‹ Le cretin de la montagne drame en cinq actes et huit tableauxChapitre 76 sur 120 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

ROUSSEL, dans la cabane; ÇAUSSADE, dans le bois. 11 porte un costume d’ouvrier forgeron, l’n grand chapeau, rabattu sur ses yeux, laisse à

peine voir son visage noirci de fumée.

’ CAUSSADE, à lui-même.

Cette cabane... si je ne me trompe, ce doit être la sienne.

(il s’approche et frappe à la porte avec son bâton.)

ROUSSEL, se levant vivement.

Ail ! j’entends frapper !... C’est lui !... (il va ouvrir; mais recule, étonné, à l’aspect du visiteur.) Hein!... Qui etes-vous ?... que voulez-vous?

Allons, ne crains rien... c’est moi. (il entre.)

ROUSSEL

Monsieur Caussade!.. Du diable si je vous aurais reconnu! (il referme la porte et revient à lui.) Singulier accoutrement !

CAUSSADE

J’ai jugé prudent de le prendre. Je pouvais être rencontré en venant chez toi..'. On se fût demandé ce que monsieur Jacques Caussade, le riche maître de forges, pouvait avoir à faire chez Roussel, le contrebandier... Cette démarche n’eût pas manqué de paraître étrange... d’éveiller la curiosité, les soupçons... tandis qu'un ouvrier forgeron traversant le bois, cela semble tout naturel... et personne ne fuit attention à lui... c’est ce que je voulais.

ROUSSEL

Je comprends!... « Prudence, comme on dit, est mère de sûreté...»

CAUSSADE, s’asseyant.

Ah çà ! je ne suis pas venu pour t’entendre débiter des

proverbes... Je suis pressé d’en finit*... Tu as, m’as-tu dit, un papier à me vendre... Où est ce papier?

ROUSSEL

VOUS allez le voir !... (Pendant que le colporteur Ta ouvrir son ballot qu’il a déposé daus un coin, on voit paraître Jeanne dans le bois ; elle s’avance avec précautiou, regardant autour d’elle et cherchant à étouffer le bruit de set pas.)

JEANNE, à part, apercevant la cabaue.

C'est là !... (Elle s’approche doucement et cherche à voir par les fentes de la porte.) Le colporteur est chez lui... il y a de la lumière.

• CAUSSADE, à Itoussel.

Eh bien?.,.

ROUSSEL', revenant avec le papier.

Voilà l’objet, lisez vous-même, (tl le lui donne.)

JEANNE, à part.

Il ll’est pas seul. (Caussade a pris le papier, il l’ouvre et tressaille.)

ROUSSEL, pendant que Caussade lit.

Et vous qui me faisiez, il y a deux mois, à l’auberge, raconter l'histoire de l’idiot... farceur!

JEANNE, regardant à la porte.

Oui, oui, je ne me trompais pas, il y a quelqu’un avec lui... un ouvrier... il lit un papier.,.

ROUSSEL, s'asseyant à la table, eu face de Caussade.

Eh bien, que dites-vous de ça?

JEANNE, à part.

Impossible de distinguer son visage.

ROUSSEL, à Caussade.

Convenez que je ne vous ai pas surfait l’article, et que ce griffonnage-là vaut plus que son pesant d’or.

CAUSSADE, qui a semblé réfléchir.

Tu te trompes!... (Jetant le papier au milieu des branches qui flambent dans la cheminée.) 11 né vaut rien !...

JEANNE, à part.

Que fait-il ?... (Roussel reste impassible et regarde tranquillement le papier se consumer.)

CAUSSADE, d’un air de triomphe,

Eli bien, maître Roussel, qu’en dis-tu à ton tour?...

ROUSSEL

Je dis que vous venez de vous donner une peine inutile.

CAUSSADE

Comment ?

ROUSSEL

Me croyez-vous donc as.sez bête pour me lier à vous? Le papier que vous venez de jeter au feu n’était qu’une simple copie... j’ai encore l’original.

CAUSSADE, portant la main à sa poche pour y chercher un couteau catalan

qu’il ouvre.

Misérable!...

le

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