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III. — APERÇU HISTORIQUE. — LES BANQUES. ANCIENNES

La plus ancienne banque dont l’histoire fasse mention est celle qui fut établie à Venise dans le courant du douzième siècle. Anderson, dans son Histoire du commerce, porte la date de son établissement à l’année 1 157 ; d’autres ne la fixent qu’à l’année 1171. Mais un ancien écrivain, Clairac, avocat de Bordeaux, qui écrivait en 1657, et qui parait avoir eu des informations plus précises, assure qu’il y avait à Venise trois banques, ou plutôt trois établissements constituant une seule et môme banque; savoir le Monte-Vecchio (vieux-mont), qui fut érigé vers l’an 1156, sous le duc Vitalis Michaël; le Monte- Noco, établi en 1380, et le Monte-Novissimo, qui ne fut établi qu’en 1410, sous le duc Leonardo Loredano. C’est la réunion de ces trois monts, dit Clairac, qu’on a appelée la banque de Venise.

Suivant le môme auteur, la constitution de chacun de ces trois monts a été un expédient financier employé par le gouvernement pour pourvoir à certains besoins pres-

* Pour tout ce qui est relatif aux banques antérieures à celle d’Angleterre, nous avons substitué au texte primitif le travail bien plus complet que l’auteur lui-même a publié dans le Dictionnaire de l'Economie politique, arlicle Manque. C. S,

sants de l’État. Sous le duc Vitalis Michaël, la républi que, épuisée par la guerre qu’elle avait soutenue contre l’empire d’Orient, eut recours à un emprunt forcé sur les citoyens riches. On établit cet emprunt en rente constituée, pour la payement de laquelle on obligea les revenus de la seigneurie. C’est le corps des créanciers de l’État, réunis en une sorte de chambre syndicale, qui forma le premier noyau de la banque, et son premier capital fut une créance. Le Monte-Novo fut établi, toujours selon Clairac, pour soutenir la guerre de Ferrare, et le Monte- Novissiino, pour relever la république abattue par une guerre de sept ans.

Il n’est pas très-facile de comprendre comment trois monts distincts pouvaient constituer une seule et môme banque. Au reste, tout ce qui est relatif à l’origine et aux premiers temps de la banque de Venise est fort obscur. Ce que l’on sait mieux, c’est que son organisation primitive fut modifiée, en 1587, par un édit qui lui constitua en même temps, aux dépens de l’État, un capital de 5 millions de ducats, dont elle demeura débitrice, mais sans en payer l’intérêt.

Quant aux opérations de la banque de Venise, elles furent à peu près les mômes que celles de toutes les banques de dépôt qui s’instituèrent dans la suite. Elle recevait en dépôt l’argent des particuliers, et leur ouvrait en conséquence un crédit sur ses registres. Ces crédits se transmettaient ensuite, d’un particulier à l’autre, au moyen d’une cession et d’un transfert sur le registre, qu’on appelait virement de parties. Il parait, au surplus, que dès avant l’institution de la banque, on faisait déjà

snr cette place les payements en virements de parties, comme on les a pratiqués depuis à Lyon. Il est probable seulement que la banque avait donné à ces opérations des garanties nouvelles, et qu’elle en avait rendu l’usage plus général.

« Une observation commune, dit M. Gautier, à la plupart des banques qui furent fondées à l’imitation de celle de Venise, et jusqu’à la fin du seizième siècle, c’est qu’elles furent, non des entreprises particulières, mais des institutions ou nationales ou municipales, fondées, dirigées et souvent dotées par l’État ou par la ville qui en était le siège, et auxquelles étaient attribués des privilèges ou monopoles en vertu desquels certaines opérations ne pouvaient être faites que par leur entremise ; v enfin, qu’en les créant on établit aussi pour leur usage une monnaie fictive ou de convention, d’une valeur fixe et communément supérieure à celle de la monnaie courante, dans laquelle leurs payements et recettes étaient faits et leurs comptes tenus au moyen d’un agio variable entre l’un et l’autre. »

Et pourquoi cette adoption d’une monnaie fictive dans la plupart des banques instituées à cette époque? Elle s’explique par cette circonstance, que le déplorable abcs de l’altération des monnaies était alors très-fréquent dans la plupart des États de l’Europe, et que les républiques au sein desquelles les banques étaient établies, bien que préservées de cet abus par la sagesse relative de leur administration, n’étaient pas à l’abri de l’invasion des monnaies étrangères altérées, qui venaient jeter le trouble dans leurs transactions commerciales. C’est pour

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donner à ces transactions une base plus sûre qu’on avait adopté, dans les banques, l’usage d’une monnaie idéale qui fût à l’abri de toute altération. Quand les espèces d’or ou d’argent étaient versées dans la caisse d’une de ces banques, elle les convertissait, naturellement après un essayage ayant pour objet de constater la quantité de métal fin qu’elles contenaient, en cette monnaie idéale dont elle avait fait choix, en leur attribuant toujours, pour plus de sûreté, une valeur un peu inférieure à celle qu’elles avaient dans la réalité.

Cette substitution d’une monnaie idéale à la monnaie courante est peut-être le plus grand service que les anciennes banques de dépôt aient rendu. Par là, elles ont apporté du moins la sécurité dans les relations commerciales, et doté les villes qui les possédaient d’une sorte de crédit relatif bien supérieur à celui dont on jouissait ailleurs. Ajoutez-y qu’en permettant aux commerçants d’effectuer leurs payements et leurs recettes par de simples écritures, elles les ont dispensés, dans une certaine mesure, des soins et des frais qu’entraînent ordinairement les maniements et les transports de numéraire. A cela près, elles n’ont rempli aucune des fonctions essentielles qui retiennent aux banques telles que nous les concevons aujourd’hui. Peut-être les temps n’étaient-ils pas encore favorables à l’accomplissement d’une pareille tâche. Mais il est juste de dire aussi que des institutions fondées par l’autorité publique, et naturellement circonscrites par elle, n’étaient guère propres à la remplir.

La banque de Venise a subsiste jusqu’en 1797, époque

où elle a péri sous l’effort de la conquête, en même temps que la république qui l’avait fondée.

En suivant l’ordre des dates, après la banque de Venise, nous trouverions celle de Barcelone, qui fut fondée, à ce qu’il parait, vers la fin du quatorzième siècle, sous la garantie des autorités municipales de celte ville. Mais comme cette institution, qui n’a pas eu un caractère à part, n’a pas rempli un grand rôle dans le monde, nous ne nous y arrêterons pas.

Ce fut dans des circonstances à peu près semblables à celles où s’était trouvée la république de Venise au douzième siècle, qu’on établit à Gênes, en 1407, la banque dite de Saint-George. Elle eut aussi pour premier capital une créance des particuliers sur l’État, pour garantie de laquelle on lui avait donné l’ilc de la Corse et quelques autres territoires. Calquée sur celle de Venise, elle reçut comme elle des dépôts et effectua les payements des particuliers à son exemple. La direction en était confiée à huit administrateurs, choisis parmi les intéressés. Elle avait aussi une monnaie spéciale, supérieure d’environ 15 pour 100 à la monnaie courante.

Cependant les guerres civiles et étrangères qui affligèrent continuellement la république de Gènes lui rendirent si souvent nécessaire la ressourcé de l’emprunt, et la banque de Saint-George fut tant de fois appelée à intervenir- dans ces opérations, qu’elle peut être considérée plutôt comme une caisse d’emprunts publics que que comme une institution commerciale. Pillée par les Autrichiens en 1740, elle suspendit ses payements ; mais la monnaie fictive dans laquelle elle tenait ses comptes

demeura en usage, en changeant seulement de nom •. au lieu de valuta di banco, elle s’appela valuta di pennesso.

La banque d’Amsterdam, fondée le 31 janvier 1609, à peu près sur les mêmes principes, se renferma au contraire assez strictement, au moins pendant une grande partie de sa durée, dans ses rapports avec le commerce. Elle était placée sous la garantie de la ville et sous l’autorité de ses bourgmestres. Quoique formée plus tard, elle l’emporta, par sa valeur commerciale, sur celles que nous venons de nommer ; c’est la plus considérable qui ait existé dans ces temps-là. L’un dés statuts de l’État portait que toutes les lettres de change de 600 florins et au-dessus seraient payées en monnaie banco ; condition sévère qui contribua beaucoup à rendre l'usage de la monnaie de banque général dans le pays. Elle devint bientôt la caisse de dépôt et d’épargne de la ville et des provinces voisines, quoiqu’elle ne remplit pas la première condition d’une véritable caisse d’épargne, celle de payer un intérêt pour les dépôts qu’on lui confie. Elle délivrait à ses dépositaires des certificats transférables moyennant un léger droit, et en vertu d’une procuration qu’il fallait faire renouveler tous les ans. Les particuliers qui lui avaient confié des fonds pouvaient les retirer en payant un droit de garde de 1/8 pour 100. Elle n’acceptait les espèces que sous le bénéfice d’un agio de 5 pour 100; ce qui explique pourquoi la monnaie de banque avait toujours, dans la circulation, une valeur un peu supérieure à celle de la monnaie courante. Elle n’ouvrait un compte nouveau que sous la condition d’une prime une fois payée de 18 florins. La ville d’ Amsterdam

était garante des dépôts, qui furent longtemps gardés par elle avec une fidélité inviolable.

Il parait qu’outre les avantages commerciaux qu’on avait en vue en instituant les banques de dépôt, on s’était proposé aussi dans plusieurs des villes où elles furent établies, d’en faire une source de revenu public. C’est ce qui semble résulter d’abord de cette disposition passablement étrange en vertu de laquelle on obligeait les commerçants à effectuer certains payements en monnaie de banque. Il est, en outre, constant en fait, que plusieurs de ces établissements ont procuré d’assez notables bénéfices aux villes qui les possédaient. C’est ce qu’Adam Smith constate en ces termes par rapport à la banque d’Amsterdam :

« La banque donne à la ville d’Amsterdam un revenu considérable , indépendamment d’un droit de magasin qui lui est payé. Chaque individu qui ouvre un premier compte avec la banque lui paye un honoraire de 1 8 florins , et 3 florins 3 stivers pour chacun des comptes suivants; il paye aussi 2 stivers pour chaque transfert sur les livres et 6 stivers, si le transfert est d’une somme inférieure à 300 florins. Celui qui néglige de balancer son compte deux fois chaque année est soumis à une amende de 25 florins. Quiconque ordonne un transport pour une somme plus forte que celle qui est portée sur le livre voit son ordre rejeté, et paye néanmoins 3 pour 100 de l’excédant de la somme. On suppose aussi que la banque fait un bénéfice considérable sur le vente des monnaies étrangères et des lingots qui, par l’expiration des récépissés.

lui restent quelquefois, et qu’elle garde toujours jusqu’au moment où elle peut les vendre avec avantage ; elle bénéficie encore en vendant l’argent de banque à 5 pour 100 d’agio, et en l’achetant à 4. »

Adam Smith suppose que ces bénéfices étaient accidentels, qu’ils n’avaient pas été prévus lors de la fondation de la banque, et qu’en conséquence ils n’étaient entrés pour rien dans les motifs de son institution. C’est possible, quoique douteux, en ce qui concerne la banque d’Amsterdam ; mais, par rapport à la banque de Nuremberg, fondée quelques années plus tard, en 1621, l’intention de bénéficier par ce moyen est manifeste. A Nuremberg, toutes espèces de marchandises excédant la somme de 200 florins et les lettres de change au-dessus de 50 florins devaient se payer en banque, sous peine d’une amende de 10 pour 100 de la somme négociée. On payait en outre 3 kreutzers pour chaque centaine de florins payés ou reçus en banque. Ce n’est pas tout. Il était bien permis aux étrangers d’acheter des marchandises pour une somme au-dessus de 200 florins et de les payer en argent courant ; mais quand ces mômes étran- . gers vendaient à des nationaux, il était enjoint à ceux-ci de déduire sur le prix de vente 3 kreutzers par 100 florins pour en tenir compte à la banque, et d’en payer le double, parce que, dans ce cas, pareille somme était exigée des deux parties contractantes. Mais toutes ces retenues abusives n’avaient pas lieu dans la banque de Venise, où le service parait avoir été gratuit.

Quoique la banque d’Amsterdam eût longtemps gardé avec une fidélité scrupuleuse les sommes qu’elle avait

reçues en dépôt, elle se départit à la fin de cette fidélité qui était devenue proverbiale. Deux fois, on le sait, la Hollande a été envahie par les armées françaises. La première fois (c’était sous le règne de Louis XIV en 1 672), le commerce ayant retiré les fonds qu’il avait à la banque, on trouva les dépôts intacts. On retrouva même sur les monnaies les traces de l’incendie qui avait éclaté peu de temps après la fondation de cette établissement, et qui avait dévoré une partie de l’hôtel de ville ; ce qui prouvait que les dépôts n’avaient pas même été déplacés. Mais la seconde fois (c’était pendant la révolution française), la banque se trouva hors d’état de rembourser les dépôts, et on découvrit avec étonnement que les directeurs avaient prêté une somme de 24,000,000 de francs aux États de Hollande et de Frise. A partir de ce moment, la banque d’Amsterdam fut frappée d’un discrédit dont elle ne se releva plus entièrement. Elle fut remplacée, en 1814, par une banque d’institution moderne, semblable aux banques de Londres et de Paris.

Si la banque de Hambourg, fondée en 1619, s’était présentée avec des caractères particuliers, il serait facile, autant qu’instructif, d’en retracer l'histoire; car cette histoire est connue dans ses moindres détails, grâce à la publication de l’ouvrage de Büsch, ouvrage écrit en allemand, mais traduit en français sous ce titre : La Banque de Hambourg rendue facile. Mais cet établissement ne s’est pas distingué d’une manière essentielle de ceux dont il vient d’être question ; il s’est renfermé dans les mêmes fonctions, qu’il a remplies à peu près de la même manière. Ce qu’on peut dire à la louange de la banque de

Hambourg , ou plutôt de la ville qui la possédait et qui l’avait prise sous sa tutelle, c’est qu’elle ne s’est pas montrée trop avide de multiplier ses bénéfices aux dépens du commerce et qu’elle a toujours été bien administrée. Aussi son crédit, qui n’a jamais été altéré que par des causes indépendantes de sa volonté, comme, par exemple, l’altération des monnaies par les princes de l’Empire, ou l’invasion des armées étrangères, s’est-il constamment relevé après ces crises. C’est, du reste, la seule des anciennes banques de dépôt dont l’existence se soit prolongée jusqu’à nos jours.

La banque de Rotterdam, érigée le 18 août 1635, était aussi, en presque tous les points, semblable à celle d’Amsterdam. La seule différence un peu importante qu’on y remarque, c’est qu’elle permettait aux négociants d’avoir un compte chez elle en argent de banque et en argent courant. Quand on traitait en argent courant, les droits prélevés par la banque étaient plus forts, en sorte qu’il n’y avait pas d’avantage à se servir de ce moyen. Mais l’argent de banque était destiné à payer les traites de l’étranger sur Rotterdam, tandis que l’argent courant servait à payer les traites de la ville sur l'étranger.

S’il y avait quelques observations particulières à faire sur l’une de ces anciennes banques, ce serait plutôt sur celle de Stockholm. Voltaire, dans son Histoire de Charles XII, avance, un peu légèrement peut-être, que cette banque est la plus ancienne de l’Europe. Le fait est qu’elle fut fondée en 1668, c’est-à-dire assez longtemps après celles d’Amsterdam et de Hambourg, et fort longtemps surtout après celles de Gènes et de Venise. Mais

ce qui lui méritait une attention particulière, c’est qu’elle parait avoir fait usage la première des billets de circulation. « Les récépissés que la banque de Stockholm délivrait aux négociants qui avaient des fonds à leur crédit chez elle circulaient, en effet, dit M. Gautier, comme argent comptant dans toute la Suède ; ils étaient reçus en payement de marchandises de toute espèce, et mémo, depuis un édit du 1 1 janvier 1726, en payement de lettres de change. »

Ce qui est peut-être encore plus digne d’attention, et ce que M. Gautier ne dit pas, c’est que la banque de Stockholm parait avoir été le premier modèle de ces institutions de crédit foncier qui fonctionnent aujourd’hui dans une grande partie de l’Allemagne. C’était, en effet, disent quelques anciens auteurs, un lombard, c’est-à-dire un établissement prêtant sur gage, mais un lombard où, au lieu de prêter sur des bijoux, on prêtait sur des immeubles jusqu’aux trois quarts de leur valeur. On y prêtait également, il est vrai, sur les matières d’or et d’argent et sur toutes marchandises non sujettes à détérioration ; mais enfin les prêts sur immeubles y étaient la règle commune. Bien mieux; un peu plus tard, en 1752, comme on avait remarqué avec effroi qu’une grande partie des capitaux immobiliers allaient s’engloutir, par suite d’expropriations ou de rachats, dans les domaines de la banque, qui menaçait ainsi de devenir, dans quelques siècles, l’unique propriétaire du royaume, on disposa qu’à partir de 1754 les propriétaires, débiteurs de la banque, pourraient se libérer vis-à-vis d’elle peu à peu, en lui payant, outre l’intérêt

des sommes prêtées, une prime annuelle, ou annuité, de 5 pour 100, jusqu’à extinction delà dette. Ce sont bien là les principes essentiels des intitutions de crédit foncier. Mais les données que l’on possède sur les opérations de la banque de Stockholm sont peut être trop incomplètes pour qu’on se forme sur le caractère de cet établissement une opinion bien arrêtée.

Jusque-là, comme on vient de le voir, les banques commerciales n’avaient eu que des fonctions très-restreintes. Elles ne s’étaient pas appliquées au développement du crédit; elles n’avaient pratiqué ni l’escompte des effets de commerce, ni les avances à découvert, ni la circulation des billets; tout leur emploi consistait à faciliter les payements des particuliers, en les effectuant par de simples écritures et sans aucun transport de numéraire. Ce n’est pas que le principe de la circulation des billets fût alors inconnu : il parait certain qu’il avait été mis en pratique à Venise dès le quinzième siècle ; mais la république s’effraya de la disparition du numéraire 1 qui en fut la conséquence, et comme elle soutenait alors des guerres lointaines qui exigeaient l’emploi de sommes considérables en monnaie effective, elle se hâta de la S'appeler en interdisant d’une manière absolue tous les payements en papier. Depuis lors, cette tentative n’avait été renouvelée nulle part, au moins d’une manière suivie et régulière.

On s’étonne que des villes aussi industrieuses aussi commerçantes que l’étaient Venise, Amsterdam, Ilam-

1 Ou verra plus loin comment cette disparition du numéraire s’explique.

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bourg, ne se soient pas portées plus avant dans la voie féconde où elles s’étaient engagées ; qu’elles se soient arrêtées si longtemps pour ainsi dire aux portes du crédit, sans essayer d’y entrer. Il n’y avait qu’un pas à faire. Les dépôts effectués dans les caisses des banques se montant à des sommes considérables, il était aisé de comprendre l’avantage qu’il y aurait à utiliser ces valeurs oisives en les reversant par une autre voie dans la circulation. Il n’y aurait eu, du reste, aucun danger à le faire, si les banques avaient eu soin de se faire préalablement à cllcs-mômcs une réserve propre à rassurer les déposants. L’expérience ayant prouvé (pie les dépôts séjournaient longtemps dans les caisses, et notaient jamais retirés que par petites sommes, aussitôt remplacées par d’autres, il suffisait de tenir constamment les caisses assez bien pourvues d’argent pour suffire à toutes les demandes éventuelles. Le reste, formant un excédant réel sur les besoins du service, pouvait très-bien retourner au commerce, en servant à l’escompte de ses effets. C’est ainsi que les banques auraient augmenté les ressources de la circulation en entrant dans la voie du crédit. Ce premier pas eût bientôt conduit à un autre, l’émission des billets circulants, qui se lie de près à l’escompte, et dès lors les banques se seraient placées sans effort au point où elles sont arrivées de nos jours. On se demande comment cette idée si simple ne s’est pas présentée à l’esprit des habiles négociants que ces villes célèbres renfermaient en si grand nombre ; ou plutôt si, comme il y a lieu de le croire, elle ne leur a pas échappé, comment se fait-il qu’ils n’aient pas songé plus sérieusement à la réaliser?

LL CULD1T LT LLS BAN (JL LS.

Cette singularité s’explique. Il faut se rappeler d’abord que partout où existaient ces anciennes banques, les dépôts étaient reçus sous l’autorité de la ville ou de l’État, qui s’en rendait caution. Disposer de ces dépôts, même dans des vues louables et avec des garanties satisfaisantes, c’eût été à certains égards violer la foi publique. Ce qui pouvait convenir à des compagnies, composées d’hommes privés, agissant sous l’autorité de la loi, ne convenait peut-être pas autant à des pouvoirs constitués, contre lesquels le recours est moins facile. Ce système aurait exigé, d’ailleurs, on vient de le voir, la constitution préalable d’un fonds de réserve : autrement la possibilité d’un découvert, en alarmant sans cesse Iesdéposauts, les aurait souvent portés, avant le temps, à retirer leurs dépôts, et il ne pouvait guère entrer dans la pensée des autorités publiques de se soumettre à une semblable obligation.

Mais cette raison n’est pas la seule. A l’origine, les banques de dépôt n’avaient pas été instituées seulement pour effectuer, par des virements de parties, le payement de toutes les dettes respectives des négociants; elles avaient eu encore pour objet, au moins dans quelques villes, de créer, sous le nom d’argent de banque, une monnaie idéale inaltérable. A une époque où le scandaleux abus de l'altération des monnaies, si fréquent dans la plupart des États de l’Europe, venait à tout instant porter le désordre dans les relations commerciales, les républiques commerçantes s’efforcèrent d’échapper aux conséquences désastreuses de cet abus, en opposant aux monnaies courantes, sujettes à tant de variations, une

monnaie idéale qni ne variât jamais. De là cette formation de dépôts publics, où le numéraire était apporté et reçu pour sa valeur intrinsèque, c’est-à-dire en raison de la quantité d’or ou d’argent effectif qu’il contenait; de là cette supposition de pièces de monnaie idéales, qu’on appelait argent de banque; de là enfin cette règle d’effectuer tous les payements par des cessions de titres ou par de simples écritures, de manière à éviter l’usage, alors si dangereux, des monnaies courantes. On comprend que, si les banques avaient remis immédiatement en circulation, sous forme de prêts ou d’avances, l’argent qu’elles recevaient à titre de dépôt, cet objet essentiel de leur institution était manqué.

Quelque restreintes qu’elles fussent dans leurs opérations, il n’est pas douteux que ces anciennes banques n’aient rendu en leur temps de grands services. C’était beaucoup, à une époque où les monnaies allaient se dégradant partout, au grand détriment des particuliers et surtout du commerce, qui en éprouvait de rudes atteintes, d’avoir pu établir autour de soi l’usage d’une monnaie inaltérable et constante : c’était non-seulement épargner au commerce des pertes réelles que l’altération des monnaies lui fait toujours subir, mais encore rétablir chez lui la sécurité, la confiance, que la seule crainte d’une altération possible pouvait incessamment troubler. Par là les banques dotaient en effet les villes qui les possédaient d’une sorte de crédit relatif bien supérieur à celui dont on jouissait ailleurs. L’avantage qu’elles offraient d’effectuer tous les payements à l’aide d’un simple transfert commode et facile n’étant pas Ini-

môme sans importance. En ce sens, elles contribuèrent puissamment à fixer et à accroître dans ces villes le mouvement des affaires qui s’y portait d’ailleurs. Mais dans la suite, quand la déplorable ressource de l’altération des monnaies fut abandonnée par tous les gouvernements de l'Europe, l'utilité de ces banques diminua; dans l’état actuel des relations et des besoins, elle se ferait médiocrement sentir.

G’ estvraimentà l'époque de l’établissement de la banque d’Angleterre que s’ouvre l’èrG de ces institutions d’un nouvel ordre, qu’on peut appeler les banques modernes.

§ IV. — SUITE DE L’APEIIÇII HISTORIQUE. — LA BANQUE DE LONDRES ET LES BANQUES DRIVEES.

La fondation de la banque d’Angleterre est due au stathouder de Hollande, devenu roi d’Angleterre sou» le nom de Guillaume 111, et qui en avait pris l’idée dans sa patrie. Le plan en fut tracé, à ce qu’il paraît, par un gentilhomme écossais nommé William Patterson. Sans doute, elle fut calquée à bien des égards sur les banques anciennement connues : cependant elle s’éearta dès le principe des règles suivies jusqu’alors. Il n’est pas sur, à la vérité, que les opérations auxquelles elle se livra n’aient pas été toutes pratiquées avant elle; mais les plus importantes, comme l’émission des billets circulants, ne l'avaient été du moins que comme des essais sans suite, tandis qu’elle eut la gloire d’y persévérer. C’est par là qu elle est devenue le modèle des institutions du même genre qui se spnt propagées plus tard.

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