‹ Le credo du jardinierChapitre 12 sur 37 · Josué, vi · texte numérisé non relu

Josué, vi

Et voilà pourquoi j'ai été heureux de voir que la Bible n'est pas l'histoire de Dieu, mais l'histoire du Dieu des juifs, comme aurait pu être celle du Dieu des Amorrhéens, du Dieu des Sidoins, etc.

Et Jéthro, beau-père de Moïse, en rend témoignage quand il dit : « Jéhovah est grand par-dessus tous les dieux, ils se sont insolemment élevés, et il les a battus. »

Je n'en dirai pas davantage sur le Dieu des juifs, nous passerons à une autre époque.

Cependant, je dirai encore : Je ne désirais pas faire cette guerre; j'aurais désiré, comme je l'ai exprimé souvent, que l'Église abandonnât le dogme les légendes, etc., et ne s'occupât que de morale; mais, puisqu'on veut nous faire retourner en arrière, aux oignons d'Egypte, à la mannë du désert, et nous remettre sous la conduite de Jéhovah; puisque, s^appuyant sur d'antiques légendes, on veut nous obliger à croire les miracles modernes

qui n'ont qu'un résultat : faire douter des anciens; il nous est permis de discuter. Il y a des pilules qu'on avait avalées sans faire trop de grimaces, mais qu'on rejette quand on veut nous les offrir de nouveau et nous obliger à les mâcher.

Je suis loin d'être un homme irréligieux.

Un homme qui a passé sa vie, la passe et espère la finir dans un isolement relatif, au sein des splendeurs et des merveilles de la nature; un homme dont les plus grands plaisirs consistent dans la contemplation, dans l'étude poussée jusqu'aux plus petits détails de l'œuvre du souverain créateur, cet homme-là nécessairement, entre tous,, comprend, voit, aime, adore et glorifie Dieu.

Mais, mon Dieu, c'est celui qui a créé l'homme et non celui que les hommes ont créé ; non celui auquel ils ont donné, avec leur figure, leurs passions, leurs petitesses, et qu'ils ont de tout temps voulu

rendre le complice ou l'instrument de leurs ambitions, de leur orgueil, de leurs avidités.

Je n'aime ni les fables ni les miracles, qui n'ont pour effet que de diminuer et de rabaisser la puissance et la majesté divines.

Je préfère la contemplation et l'étude d'un brin d'herbe à tous les prétendus miracles des légendes.

Il n'est pas un seul de ces miracles qui ne «soit ou une dérogation aux lois éternelles données par le Créateur, ou une imitation des tours que font si bien et même beaucoup mieux nos prestidigitateurs en renom.

Le brin d'herbe avec sa vie, sa végétation, son accroissement, sa multiplication, offre des merveilles que ne pourraient reproduire ni imiter tous les savants ni tous les escamoteurs de tous les temps et de tous les pays;

Je suis de la religion qui moralise les hommes, les rende meilleurs, et non de celles qui les divi-

sent en peuples ennemis et sont des semences de haine, de guerre et de cruautés mutuelles.

De même que c'est en qualité de républicain que je fais une guerre inexorable aux pseudo-républicains, aux hommes qui prostituent le saint nom de liberté à leurs ambitions personnelles, à la satisfaction de leurs soifs et de leurs faims, de leiir vanité et deleor avidité, et sont en train, pour la troisième fois, de faire avorter l'idée républicaine (1874).

C'est comme homme religieux que je combats les prêtres qui veulent et osent se faire de Dieu les complices, et, d'une religion qu'ils ont agrémentée de tant de pratiques païennes, l'instrument de leur domination et de leurs jouissances.

J'ai déjà, dans mes causeries avec mes lecteurs, amis connus et inconnus, raconté, telles que me les a apprises l'étude approfondie de l'histoire, les

causes qui ont fait le succès du christianisme à son origine.

Le paganisme avait fait son temps, l'ignorance et la superstition bêtes du vulgaire, cultivées, comme toujours, par les prêtres de ce temps-là et par les rois et les aristocraties, avaient changé les attributs d'un Dieu unique et tout-puissant en .autant de divinités subalternes, abaissaient le ciel pour ce vulgaire et lui faisaient des dieux à sa portée, comme on donne aux enfants des poupées, des petits ménages de fer-blanc, des petits chevaux de bois, etc., réduisant ainsi tout à leur taille.

La vanité des rois, empereurs, etc. ; la flatterie de ceux qui les approchaient avaient peuplé d' une fouie de gredins, de gourgandines1, d'imbéciles*, de

1. « Caligula per numen, Drusillœ jurabat. » — Caligula ne jurait que par la divinité de sa sœur et concubine Drusilla. (Suétone )

2. 9 Claudius in numéro deorum. » — Claude l'idiot futmis.au nombre des dieux.

gitons1 le ciel païen, devenu un mauvais lieu; la religion, dont les rois, les consuls, les empereurs et toute l'aristocratie romaine s'étaient toujours

attribué la direction, n'était plus ni un fouet ni des rênes; le paganisme avait fait son temps.

Il se présentait une nouvelle religion dont la morale était celle de Koung-fu-tsée, de Socrate, d'Épictète, de Marc-Aurèle et de tous les grands esprits; religion humble dans ses commencements, rendant à César ce qui appartenait à César, faisant prendre patience aux pauvres, aux opprimés, en leur promettant pour une autre vie et au centuple ce qui leur manquait dans celle-ci, souvent par la faute de leurs maîtres. « Heureux les affligés, disait le Christ, ils seront consolés. » (Matthieu, v,4.)

1. Les Grecs, par Tordre d'Adrien, mirent au rang des dieux son affranchi Antinous, et affirmèrent qu'il rendait des oracles.

Je ne traduis qu'une partie de ce que dit Spartien. Le latin dans les mots, etc. « Antinoum suum perdidit quem muliebriter flevit, forma ejus et nimia voluptas Adriani, etc. » (Spartien.)

« Heureux les persécutés, le royaume des cieux est à eux. » (Matthieu, v. 4.)

Une religion se mettant sous la protection de l'empereur comme premier degré de l'échelle, invisible alors, qui devait plus tard permettre au pape Alexandre III de mettre son pied sur la tête d'un autre empereur.

J'accepte donc la religion de Jésus, comme j'accepte celle de Koung-fu-tsée, de Socrate, d'Épictète, de Marc-Aurèle, etc., c'est-à-dire la croyance à un Dieu unique, tout-puissant, et conséquemment souverainement bon — maximus, optimus. — J'accepte de grand cœur la morale du Christ, qui est exactement celle de Koung-fu-tsée, de Socrate, d'Epictète, de Marc-Aurèle, etc., morale à laquelle il n'ajoute ni une pensée ni un mot, — mais seulement une teinte plus douce, plus tendre, plus maternelle.

Je consens, puisque tout le monde semble d'ac-

cord sur ce point, à ce que, pour satisfaire le besoin de merveilleux et de contes de la foule et du vulgaire, on ajoute à cette morale des légendes et quelques prodiges ; je ne chicanerai pas les Évangiles sur leurs dissidences et leurs contradictions, pourvu qu'on ne me force pas à faire semblant de croire à des choses qui ne satisfont pas ma raison et dont mon cœur n'a pas besoin.

J'accepte les Évangiles, mais j'exige que l'Église les accepte.

Je prends le christianisme à son origine, c'està-dire à l'époque où Jésus disait :

a Voici les deux grands commandements de la loi : Tu aimeras Dieu de tout ton cœur, tu aimeras ton prochain comme toi-même.

» C'est là toute la loi •.

i. Matthieu, xxu, 37, 38, S9, 40.

* Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.

* Heureux ceuxqmi procurent la paix.

t> Tu ne tueras point.

» Aimez-vous les uns les autres.

» Si tu apportes ton offrande à l'autel, et que là tu te souviennes que ton frère a «quelque chose contre toi, laisse là ton offrande, et "va premièrement te réconcilier avec ton frère * .

» Ne résiste pas à celui qui te fait du mal; si quelqu'un te frappe à la joue droite, présente-lui l'autre joue; si quelqu'un veut te prendre ta robe, laisse-lui aussi ta tunique.

» Donne à celui qui te demande.

t> Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent.

» Faites du bien à ceux qui vous haïssent, priez

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