‹ Le credo du jardinierChapitre 13 sur 37 · Matthieu, passim · texte numérisé non relu

Matthieu, passim

pour ceux qui vous outragent et qui vous persécutent.

» Quand tu prieras, ne fars pas comme les hypocrites, car ils aiment à prier de façon à être vus des hommes ; mais enferme-toi et prie ton Dieu, qui te voit là où tu es enfermé.

» Et prie ainsi :

v Notre père qui es aux cieux, que ton nom soit béni ;

» Que ton règne arrive ;

» Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.

» Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien.

» Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. »

Et à ses disciples :

« Ne vous amassez pas des trésors sur la terre où les vers et la rouille gâtent tout, où les larrons percent et dérobent;

» Ne soyez pas en souci de ce que vous mangerez et de ce que vous boirez, ni de quoi vous serez vêtus ;

» Regardez les oiseaux de l'air, ils ne sèment ni ne moissonnent, ni n'amassent rien dans des greniers; Dieu les nourrit.

» Les lis des champs ne filent pas, et Salomon dans toute sa gloire n'a pas été vêtu aussi richement qu'aucun d'eux. »

Et il dit aux douze : • « Ne prenez rien pour le chemin, sinon un bâton; n'ayez ni sac ni monnaie dans la ceinture, ni deux habits, ni d'autres souliers que ceux que vous avez aux pieds. »

De la religion de Jésus-Christ prêchée par luimême, passons. à la façon dont l'interprétaient les premiers chrétiens.

« C'est, dit Terlullien à Scopula, un droit de l'homme rentrant dans la liberté de chacun, de

pouvoir vénérer ce qui s'accorde avec sa persuasion particulière, et la religion de l'un ne peut faire à l'autre ni bien ni mal. D'ailleurs, une religion imposée par contrainte n'est plus une religion, caria religion doit être reçue volontairement et sans violence. »

c Notre-Seigneur, dit Justin Martyr aux païens, ne nous a pas permis d'user de violence et de rendre le mal pour le mal, il nous a exhortés à gagner les hommes par la patience et la douceur. »

Un Romain contemporain de Tertullien, Celse, je crois, reprochait aux chrétiens de n'avoir « point de temples, point d'autels, point d'images, point de sacrifices, etc.; comment une telle religion, qui n'accorde rien aux sens, pourrait-elle convenir à l'homme obligé de vivre au milieu des objets sensibles? Et, lors même qu'une religion toute spirituelle pourrait suffire à quelques philosophes,

comment voulez-vous qu'elle soit propre au vulgaire, ignorant et incapable de raisonner? *

A quoi Tertullien répond : « La prière est le sacrifice spirituel qui a remplacé les sacrifices de l'ancienne loi ; les vrais adorateurs de Dieu l'adorent en esprit; nous prions en esprit. Dieu est esprit et veut être adoré en esprit. »

Et Origène : « Nous n'avons ni temples ni autels, mais les âmes des justes sur lesquels on offre des prières, les images dignes de Dieu ne se font pas par la main de l'artiste ; ces images sont les vertus que nous nous efforçons d'imiter, ces images ha^ bitent dans chacun de nous et non ces statues insensibles et inanimées dans lesquelles se relèguent vos divinités. »

Ajoutons ici, pour mémoire, que, selon saint Irénée, « tous les justes sont revêtus de la dignité sacerdotale » . Et Tertullien dit : « Ce qu'étaient les prêtres dans l'Ancien Testament, tous les chrétiens

le sont aujourd'hui : vous pouvez baptiser, consacrer la cène, et vous servir de prêtre à vousmême. »

Puisque nous tenons Tertullien, nous allons encore lui emprunter quelques passages; c'est l'expression la plus haute et la plus sincère des idées des premiers chrétiens, traduite dans un langage élevé et ingénieux à la fois, malgré son mauvais latin.

« L'impossibilité de connaître Dieu est ce qui donne de Dieu la plus grande idée : — Hoc est quod Deum œstimare facit, quod œstimari non capit. — Sa grandeur à la fois le révèle et le cache : — lia Deum vis magnitudinis et notum 06jicit hominibus et ignotum.

» Vous prétendez qu'il faut adorer avec Jupiter ses lieutenants et ses officiers : — Opportet ut procurantes et prœfectos et prœsides suscipi.

i Allumer des lampes en plein jour J ! allumer d'inutiles lampes à midi, c'est prostituer l'huile

» Disputer sur la nature de Dieu et ses attributs, sur le lieu de sa demeure, folie impie 3 ! *

» Quand nos dogmes seraient insensés et faux, — c'est par le rire et la moquerie qu'il faudrait en faire justice, et non par le glaive, le feu et les bêtes du cirque4.

» Le trésor des chrétiens n'est employé qu'à nourrir et inhumer les pauvres, à soulager les orphelins sans ressources \

j) On nous reproche de ne pas acheter, de ne pas brûler d'encens8. »

Page 1