‹ Le credo du jardinierChapitre 7 sur 37 · BIBLIA SACRA · texte numérisé non relu

BIBLIA SACRA

Vulgatœ editionis, Sixti V, pontifkis maximi ju&su recognita et Clementis VIII auctoritate édita*

Or elles ne sont pas toujours d'accord en quelques détails; je ne connais pas M. Ostervald, je crois donc être dans mon droit en donnant raison, le cas échéant, à la Bible publiée par Tordre de deux papes.

Nota. — Le mot l J Éternel , qui se retrouve souvent dans la Bible Ostervald, n'existe pas dans l'édition latine de la Vulgate, où il y a chaque fois Dominus, le Seigneur; c'est une altération importante .

Nous voyons donc que Jéhovah ne prétend pas à un autre titre que celui de Dieu des Hébreux, Dieu d'Israël, Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob ; qu'il ne croit rien avoir fait de mieux ni de plus important que d'avoir tiré les Hébreux de la terre d'Egypte, de les avoir nourris de

manne et de cailles au désert l ; en un mot, d'avoir rendu des services à son peuple.

Et, en effet, si on supposait Jéhovah le vrai Dieu, le seul Dieu, on ne pourrait s'empêcher de le trouver négligent envers et notre monde sublunaire et tous les mondes suspendus dans l'espace; car il passe à peu près tout son temps, chez les Hébreux, à s'occuper de leurs affaires et à causer avec leurs prophètes.

Il a des rendez-vous avec Moïse, il traverse le désert avec les Hébreux :

« Marchant devant eux le jour dans une colonne de nuée, la nuit dans une colonne de feu. (Exode, xm, 21.) Et jamais la colonne de nuée le jour, jamais la colonne de feu la nuit ne leur manqua. » (Jd.,22.)».

1. Exode, xvi, 13. a Le'soir, il monta des cailles et il y eut une couche de rosée à l'entour du camp (la manne). »

« Le Seigneur fit lever un vent qui enleva les cailles de la mer; il y en avait une épaisseur de deux coudées. » (Nombres, xi, 31 .)

Et on voit encore les deux colonnes dans les Nombres (xiv, 14), et dans Esdras (II, ix,19). Or,

. les Hébreux mirent quarante ans à traverser le

désert.

« Jéhovah cause avec Samuel, avec Salomon, avec Élie », etc., etc.

Écoutons maintenant le Dieu des Hébreux, le Dieu d'Israël. Certes, si c'était le souverain maître de l'univers, ça valait la peine, après Israël, d'ajouter, comme on fait sur les titres et les épitaphes, et d'autres lieux. Voyons comment il parle des autres dieux, et comment les prophètes en parlent eux-mêmes. Vous allez voir que ni les prophètes ni Jéhovah lui-même n'accusent jamais ces dieux d'être de faux dieux; ce sont d 'autres dieux, des dieux étrangers, des dieux ennemis, des dieux nouveaux. Jéhovah dit bien de temps en temps qu'il est plus fort qu'eux, mais c'est tout; il trouve tout juste et tout naturel que Moloch soit

le dieu des Ammonites, comme lui Jéhovah est le dieu des Hébreux; il ne prétend à aucun titre supplanter ledit Moloch, ni Baal,ni Dagon, ni Astaroth, ni Kemos; les Ammonites, les Babyloniens, les Syriens, les Philistins, ne sont pas ses peuples; ils ont leurs dieux, qu'ils s'y tiennent; mais, par la même raison, que ces dieux ne viennent pas déranger, détourner ses Hébreux, son peuple! c'est de la concurrence déloyale; il avoue, d'ailleurs, qu'il est jaloux.

€ Tu ne te prosterneras pas devant un autre Dieu, le Seigneur est jaloux, ton Dieu est jaloux.» (Exode, xxxiv, 14.)

* Vous démolirez leurs autels, vous briserez leurs statues et vous couperez les bois qui entourent leurs temples. » (Jd., 13.)

Jacob dit : € Otcz les dieux étrangers. > (Genèse, xxxv, 2.)

c Et il enterra les dieux étrangers sous un chêne. » (Genèse, xxxi, 2.)

c Je suis ton Seigneur, ton Dieu, qui t'a tiré du pays d'Egypte et de la maison de servitude. » (Exode, xx, 2.) «Tu n'auras pas d'autres dieux, des dieux étrangers (alienos) devant moi. » (Jd., 3.)

« Vous ne jurerez pas par le nom des dieux étrangers, et ce nom ne sortira pas de votre bouche. » (Id.y xxxiii, 13.)

Cependant, dans le Deutéronome (iv, 28), Moïse, parlant des autres dieux, les accuse une fois d'être du bois et de la pierre, qui n'entendent pas, qui ne voient pas, qui ne mangent pas et n'ont pas d'odorat.

« Tu ne prendras pas pour tes fils les filles des sept nations que tu détruiras, parce qu'elles les détounieraiem de moi, et ils serviraient d'autres dieux. » (Deutér., vn, 4.)

« Mais tu démoliras leurs autels, tu briserre

leurs statues, tu arracheras leurs bois sacrés. * (Deutéronome, vu, 5.)

Répétition des mêmes ordres, (/d., vu, 25, et xii, 2.)

. « S'il surgit parmi vous des prophètes qui annoncent un miracle ou un prodige... (Id., xin, 4.)

» Et si ce qu'ils ont prédit arrive, et s'ils disent ensuite : « Allons et suivons d'autres dieux que » vous ne connaissez pas... » (/d., 2.)

» Que ces prophètes soient tués, parce qu'ils

vous détourneraient du Dieu qui vous a tirés d'Egypte et de la maison de servitude. » (Jd., 5.)

« Quand ton frère, ton fils, ta fille, ta femme bien-aimée, ou ton ami le plus cher, te diraient : <i Prions ft autres dieux que nos pères n'ont pas » connus... (Id.9 6.)

i Quelqu'un des dieux qui sont autour de vous, » près ou loin... » (7d., 7.)

» Donne-lui le premier coup, et que tout le peuple le frappe! (Deutéronome, xm, 9.)

* Qu'il soit lapidé, parce qu'il a voulu te détourner du Dieu qui t'a tiré d'Egypte ! (Id., 10.)

» Si des fils deBélial donnent le même conseil, frappe tous les habitants de l'épée et détruis la ville ; n'épargne pas môme les troupeaux et tous les meubles », etc. (Id., 13, 15, 16.) Mêmes ordres et mêmes menaces au chapitre xvii, 2, 3, 4, 5, 7.

« Dieu t'a conduit seul et sans avoir avec lui de Dieu étranger* (Jd.,.xxxn, 12.)

» 11 t'a donné le beurre, le lait, les agneaux, les chevreaux et un vin excellent, sang de la vigne. (Id., 14.)

» Jérusalem s'est engraissée et ensuite s'est révoltée; tu t'es fait gros, gras, épais, et tu as abandonné le Dieu qui t'a donné tout cela! (Id., 15.) » Et tu as excité sa jalousie en t'adressant aux dieux étrangers. (Id., 16.)

» Tu as sacrifié aux démons et non à ton Dieu, à des dieux nouveaux. (Deutéronome, xxxn, 17.)

» Eh bien, moi, je te rendrai jaloux en adoptant un peuple qui n'est pas un peuple et une nation ignorante. » (Id., 21.)

Jéhovah veut son peuple, mais se contente de son peuple; il ordonne souvent de tuer les Philistins, les Amorrhéens, etc., mais jamais de les convertir; ils ont leurs dieux, qu'ils les gardent; quant à lui, il a assez de son peuple.

Israël choisit des dieux nouveaux. (Juges, v, 8.)

« Je suis le Seigneur votre Dieu, ne craignez pas les dieux des Amorrhéens. » (Juges, vi, 10.)

« Et, après que Gédéon fut mort, les enfants d'Israël se délournèrent et se livrèrent * à Baal, comme s'il avait été leur Dieu. (Juges, vi, 33 .)

1. Je ne sais pourquoi M. Ostcrvald, après se détournèrent, ajoute de son chef en lettres italiques : du vrai Dieu, qui n'est pas dans le texte de la Vulgate, seule reconnue authentique.

» Les Philistins offrirent un sacrifice à Dagon leur dieu. (Juges, xvi, 22.)

» L'arche du dieu <F Israël ne restera pas icb, disent les Philistins; car sa main est dure pour nous et pour Dagon notre Dieu. » (Samuel, 1, v,7.)

Deux points sont donc acquis : les Hébreux n'avaient pas la prétention d'accaparer l'amour, la présence, les faveurs de Dieu, du créateur souverain; ils avaient leur Dieu, comme les Philistins avaient leur Dieu, comme les Amorrhéens avaient leur Dieu, comme les Moabites avaient leur Dieu, etc.; alors, ce Dieu ne faisait que son devoir en se consacrant à eux ; il n'avait rien à faire pour les Philistins, ni pour les Amorrhéens, etc., qui d'ailleurs étaient lotis. Partout où il y a des prêtres, il fauttm Dieu qui leur parle, dont ils répètent les paroles, dont ils puissent vendre les faveurs, si ce n'est toujours pour de l'argent, du

moins contre la puissance. Voyez Samuel rapportant l'opinion du Dieu des juifs; lorsque les juifs, fatigués de la théocratie, demandent un roi, c'està-dire un maître sous un autre nom, quel tableau le Dieu des juifs fait de la tyrannie d'un roi ! Ils s'obstinent; alors, Samuel fait choisir un roi par le Dieu des Hébreux, et le Dieu des Hébreux, par deux fois, lui choisit un roi de basse extraction, isolé, à la discrétion du grand prêtre, un roi obéissant.

Nous avons vu aussi que, aux yeux des Hébreux, Moloch, Astaroth, Baal, etc., n'étaient pas des faux dieux, mais d* autres dieux, des dieux étrangers, des dieux ennemis, étant aux Philistins, aux Amorrhéens, etc., ce que Jéhovah est aux Hébreux; donc Jéhovah est le roi des juifs, et non autre chose; et alors, je ne lui en veux plus, il ne me gâte plus mes idées du vrai Dieu.

En quoi il me les gâte..., je n'ai pas achevé de le dire.

Gomment a-t-oii greffé l'idée de Dieu sur le Dieu particulier des juifs? Ce sera peut-être assez difficile à expliquer ; cependant, nous essayerons.

C'est une guerre que je n'avais pas envie de faire.

Mais, lorsque les archevêques et le pape luimême publient des pamphlets menaçants, des petites lanternes illustrées de miracles, il faut bien leur répondre, réclamer, pour chacun, le droit de reconnaître, d'adorer, de prier Dieu comme il • l'entend, et de dire, en regardant le Dieu cruel, injuste et faiseur de. . . miracles qu'on nous présente :

« Non, ce n'est pas là mon Dieu; mon Dieu est plus grand et demeure plus haut. »

C'est comme homme religieux que j'attaque FÉglise catholique, de même que c'est comme républicain que j'attaque les pseudo-républicains que vous savez.

Voici ce que dit le pape dans son dernier discours :

« Qu'ils sachent bien qu'un jour viendra où cette même croix sera une cause de désolation et d'épouvante, spécialement pour ceux qui aujourd'hui marchent triomphants et superbes, dédaignant toute œuvre sainte.

» Lorsque cette croix paraîtra dans la vallée du jugement dernier, elle remplira d'épouvante, elle accablera de terreur ces députés, ces ministres et d'autres encore plus haut placés, et certains personnages auxquels je viens de faire allusion, et qui, aujourd'hui, exercent le pouvoir pour la ruine de l'Église, à la vue de cette croix pousseront des cris de désespoir et de désolation; car, pour eux, T il n'y aura pas de miséricorde. »

Vivant comme je vis, comme j'ai presque toujours vécu, le plus souvent solitaire, à la campagne, dans les bois, sur les plages de la mer, en face des merveilles de la nature, — bien plus grandes encore pour ceux qui les étudient que pour ceux qui ne font que les contempler; — j'ai dû souvent penser au créateur souverain. Jamais je ne me suis permis de lui donner un corps ni une forme, d'en faire un homme agrandi et grossi, de lui attribuer mes idées, mes passions, mes faiblesses.

Me servant des sentiments et de la raison qu'il m'a donnés, et heureux de trouver d'accord et les sentiments et la raison, j'ai supposé, j'ai cru qu'il est tout-puissant, souverainement juste, souve-

raineraent bon, — ces deux dernières qualités dérivant naturellement de la première.

J'ai beaucoup médité sur cet Etre suprêtoe ; mais, quand j'ai vu que :

De même que, lorsqu'on regarde le soleil, on voit d'abord rouge, puis noir, et on voit voltiger et danser devant les yeux, comme des myriades d'étincelles blanches; de même, quand on veut scruter certains arcanes, s'enfoncer dans certaines méditations, l'esprit aussi s'éblouit, voit des flammes et de l'ombre; puis, sautillantes, des folies, des sottises, des saugrenuités ;

J'ai accepté ces bornes a la vue de l'esprit, comme celles imposées à la vue des yeux ; je me suis soumis, et je ne me suis plus permis de me. livrer à ces méditations sans résultat possible, que de loin en loin.

Dans les choses humaines, en effet, le contraire du faux est vrai; mais il est des questions sur les-:

quelles l'esprit ne peut concevoir ni l'un ni l'autre des deux contraires.

Ainsi l'univers, je ne dis pas notre monde, je dis l'univers, a-t-il .eu un commencement, aurat-il une fin?

Si on dit oui, on se demande : « Et avant ce commencement? et après la fin? »

Si on se répond non, — cette pensée de toujours en avant et en arrière donne le vertige, — nous ne pouvons résoudre ni l'une ni l'autre des hypothèses contradictoires, dont une cependant est la vérité. Aussi, un jour qu'un homme que je connaissais assez peu vint me voir, et me demanda ce que je pensais de l'immortalité de l'âme, je lui répondis : « Monsieur, je n'y pense qu'une fois par an, pour ne pas devenir fou ou imbécile. J'y ai pensé hier, — revenez dans un an. »

A personne, plus qu'à moi peut-être, les cieux n'ont « raconté la gloire de Dieu » ; personne n'a

peut-être vu autant de levers et de couchers du soleil, à leur avantage; j'ai étudié les brins d'herbe et les insectes, et je dois à cette étude des joies et des ivresses ineffables; j'ai sans cesse questionné la nature, et je puis dire, comme je ne sais plus quel saint, je crois cependant que c'est saint Bernard : < Les chênes et les hêtres ont été mes maîtres! > — je suis donc plutôt un homme religieux ; — eh bien, on ne saurait se figurer combien les religions et les prêtres m'ont gêné, m'ont choqué. Il y a longtemps que j'ai écrit pour la première fois, dans un livre d'études de botanique et d'entomologie, saisi d'admiration pour les prodiges que ces études me faisaient découvrir dans les plus petits des êtres, — maximus in minimis Deus :

« En présence de tant de merveilles,- où sont les ânes qui demandent des miracles et les charlatans qui en font? »

J'ai lu les miracles de toutes les religions; je n'en ai jamais trouvé un qui me causât, à beaucoup près, autant d'étonnement et d'admiration qu'une petite graine de réséda, renfermant des» plantes, des fleurs, des parfums pour toujours; qu'un œuf d'ichneumon , pondu dans le corps d'une chenille vivante, qui doit, morte, servir de nourriture au ver qui naîtra de l'œuf de la1 mouche. ' ;

Un brin <f herbe, qœ les plus grands génies humains et les forces de tous les hommes ne pour-' raient créer, est, à mes yeux, un tout autre prodige, et me parle plus éloquemment du Créateur que ces prétendus miracles que feraient en se jouant Robert Houdin, de Gaston, et vingt autres.

J'ai été naturellement élevé dans la religion catholique, et on m'a fait lire ce qu'on appelle l'Histoire sainte.

« Eh quoi! me disais-je, cette Bible, c'est l'bîs-

toire de Dieu, c'est le créateur souverain qui y: joue un rôle, c'est lui qui a dicté ce livre? c'est ainsi qu'il est fait? c'est ainsi qu'il pense et qu'il agit? Mais il n'est pas tout-puissant ! mais il n'est pas juste! mais il n'est pas bon ! Non, ce n'est pas mon Dieu,, ce n'est pas Dieu. »

Je ne répéterai pas contre la Bihle ces accusations d'erreurs physiques si nombreuses; les oiseaux nés de la mer, la lumière créée avant le soleil, Dieu fatigué, se reposant, etc.; je passe immédiatement à la création et la chute de l'homme :

Voici Adam et Eve dans le paradis terrestre.

S'ils y étaient restés, à quoi eût servi le reste dé là terre?

Dieu leur permet de manger tous les fruits, excepté ceux d'un seul arbre.

Certes, Adam et Eve sortaient des mains du Créateur, ils n'étaient encore ni gâtés ni dérangés, ils étaient tout neufs, et n'avaient pas besoin de

réparations; Dieu aurait pu les faire obéissants, il aurait pu ne pas planter cet arbre, — cfomme on arrache du jardin où il y a des enfants les plantes vénéneuses.

Ou Dieu savait qu'ils désobéiraient, qu'ils mangéraient des pommes défendues. Pourquoi alors le leur défendre? Ou il ne le savait pas, et alors, c'est le diable qui, jouant contre lui, a gagné la partie. — Dieu n'est donc pas tout-puissant. Le diable est plus fort que lui. — Qu'est-ce que le diable cependant? Un ange rebelle. Qu'est-ce qu'un ange? Un être intermédiaire auquel Dieu a donné certaines conditions surhumaines. Gomment se fait-il que les anges rebelles ne soient pas dégradés, privés de ces conditions que Dieu, qui les leur avait données, peut leur reprendre? — Comment peuvent-ils lutter contre leur créateur, leur roi, leur maître, — et presque toujours avec avantage?

Le Dieu des juifs, qui tient à ses pommes d'une

façon extraordinaire, chasse Adam et Eve du paradis terrestre, les maudit, et maudit à jamais les enfants qui naîtront d'eux.

Dans un conte de fées, on exigerait plus de vraisemblance.

Cette malédiction sur des milliards d'êtres qui ne sont pas nés, qui ne naîtront que dans la suite des siècles, choque à la fois le cœur, l'esprit et tous les sentiments de justice; aussi on ne saurait . croire à quelles bizarres inventions se sont livrés « et les Pères de l'Église » et les écrivains dits et soi-disant religieux.

Quand je cite, je cite textuellement, je ne prends pas mes citations dans des auteurs hostiles à l'Église catholique, mais, au contraire, dans la Bible, dans les livres saints, dans les Pères de l'Eglise, dans les docteurs du catholicisme.

Depuis saint Paul, depuis saint Ignace, jusqu'à saint Jérôme, tous les Pères ont enseigné le dogme

du péché originel, nous naissons six mille ans. après Adam, coupables, complices de son péché et punis comme tels !

Un grand nombre de théologiens, et saint Augustin n'est pas éloigné d'y donner son assentiment, ont avancé l'explication que voici :

« C'est par imputation que tous les hommes: participent au péché d'Adam ; la dépravation leur est communiquée par la propagation, et cette propagation suppose que les âmes viennent les une& des autres. »

C'est plus facile à dire qu'à comprendre.

J'aime mieux cette autre explication :

c Toutes les âmes étaient renfermées dans Adam, et, par conséquent, elles ont participée son péché. »

Leibnitz a essayé d'expliquer le « péché originel » ; j'ai lu l'explication, ça nyest pas très-clair ; mais M. Rafiels du Vigier, dans un ouvrage pu-

blié en 1714, a développé et élucidé cette explication :

« Les corps de tous les hommes qui devaient exister ont été formés dans Adam ; Dieu avait uni à ces petits corps des âmes humaines, parce qu'il n'y a pas de raison de différer plus longtemps l'union de l'âme et du corps.

» Il y avait donc une communication entre Adam 'et le nombre infini de personnes qu'il contenait.

» Quand Dieu défendit à Adam de manger du fruit de l'arbre de la science du bien et du mal, les impressions du cerveau d'Adam se communiquèrent aux cerveaux de ses enfants, qui eurent, par conséquent, les mêmes idées, et, lorsque Adam fut tenté de manger du fruit et qu'il y con-

sentit, les enfants y consentirent également. »

Il faut dire que l'Église n'accepte pas cette hypothèse de quelques-uns de ses membres et prend le parti de ne pas expliquer,

n LE CREDO DU JARDINIER

En jugeant avec la raison que le Créateur nous a donnée , avec les sentiments de notre cœur, il n'y a rien de si injuste que le péché originel; c'est injuste jusqu'au grotesque; c'est injuste, non pas à la façon de Néron, mais à la façon de Schahabaham.

Donc, le Dieu de la Bible n'est pas tout-puissant et n'est pas juste.

Voyons sa bonté, après avoir relaté encore un spécimen de sa justice.

Le peuple juif est captif en Egypte, Dieu a décidé de le faire sortir de la « terre de servitude » ; la veille du départ, il fait ordonner aux juifs par l'organe de Moïse :

« .... Quand vous partirez, vous ne partirez pas avide1.

» Que chaque femme demande à sa voisine et à l'hôtesse de sa maison des vases d'argent et des

1. Exode, m, 21 : « Et cum eggrediemini non exibitii vacui. *

vases d'or, et des vêtements que vous mettrez sur vos fils et sur vos filles ; ainsi vous dépouillerez les Égyptiens1. »

Jéhovah se plaît à « endurcir le cœur du pharaon » pour lui faire refuser la délivrance des juifs, et il punit par des « plaies » non-seulement le pharaon, mais tout le peuple égyptien.

t J'endurcirai le cœur du pharaon8.

» Et le pharaon ne vous écoutera pas3. »

«... Aaron, ayant levé la verge, en frappa les eaux du fleuve..., et toutes les eaux furent changées.en sang; les poissons moururent4... »

Puis « la poussière devint des poux5 », ce que les magiciens égyptiens, qui avaient changé l'eau

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