Or, Jésus avait dit cela de la mort de La
zare, mais les apôtres crurent qu'il parlait d'un véritable sommeil. »
Lorsque, ensuite, Jésus-Christ, après la cène, donna du pain et du vin à ses convives, il leur dit : « Buvez et mangez, car ceci est mon sang et ceci » est mon corps; »
Il est évident qu'il continuait simplement son système de parler par figures ; il avait déjà dit : Je suis « le pain de vie » .
Mais il avait dit aussi : Je suis la porte des brebis. Je suis le cep. Je suis le chemin* Je suis la source.
Donc, il n'est pas plus pain qu'il n'est source, chemin, cep ou porte.
Les successeurs des apôtres ont matériellement et grossièrement traduit, en le prenant à la lettre, la pensée du Christ, qui voulait que ses apôtres se rappelassent son souvenir, en faisant la cène selon
l'usage des Juifs et en mangeant et buvant le pain et le vin.
Croire que c'est réellement Dieu qu'on boit et Dieu qu'on mange,
Ça n'a pu être imaginé que pour voir jusqu'où pouvait aller la crédulité humaine.
Ajoutez qu'un prêtre avec des paroles ou, mieux, que mille prêtres avec des paroles peuvent sur tous les points de la terre faire descendre le Fils de Dieu dans vingt mille petits ronds de pâte, de façon qu'il soit contenu tout entier dans chacun des vingt mille, que vingt mille personnes mangent ce Dieu tout entier, que vingt mille autres mangeront encore demain...
C'a été un défi du même genre.
Et Jésus lui-même semble avoir été au devant de cette invention dans le verset 47 du chapitre xv de l'Évangile de Matthieu, cité plus haut : « Ne
coniprenez~vous pas que ce qui entre dans la bouche, etC, (eiç fl«psS/>tova)?
Non contente d'avoir traduit en choses matérielles une pensée métaphorique, l'Église en a pris à son aise avec la tradition évangélique de la cène.
Elle a décidé qu'on communierait à jeun; or, Jésus avait distribué le pain et le vin à ses disciples immédiatement après le repas.
Nous allons suivre sommairement les diverses transformations de la cène des Juifs pratiquée par Jésus, et des phrases figurées qu'il prononça la dernière fois qu'il partagea ce repas avec ses apôtres,
« Après le repas, Jésusprit du pain, le rompit et le leur donna en disant : « Ceci est mon corps » qui est donné pour vous, faites ceci en mémoire » de moi. » (Luc, xxiv, 19.)
De même, il leur donna la coupe après souper
(luri 7o foiTrrÂTcu) en disant : « Cette coupe est la
» nouvelle alliance en mon sang, > (Luc, xxn, 20.)
Marc et Matthieu disent : a Ceci est mon sang. » (xiv, 24, et xxvi, 28.)
La forme adoptée par Luc exprime mieux qu'il s'agit d'un symbole et que Jésus parle au figuré.
Quant à Jean, il ne parle ni du pain rompu, ni de la coupe.
Il remplace ce passage par un récit qui n'est pas dans les trois autres évangélistes, mais qui, de même que celui du pain et du vin, n'est qu'une figure, et, cette fois, Jésus a soin d'en avertir les apôtres.
« Il lava les pieds de ses disciples. » (xm, 5.)
« Simon Pierre lui dit : « Toi, Seigneur, tu me » laveras les pieds? » (xin, 6.)
« Jésus répondit : « Tu ne sais pas maintenant » ce que je fais, mais tu le sauras dans la suite. »
(xni,7.)
<l Je vous ai donné cet exemple (virôfoiype, 15). >
xin, 46 : « Le serviteur n'est pas plus que son
9 maître (ovx ZoxtXoç jxfitÇwv rw xupeov). »
Et il est permis de croire que Jésus a cru devoir expliquer que le lavement des pieds, qui était un usage et pouvait se prendre au propre, n'était cette fois qu'un symbole, mais n'a pas cru devoir expliquer que ce n'était pas sérieusement et en réalité qu'il ordonnait i ses disciples de manger de son corps et de boire de son sang* . Car, alors, on en revenait aux Égyptiens, qui adoraient et mangeaient les légumes de leurs jardins.
Cependant, Juvénal (satire 15) dit que c'était un sacrilège de mordre l'oignon et le poireau .
Porrum et cœpe nefas violare et frangere morsu, 0 sanctas gentes quibus hœc nascuntur in hortis Numina.
II faut, du reste, chercher l'origine de beaucoup
2i4 LE CREDO DU JARDINIER
des idées et des coutumes des Juifs chez les Égyptiens, au milieu desquels ils avaient longtemps vécu en captivité.
Le Grecs étaient persuadés que le voyage d'EÎgypte et les conférences avec les prêtres égyptiens étaient les meilleures préparations pour l'étude de la philosophie ; Solon "voyagea en Egypte, de même que Thaïes et Pythagore, et celui-ci alla voir les gymnosophistes dans les Indes. Démocrite et Platon allèrent étudier en Egypte. Moïse était né et avait vécu en Egypte, et Jésus, quoique sa doctrine vienne plus du cœur que de Pérudïtion, y avait peut-être passé sa première jeunesse, comme il est dit dans l'Évangile de saint Matthieu : « Joseph prit de suite le petit enfant et sa mère et se retira en
Egypte (etç AtyuTrrov). »
Jean, dans son Évangile, où il a fait mention de
la cène, ne parle ni du pain rompu, ni de la coupe
' vidée ; mais, dans un chapitre précédent, il fait te-
nir au Christ un langage analogue à celui que lui prêtent les trois évangélistes, mais qu'il explique n'être qu'une expression figurée.
vi, 35 et 48. « Jésus dit : « Je suis le pain de » vie. »