‹ Le crime, causes et remèdes. Avec un appendice sur les progrès de l'anthropologie criminelle pendant les années 1895-98Chapitre 108 sur 205 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

plus grandes; et dans la société la plus élevée, sous forme de banques par actions, la vraie, la gigantesque escroquerie, sévir ^n permanence, abritée sous les noms les plus sonores et les plus honorés, si non les plus honorables. Il est donc naturel -que l'escroc -commun ou l'escroc politique ne soit pas un criminel-né, mais un criminaloïde possédant tous les caractères de l'homme normal et qui sans une occasion propice, •et nous pouvons même dire un peu moins forte que celle qui -entraînerait l'homme presque intègre, ne faillirait pas (Voyez Homme Criminel, vol. II).

Or, ici, on entrevoit le remède préventif dans la vulgari- -sation des nouvelles idées économiques qui démontrent que la banque ne spéculant que sur le produit de l'argent, no peut être qu'une organisation d'escroquerie, — l'argent ne pouvant se multiplier de lui-même — et en exigeant dans tous les cas, que les administrateurs des banques par actions Ayant un but agricole ou industriel, offrent des garanties effectives, préventives, avec obligation d'indemnité, alors même que l'opération désastreuse aurait été approuvée par les actionnaires; d'autant plus que ces derniers ne sont, le plus souvent, que des instruments commodes aux mains des escrocs et qu'ils en deviennent souvent les complices involontaires et inconscients.

Les banquiei's et les joailliers de Londres et de Paris on trouvé un moyen ingénieux pour découvrir les escrocs et les coupeurs de bourses qui se présentent à eux sous les apparences de grands seigneurs; ils utilisent à cet effet des chiens dressés à reconnaître à l'odeur ces prétendus riches qui se lavent assez rarement. Ils se servent, aussi, du téléphone, do la photographie instantanée et des nouveaux téléphographies qui transmettent à distance, comme la voix, l' image des clients soupçonnés; les escrocs risquent ainsi d'être arrêtés, avant même d'êire sortis du lieu où ils tentent de commettre leurs méfaits.

Mais il devient bien plus difficile de prévenir Tescroquerio lorsqu'elle est favorisée par la politique et souvent par lo

gouvernement. Escroquer au nom de TÉtat, ne paraît pas^ aiyourd'hui, à beaucoup de personnes un crime, pas plus que ne le paraissait au mojen âge l'usage du poison, alors que non seulement les Borgia, mais encore les Dix de Venise s'en servaient conmie d'une arme politique. Or,- de là à favoriser un journal, puis un amis avec l'argent public {argent de la commune^ argent de personne)^ et puis enfin soi-m&ne, le pas est court, surtout pour ceux qui cherchent de suppléer au manque de génie par le manque d'honnêteté.

Mais ici, le parlementarisme influe surtout par la plus grande irresponsabilité. Lorsque nous vivions sous un gouvernement despotique, les royales concubines ou les favoris des roi& empochaient les millions des Banques ou des Panamas ; aujourd'hui ce sont les députés qui les ont remplacés; car dès^ que ceux-ci, à l'égal des rois se considèrent conune inviolables et plus qu'eux sont irresponsables, il est naturel qu'ils ne s'en épargnent pas, pour peu qu'ils manquent de sens moral.

Trouvez le moyen de mettre dans les mains d' hommes^ irresponsables et inviolables, ou à peu près, d'immenses trésors: et essayez un peu de leur dire qu'ils n'y touchent pas !

Et, aujourd'hui, le mal est bien plus grand, car, s'il y a peu de rois, les députés et les sénateurs sont nombreux et bien plus dangereux.

Et il est facile de comprendre pourquoi ils sont plus dangereux. Dans la lutte électorale ce ne sont pas les qualités intellectuelles et encore moins les qualités morales qui décident de la victoire; loin de là; l'homme ayant des idées neuves se heurte contre le misonéisme des masses; celui qui avec une conscience franche, montre le mal et propose le remède, heurte les intérêts des grands électeurs; l'homme honnête qui ne combat pas ouvertement les abus ne heurte personne, mais il ne conquiert rien non plus; et tous risquent d'être submergés par la médiocrité qui contente tous le monde par un programme insignifiant; par l'impudent et le corrompu qui adiètent les^ sufErages.

La nécessité s'impose donc de restreindre le nombre de ces-

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représentants de la nation, de limiter leur mandat et de leur ôter tout privilège. Dans les crimes de droit commun, il est juste qu'ils soient soumis à une plus grande responsabilité que les autres, comme en Angleterre où le seul soupçon d'adultère, qui pour beaucoup n'est pas même un délit, suffit à foire tomber Parnell.

H faut pour cela, octroyer la plus large liberté à la presse : car, dans l'état présent des choses, le coupable, non seulement ne peut être dénoncé; mais s'il l'est, il trouve une nouvelle ressource dans ses propres crimes; et peut, aux dépens des gens honnêtes et avec l'instrument même des lois, opérer ce que j'appellerai un vrai rançonnement à rebours en se faisant indemniser de nouveau sur les efforts que font les honnêtes gens poux aviser le public de ses méfaits. C'est ce qui arriva en France où Btu..., il y a quelques années, put foire condamner à une forte peine un journaliste qui avait osé divulguer une faible part de la vérité sur le Panama.

C'est ici le lieu de faire remarquer que dans ces cas, ce n'est pas augmenter le mal comme le croient les esprits faibles que de mettre à nu les plaies; c'est au contraire faire œuvre d'assainissement. Et un pays qui comme la France cherche de faire pleine lumière sur ces souillures afin de s'en purifier^ reprend son rang dans l'estime du monde et dans l'opinion populaire quelque haut placés que soient les coupables.

Une des réformes qui servirait le mieux à enrayer la corruption politique serait encor une large décentralisation; car, lorsqu'un gouvernement concentré comme le nôtre ou conmie le gouvernement français, a la faculté d' administrer des sommes énormes, de manipuler des affaires pour des milliards, comme pour beaucoup de nos travaux publics, la corruption en surgit inévitablement aussitôt, parce que le contrôle du public ne s'y exerce plus aussi activement, ni d'une manière aussi directe et laisse à l'impunité une porte plus largement ouverte. Faites au contraire que les administrateurs agissent au grand jour sous les yeux de tous, le contrôle en sera bien plus efficace et les faibles que l'argent

jouirait séduire y trouveront un .moyen de résistance contre e mal. Les Panama se produisent toujours dans les grandes idministrations centrales et jamais, ou dans des proportions i)ien moindres^ dans les administrations communales.

Concussion. — L'abus des fonctions publiques est aussi un iélit de la civilisation la plus avancée, qu'on ne parviendra à refiréner qu'en limitant le nombre et la toute-puissance des léputés et des sénateurs, qui sont les protecteurs naturels des pires employés; par la décentralisation qui permettra une ngilance plus active et diminuera les monopoles — mais surtout par la diminution effective des fonctionnaires.

La Russie et l'Italie sont de véritables gouvernements l'employés qui absorbent et étoufiTent tout ce qu'il y a de vital 3ur la superJ&cie du sol et qui, sous prétexte de mieux protéger la vie, la tuent. Dans les tribunaux, par exemple, en substituant les fonctionnaires collectifs par un juge unique, on augmenterait le sentiment de la responsabilité on découvrirait plus aisément les cas de comiptions: il faudrait aussi diminuer le nombre des employés ce qui permettrait de les mieux choisir. J'ai proposé, par exemple, de choisir les juges dans les premières promotions à l'aide des examens, dans les secondes par le nombre des sentences non révoquées dans les promotions supérieures, et enfin les juges des promotions les plus élevées, par le nombre des causes traitées par citations directes et par leur issue en appel ; ce serait là le critérium le plus exact et en même temps un prodigieux encouragement à bien faire.

Contre les influenoes alcooliques (1).

Pour combattre Talcoolisme, cause si fréquente de crimes, nous devons nous inspirer des eJBForts extraordinaires qu'ont fidts les Anglo-Saxons : leurs sociétés de tempérance sont devenues très puissantes : en 1867, elles comptaient déjà 3 millions de membres, trois journaux hebdomadaires et trois mensuels.

A Glasgow, eUes dépensaient 2000 livres sterlings pour ouvrir des cafés dans les endroits où les ouvriers fréquentent le plus les cabarets ; à Londres, elles ouvraient les joiurs de fête, des salles de thé et de spectacles pouvant contenir plus de 4500 personnes. A Baltimore, en Amérique, elles étaient représentées au Congrès par plus de 750,000 membres; en 1873 ils surpassaient 2 millions; et en 5 ans ils se vantaient d'avoir fait fermer 4000 distilleries et supprimer 8000 cabarets.

En Amérique, les fenmies furent de puissantes alliées de ces

(1) WiLH. BoDE, Die Heiltmg der Trunksueht^ Bremerhave, 1890. — G. BuNQK, Die Alkoholfrage. 5 Aufl., Zurich, 1890. — A. Fobel, Die Enrichtung von Trinker-Âsylen und ihren Einfiigung in die Gesetxebung, 1890. — Id., Die Eeform der Oesellschaft durch die voUige Enthalttmg von alkoholiscken Oetrânken, 1891. — Korsakoïf, Lois et mestires prophylactiques , Turin, 1894. — Zerboqlio, SulV alcoolismo^ 1895. — Jaqtjet, V alcoolisme, 1897. — Lkorain, Dégénérescence sociale et Alcoolisme, 1877. — Claude, Rapport au Sénat sur la consommation de V alcool en France, 1897.

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fiers ennemis de l'alcoolisme ; afin de préserver leurs frères et leurs maris, elles forçaient les liquoristes par les prières, par les sermons répétés jusqu'à Timportunité, à fermer leurs débits ; quelques-uns résistèrent en menaçant de les frapper, ou les inondèrent avec les pompes; d'autres recoururent aux tribunaux, ou bien lancèrent contre elles des couples d'ours ; mais elles étaient protégées par leur propre faiblesse, par leur ténacité et par la sainteté de leur cause ; et alors même qu'elles étaient comdamnées par le jury, elles trouvaient des juges qui ne faisaient pas exécuter la sentence ; mises en fuite un jour elles revenaient à la chaîne le lendemain, de sorte que beaucoup durent céder devant leur indomptable énergie.

En -Allemagne et en Suisse, surgirent, sous les auspices de Forel, des journaux, des bibliothèques, dans le seul but de combattre l'abus des boissons alcooliques.

Tant d'efforts réunis réussirent à modifier profondément les institutions à cet égard : dès 1832 on conmiença dans l'Amérique du Nord à accorder une paye supplémentaire à tout matelot qui renonçait à sa ration de grog ; dans la ration des troupes de terre, on supprima les liqueurs fortes (avec défense aux vivandières d'en vendre), et on les remplaça par le café et le sucre, mesure qui fut ensuite adoptée par les grandes sociétés industrielles.

En 1845, l'état de New- York se déclara contraire à la vente de l'alcool ; le département du Maine en fit autant; malgré cela, la vente des spiritueux continuait en secret dans les magasins ; c'est alors que fut décrétée la fameuse loi du Maine, qui défendait expressément la fabrication et la vente des liqueurs spiritueuses, excepté pour l'usage hygiénique : les difficultés de leur transport devinrent extrêmes ; il était défendu d'en tenir plus d'un gallon dans les maisons, et la loi autorisait des perquisitions domiciliaires pour en découvrir les dépôts cachés.

Cette loi fut adoptée dans les États voisins de Michigan, Connecticut, Indiana, Delaware, etc. ; mais elle y fut en grande partie neutralisée par les étrangers et par la faculté qu'avait le pouvoir central d'accorder des concessions de cabarets.

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