‹ Le crime, causes et remèdes. Avec un appendice sur les progrès de l'anthropologie criminelle pendant les années 1895-98Chapitre 112 sur 205 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

uux pauvres une distraction morale et auraient l'utilité de prévenir l'alcoolisme; à ce propos nous entendîmes un jour à Turin, dans une réunion populaire contre l'ivresse, un ouvrier •demander que les théâtres fussent mis à bas prix les dimanches pendant le jour, si on ne voulait pas que les ouvriers allassent au cabaret; ce fut la seule proposition raisonnable qui fut émise dans cette assemblée qui i'écarta indignée.

Fomi, nous raconte que dans un petit pays du midi de l'Italie un cabarotier fit rosser le chef d' une troupe de comédiens parce que depuis son arrivée (ses spectacles coûtaient 15 cent.) il ne vendait plus à peine que la moitié du vin qu'il débitait auparavant (Lombroso, Incremento al delitto^ pag. 81).

Mais en Italie, ainsi que nous le verrons plus loin, les cléricaux seuls, avec Don Bosco, ont organisé sur une large échelle des récréatoires pour les jours de fête, où, entre une prière et l'autre, le pauvre peut passer agréablement son temps avec quelques amusements sans recourir au cabaret. Aucune autre classe n'a fait autant.

H faut aussi propager dans ce but l'usage du thé, du café, •qui excitent le cerveau sans en paralyser les facultés inhibitrices comme les alcooliques; pour cela, il ne sufiBt pas d'élever les droits sur les alcools; il faut, encore, comme le proposaient Fioretti et Magnan, diminuer les droits sur les denrées coloniales : sur le thé, le café, le sucre surtout, qui par l'agrément qu'il apporte à beaucoup de boissons, peut empêcher directement de recourir aux spiritueux.

Et puisque les habitations malsaines, obscures, enfouies dans des rues étroites et sales oii sont obligés de vivre les ouvriers, les poussent irrésistiblement au cabaret, agrandissons les rues et construisons des quartiers ouvriers au grand air, qui rendront le foyer domestique du pauvre un lieu d'agréable et honnête repos, préférable au cabaret.

Quand ces mesures auront été adoptées il conviendra de frapper inexorablement les débitants de boissons alcooliques au détail par la restriction des heures nocturnes, des jours de fête et des licences, leur imposant de Vendre au lieu des

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"jueurs, le café et les aliments, particolièrement dans le voinage des fabriques: il faudrait sévir plus rigoureusement icore sur les patrons des fabriques et des mines, lorsqu'ils ) font eux-mêmes débitants de boissons alcooliques; car, ir leur autorité, ils peuvent contribuer à corrompre Touvrier

plus sobre : il faudrait enfin frapper de droits très élevés, s spiritueux, ce qui serait bien plus moral et salutaire ae les impôts sur le sel et les farines ; et interdire la con- >nunation de l'alcool amylique et de tous les alcools non >ctifiés, y compris les bitters, vermouths, etc., qui étant à ise d'aldéhyde salicilyque, de salicilate deméthyle, sont les [us nuisibles à la santé.

On a proposé aussi de s'opposer à ce que les boissons alcoo- [jues fussent vendues à crédit et de déclarer non valables lesmtrats souscrits dans les caves. Une mesure qui nous paraît trtout pratique, c'est de faire payer le salaire à la famille 3 l'ouvrier, le matin au lieu du soir, et jamais le jour de fête 1 dans celui qui le précède (1).

Et que l'on ne vienne pas nous opposer le rabâchage haituel de la liberté individuelle; car, lorsque je vois le plus àmocratique des peuples anglo-saxons, limiter jusqu' à la aantité d'alcool qu'un particulier peut tenir chez lui et les 9ures d'ouverture des débits; lorsque je vois un Gladstone ) faire le promoteur, l'apôtre et presque le martyr de paîilles mesures, alors qu' en Italie on augmente les heures ouverture des cabarets et que pas une voix ne s'élève pour 3mander qu'on substitue les funestes taxes sur le sel et sur s grains par des taxes sur les débits d'eau-de-vie, je me 3mande si cette prétendue liberté ne couvre pas, au conaire, de son nom, une marchandise avariée.

Cure, — Quant à la cure directe, les homéopathes conseillent , niix vomica et Vopium^ les allopathes la strychnine, le bro-

(1) Voir : Archivio di Psichiatria e Scienxe penali, faso. I o II, 1880 : oatiiutivi pencUi deU'a/w. Febri, p. 224.

mure et eux aussi la teinture de noix vomique, l'hydropathie, les douches froides (Kowalewsky), les bains d'air chaud imprégné de vapeur de térébenthine, les bains sulfureux, suivant les cas (arthritisme-névrose, neurastenie , déséquilibre mental, gastrite, cirrhose, anorésie, anémie, cachexie, etc.) et aussi le massage et la gymnastique. Forel, Ladame, Buchnill, ont obtenu de bons résultats avec l'hypnotisme chez les individus qui en étaient susceptibles.

Forel, Kowalesky, Ladame, Legrain, Magnan , ont introduit la cure rationnelle de lïvrogne par Tisolement, la privation absolue de toute boisson alcoolique pour une durée que Masson, Crother, le père Hirsch, estiment devoir être d'un an, Drysdale, Kraepelin de 9 mois, Forel de 4 mois à un an. Magnan conseille, en outre, une diète légère corroborante; viande, légumes, fruits et aliments sucrés; pour boissons des infusions amères (houblon, quassie amer) bouillon, thé, café (1). Ajoutons à ce régime le travail musculaire, surtout agricole, même pour l'individu non habitué. Mais, dit Magnan, ce qu'il faut surtout c'est la rééducation morale (La médecine moderne^ Nov. 1893) par des conférences, des lectures qui montrent à ces malades les périls et les dommages de l'alcool, et réveillent en eux les affections et le sens moral. Forel a fondé dans ce but à la campagne, l'asile d'Elletton, espèce de colonie agricole, sous la direction d'un père de famille qui est à la fois administrateur et éducateur de ses 30 à 40 pensionnaires; ceux-ci forment une famille, vivant

(1) Dans la Revue d'hygiène, 1895, Ludwig propose une boisson agréable dont la couleur et le goût rappellent le vin blanc mousseux. Elle se compose ainsi : sucre blond 1 kilogr., sucre rouge 1 kilogr., orge mondé 500 gr., houblon 30 gr., coriandres 30 gr., sureau 25 gr., violettes 25 gr., vinaigre 1 litre, eau 50 litres. On prend un tonneau très propre et après y avoir pratiqué une ouverture carrée de 12 à 15 cm. à la place du bondon, on y jette d' abord le sucre, ensuite les autres ingrédients. On mêle le tout soigneusement et on laisse macérer pendant 8 jours. Ou met ensuite la boisson en bouteilles en ayant soin de la coller avec de la toile ou autre et de se servir de bons boucbons. Elle revient à environ 7 centimes le litre et imite fort bien le vin.

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en commun d'une vie simple et fortifiante, s'encourageant mutuellement, occupés à un travail régulier, soumis à une abstinence absolue; on eut 65 % ^^ succès et 34 % d'insuccès; les mêmes résultats on été obtenus aux États-Unis sur 3000 cas.

Magnan propose d' interner dans ces asiles spéciaux les individus atteints de délire alcoolique, même lorsque le délire a cessé et les ivrognes habituels au moins pour 17 ou 18 mois; les incurables pour un temps indéterminé, comme le prescrivait déjà une lois dans le canton de Saint-Gall en Suisse.

Les hôpitaux pour les alcooliques ont un double but: celui d'abord de garantir la société en retirant les ivrognes, l'autre, de les mettre dans la meilleure condition pour les guérir et les corriger.

L'hospice devra également accueillir: celui qui aura commis un délit dans un accès d'alcoolisme; celui qui aura dissipé son avoir et celui de sa famille par son intempérance, tout individu recueilli plusieure fois en état d'ivresse sur la voie publique etc.; pour les uns, l'hospice sera un substitutif de la prison ou de l'asile d'aliénés, pour les autres un refuge momentané.

Celui qui aura perpétré un crime en état d'ivresse ou dans un accès d'alcooUsme, sera, sur la décision d'experts qui auront <îonstaté qu'il est dangereux, renfermé dans ces hôpitaux sans détermination préventive de temps.

Dans le cas oîi le crime aurait été commis par un ivrogne accidentel ; et que le coupable soit trouvé parfaitement sain, il faudra, avant de le relâcher, rechercher s'il présente les stigmates anthropologiques et psychiques de dégénérescence avec tendances criminelles; et dans ce cas il devra être retenu jusqu'à guérison avérée: c'est-à-dire presque toujours à perpétuité.

Moyens préventifs contre Tinfluence de la richesse et de la misère.

Si, comme nous l'avons vu, la richesse excessive ou trop rapidement acquise exerce sur la criminalité une influence presque aussi néfaste que la misère ; il s'ensuit que les mesures préventives ne sont efficaces que lorsqu'elles combattent les excès de Tune autant que ceux de l'autre.

Ce qui s'impose ici, tout d'abord, ce sont des réformes qui apportent une plus grande équité dans la rétribution du travail et le rendent accessible à toute personne valide ; la limitation, par exemple, des heures de travail suivant l'âge et le genre de travail, surtout dans les mines et dans les métiers malsains ; l'exclusion des femmes du travail nocturne, sauvegarderait leur pudeur et leur santé tout en apportant une plus grande sonmie de bien-être à un plus plus grand nombre de travailleurs.

Pour atteindre ce but il ne suffit pas d'autoriser théoriquement les grèves; il faut encore leur permettre de s'organiser pratiquement, en ne réprimant pas les boycottages, et les associations ouvrières, sans quoi la liberté des grèves n'est plus qu'une hypocrisie légale.

D'un autre côté : l'abolition des loteries, de beaucoup de fêtes, la facilitation des actes civils, l'adjudication aux communes de l'éclairage, de la viabilité, des écoles, de l'eau potable, de la panification, empêcheraient beaucoup d'escroqueries.

et permettraient d'étendre à un plus grand nombre de travailleurs les avantages du meilleur marché possible et de Thygiène, dans les choses les plus nécessaires à la vie : tout cela pourrait s'effectuer sans secousses en atténuant, sans porter préjudice aux riches, les excès et les doideurs de la pauvreté.

On pourra s'opposer, d'autre part, aux excès de la richesse, en faisant paiticiper les travailleurs aux profits, en établissant des taxes progressives, surtout sur les testaments, taxes qui grèveraient et même annuleraient les droits d'hérédité des parents éloignés et les feraient échoir au profit de l'État et des invalides ainsi que les bénéfices des jeux de bourse et de hasard ; et de même que nous avons fait un grand pas vers V expropriation et la subdivision de la propriété avec l'abolition des bénéfices ecclésiastiques et des majorats, nous pourrions, sans trop de perturbation, en provoquer avec ces taxes une plus grande subdivision.

Pourquoi souflrons-nous que le paysan de la haute Italie mange un pain empoisonné, qui lui donne la pellagre, lorsque nous pourrions l'en empêcher avec les lois que nous appliquons si bien dans les villes? Pourquoi souffrons-nous que les miasmes fébrigènes des champs le tuent, alors qu'une facile revente du sulfate de quinquina le sauverait?

Enfin, si la disette du charbon est un obstacle à Texpansion de certaines industries, le gouvernement pourrait faciliter le transport à distance des forces hydrauliques considérables dont nous disposons, en y dépensant une minime part des sommes énormes qu'il gaspille inconsidérément en luxes soldatesques et dans le faste officiel.

Et si d'autre part, les grandes propriétés rurales, en assurant la richesse de quelques-uns, perpétuent la misère et la maladie du plus grand nombre, pourquoi ne les exproprieraiton pas en faveur de l'État: et ne modifierait-on pas les plus préjudiciables contrats agraires en intéressant plus largement les paysans dans les profits?

H. Georges démontre que si l'Etat confisquait les terres à son profit et les louait directement à des travailleurs habiles,

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