CHAP. F. — § IV. BANQUE DE LONDRES
elles ne jouissaient qu’cn apparence. Obligées de se servir dans leurs escomptes des billets de la banque d’Angleterre, elles étaient intéressées à en soutenir la circulation dans leurs cantons respectifs, comme s’ils leur avaient appartenu en propre, et dans le fait elles n’y manquaient pas. Dans tous les temps elles conservèrent l’usage de payer à présentation tous les billets de Ja banque-mère, et souvent, dans les moments de crise, elles en prirent vis-à-vis du public l’engagement formel. Elles devinrent ainsi comme autant de succursales volontaires de la banque privilégiée, autant de comptoirs particuliers qui venaient en aide au comptoir principal, et le suppléaient même dans les moments d’éclipse. C’est grâce à cet appui inattendu, et sur lequel ses fondateurs ne comptaient pas, que la banque d’Angleterre s’est soutenue avec tant d’éclat, malgré les vices trop réels de sa constitution originaire, malgré l’insuffisance reconnue de ses moyens et la constante fragilité de sa puissance.
Que n’a-t-on pas dit sur son étrange fortune? Quels projets gigantesques cet exemple n’a-t-il pas inspirés?
A quelles absurdes théories n’a-t-il pas donné naissance? Quand on a vu cette institution, dépourvue de tout capital réalisable, sans autre avoir propre que des rentes, soutenir d’une main le crédit de l’Etat, entretenir de l’autre la plus vaste circulation de billets que jamais • banque ait entreprise, on s'est livré aux plus extravagantes suppositions. l.cs uns ont pensé qu’il n’y avait qu’à vouloir pour inonder le monde d'un papier faisant l’office de numéraire, et ouvrir ainsi pour chaque peuple, sans effort et sans travail, une source intarissable
de biens, l)’autres, plus modestes, ont du moins posé en principe qu'il appartenait aux gouvernements, pourvu qu’ils se renfermassent dans certaines limites, de combler avec du papier tous les vides de leurs trésors. Plusieurs aussi, prenant le contre-pied de ces brillantes chimères, n’ont vu dans l’institution de la banque d’Angleterre qu’un édifice monstrueux, dont ils ont cent fois prédit la chute. Mais toutes les suppositions et toutes les théories ont été de nouveau confondues ou jetées hors de leurs limites, quand on a vu cette même banque, après un siècle d’existence , suspendre, en 1797, tout payement de son papier en numéraire, et maintenir, sans perte trop sensible, cette étonnante suspension pendant l’espace de plus de vingt-deux ans. On se fût moins lutté de crier merveille, comme aussi on se serait épargné tant de prédictions vaines, si l’on avait étudié le fait dans toutes ses dépendances. Au lieu de considérer la banque isolément, on l’auraft prise avec sa puissante escorte, avec ses innombrables satellites. On aurait compté non pas seulement ses ressources propres, mais toutes les ressources réservées pour elle dans les banques privées; alors on aurait trouvé l’explication du phénomène, on aurait vu les pieds du colosse, et le prodige se serait évanoui.
Tout cela pourtant ne constitue pas un développement normal du crédit. Malgré l’appui intéressé du gouvernement, dont la fortune est aujourd’hui liée à la sienne, malgré la sagesse réelle qu elle déploie dans la situation périlleuse oii elle s’est mise, malgré l’assistance des banques privées, il est permis de croire que la banque de