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pitre entièrement neuf sur les limites à assigner au capital disponible , et sur la différence qui peut exister entre ce capital et l’argent.
Ce sont bien là, si je ne me trompe, toutes les questions qui ont été soulevées dans ces derniers temps, à propos du crédit et des banques; il m’a semblé qu’en les réunissant dans un même volume et en les mettant sous les yeux du public au moment de la grande enquête que le gouvernement vient d’ordonner sur les institutions de crédit, ce volume pourrait avoir un intérêt d’actualité. Peut-être trouvera-t-on quelques répétitions à propos de questions qui se sont présentées plusieurs fois les mêmes. J’ai cru devoir les laisser pour ne pas ôter à ce livre le caractère qu’il a, d’être la réunion de diverses études telles qu’elles ont été publiées sous l’influence des faits qui existaient alors.
Rien dans l’économie politique n’est plus obscur que les questions qui se rattachent au capital et au crédit, et comme ce sont en même temps, avec le progrès de la richesse publique, les questions qui prennent le plus d’importance, ce sont celles aussi qui sont le plus discutées; chacun les envisagea sa façon, au gré de ses intérêts quelquefois, et elles donnent lieu
à la mêlée la plus confuse en fait d’idées et de systèmes. J’ai cherché à débrouiller cette confusion et à établir ce que je considère comme les véritables principes sur la matière. Ces principes sont simples, je les résume en deux mots :
i° Il n’y a de capital disponible dans un pays, que celui qui résulte de l’épargne, qui est un excédant des>r^^B , ces sur les besoins.
2 ° Le crédij^^^^r auxiliaire puissant pour faire circuled^r capital, pour lui donner toute son utilité, mais il n’est pas le capital lui-même, et quand ce capital devient rare, il n’y a pas de moyen de crédit qui puisse le suppléer; il faut le payer cher, selon la loi naturelle de l’offre et de la demande.
3° Quant à l’argent ou métal précieux, il est la forme sous laquelle circule le capital disponible et il en suit toutes les lois ; il est abondant quand le capital est abondant, et rare quand le capital est rare.
Tout ce qui s’écarte de ces principes peut être plus ou moins bien présenté, mais est radicalement faux, et aboutit toujours, dans la pratique, aux conséquences les plus funestes.
Au milieu des questions fort nombreuses,
peut-être trop nombreuses, que la commission d’enquête sur les institutions de crédit a fait dresser pour les soumettre aux personnes qu’elle entendra, se trouvent celles-ci : Quelles sont les causes qui ont agi depuis dix ans sur le cours des métaux précieux? et quelles sont les causes qui ont pu récemment réduire la disponibilité des capitaux ?
Ces deux questions ^M^^noi n’en font qu’une: les causes qui ont agi ^^la disponibilité des capitaux ont agi également sur les métaux précieux, c’est-à-dire que les causes qui ont contribué à rendre la disponibilité des capitaux moins grande, ont contribué à rendre
aussi les métaux précieux moins abondants. Cette connexité absolue du capital disponible et de l’argent est une des questions qui sont traitées le plus au long dans le cours de ce volume, au chapitre V. Je prends la liberté d’y renvoyer le lecteur, car je ne pourrais que répéter ici les mêmes arguments, j’aime mieux arriver de suite au nœud de la question : Quelles sont les causes qui ont réduit depuis un certain temps la disponibilité des capitaux?
On pourrait déjà répondre à cette question (pie, sans savoir de combien les ressources dis-
ponibles ont été diminuées depuis un certain temps, on est sûr au moins qu’elles l’ont été, et assez sensiblement, par le seul fait de l’élévation du taux de l’intérêt. Le taux de l’intérêt est une échelle exacte pour mesurer la quantité du capital disponible. S’il s’élève au-dessus du taux ordinaire, que ce taux soit de 5 ou de 4 pour ioo, c’est que le capital diminue; et s’il est au-dessous, c’est que le capital est abondant, plus abondant que les besoins. Je ne connais pas de règle plus sûre, lorsqu’on veut se rendre compte si on est, oui ou non, dans les limites du capital disponible ; mais je vais essayer de répondre à la question telle qu’elle a été posée par le programme de la commission et chercher les causes de diminution du capital disponible qui ont eu lieu depuis un certain temps, c’est-à-dire depuis dix ans ; ces causes sont faciles à énumérer.
i° D’abord, depuis dix ans, les chemins de fer français ont dépensé, pour l’exécution des lignes concédées, environ 35o millions par an, soit, en dix ans, 3 milliards 5oo millions.
2 ° L’État a emprunté de son côté sous diverses formes environ 3 milliards; de plus, il a absorbé une somme au moins égale en ressources extraordinaires de toute nature, par la progrès-
sion incessante de nos budgets ; et par comparaison avec le budget de 1 853, avant la guerre de Crimée, réglé à i,5a5 millions, cette évaluation est assurément très-modérée.
ci encore 6 milliards.
3° M. le Préfet de la Seine nous faisait le calcul dernièrement dans son rapport au conseil municipal, que, dans une période de dix ans, il avait dépensé sur les fonds de son budget tant en ressources ordinaires qu’extraordinaires 728 millions l . Or’ il faut savoir que les dépenses de M. le Préfet se bornent à des différences entre les maisons qu’il achète et les terrains qu’il revend, lorsqu’il a pris ce qui est nécessaire pour l’élargissement des voies anciennes, ou pour la création des voies nouvelles ; que ces différences sont atténuées par la plus-value, régulière ou non, qu’acquièrent ces terrains. Par conséquent, quelque grandes que soient ces dépenses, elles ne sont pourtant qu’une partie de celles qu’entraîne la reconstruction sur de nouveaux plans des maisons qu’on a détruites, et nous savons sur quels plans se fait cette reconstruction, ils ne sont pas précisément inspirés par les idées d’é-
' Voir le rapport de M. le Préfet au conseil municipal. Moniteur du 11 décembre 18C4.
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conomie. Nous serons modérés encore en évaluant à i3 ou i,4oo millions ce qui a été dépensé, en dehors de M. le Préfet, par des particuliers ou par des sociétés industrielles.
ci en chiffres ronds 2 milliards.
Ce n’est pas tout; d’autres grandes villes ont voulu faire comme Paris ; Lyon et Marseille sont en train de se transformer aussi , et le goût des améliorations a pénétré dans toutes les localités grandes ou petites. Si nous y ajoutons les constructions nouvelles sur tout le territoire, et les dépenses pour chemins vicinaux, qui à eux seuls, dans le dernier exposé de la situation de l’empire, sont évaluées à près de 82 millions par an, en dehors des prestations, nous trouverons facilement une nouvelle dépense annuelle de 200 millions.
soit pour dix ans 2 milliards.
4° Les entreprises et emprunts étrangers parmi lesquels on compte de grandes affaires, comme les chemins de fer de l’Autriche, ceux de la Russie et de l’Espagne sous diverses dénominations , comme encore l’emprunt de 5oo millions contracté par l’Italie, sans parler de plus petits emprunts faits pour la Turquie et pour le Mexique, toutes ces entreprises et emprunts
étrangers qui ont réalisé presque tout leur capital en France, nous ont bien pris au moins 2 milliards 1/2 en dix ans.
ci 2 milliards 1/2.
Nous voilà déjà à 16 milliards, et nous n’avons pas parlé des capitaux qui ont été consacrés aux grands travaux d’intérêt public, autres que les chemins de fer, tels que les routes, les canaux, les ponts, les lignes télégraphiques, etc., ni des capitaux qui ont été employés en améliorations industrielles et agricoles, améliorations qui ont dû être considérables, tant sous le rapport de l’outillage qu’autrement, si on en juge par les produits actuels comparés à ce qu’ils étaient il y a dix ans. A combien évalueronsnous ces divers emplois, à coup sûr les plus importants de tous ceux que nous avons énumérés? Une statistique faite dernièrement en Angleterre par un recueil qui a la plus grande autorité chez nos voisins, the Economist, les évaluait à presque la moitié de l’épargne annuelle, à 60 millions de livr. st. sur i 3 o, ou 1 milliards 1/2 sur 3 milliards 25 o millions: évaluonsles chez nous modestement au tiers, à 5 oo millions par an, cela fait encore 5 milliards en dix ans. ci 5 milliards.
Ajoutons y enfin 2 milliards à raison de 200 millions par an, pour l’augmentation de nos dépenses de luxe et de confortable : nous voilà à un total de 23 milliards.
J’ai pris des chiffres en gros et approximatifs parce qu’il est impossible d’en avoir de très-précis. Mais j’estime que ce chiffre de 23 milliards, comme représentant nos dépenses extraordinaires depuis dix ans, est plutôt au-dessous qu’au-dessus de la vérité.
Maintenant, avons-nous épargné une somme égale ?
Il me paraît évident que non. Quelque larges qu’on suppose les épargnes de notre pays, et je suis de ceux qui les croient très-larges, comme s’étant surtout considérablement accrues, depuis que les chemins de fer ont pénétré partout, et ont partout fécondé des germes de richesse inconnus jusqu’alors; quelque larges, pourtant, qu’on suppose ces épargnes, il est peut-être téméraire de les évaluer à un milliard t/2 par an. Adoptons ce chiffre; il donne i 5 milliards en dix ans.
Nous serions donc par nos dépenses à décou-
vert de 8 milliards, et, je le répète, dans les deux chiffres que je viens de mettre en regard, s’il y a une évaluation modérée, c’est à coup sûr celle des dépenses.
.Maintenant, pour bien se rendre compte de ce chiffre de 8 milliards et en avoir l’atténuation, ce n’est pas à l’épargne seule qu’il faut le comparer. — Il faut le comparer encore sinon à ce qui constitue l’ensemble de la richesse du pays, au moinsàcequi en est le revenu annuel. — Si ce revenu est de 20 milliards, et il peut bien être de ce chiffre, les 8 milliards de découvert représentent les 2/5 du revenu général ; comme le découvert de l’Etat, lorsqu’il s’élève à 5oo millions sur un budget de 2 milliards, représente le quart de ce budget. — Malgré cela, un découvert ne dépassant même pas les 2/5 du revenu général est assez important pour amener de graves perturbations économiques.
Par conséquent, pour répondre à la question posée par la commission d’enquête, il faut dire que non-seulement nos ressources disponibles ont été diminuées, niais que depuis longtemps déjà elles sont absorbées par avance. Depuis la crise de 1 85y notamment, nous 11 e vivons plus que sur le crédit; nos épargnes, toujours con-
sidérables, ne viennent plus comme dans une situation régulière nous fournir des ressources disponibles que nous puissions employer comme nous le voulons ; elles viennent tout simplement combler des vides, atténuer des découverts, et, comme on nous répète sans cesse qu’on peut emprunter impunément pour ce qu’on appelle des travaux productifs , les dépenses ne s’arrêtent pas, et le découvert s’en va grossissant d’année en année , sans que les épargnes puissent jamais parvenir à le combler.
Nous économisons i5oo millions, et nous dépensons 2 milliards: c’est ce qui explique comment depuis quelques années le capital , ou l’argent, a été de plus en plus cher.
Il y a une autre cause encore qui explique la cherté de l’argent, c’est la solidarité qui nous unit auxmarchésétrangers.Autrefoisonneconnaissait guère les placements du dehors ; on avait des difficultés de toute nature pour toucher les intérêts, et pour réaliser le capital , indépendamment qu’on était mal renseigné sur les ressources des pays où ces placements auraient pu se faire; aussi le capital sortait peu de la frontière française. Aujourd’hui nous sommes mieux renseignés sur les ressources des autres pays, et avec