‹ Le crédit et les financesChapitre 15 sur 25 · DBS AVANCES SUE VALEURS MOBILIÈRES ET AUTRES · texte numérisé non relu

DBS AVANCES SUE VALEURS MOBILIÈRES ET AUTRES

La seconde manière dont on peut abuser du crédit, c’est en exagérant les avances sur valeurs mobilières et autres.

Nous avons démontré que tout ce qui était consacré à des entreprises qui immobilisent le capital, telles que chemins de fer, canaux, ports, usines, perfectionnements agricoles, améliorations de toute nature, etc., au-delà de ce que l’épargne annuelle permet d’y consacrer, était une avance faite par le capital flottant au capital fixe, et, par conséquent, une diminution des ressources disponibles nécessaires pendant la reproduction.

Or les valeurs mobilières sont la représentation de ce capital fixe, le droit de réclamer les produits qu’il donnera un jour; mais elles ne sont pas ce capital lui-même, comme se l’imaginent trop volontiers certaines gens pour lesquels le capital est reconstitué du moment qu’il est représenté par des titres. Iæs titres n’ajoutent rien à la richesse. Quel qu’en soit le nombre et quelle qu’en soit la valeur nominale, quelle que soit la prime dont ils jouissent, ils ne valent rien de plus au fond que l’entreprise qu'ils représentent; et comme cette entreprise, quelque féconde qu’on la suppose, ne peut pas recons-

tituer immédiatement le capital qu’elle absorbe, les titres par lesquels on la représente ne le reconstituent pas davantage. Ce n’est pas parce qu’on aura fractionné les titres en petites coupures, qu’on les aura créés au porteur afin de les rendre plus mobiles et plus attrayants, qu’on aura changé le fond des choses. Il n’en reste pas moins que ces titres représentent des emprunts qui ont été faits au capital flottant pour des travaux d’amélioration qui ne rendront pas immédiatement ce qu’ils ont absorbé, et que la société sera en déficit de toute la différence qui existe entre le revenu amélioré et le capital emprunté.

Or que vient-on faire quand on demande des avances sur ces titres? On vient tout simplement augmenter encore le crédit que le capital flottant a déjà fait au capital fixe, et ajouter d’autant au déficit des ressources disponibles. On a beau diré que ces emprunts sont consacrés à des entreprises utiles qui augmenteront la richesse du pays ; cela est possible, mais cela est pour l’avenir : ce qui est immédiat, c’est le préjudice causé à la société par la diminution des ressources nécessaires. Quand il s’agit d’ouvrir de nouvelles voies au crédit, il ne faut pas songer seulement aux plus grandes facilités à donner au prêt, il faut songer avant tout à la possibilité du remboursement. Le crédit n’est régulier que lorsqu'à côté de la facilité du prêt se trouve la facilité du remboursement ; le crédit commercial est régulier, parce que l’avance que le détenteur des matières

premières fait au fabricant qui doit les mettre en œuvre, et celle que le fabricant fait au négociant qui doit les vendre une fois mises en œuvre, est couverte entièrement lorsque l’objet est arrivé à sa destination entre les mains du consommateur. Avec le prix de vente payé par le consommateur, le fabricant s’acquitte envers le détenteur des matières premières, le négociant envers le fabricant. Et si on a eu recours à une banque pour escompter les crédits ouverts par suite de ces opérations, cette banque rentre elle-même dans l’intégralité de ses avances et peut recommencer ses escomptes à l’infini. On s’explique de plus l’utilité d’un pareil crédit. Sans lui, le fabricant aurait dû avoir la somme nécessaire à l’acquisition des matières premières, puis attendre qu’il eût vendu ses produits pour recommencer à fabriquer; le négociant aurait dû attendre de même qu’il eût écoulé ses marchandises pour renouveler sa provision ; le consommateur, tenu de payer comptant, n’aurait acheté qu’au fur et à mesure de la réalisation soit de son revenu, soit de son salaire. 11 en serait résulté dans les procédés industriels et commerciaux une lenteur qui aurait pesé sur le prix de revient et paralysé le progrès de la consommation.

Au contraire, lorsque celui qui possède le capital le prête à celui qui, en s’en servant, lui donne une plus-value, c’est-à-dire lorsque le capitaliste avance les matières premières au fabricant, celui-ci les produits fabriqués au négociant, et que le négociant, à son tour, fait crédit au consommateur en attendant

qu’il ait réalisé ses ressources, alors il u’y a point d’interruption dans le travail. L’homme actif et intelligent n’a plus besoin d’avoir en réserve un capital proportionné à ses opérations, le fabricant continue de produire, le négociant renouvelle ses provisions, sans attendre l’un et l’autre que les produits soient réalisés entre les mains du consommateur, et les produits, par cela seul qu’ils circulent plus vite, sont exonérés de certains frais de revient, et partant plus accessibles à la consommation ; la consommation, à son tour, donne lieu à une plus grande production qui amène un nouvel abaissement des prix : les progrès réagissent ainsi les uns sur les autres, et le levier qui met tout en œuvre, qui ouvre des horizons infinis à la prospérité publique, c’est le crédit, mais le crédit bien appliqué, le crédit où l’actif réalisable et le passif exigible se balancent à tout moment.

Malheureusement il n’en est pas de même du crédit ouvert aux entreprises qui immobilisent le capital. Il y a d’abord un temps déterminé pour l’organisation de ces entreprises, pendant lequel elles ne produisent rien ; et ensuite, lorsqu’elles produisent, quelque fécondes qu’on les suppose, elles ne font qu’améliorer le revenu dans une proportion plus ou moins forte, mais jamais assez forte pour reproduire à court délai le capital qu’elles ont absorbé. Si ce capital résulte de l’épargne et est un excédant des ressources sur les besoins, rien de mieux, on ne peut en faire un meilleur usage; mais si, au con-

traire, il faut le prendre sur le capital flottant, sur des ressources qui ne sont pas disponibles, le résultat est tout différent. Le capital flottant ne peut pas faire de longs crédits, car il représente, avons- nous dit, les objets nécessaires à la consommation; et, si ces objets ne sont pas au pair avec les besoins, on voit se manifester des troubles économiques, des exagérations de prix, une élévation du taux de l’intérêt, etc. La situation est d’autant plus fausse que, par les emprunts qu’on fait au capital flottant, on augmente la consommation des choses que les emprunts tendent à diminuer : l’élargissement du crédit correspond à l’élargissement du découvert.

Si c’est un fabricant qui demande crédit, en attendant qu’il ait accompli son œuvre, le capital flottant n’est pas diminué, puisque le crédit qu’il demande a pour but de reproduire l’équivalent de ce qu’il consomme, plus ce qui sera son bénéfice, et que la reproduction aura eu lieu lorsque le crédit arrivera à son échéance. Par conséquent, il y aura toujours la même quantité de produits disponibles, et le fabricant sera en mesure de faire face à ses engagements. 11 n’en est plus de même lorsqu’on emprunte à court terme pour immobiliser le capital. D’abord, l’entreprise à laquelle on le consacre, quelque productive qu’elle soit, ne le reproduira pas dans le délai voulu; jusque-là, la société reste en déficit, et l’emprunteur est dans l’impossibilité de faire face aux engagements qu’il a contractés. Il y a donc dommage pour la société, dont les ressources sont di-

minuées, et dommage pour l’emprunteur qui ne peut pas remplir ses engagements.

Aussi, si l’on étudie ce qui se passe à l’occasion de ces sortes de prêts, on voit qu’ils ne sont jamais remboursés à l’échéance, qu’on’est toujours obligé de les renouveler, et que, s’ils sont remboursés un jour , ce n’est que par la réalisation du gage : cela se passe ainsi pour les prêts hypothécaires, qui sont ordinairement faits pour plusieurs années; a fortiori pour les avances sur valeurs mobilières, qui ne sont faites, en général, que pour deux ou trois mois. Il est évident que ce n’est pas avec le revenu de ces valeurs pendant trois mois que l’emprunteur pourra rembourser son emprunt; il n’a d’autre chance d’arriver à le faire que par la plus-value que peut donner la spéculation et qu’il espère; mais, si elle manque ou si elle se fait attendre, et que le créancier ne veuille plus continuer le prêt, l’emprunteur est obligé de réaliser à quelque prix que ce soit ; et c'est ce système d’emprunts, pratiqué sur une grande échelle, qui amène les paniques avec toutes leurs conséquences.

Pour remédier aux inconvénients du prêt à court terme, à l’égard des entreprises qui ne peuvent pas reproduire à bref délai le capital qu’elles ont absorbé, on a imaginé, il est vrai, le prêt à long terme, au moyen d’un remboursement par annuités, (’.es annuités comprennent à la fois l’intérêt du capital et son amortissement calculé sur la durée du prêt. On a pensé que, si une entreprise ne pouvait pas

reproduire le capital emprunté dans une période de cinq ou même de dix ans, elle le pourrait dans une période plus éloignée, de vingt, vingt-cinq ou même cinquante ans; qu’il fallait donner au prêt une durée en rapport avec la possibilité de reconstituer le capital, et ne prélever chaque année sur l’augmentation du revenu que la part nécessaire à cette reconstitution. C’est la théorie qui a présidé à l’établissement du Crédit foncier. Le Crédit foncier prête sur immeubles, pour une période de temps qui varie et qui peut être de cinquante ans. Il se rembourse chaque année au moyen d’annuités qui comprennent l’intérêt et l’amortissement du capital. De cette façon, si le capital a été consacré à des entreprises utiles, l’augmentation du revenu fournit chaque année, en dehors de l’intérêt, de quoi amortir la somme empruntée ; l’emprunteur est en mesure de faire face à ses engagements, et la société n’est pas sous le coup de ces liquidations forcées qui amènent les crises et proviennent toujours d’engagements téméraires. Reste une seule question à examiner, c’est de savoir avec quelles ressources le Crédit foncier fait ses avances.

Si le Crédit foncier fait ses avances avec un capital réellement disponible, provenant des épargnes et ne diminuant en rien ce qui est nécessaire au capital flottant, il fait une opération des plus utiles à la société, puisqu’elle a pour but d’améliorer l’avenir sans nuire au présent. Mais si, au contraire, il prend pour ses avances des capitaux qui ne sont pas disponibles;

si, pour améliorer l’avenir, il contribue à produire la rareté du capital dans le présent, alors l’opération cesse d’être utile et on perd d’un côté ce que l’on gagne de l’autre ; on perd souvent davantage, car le trouble apporté dans les rapports économiques par la rareté du capital a des conséquences considérables.

Supposons que les avances faites par le Crédit foncier et autres établissements de crédit aux entreprises qui immobilisent le capital dépassent de aoo millions les épargnes disponibles, et que cette différence soit prise sur le capital flottant indispensable ; supposons encore que, dès la première année, la fécondité de ces entreprises soit telle qu’elle ait pu augmenter le revenu général de topour 1 oo du capital qu’elles ont absorbé : la société reste en déficitde 180 millions. Quel sera sur les rapports économiques de la société l’effet de ce déficit? Il ne suffit pas pour s’en rendre compte de le comparer à l’ensemble du revenu, et de dire par exemple que si ces 180 millions sont la cinquantième ou même la centième partie du revenu total, l’effet sera porportionnel, et que le prix des choses ne s’élèvera que d’un cinquantième ou d’un centième : ce serait comme si on s’imaginait que, lorsqu’il y a dans la récolte des céréales un déficit d’un dixiéme, l’élévation des prix s’arrête à cette limite. 1) n’en est rien. Quand l’offre n’est plus en rapport avec la demande, personne ne peut calculer d’avance l’effet qui en résultera ; il dépend de mille considérations économiques, des besoins plus ou moins étendus,

plus ou moins urgents, qu’on a de ce qui manque, du jeu de la spéculation, des influences extérieures, etc. Mous en avons eu la preuve lors des dernières disettes : le déficit des récoltes que nous avons éprouvé plusieurs années de suite, quelque important qu’il ait été, n’a pourtant guère varié que d’un dixième à un septième au plus ; il a suffi pour élever du double le prix du blé, et le porter, de 18 fr. l’hectolitre, en temps ordinaire, à 36 et 4 ° fr. qu’il a atteint en 1 8 55 et i856; il en est de même de la rareté du capital, l’effet quelle produit sur les rapports économiques ne se mesure pas du tout au chiffre du déficit, il est de beaucoup plus important; de même, en sens inverse, lorsqu’il y a abondance, il suffit que l’excédant soit d’un centième pour que les prix baissent d’un dixième. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Un déficit de 180 millions dans les ressources disponibles peut être suffisant pour élever le prix de toutes choses de i o pour i oo, c’est-àdire de l’équivalent de l’augmentation même du revenu produit par l’emploi de ces 180 millions; par conséquent, on aura perdu d’avance tout le profit qu’on pouvait en retirer. Voilà l’inconvénient attaché au prêt fait par le Crédit foncier, s’il l’a été avec des ressources qui n’étaient pas disponibles, même lorsqu’il aura été bien employé et que l’emprunteur pourra le rembourser par annuités.

La question est encore plus délicate en ce qui. concerne les avances sur valeurs mobilières et sur effets publics. Ces avances sont faites à court terme,

et remboursables intégralement; or, comment sontelles remboursées? Elles sont remboursées lorsque l’emprunteur s’est procuré d’autre part des ressources extraordinaires, ou lorsque la spéculation sur laquelle il comptait pour vendre avec avantage et se libérer, a réussi. Mais c'est le cas le plus rare : ce qui arrive fréquemment , c’est que l’emprunteur, après avoir compté en vain sur la spéculation, à bout de renouvellements, est obligé de subir une liquidation désastreuse. Il faut donc bien se garder d’abuser de ces avances , car elles ne constituent pas un bon crédit, elles ne servent en général qu’à entretenir des excès de spéculation.

Je ne suis certainement pas l’ennemi de la spéculation, je la crois au contraire très-utile; elle est, pour l’activité industrielle et commerciale d’un pays, un auxiliaire des plus puissants, elle maintient l’équilibre entre la production et la consommation, et sert de régulateur aux prix ; à certains moments elle empêche dans l’intérêt des producteurs l’encombrement des produits, à d’autres elle crée des réserves dans l’intérêt du consommateur, et son effet salutaire est toujours d’empêcher la trop grande variation des prix. Elle n’est pas moins utile à la Bourse, par l’influence qu’elle exerce sur la négociation des valeurs qui constituent le crédit public. C’est elle qui établit entre l’offre et la demande des rapports réguliers, qui fait qu’à tout moment on trouve à vendre la valeur qu’on possède et à acheter celle dont on a besoin : sans la spéculation, le crédit n’aurait pas

de base régulière, le possesseur de titres ne serait jamais sûr de pouvoir les vendre, et le capitaliste de trouver à les acheter. C’est la spéculation qui est le lien entre les deux, c’est par son concours que le marché est approvisionné à la fois de titres et de capitaux.

Pour montrer jusqu’à quel point ce que nous disons est vrai, on n’a qu’à examiner les valeurs sur lesquelles la spéculation ne se porte pas. On les capitalise à un taux moins avantageux que les autres; on achète à io et 1 2 pour 1 oo de leur revenu les diverses valeurs industrielles qui ne se cotent pas à la Bourse, et on se contentede(ià7p. mo pour les actions de chemin de fer, malgré leur défaveur actuelle. Pourquoi cette différence, si elle n’est pas due à la différence dans la négociation? Pourquoi la rente se capitalise-t-elle à i/a pour too de moins que les obligations, placement de même nature et d’une solidité à peu près égale? C’est à la spéculation, aux facilités constantes du marché, qu’elle le doit. Supprimez demain le marché à terme pour la rente, ou autorisez-Ie pour les obligations, et vous verrez immédiatement cette différence de capitalisation, sinon s’effacer complètement, au moins se réduire notablement.

Ce que nous venons de dire de la spéculation, et de l’influence heureuse qu’elle exerce sur les rapports économiques de la société, s’entend de la spéculation contenue dans de sages limites, s’appuyant sur des ressources disponibles, et non pas de cette spéculation

à outrance qui n’a de ressources que dans l’emprunt, et qui donne à toutes les valeurs des cours factices et exagérés. On ne peut pas trop s’appliquer à combattre cette dernière spéculation, car elle est la source de tous les troubles financiers et de toutes les crises ; et le premier moyen pour la combattre, c’est de ne pas trop encourager les avances sur valeurs mobilières et autres, qui ne servent qu’à l’alimenter. Cela ne veut pas dire qu’il faille refuser à ces valeurs toute espèce de crédit, et priver leurs détenteurs des ressources dont ils peuvent avoir besoin à certains moments. Non. Nous reconnaissons que le crédit est nécessaire aux valeurs mobilières comme à toutes les valeurs en général, comme aux immeubles, comme à la propriété territoriale ; mais il y a le crédit dont on use à titre d’expédient, pour se procurer dans certains cas une ressource momentanée, et le crédit dont on veut faire une institution régulière. Nous admettons le crédit sur valeurs mobilières à l’état d’expédient, de ressource momentanée : ce sera, qu’on nous permette l’expression, le Mont-de-Piété de ces valeurs ; mais cela ne peut pas être autre chose. Cela ne peut pas être une institution régulière susceptible de développement; car il n’y a aucune utilité à augmenter une nature de prêts qui devient toujours plus ou moins la source d’embarras pour la société et pour les emprunteurs.

Les gens qui s’imaginent que la société s’enrichit à mesure quecesprèts augmentent, commettent la même erreur queceux qui prendraient l'augmentation desen-

gagements au Mont-de-Piété pour un signe de la richesse publique. On a pu, à certains moments, se faire illusion à cet égard, et croire que le progrès de la richesse publique était intéressé à l’augmentation des avances sur valeurs mobilières. Mais l’expérience n’a pas tardé à prouver le contraire ; et toutes les foisqu’on a exagéré les avances, des embarras sont survenus, et il a fallu les restreindre. C’est ainsi que la Banque de France, qui avait avancé de cette façon, en 1 855, au mois d’août, la somme de 1 85 millions, l’avait réduite, à la fin de la même année, à 9 3 millions. Qu’en est-il résulté ? Que les valeurs auxquelles la Banque a refusé la continuation de son crédit ont été rejetées sur le marché, et exposées à la dépréciation qu’entraîne toujours une vente forcée. U aurait certes mieux valu ne pas faire des avances que d’avoir à les restreindre brusquement. Ce qu’il y a de plus funeste dans le crédit, ce sont les oscillations et les restrictions subites : les opérations s’engagent en conséquence du crédit qu’on trouve, de celui sur lequel on compte, et, lorsqu’il vient à manquer, on n’a plus d’autre ressource qu’une liquidation désastreuse.

Nous dirons à ce propos que la Banque de France est l’établissement financier le moins fait pour prêter sur valeurs mobilières. La Banque de France est une banque à l’usage exclusifdu commerce : à certains moments, lorsque le commerce ne lui demande pas tous les capitaux dont elle dispose, elle se laisse aller volontiers, pour utiliser ces capitaux, à augmenter lesavances sur valeurs mobilières ; mais ce ne peut être là qu’un

genre d’opérations momentané, et on aurait grand tort de compter sur la continuation d’un pareil crédit. Aussitôt que les circonstances changent et que les besoins du commerce deviennent plus étendus, la première chose que fait la Banque et qu’elle doit faire pour y répondre, c’est de réduire les avances; car, nous le répétons, la Banque de France est une Banque à l’usage exclusif du commerce, et elle n’a point de ressources spéciales à l’usage des avances. D’ailleurs elle ne peut pas prêter à long terme; il faut que son capital se renouvelle comme les opérations auxquelles elle sert d’intermédiaire : et nous avons vu que, s’il y a quelque chose de particulièrement dangereux dans les emprunts survaleurs mobilières, c’est l’emprunt à court terme. On n’emprunte à court terme qu’à condition de pouvoir renouveler son engagement.

Il a été question, dans ces derniers temps, de substituera la Banque de France, pour les avances à faire sur valeurs mobilières, un établissement spécial. Nous ne savonspas pourquoi cette idée n’a pas encore été mise à exécution, elle était bonne : avec un établissement spécial ayant un fonds à l'usage exclusif des avances, fonds restant toujours le même, quelles que soient les circonstances, et pouvant être prêté à long terme, on arriverait à un résultat meilleur qu’avec la Banque de France ; non pas, nous le répétons, qu’il s’agisse d’organiser ce qu’on appelle le crédit commanditaire, mais tout simplement d’établir en faveur des valeurs mobilières une caisse de secours momentané, comme

l’est le Mont-de-Piété en faveur des effets mobiliers. Bornée à ces attributions, une caisse d’avances aurait évidemment un but utile; elle serait le corollaire indispensable de la propriété mobilière, comme le Crédit foncier l’est de la propriété immobilière.

Page 1