Jésus leur dit : « Ceci vous scandaliset-il
63. « C'est l'esprit qui vivifie, la chair ne sert de » rien; les paroles que je vous dis sont esprit et vie; » ' .
c'est-à-dire elles ne doivent pas être prises à la lettre.
Pendant longtemps, les apôtres et leurs successeurs se réunirait pour faire la cène à la façon des Juifs, en souvenir de leur maître; puis on communia les chrétiens en leur distribuant des morceaux de pain et en les faisant boire à même une coupe.
D'abord, le pain devait être azyme, c'est-à-dire sans levain, puis on décida que tout pain était bon.
Le cardinal Bona enseigne que les latins se sont servis indifféremment de pain azyme ou de pain levé, et les grecs uniquement de pain levé.
On donnait à manger aux petits enfants ce qui restait de pain consacré.
Aujourd'hui, on brûle les restes des hosties.
On a discuté si le prêtre povrarît dire : htud, il* lud, hoc, ou hic est corpus Domini; et si ce pain se changeait également en Dieu étant désigné par un de ces Irois pronoms, on par cet adverbe.
C'est seulement à la fin du xie siècle qu'on a
substitué au pain quelconque de petits pains azymes de forme ronde ; les hommes prenaient le pain avec la main nue; il n'était permis aux femmes de le recevoir qu'avec la main couverte d'un linge blanc appelé dominical.
Du temps du pape Grégoire leXJrand, qui mourut en 604, on n'était pas aussi affirmatif qu'on l'a été depuis ; au lieu de dire : Ceci est le corps dv. Christ, on disait: Que le corpsdu Christ conserve ton âme.
Autrefois, on devait communier debout ; aujourd'hui, on communie à genoux.
A la fin du vi* siècle, on buvait encore à même la coupe.
Mais,alors, on imagina de prendre et d'aspirer le vin avec un chalumeau, dont un bout trempait dans le calice et 'l'antre était dans ta bouche du «manuaiant, puis on donna les deux espèces en une seule, en trempant te pain dans le vin et en
mettant ce pain trempé dans la bouche des fidèles, mais cet usage eut peine à s'établir, et il y eut des papes et des conciles qui le condamnèrent.
Pendant longtemps, on mettait une hostie consacrée et payée par la famille sous la langue. des morts; ce procédé, qui était imité de l'obole pour Caron, fut prohibé seulement en 586, par le concile d'Auxerre.
C'est au quatrième concile de Latran, en 1215, chapitre xxn, qu'on parle, pour la première fois de la confession avant la communion.
Au concile de Constance, en 1412, on déclare hérétiques ceux qui osent vouloir qu'on communie sous les deux espèces du pain et du vin.
Une des raisons qu'on donna de ce changement lut le dégoût de boire après les autres dans la même coupe ou avec le même chalumeau» m
Anciennement, les calices étaient indifféremment d'or, d'argent, d'étain, de verre ou de bois; au-
jourd'hui, on ne doit se servir que de calices d'or ou d'argent,
Au concile de Tribur, en 895, on souleva celte question.
Saint Boniface répondit : « Autrefois, on avait des calices de bois et des évêqùes d'or; aujourd'hui, on a des calices d'or et des évêques de bois. »
Dans ce même concile, on décida qu'il fallait mettre dans le calice deux tiers de vin et un tiers d'eau; « ce vin représentant Jésus et l'eau le peuple, parce que la majesté du sang de Jésus est plus grande que la fragilité du peuple ».
Il est donc clair, d'après le texte des Évangiles, que Jésus n'a pas prétendu que c'était en réalité qu'on mangeait son corps et qu'on buvait son sang en mangeant et en buvant du pain et du vin.
Il n'est pas moins clair, d'après les conciles, que l'Église a modifié, changé entièrement, au gré de la commodité de sa fantaisie ou de son -caprice,
l'imitation de la cène de Jésus et de ses apôtres, et que c'est non pas à cause de la morale du Christ, mais à cause de ses propres inventions à elle qu'elle a engendré tant de disputes à la fois puériles et sanguinaires sur la transsubstantiation, la consubstanliation, la présence réelle soit dans le pain et dans le vin, soit dans Tune et l'autre ou l'une ou l'autre de ces deux « espèces », ne voulant pas qu'on crût, sous peine d'être brûlé, que c'était spirituellement qu'on mangeait Jésus, mais bien que c'est en réalité qu'on mange sa chair en mangeant le pain, mais aussi, quand la fantaisie vint de ne plus communier que « sous une espèce », que l'on boit son sang en mangeant ce même pain. — Si quis dixerit in
eucharistie Christum spiritualiter tantùm manducari et non etiam realiter , anathema sit! (Concile de Trente, canon 8.)
Anathema sity qu il soit anathème, danslelangage de F Eglise veut dire « qu'il soit un objet digne
de malédiction, de ruine, de destruction. » (Annales des conciles.)
C'est « l'excommunication majeure », aggravée et réaggravée, interdisant le commerce de la so^ ciété, même dans le boire et le manger (Id.).
L'excommunication majeure est une invention du xme siècle.
D'où des guerres, des persécutions, des bourreaux, des bûchers, etc., et des persécutions entre des chrétiens qui dépassent de « mille coudées » celles si exagérées que les chrétiens ont eu à souffrir des païens.
Os, orare, vale, communio iren*a negatur.
Par os, on entend tout commerce par paroles, par lettres reçues ou envoyées, par présents donnés ou acceptés, par baisers et autres signes d'amitié.
Par vale, on entend le salut qu'on ne doit pas rendre à un excommunié.
Par communio, les contrats, les voyages, les promenades, le repo?, qu'on ne peut pas, — la femme avec le mari, — prendre avec lui dans la même chambre, à plus forte raison dans le même lit.
Par mensa. on ne doit ni boire ni manger avec l'excommunié^ ni lui préparer à manger.
Des rois ont subi cette excommunication ; c'est cette excommunication « aggravée et réaggravée > que signifie l'anathème; en général, on finissait par être livré au bras séculier, c'est-à-dire par être brûlé, tant que les rois ont été les exécuteurs et bourreaux de l'Église.
Parenthèse : — Il est à remarquer que les hérésies contre lesquelles l'Église et les papes ont déchaîné le plus de haines, lancé le plus de foudres, exercé le plus de cruautés, sont les secles qui
voulaient réformer les mœurs du clergé, les abus du pouvoir temporel et hlâmer les richesses de l'Église; leslogogriphes, les rébus et les charades sur la transsubstantiation ou la consubstantiation n'étaient que des prétextes.
Parenthèse. — Je rappellerai ici, en peu de mots, l'histoire de Jean Huss.
Voici en quoi consistait l'hérésie de Jean Huss :
11 prétendait que l'Église ne devait pas posséder des biens temporels;
Il établissait l'Écriture comme la seule règle de la foi ;
Il attaquait l'abus des indulgences publiquement vendues ;
Il prétendait qu'on devait communier « sous les deux espèces », c'est-à-dire comme Jésus avait fait communier ses apôtres et comme l'Église l'avait longtemps pratiqué ;
Il blâmait véhémentement une croisade que le
pape Jean XXIII venait de prêcher contre Lad islas, roi de Naples; dans cette bulle, le pape « priait, par l'aspersion du sang de Jésus-Christ, tous les empereurs, rois et princes de la chrétienté, tous les prêtres, tous les particuliers de l'un et Vautre sexe, de se tenir prêts à poursuivre et à exterminer Ladislas pour la défense de l'État et de l'honneur de
l'Église et du saint-père lui-même » '.
Jean Huss répondait à celte bulle que la croisade ordonnée par Jean XXIII était contraire à la charité évangélique; que la guerre entraînait une infinité de désordres et de malheurs ; que les ecclésiastiques, ni les évêques, ni les papes, ne doivent pas faire la guerre, surtout contre des chrétiens, surtout pour des intérêts temporels; la bulle ôtait la couronne à Ladislas, mettait le royaume de Naples en interdit et ordonnait de le ravager.
« Si le pape avait le pouvoir d'ordonner la guerre,