ACTE PREMIER
Non. (Jeanne s'assied à gauche et travaille.)
PUJOL
C’est Claude-Marie, le fils à Madeleine Verbier... Madeleine Verbier qui avait sa cabane au Pic-d’Enfer... et nourrissait le fils de madame deFlavigneul .. cet enfant qui a été enlevé par les gitanos.
CAUSSADE
En effet, on m’a conté cette histoire... mais cela ne m’explique pas comment ce Claude-Marie...
ROUSSEL
Est devenu idiot?... Mon Dieu, v’ià la chose, monsieur Caussade... Figurez-vous qu’un soir, à la nuit close, Madeleine s’était endormie auprès du berceau de son nourrisson... Claude-Marie, qui avait cinq ans à cette époque-là, jouait aux billes devant la porte... quand un de ces damnés gitanos, à ce que l’on croit, entra dans la maison et enleva l’enfant... probablement Claude-Marie voulut crier pour défendre son frère de lait... Alors le voleur d’enfants lui serra le cou à l’étrangler... Quand Madeleine se réveilla, elle trouva le berceau vide... Elle interrogea Claude, qui se mit à rire... et lui montra son cou ensanglanté... Depuis ce jour-là, il rit toujours... Aujourd’hui, il est orphelin, il va de ferme en ferme, se chauffant quand il a froid, tendant la main quand il a faim, et dormant je ne sais où, sous la garde de la Providence... V’ià l’histoire de Claude-Marie, monsieur Caussade.
JEANNE, se levant.
Pauvre garçon !... (Sept heures sonnent. )
CAUSSADE. '
Sept heures l
Jeanne, va mettre l'e couvert.
JEANNE
Oui, mon père I (Elle sort.)
PUJOL
Monsieur Pujol, combien dois-je pour mon cheval?...
PUJOL
Oh! ce que vous voudrez, monsieur Caussade. (caussade donne une pièce de monnaie à Pujol, qui remonte, et sort uu instant à gauche.)
ROUSSEL, s’approchant de Caussade.
Eh bien, monsieur Caussade, vous ne m’étrennez pas?
CAUSSADE
Je n’ài besoin de rien.
ROUSSEL
Tenez, de jolis rasoirs anglais.
CAUSSADE
Non... merci !
Bah! vous m’acheterez bien quelque chose... Teuez, v'ià votre affaire... un livre de calcul... un barême... Ça servira à la pointeuse de la forge pour faire le compte des ouvriers... Vous ne pouvez pas me refuser ça, monsieur Caussade?
GAUSSA DE, impatieuté.
Voyons, donnez... Combien?...
ROUSSEL
Pour vous, c’est deux francs... Prix fixe... invariable... pour cause de départ... et de liquidation.
CAUSSADE, payant.
Voilà ! (il met le livre dans sa poche.) „
ROUSSEL, chargeant son ballot sur son dos.
Ah! ça y est!... Allez-vous de mon côté, monsieur Caussade ?
CAUSSADE
Je Vais à Tarbes !... (il sort en disant un dernier adieu à Jeanne et à Pujol qui reparaissent.)
ROUSSEL
Alors, nous nous tournons le dos... Je vais au pont d’Espagne. Au revoir, père Pujol!... au revoir, inam’selle Jeanne!... Réfléchissez... Un bon mouvement!... Me v’ià sur les grandes routes pour deux mois... Bonsoir les amis, et bonne chance au colporteur ! (il sort.)
- TOUS
Bon voyage, Prohibé !...
ANDOCHE, rentrant.
Patron, l’isard elle est cuite... elle est sur la table.
A table, les guides !
TOUS
A table !... (Les guides entrent à gauche avec Jeanne et Pierre rujol.— Le théâtre reste vide. La nuit est venue.)