‹ Le crédit et les financesChapitre 4 sur 25 · XVIJ · texte numérisé non relu

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à garder nos capitaux chez nous, et nous aurions eu une cause de moins parmi celles qui ont amené l’état de crise latent où nous sommes depuis 1857.

Il me reste à chercher maintenant quel est l’effet de ces emplois de capitaux exagérés sur le numéraire du pays? Il ne manque pas de gens qui vous disent, en consultant les tableaux des douanes depuis un certain nombre d’années, que nous avons beaucoup plus de numéraire qu’il ne nous en faut, que nous n’en avions autrefois, que chaque année la quantité en augmente, malgré ce qu’on appelle les embarras monétaires, et que cette augmentation est peutêtre d’un milliard ou d’un milliard 1/2 sur les 4 milliards de métaux précieux qui existaient, il y a treize ou quatorze ans, au commencement de l’empire.

Je veux tenir ces assertions pour vraies et ces chiffres pour exacts; je dis qu’on n’en peut rien conclure pour l’abondance du numéraire.

On prétend que le numéraire s’est accru de 1 milliard 1/2, depuis i 3 ans, je prends le plus gros chiffre ; or si nous en avions quatre aupa-

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ravant, l’augmentation n’est pas du tiers: à côté que voyons-nous? nous voyons que le chiffre du commerce extérieur , représenté par les états de douane, a passé du chiffre de 2 milliards, à celui de 7 environ , et que la masse des opérations de la Banque de France, qui donnent une idée des transactions intérieures, a monté du chiffre de 2 millards 54 1 millions en 1802 à celui de 7 milliards 709 millions en i8C>4, c’est-à-dire que pour le commerce extérieur comine pour le commerce intérieur, l’augmentation a presque quadruplé. Par conséquent, s’il y a une chose dont il faille s’étonner, c’est qu’avec un si faible accroissement de numéraire nous ayons pu suffire à un pareil accroissement d’affaires. 11 a fallu que, dans le même temps , nous ayons fait des progrès considérables dans les moyens d’utiliser le numéraire, et d’obtenir de la même somme un plus grand nombre de services.

Certainement le dernier mot n’est pas dit à cet égard, nous avons encore de grands progrès à faire pour en arriver où en sont les Anglais, qui, avec un stock métallique moitié du nôtre, font vingt fois plus d’affaires que nous ; nous y arriverons à mesure que nous connaîtrons mieux l’art d’utiliser toutes nos épargnes, et

de régler nos comptes sans bourse délier, au moyen des virements; nous y arriverons surtout lorsque l’industrie banquière se sera plus développée qu’elle ne l’est aujourd’hui en France, et que chacun aura à sa porte une caisse prête à recevoir ses économies, et à régler ses comptes: jusque-là, on ne peut pas dire d’une façon absolue que nous ayons trop de 4 ou 5 milliards de numéraire, et qu’il doit par cela même pouvoir se donner à bon marché : la preuve que nous n’en avons pas trop, c’est que jamais la réserve métallique n’a été moindre dans le principal établissement financier du pays, à la banque de France; la moyenne qui, il y a quelques années, avant i8G3, excepté un moment en i856et 57 , était encore de 35o à 4oo millions, n’a plus été que de 3oi millions en i863, et de 25G millions en 1864 , et cependant il eût été utile qu’elle fût plus forte pour assurer d’autant mieux la circulation fiduciaire qui, elle, s’est accrue sensiblement et a franchi le chiffre de 800 millions.

Mais on dit : la Banque de France ne fait pas tout ce qu’elle devrait faire pour se procurer, au sein même du pays, tout le numéraire dont elle a besoin ; on n’a jamais indiqué les moyens qu’il y aurait à employer à cet effet.

La Banque de France n’a que deux moyens de se procurer du numéraire : par l’émission de ses billets au porteur, ou par les dépôts en comptes courants qu’on fait chez elle ; je voudrais qu’on indiquât celui de ces deux moyens, et il n’y en a pas un troisième, qui est à la complète disposition de la Banque pour l’étendre autant qu’elle le voudra : serait-ce celui des billets au porteur? Mais la Banque a ici un rôle purement passif, elle est sans influence aucune pour reculer la limite à laquelle ces billets peuvent s’étendre. Du moment qu’ils peuvent être remboursés aussitôt qu’émis , c’est le public qui est juge de la quantité qu’il veut en recevoir.

Chacun de nous en prenant un billet au porteur ouvre un crédit à la Banque, et ce crédit, il le maintient plus ou moins large, suivant son degré de confiance et les moyens qu’il a de se passer de numéraire : vienne une crise, vienne un moment où, sans même que notre confiance soit diminuée, nous ayons particulièrement besoin d’argent, soit pour des exportations au dehors, soit pour des demandes exceptionnelles au dedans, immédiatement nous restreignons le crédit, et nous présentons une certaine quantité de billets au remboursement. Tous les efforts

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que ferait la Banque pour empêcher qu’il en fût ainsi, seraient impuissants, et on peut même assurer que le résultat qui se produirait serait en sens inverse de ses efforts, c’est-àdire qu’on lui demanderait d’autant plus d’espèces qu’elle offrirait plus de billets. Si donc depuis quelques années la réserve métallique de la Banque de France n’a pas été plus forte, c’est que l’œuvre était impossible, que les métaux précieux ont été rares eux-mêmes par rapport aux besoins; et ils ont suivi en cela la loi du capital disponible dont ils sont la représentation. La Banque de France aurait vendu, comme on le lui conseillait, les i5o millions de rente qui constituent son fonds social, que l’effet eût été le même. Ces i5o millions, qu’on offrait de lui payer en or, il aurait fallu les prendre quelque part, dans la circulation, c’est-à-dire dans des milieux où ils avaient leur place obligée, et le vide qui se serait opéré de ce côté se serait bien vite comblé par la reprise à la Banque des i5o millions qu’on lui aurait procurés momentanément; l’expédient n’aurait rien ajouté aux ressources effectives de la Banque, il n’aurait servi qu’à diminuer ses garanties.

En vérité, on est confondu de surprise, quand

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on voit à quels moyens chimériques s’arrêtent certains esprits pour empêcher ce qu’on peut appeler la force des choses, c’est-à-dire l’argent d’être cher, lorsqu’il est plus demandé qu'offert, selon la loi naturelle de l’offre et de la demande.

On dit que l’argent n’est pas d'une nature supérieure aux autres marchandises. C’est une question que j’examine dans le cours de ce livre ; mais, en attendant, est-ce que nous ne voyons pas tous les jours des oscillations de prix plus ou moins grandes sur toutes les marchandises? Est-ce que le blé, le vin, lorsqu’ils viennent à manquer, ne se font pas payer plus cher? Est-ce qu’en ce moment même le coton, bien qu’il ne soit pas une matière aussi indispensable que le blé et le vin,' est-ce que le coton, malgré ses équivalents, par cela seul qu’il est rare, n’est pas arrivé à des prix fabuleux? On compare l’argent aux marchandises, et on voudrait qu’il échappât à la loi de toute marchandise. Il y échappe d’autant moins aujourd’hui que les transactions sont beaucoup plus nombreuses et que l’argent est l’âme de toutes les transactions, la base sur laquelle elles reposent. On pourra lui donner plus d’activité, le faire circuler plus rapidement, comme on peut multiplier les trains

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sur un chemin de 1er, pour y faire passer plus de marchandises et de voyageurs, mais il faut toujours en avoir une certaine quantité, et il importe même que cette quantité soit assez considérable, si on veut avoir plus de moyens de résister aux crises. Sait-on pourquoi l’Angleterre est toujours plus vivement atteinte que nous par les crises qu’on appelle monétaires, pourquoi elle nous précède toujours dans l’élévation du taux de l’escompte? c'est parce qu’elle a un stock métallique beaucoup moindre que le nôtre ; si elle est obligée d’envoyer 4 ou 5oo millions de numéraire au dehors pour une disette de blé ou pour un renchérissement du coton, l’effet est beaucoup plus sensible chez elle avec un stock métallique de iôoo millions qu’il ne l’est chez nous avec un stock de 4 ou 5 milliards. Elle a l’avantage d’avoir moins que nous un capital improductif dans le numéraire, mais cet avantage, elle le paye à certains moments par des embarras financiers beaucoup plus graves.

Tels sont sur le capital et sur le numéraire les véritables principes. Si la grande enquête qui va avoir lieu sur les institutions de crédit a pour résultat, comme je l’espère, de les mettre en lumière et de les faire pénétrer dans le public,

elle aura rendu un service immense, et je m’estimerai heureux, quant à moi, de la part que j’y aurai prise en étant un des premiers à la conseiller, lorsqu’on m’a fait l’honneur de me consulter sur ce qu’il y avait de mieux à faire pour dissiper les préjugés populaires en matière de crédit.

La deuxième partie de ces études est consacrée plus spécialement à des questions de finance. J’y traite bien encore la question du crédit des compagnies de chemins de fer dans son rapport avec l’Etat, mais ce n’est qu’un point accessoire; le point essentiel de cette partie, c’est l’examen des finances de l’État au point de vue des dépenses et des ressources. Depuis longtemps il n’y a plus d’équilibre dans nos finances ; tous les ans, comme l’a remarqué M. Dupin, on nous promet un budget en équilibre, et tous les ans il se solde en déficit. Il est vrai que cette situation n’est

pas particulière à la France, que, depuis quelques années notamment, d’autres grands États en Europe cherchent aussi un équilibre dans leurs finances, sans pouvoir mieux que nous le rencontrer; l’Autriche se débat dans une situation très-difficile qui est le legs du passé plus que le fait du présent; la Prusse ne peut pas arriver à satisfaire les exigences de ses représentants au point de vue du règlement de son budget ; la Russie cache ses embarras financiers dans le mystère d’un gouvernement sans contrôle; je ne parle pas de la Turquie qui depuis quelque temps ne vit que d’emprunts et n’a plus guère de ressources que celles qu’on lui prête, ce qui est aussi un peu le sort de ce nouveau venu au monde politique qu’on appelle le royaume d’Italie. Tous ces Etats auxquels nous ajouterons encore l’Espagne n’ont plus de finances régulières et ne peuvent plus faire face aux exigences ordinaires de leur budget qu’au moyen d’emprunts : c’est une situation fort grave qui doit préoccuper les esprits.

Avant de dire à quoi elle tient, je veux envisager en quelques mots quels sont les effets de ce dérangement des finances dans les principaux Etats de l’Europe; il y en a deux. Le premier,

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c’est que tout le capital qui est absorbé par les États obérés, pour satisfaire aux exigences de leur budget, est généralement un capital assez mal employé; il défraie des dépenses de guerre, de fortifications et d’armements, ou il sert à liquider les charges du passé provenant des mêmes causes. Une statistique faite en Angleterre il y a près de trois ans estimait que depuis dix ans, de i 85 i à la fin de i8fio, il avait été emprunté par les divers Etats de l’Europe sans parler des États-Unis une somme de 3 oo millions de livres sterling ou 7 milliards 1/2 de francs, laquelle somme a été employée pour la plus grande partie à des dépenses stériles au point de vue économique. Supposez un moment qu’on l’eût laissée aux mains de ceux qui la possédaient, qui avaient su l’économiser, et voyez l’immense résultat qu’elle aurait pu produire : 7 milliards 1/2 à 10 p. 100 (le capital bien employé ne rapporte pas moins) donnent 760 millions par an.

Quant à nous, comme nous en faisions le compte tout à l’heure, nous avons, depuis douze ou treize ans, dépensé en ressources extraordinaires de toute nature par la progression de nos budgets au moins 6 milliards ; mettons en cinq

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