‹ Le crédit et les banquesChapitre 17 sur 58 · CHAP. I. — § IV. BANQUE DE LONDRES · texte numérisé non relu

CHAP. I. — § IV. BANQUE DE LONDRES

justes préventions du public. En 1696, pendant la refonte des monnaies, elle se trouva dans une position périlleuse et se vit même contrainte de suspendre le payement de ses billets. Malgré la loi qui donnait à son papier un cours forcé, ses billets perdirent jusqu’à 20 pour 100 contre le numéraire : triste preuve d’une débilité précoce; premier signe de désarroi, qui semblait ne devoir être que le présage d’un plus grand désastre. Elle se soutint pourtant dans ces circonstances critiques, grâce à une rare persévérance et à la protection constante du parlement. Mais persistant, comme elle l’a fait depuis, dans le système abusif de prêter au gouvernement le montant entier de son capital à mesure qu’elle l’augmentait par de nouvelles souscriptions d’actions ; toujours plus ambitieuse à mesure qu’elle augmentait ses richesses nominales, et toujours également pauvre ou dépouillée de moyens effectifs, elle marchait sur un abîme, qui, selon les lois de la prudence humaine, devait tôt ou tard l’engloutir. Une circonstance particulière, en dehors de toutes les prévisions, et dont on n’a pas assez tenu compte, vint fout à coup lui prêter une assistance inattendue, et conjurer sa destinée.

En 1708, le parlement rendit un acte qui interdisait, dans l’Angleterre et le pays de Galles, le commerce de banque et l’émission des billets à toute compagnie, autre que la banque d’Angleterre, composée de plus de six associés. Cette disposition, à certains égards étrange, produisit un effet bien remarquable •• elle créa en Angleterre un système tout particulier ; système bâtard et vicieux sans aucun doute, mais qui n’était pas, après

tout, sans consistance, ni sans nne certaine harmonie dans son ensemble. Le pays se peupla de petites banques jouissant de toutes les facultés des grandes, mais qui comptaient au plus six associés; c’est ce qu’on appelle en Angleterre les banques privées (prirate banks), établissements plus considérables, en général, que ceux de nos banquiers particuliers, mais qui sont loin d’atteindre à l’importance des compagnies. Ces banques privées jouissaient légalement, comme on vient de le voir, de la faculté d’ émettre des billets payables à vue et au porteur; mais par le fait cette faculté devenait pour elles à peu de chose près stérile. Quelle apparence, en effet, d’implanter dans la circulation des billets émanés d’établissements si médiocres! Pour suppléer à leur insuffisance, elles se tournèrent vers la banque, privilégiée, à laquelle elles se rattachèrent volontairement par les liens d’une solidarité étroite. Elles entreprirent donc l’escompte des effets de commerce ; mais, au lieu de les payer avec leurs propres billets eirculables, elles empruntèrent le plus souvent ceux de la banque centrale, à laquelle elles remirent en échange tout ou partie des billets escomptés,

De là naquit un système à la fois mixte et complexe, où des fonctions naturellement unies se partagèrent : aux banques privées l’escompte, à la banque centrale l’émission des billets. Celles-là prêtèrent à l’autre leurs moyens pécuniaires, dont la réunion était considérable, et par là lui donnèrent une solidité qu’au fond et par elle-même elle n’avait pas : elles reçurent d’elle, à leur tour, la faculté d émission qui leur manquait, ou dont

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