x, il appartient Rire

aux statuts de régler l’étendue et les conditions de

la responsabilité incombant aux sociétaires, au cas

où le capital et le fonds de réserve ne sufliraient pas à couvrir les sinistres. Par suite, l’on pourrait, avec les Pereire, décider que cette responsabilité sera limitée, ce qui paraît la seule solution compatible avec l’individualisme de nos petits producteurs, et qu’elle le sera au montant de la cotisation fixe représentant une fraction du crédit total éventuel de chaque sociétaire, ce qui semble la seule solution conforme à l’équité.

Enfin quel emploi sera fait de la somme. globale . des prélévements opérés à l’occasion de chaque endos ou aval? Une part, trop secondaire dans le système actuel, bien plus importante dans celui des Pereire,

est reversée aux membres de la société: dans l’un

comme dans l’autre, les ristournes sont proportion-

nelles au volume dés opérations effectuées par chacun, se traduisant dans l’un par les prélèvements

opérés, dans l’autre par les cotisations fixes.

Ainsi pour ce premier organe, donneur d’aval, l’on pourra, tout en restant sous la direction et dans le cadre des principes légaux,limiter avec profit le plan du Saint-Simonisme pratique: l'on pourra, pour. former les statuts libres et mobiles, couler la matière saint-simonienne dans le moule de la loi nouvelle.

Il n'en sera pas tout à fait de même du second organe, escompteur des effets avalisés et devenus bancables : les deux différences, d’ailleurs non essen-

tielles, existant dans les conditions de son fonction-

nement selon l’un et l’autre systèmes, sort la première à la vérité surtout apparente, mais la seconde irréductible dans l’état actuel du texte législatif.

La première concerneles ressources dont il dispose. En dehors de son capital social, il s’alimente, dans le plan contemporain, des avances de l'Etat ; dans le plan saint-simonien, des prêts du Crédit mobilier, c’est-à-dire de l'organe central distributeur de crédit à la grande industrie. Un tel organisme ne peut, en effet, être mis en mouvement que par des fonds étrangers, non par la seule force interne qu'il tire de ses membres. Les Pereire ne pouvaient chercher ces fonds que dans la caisse de l'institution déjà fondée par eux. Le Parlement, souverain, a pu les demander au Trésor.

La seconde différence est beaucoup plus importante et touche au fond même des choses. Tandis : que les Pereire iastituaient au sommet de l’organi-

sation projetée une Caisse centrale des sociétés de

crédit mutuel, la loi récente a cru devoir renoncer, pour lemoment du moins, à créer une telle institution coordinatrice (1). Il semble pourtant qu'elle se justifierait assez bien.

En effet, il est à présumer que les banques populaires, de même que les Sociétés de caution mutuelle,

se fonderont de soi-mêmes entre membres d’une

a 1-M. Landry(premier rapport, p. 184) trouve de peu de poids ou tout à fait illusoires les arguments qu'on a fait valoir. en faveur d’une banque centrale: facilité et uniformisation dans la distribution des avances, — rayonnement de l'institution.

même corporation industrielle, et que spontanément elles s’inspireront de la formule du crédit profession nel. Or ilest un principe essentiel du fonctionnement de toutes les banques qui va à l'encontre même de la conception du crédit corporatif :

c'est celui de la division des risques, « division par le nombre, division aussi par la variété de leur clientèle» (2). Que la crise survienne dans l'industrie où elles sont spécialisées, en droit ou en fait, peu importe, ces instilutions ne peuvent trouver à leurs difficultés passagères de contrepartie. Au contraire, en dominant et en rapprochant toutes les formes de l’activité des petits producteurs, une banque centralé atténuerait les inconvénients de la spécialisation grâce à la compensation des pertes localisées dans une branche d'industrie parles profits ‘que continueraient de lui assurer ses relations avec

'toutes les autres branches restées à l’abri de la crise

partielle.

LS

Il apparait donc clairement qu'il eût été préférable

de placer au centre de tout l’ appareil distributeur de =

crédit à court terme une clé de voûte, un organe commun de transmission et de fédération, une sorte de Chambre de compensation. L’élasticité de la loi

qu'on a vue tantôt si grande et si bienfaisante, n’est

‘malheureusement pas telle qu’on puisse ici transposer dans le texte nouveau l’utile disposition des sta- “bats saint- enr si, comme re ue, eee

dito svelata ». LU)

en envisager la possibité, l'extension future des banques populaires venait un jour à nécessiter un remaniement de la loi, il serait désirable qu'on y introduisit le principe de la banque centrale.Dès lors,

notre système de crédit mutuel entrerait tout entier dans les voies admirablement tracées par la pensée

initiatrice du Saint-Simonisme.

Tel est le très ingénieux effort d'organisation tenté pour éveiller à la vie par la « magie» du crédit f1) les forces neuves qui pourront, dans la production nationale, remplacer les forces épuisées ou grossir le faisceau de celles qui n’ont pas cessé d’agir, Telle est aussi la part de collaboration à cette effort qu'on

pourrait encore demander. à la conception saint-

simouienne toujours vivace.

Mais il ne faut pas perdre de vue que leffort d'organisation collective serait stérile sans un effort

. concordant d'éducation individuelle. Une nation,

pour s'assurer une prospérité durable, n’a point tant besoin de formules construites symétriquement sui-

vant les imaginations rectilignes de notre esprit que

d'organes vivants et sains. Un système est toujours aisé-à concevoir : pour agencer un mécanisme équilibré, impassible et ponctuel, il suffit qu'une fois pour toutes quelques hommes dépensent un trésor de logique ; ; pour le tenir en mouvement, il semble

que lsindividus n'auront plus ‘désormais : au à: tbe”

1. Un livre de Joseph de Weltérest: intitulé & c ta Magià de crée

ter un geste automatique suivant un rite consacré ; obéissant aux règles d’une harmonie préétablie, la machine maintiendra toujours apparemment l'harmonie autour d’elle, si son jeu n’est troublé par l’intervention d’aucune force étrangère. Il n’est pas d'idée plus fausse: tout démontre la vanité des constructions scolastiques et la nécessité de vivre, et que la vier’est pas produite par un mécanisme d’horlogerie, mais secrétée par des organismes que l’action humaine anime. De soi-mêmes, les individus font l'avenir de la société en éliminant les formes usées du passé et en faisant jaillir, par les lents empirismes et les apprentissages douloureux,les germes éclos d’uñe organisation nouvelle qui brisent le sein de l’organisation présente. Mais, pour que la volonté si puissante des individus accomplisse ces rajeunissements, encore faut-il qu’ils voient le but vers lequel doit se diriger constamment leur activité réglée. Et c’est pourquoi s'impose avant tout un essai d'éducation, l'éducation étant éloquemment définie par Bazard: « l’ensemble des efforts employés pour approprier chaque génération nouvelle à l’ordre social auquel elle est appelée par la marche de l'humanité» (1). Or il semble que, dans l’état actuel des choses, cet effort ne saurait mieux tendre qu à enseigner ce que préchait le clergé de Saint-Simon : à savoir «le culte du travail et de la fraternité » (2). =

D'abord celui du travail, considéré comme une

1. Doctrine. Expositions, P: 249. Me 2. Faguet, loc. cit., p. 22. RE Un

nn.

obligation morale et non comme une nécessité physique : il s'agirait de « punir l’oisif par la déconsidération publique », puis de stimuler l'initiative des producteurs, des « travailleurs »,en vue de créer dans la nation tout entière un large fleuve d'activité saine, utile et prospère, de combattre chez eux la

phobie du risque, qui paralyse, de leur insufiler un

peu de cet enthousiasme qui soulevait la pensée et les œuvres saint-simoniennes et dont on perçoit le souffle à travers le siècle, de leur apprendre, dans le domaine spécial de cette étude, à utiliser les forces du crédit, et enfin à solidariser leurs activités, à iéaliser ce qu’on a appelé la synergie sociale.

Mais, aussi, doctrine de la fraternité : s’il est désirable que l'humanité conquière tous les jours plus de puissance sur la nature et que des sources de richesses plus abondantes en renouvellent et grossissent sans cesse le courant,”ce n’est pas, suivant le mot fâcheusement romantique d’unsaint-simonien, « pour approcher une coupe étroite des lèvres égoïstes d’une oligarchie, mais pour élargir la fontaine de vie où seront appelés peu à peu tous les hommes ».

C’est à ce double principe que Saint-Simon conclut dans son dernier livre, ce Vouveau Christianisme où il mit pour épigraphe : « Celui qui aime les autres a aceompli la loi », mot de Saint-Paul qui comprenden abrégé toute la morale saint-simonienne et qui forme, à vrai dire, depuis deux mille ans la moelle même de toutes les morales humaines.

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