DEUXIÈME PARTIE
Tout cela nous explique pourquoi les ouvriers qui fournissent, suivant Fayet, le 30 % ^^ ^ criminalité en général^ donnent un contingent de 35 % ^^ ^^^^^ ^^ l^s enfants.
Mesures législatives et administratives. — 11 est très aisé de suivre la vieille méthode militaire en disant : si les crimes augmentent, augmentons aussi les peines et nous les ferons cesser. — Cela est une exagération.
n est bien vrai que M. Ferri, aussi exagère lorsque par une statistique comprenant 53 ans en France (1) il essaie de nous prouver l'impuissance des peines, parce que les continuelles condamnations coïncident avec le continuel accroissement des crimes. Mais en examinant ces tableaux, nous voyons que si les peines correctionnelles ont augmenté contre les coupables de viok sui* les adultes, aux dépens des peines les plus sévères, comme 56,4 : 32,2 =z 1,75, la prédominance, au contraire, des condamnations à la prison sur celles aux travaux
forcés, a diminué de beaucoup plus, comme -r^^-^ : t^ zz 2,34,
résultat qui, en somme, prouve une recrudescence de sévérité dans la peine ; or, les crimes contre les adultes ayant diminué,, il est clair que cette sévérité a exercé une certaine influence.
Nous en trouvons une autre preuve dans le tableau des viols sur les enfants. Ici, il semble que les peines les plus légères ont augmenté aux tiépens des plus sévères, en comparaison des travaux forcés ; ici donc la sévérité aurait diminué et cependant le nombre de ces crimes a augmenté en France.
La peine n'est donc pas sans influence.
Mais il est incontestable dans ce cas, qu'on doit attendre beaucoup plus des mesures préventives que des punitives.
C'est pourquoi il convient de surveiller les écoles et les ateliers où sont accueillis les impubères : un excellent substitutif pénal contre la pédérastie serait, par exemple, de mettre des directrices ou des surveillantes mariées dans les ateliers où
(1) Sociologie^ o. c.
trayaillent des impubères la nait; oette mesore serait d'aatant plus adoptable qu'elle serait plus économique.
D faudrait aussi exclure les enfants du travail des mines, <5omme le prescrit la loi française de 1874 sur le travail des enfants, loi qui est en vigueur depuis 1875, et qui coïncide avec ime diminution des viols sur les enfants depuis 1876.
Un autre remède serait certainement la diffusion de la prostitution dans les pays agricoles, surtout dans les endroits où il y a bon nombre de matelots, soldats et ouvriers..
D faut, surtout, rendre l'amour plus accessible, dans la puberté, à tous les jeunes gens.
Aucune loi ne peut s'opposer aux mariages intéressées et par suite faciles à devenir antipathiques; mais au moins qu'il soit accotdée la plus grande facilité de divorce afin que cette antipathie (nitimur in veiitum) n'aille pas jusqu'à la nausée et au crime.
H est évident que le divorce est destiné à diminuer les délits d'adultères en permettant une satisfection sexuelle légitime aux mariés qui, séparés, s'en procureraient certainement, s'ils sont jeunes, une illégitime, et d'un autre côté en menaçant le célibataire adultère, qui court tout au plus, maintenant le risque d'un duel, de celui bien plus grave d'un mariage avec une femme tout autre que honnête.
Dans l'état actuel des choses, le conjoint offensé, en recourant aux tribunaux, court plus de risques et d'ennuis que le le véritable coupable, grâce à la publicité, au ridicule, sans compter l'éventuel acquittement du coupable. Le divorce est encore un préservatif contre les crimes de vengeance de la part du coiyoint offensé, crimes fréquents dans les drames, mais rares dans la vie réelle ; et contre le nouveau remède français du vitriol, il serait un substitutif pénal bien plus utile et préférable aux tribunaux; car, alors même que l'auteur est acquitté par le tribunal et absous dans l'esprit public, il n'en reste pas moins un criminel, et le fait du meurtre de l'adultère est toujours, quoi qu'il en soit, une espèce de féroce jus neds, laissé aux mains de l'offensé par des mœurs vraiment sau-
DEUXIÈMR PABTIE 315
Tages ; or, il est à noter, suivant Dumas, qui devait s'y connaître, que oe meurtre se vérifie plus souvent dans les mariages légitimes que dans les concubinages, parce que c'est justement dans ceux-là que se fait plus vivement sentir le besoin de venger la violation de la propriété légitime. C'est pour cela qu'un passage graduel au libre amour serait le plus radical des préventifis.
J'ai démontiré dans un chapitre précédent qu'il existe des natiures perverses qui sont irrésistiblement attirées l'une vei^ l'autre; ce sont alors des mariages heureux pour elles bien ■que nuisibles à la société ; mais qu'un de ces êtres dépravés s'unisse à un caractère honnête ; qu'un tempérament de satyre, comme le français Ferlin, qui de 7 servantes, outre que <le sa femme, eut 54 en&nts et qui finit par violer une de ses filles, se lie à une femme chaste et sobre ; et nous verrons alors en surgir de nouvelles causes et de nouvelles formes -de délits.
Les anciens juristes, qui étaient tout autre que tendres poiu* Jos femmes, reconnaissaient que la femme battue par son mari, ne pouvaient être accusée, si ensuite elle commettait 1' a- •«lultôre.
Si mr uxorem atroeius verberaverit atque tixor aufugiut ■et adiUterium commitiat, non poterii eam maritus accitsare <TiRAQUEAU, In leg, connub.). — Evidemment, les anciens vivaient entrevue dans l'adultère un substitutif contre les sévices maritales ; or le divorce n'en serait-il pas un meilleur préventif.
Mais le divorce à lui seul ne sufiit pas. I) faut de plus rendre obligatoire la recherche de la paternité et surtout la réparation -envers la femme séduite.
Si nous jetons un regard sur notre société, nous y voyons <3n ce qui regarde l'amour, deux courants opposés : d'un côté, les désirs et la puissance d' amour s' élevant à mesure que i2:randissent l'intelligence et la civilisation, d'où le grand npmbre de lettrés coupables ; de l'autre côté, devenir de plus en plus difficiles les moyens de satisfaire ce besoin.
316 CHAPITRE n
C'est de ce double courant fetal que surgissent ces délits^ contre les mœurs, et disons-le enfin, une fois, en mettant decôté toutes les réticences hypocrites, de ce préjugé qui nou& fait regarder comme coupable pour un sexe, ce qui pour l'autre n'est pas même une contravention; et qui fait de l'acte^ sexuel presque une faute pour le jeune honmie, si bien quele manque d'épanchement à un besoin aussi impérieux, dansles moments le plus erotiques, le pousse à des amours contre nature; et nous voyons s'ajouter pour cela aux invertis-nés que l'on ne peut évitei-, parce qu'ils sont un produit de la dégénérescence, les invertis par occdsious qui, tous, pourraient être évités.
Quand, donc, nous verrons s'établir un juste équilibre entre le cri de la nature et celui du devoir et de la morale, nous^ verrons aussi diminuer rapidement ces sortes de crimes.
U faut, pour cela, rendre moins mercantile le mariage,, plus accessible l'amour et la maternité toujours respectée et surtout rendre obligatoire la réparation que la loi non seulement ne prévoit plus, mais qu'elle exclut en défendant la recherche de la paternité. Ce sont là les véritables préventifs^ non seulement des crimes sexuels, mais encore des infanticides, des suicides, des homicides, des crimes en somme qui dérivent uniquement de l'amour, crimes les plus dignes de la compassion humaine, et dans lesquels victimes et coupablessont le plus souvent des hommes honnêtes.
Escroquerie bancaire. Influence politiqtie, — L'escroquerie ot l'abus de confiance sont les délits les plus modernes et indiquent la transformation évolutive, civile si l'on veut, du délit aynut perdu toute la cruauté qu'il avait chez l'homme primitif, tout en y substituant l'avidité et l'art du mensonge, habitude qui devient malheureusement une tendance généiale.
Si, en effet, des vallées les plus reculées nous passons aux villes et des petites villes aux capitales, nous y voyons, du plus petit au plus grand, le mensonge commercial, l'escroquerie en petite échelle, prendre des proportions de plus en