ACTE TROISIÈME
ROUSSEL, tirant un pistolet de sa poche.
La!... la!,., du calme, s’il vous plaît!
CAUSSADE, les dents serrées.
Cet original, il me le faut... je le veux!... Où est-il?
ROUSSEL, tranquillement.
Chez maître Ferréol, notaire à Tarbes... sous une enveloppe fermée de trois cachets de cire noire, et sur laquelle est écrit : « Testament de Jean-Isidore Roussel. » Si je venais à décéder, on l’ouvrirait. — Ainsi, pas de bêtises !... serrez le joujou que vous venez de tirer de votre poche... vous vous perdriez en me tuant... J’ai pris mes sûretés: je suis en règle !
CAUSSADE, fermant son couteau et le remettant dans sa poche.
Allons, je vois qu’il faut transiger.
ROUSSEL, metiaut son pistolet dans sa poche.
Sans façons... c’est ce que vous avez de mieux à faire.
JEANNE, à part.
Alt ! cette fenêtre... si je pouvais y atteindre... Mais ce ravin... cette fondrière... N’importe, essayons... essayons toujours!... (Elle se laisse, sans faire de bruit, glisser daus le ravin; bientôt ou la voit reparaître se cramponnant aux inégalités du mur. Enfin, après mille efforts, elle parvient à se hausser jusqu’à la fenêtre, où elle se maintient en se soutenant à l’aide des lianes qui pendent du toit, tandis que daus la cabane le dialogue continue.)
CAUSSADE, se rasseyant.
Voyons... combien veux-tu ?
ROUSSEL, de même.
La somme que j’ai toujours ambitionnée pour me retirer du commerce et vivre tranquillement comme un honnête bourgeois... en plantant mes choux. — Vingt mille francs.
Tu les auras contre la remise de cet écrit... Viens demain les prendre chez moi. i
ROUSSEL
Chez vous? Non pas!... je me méfie... Le loup dans son repaire a trop d’avantages.
CAUSSADE
Où donc alors ? (Jeanne est arrivée à la fenêtre. — Le bruit de l'orage recommence.)
ROUSSEL
Tenez... dans deux jours. Samedi, c’est jour de marché à Tarbes... trouvez-vous-y !...■ j’irai!... et là, au grand jour, sur la grande place, nou§ conclurons l’affaire... à la face du ciel... et de la gendarmerie... Vous vous approchez de moi comme pour m’acheter quelques bibelots... Je vous passe le papier... vous me remettez l’argent... On ne sait ni ce que je vous vends, ni ce que vous me donnez... Le tour est fait, et tout le monde n’y a vu que du feu.
CAUSSADE, se lésant.
Soit!... '
JEANNE, à la fenêtre.
Le bruit de l’orage m’empêche d’entendre leurs paroles.
ROUSSEL
A samedi donc!...
A samedi!... (il prend son béton et va pour sortir.)
ROUSSEL
Attendez que je vous éclaire et que je vous fasse un bout de conduite, (il allume une lanterne.)
JEANNE, à part.
Ali! mon Dieu!... ils vont sortir... me voir!».. (Elle veut descendre, mais la branche à laquelle elle se soutenait se casse. Elle pousse un cri étoulTe.) Ail ! (Elle tombe dans le ravin.)
. CAUSSADE, avec crainte.
Ce bruit!... Qu’est-ce donc?
ROUSSEL, lout en allumant sa lanterne.
Quelque branche de sapin que le vent aura brisée.
CAUSSADE
Si quelqu’un nous avait entendus?...
ROUSSEL, allant ouvrir la porte et regardant au dehors.
Eh non!... personne ! Voyez plutôt... Allons, venez!... (Caut-
aade sort de la cabane et s’éloigne avec Roussel qui l’éclaire. Ils disparaissent par le fond du bois, à gauche. Alors on voit reparaître au-dessus du ravin Jeanne étourdie, brisée par la chute qu’elle vient de faire. Sou front est déchiré, sanglant; elle sc soulève avec peine. Ses forces paraissent épuisées.)