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qui passent pour avoir le plus de capital
Maintenant, est-ce un inconvénient que nous placions ainsi notre capital au dehors, pour lui faire rapporter un intérêt que nous ne trouverions pas chez nous, au risque des chances qu’il peut courir? Il est très -certain que si, chaque année, nous avions un excédant considérable de ressources dont il n’y eût pas l’emploi chez nous, comme cela s’est vu à certaines époques, en Hollande et en Angleterre, il vaudrait mieux les placer au dehors, que de les laisser improductives; l’intérêt qu’on en retire contribue encore à augmenter la richesse publique : mais si nous en avons l’emploi chez nous, la question n’est plus la même. Le capital dépensé chez nous , s’il en est fait un bon usage, sera toujours plus profitable à la richesse publique que s’il est dépensé au dehors. Il rapportera, comme celui qui est dépensé au dehors, un intérêt plus ou moins élevé à ceux qui en seront proprié-
1 Au moment où nous écrivons, l'argenta sensiblement baissé de prix ; de 7 à 8 pour 100 qu’il était au mois d'octobre et de novembre dernier, il est descendu à 3 et 3 t/2 pour 100, et l'encaisse de la Banque de France, qui était au-dessous de 250 millions en octobre I8G4, est aujourd'hui de 445 millions (bilan du 23 mars 1865). Cela ne prouve rien contre les idées que nous exprimons, cela prouve seulement que la cherté du capital a amené une crise , que cette crise est dans sa liquidation, et qu'en attendant, les affaires étant momentanément suspendues, il y a beaucoup de capitaux disponibles.
taires, et il créera de plus une œuvre utile. Ce sera un chemin de fer, un canal, un port, un grand établissement industriel, etc., sans parler du stimulant donné à la production sous toutes les formes, par la distribution de ce capital en salaires et en main-d’œuvre.
Je sais bien que tout n’est pas perdu à aller féconder la richesse au dehors. Nous ne sommes plus à l’époque où l’on croyait qu’enrichir les autres, c’était s’appauvrir soi-même ; il est évident qu’avec la solidarité qui unit aujourd’hui tous les peuples, plus on aura des voisins riches, plus on aura de consommateurs de ses propres produits, et plus on aura de chances de s’enrichir soi-même ; cela n’empêche pourtant pas que, tant qu’il y aura des frontières pour diviser les Etats, il sera encore plus utile d’employer son capital chez soi que de le porter au dehors. Et il ne s’agit là que d’un capital disponible, tout à fait en dehors des besoins ordinaires. Si au contraire ce capital n’est plus disponible, et que, pour le porter au dehors, il faille le prendre sur les ressources nécessaires au pays, sur celles qui ont leur emploi parfaitement déterminé et dont l’absence se fait sentir immédiatement, alors ce n’est plus simplement une dif“
férence de profit qu’il y a à apprécier, ce sont des embarras de toute nature qu’on s’impose à soi-même pour faire les affaires du dehors.
Je suppose que, séduits par l’appât d’un intérêt élevé, nous envoyions à l’étranger a ou 3 milliards de capital dont nous aurions besoin nous-mêmes, qui manqueront immédiatement à notre industrie, à notre agriculture. Qu’en résultera-t-il? Que notre industrie, que notre agriculture produiront moins, et que le pays en souffrira. Si elles veulent continuer à produire autant, elles seront obligées d’emprunter ellesmêmes les capitaux qui leur manquent. Mais ces emprunts rendront le capital plus cher, et le capital plus cher c’est la production plus coûteuse, par conséquent trouvant moins de débouchés au dehors et moins de consommateurs au dedans. Nous ne pourrons plus nous en tirer que par une crise qui amènera une liquidation générale, et obligera la production à se tenir dans les limites du capital disponible, capital diminué des a ou 3 milliards que nous aurons pris pour les porter au dehors.
Voilà l’effet du capital que nous serons allés porter au dehors, lorsque nous en avions besoin chez nous, et cela, même si l’emploi a été bon,
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même si nous en tirons un bon revenu, exactement payé, un revenu plus élevé* que celui que nous aurions eu en France. Mais si c’est le contraire qui arrive, si la plupart des capitaux que nous avons ainsi placés au dehors ont été mis dans des entreprises douteuses, ou prêtés à des États insolvables ; alors il n’y a plus aucune compensation, la perte est complète, c’est absolument comme si nous avions pris les 2 ou 3 milliards de notre capital pour les jeter dans la mer. Malheureusement nous en sommes un peu là aujourd’hui , pour beaucoup d’entreprises étrangères. Que sont devenues les magnifiques espérances promises à ceux qui sont allés porter leurs capitaux en Russie pour les chemins de fer russes, en Autriche pour les chemins autrichiens, en Espagne pour les chemins de fer de Saragosse, du Nord de l’Espagne, et de beaucoup d’autres? Que deviendront, dans l’avenir, les primes élevées des emprunts Ottoman, Mexicain et peut-être même Italien? Ce n’est pas trop s’avancer que de dire que toutes ces entreprises mal combinées, tous ces emprunts mal assurés, ont été de grosses erreurs financières, dans les circonstances où elles se sont produites : nous aurions eu plus de profit