‹ Le crime, causes et remèdes. Avec un appendice sur les progrès de l'anthropologie criminelle pendant les années 1895-98Chapitre 118 sur 205 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Don Bosco avait 26 ans en 1841, lorsqn'en visitant les prisons de Turin, il s'intéressa au sori; des jeunes délinquants, et pensa que si on avait pris soin d'eux à temps, beaucoup auraient pu être sauvés.

Dès lors, il recueillit dans sa communauté les jeunes ouvriers les plus exposés, leur procurant du travail lorsqu'ils n'en avaient pas et les visitant au milieu de leurs travaux.

En 1850 il fonda la Société de secours mutuel, dans le but de venir en aide aux sociétaires qui tombaient malades, ou se trouvaient dans le besoin par manque de travail. Chacun paye cinq centimes tous les dimanches et ne peut jouir des avantages de la Société que 6 mois après son acceptation, excepté dans le cas ou il paye de suite 1.50 et ne se trouve à ce moment-là ni malade ni désoccupé. Chaque malade reçoit un secours de 80 centimes par jour.

Dans les établissements de Don Bosco, on reçoit les jeunes gens de toutes les classes sociales, y compris les abandonnés, Malgré cela, Don Bosco lui-même retenait que Vi5 de ses jeunes gens étaient de nature perverse ; les Salésiens adBîrment que le système de la maison exerce une influence bienfaisante, même sur ceux-ci; mais ils n'ont pu m'en fournir aucune preuve directe. Ils refusent d'ailleurs les incorrigibles, ceux qui ont déjà 14 où 15 ans, les condamnés et les épileptiques.

On compte environ 200 institutions Salésiennes pour les jeunes gens dans les deux mondes. Chaque maison contient 150 internes, c'est-à-dire un total d'environ 30,000, auquel il faut ajouter 200 externes, élèves des écoles, soit encore 20,000 jeunes gens.

Les internes sont admis dans les écoles à 9 ans, dans les laboratoires à 12. Dès leur entrée, ces jeunes gens sont placés en observation dans des chambres séparées, durant les heures des repas et du repos, mais non durant le travail. On ne les oblige pas directement aux pratiques religieuses; lesquelles

DANi, La gioventù di Don Bosco y 1886. — Id., La carità nelVeducaxlone, 1890. — F. Cerruti, Le idée di Don Boaco^ 1886, 4* edizione.

sont seulement recommandées ; la confession se fait ad auretn dans l'6glise publique ; les prêtres eux-mêmes en donnent l'exemple; mais aucun point de mérite supérieur aux autres n'est accordé à ceux qui suivent assidûment les pratiques religieuses, la confession etc.

Chaque laboratoire compte un maître laïque et un prêtre ; les instruments du travail et les dessins pour les constructions sont l'œuvre des Salésiens eux-mêmes.

On compte encore 50 maisons pour jeunes filles ayant en moyenne chacune 100 internes et 280 externes. Elles sont exclusivement destinées à Tinstruction et aux travaux domestiques. Mais les institutions Salésiennes, suivent, elles aussi, la fatale pente de l'esprit public latin, en admettant un nombre excessif de jeimes gens aux études classiques (plus de 500 dans la seule institution de Turin), comme si le pays n'avait pas plus besoin de travailleurs énergiques que de déchiflreurs épuisés de vieux bouquins.

Voyons maintenant les miracles du saint protestant (1).

Le Docteur Barnardo. — Dans une rigide soirée d'hiver de 1866, le docteur Barnardo, qui était alors étudiant en médecine et dirigeait dans ses soirées libres une Bagged Schooly sur le point de sortir de l'école vit un enfant resté seul dans la chambre se tenant debout près de la cheminée, et n'ayant pas l'air de penser à s'en aller. Barnardo l'interrogea et à force de questions parvint à savoir qu'il était sans père, sans mère, sans amis et sans gîte, qu'il couchait ça et là à l'aventure dans les lieux moins fréquentés par la police, et que beaucoup d'autres enfants vivaient comme lui.

Ému d'un tel excès de misère, Barnardo voulut en vérifier la réalité, et pria l'enfant de le conduire au lieu de refuge de ses compagnons d'infortune.

(1) Le Case di Barnardo a Londra, di Paola Lomdroso, 1896. — The « Barnardo' s Homes », The Kight and datj, London, Causeway Street. — IIélènk Zimmkun, Le riforme del dott, Barnardo, 1894.

À uno heure après minuit, il sortit avec son guide ; et ^iprès avoir parcouru un des pires quartiers de Londres, Us pénétrèrent dans une cour étroite, traversèrent un long hangar -et se trouvèrent devant un mur très élevé, Tenfant grimpa sur le mur suivi du Doctem*. Là un étrange spectacle s'offrit à .leur vue : sur le toit très incliné, la tête tournée vers le faîte, les pieds appuyés à la gouttière, dans les positions les plus diverses, gisaient dix ou douze enfants de 10 à 18 ans. Ce fût là, au milieu de ces pâles figures de misère que Bamardo fit vœu de se donner corps et âme à l'œuvre de salut qui fut, depuis cette nuit, le but de toute sa vie. Pauvre étudiant, inconnu, il réussit à recueillir de personnes charitables la somme nécessaire pour louer une petite maison pouvant contenir une vingtaine d'enfants, et dès que l'asile fut prêt, il employa deux nuits à les recueillir dans la rue.

« Je ne saurais, dit-il, lui-même, imaginer ou dépeindre une scène plus touchante que cette première soirée dans la vieille maisonnette, lorsque s'agenouillant avant d'aller dormir, ma première famille de 25 enfants remercia avec moi la bonté de notre Père commun et pria, afin que ne leur manqua jamais l'aide de celui qui donne la nourriture, même aux petits oiseaux » .

Cette maison, ouverte avec 25 enfants prospéra et se multipha rapidement ; le nombre des maisons est monté en moins •de 30 ans à 87, qui ont accueilli plus de 50,000 enfants, de l'enfant de quelques semaines à celui de 17 à 20 ans, tandis que l'institution s'est ramifiée en une quantité d'institutions <îomplémentaires : dispensaires médicaux gratuits, écoles, cuisines gratuites, asiles nocturnes, agences pour conduire les -enfants à la campagne, hôpitaux, agences de placements, diffusion de la propagande pour la tempérance, écoles dominicales -et écoles pour les malheureux, dispensaires médicaux ; soupes fatuités ; émigrations et immigrations.

Il est très curieux de voir de quel étrange mélange d'idéalisme, d'esprit pratique, d'intuition énergique, d'aveugle confiance en Dieu, a surgi cette œuvre colossale.

348 CHAPITRE rv

Dieu et les sterlings sont ses puissants leviers ! C'est

comme si Bamardo croyait fermement d'avoir crédit ouvert à la banque du ciel.

À chacun des nombreux cas de rédemption qu'il rapporte^ il ajoute comme conclusion morale ce que cette rédemption lui a coûté. Avec 10 livres sterlings et l'aide de Dieu — conclut, mathématiquement et ingénument le docteur — une vie a été sauvée.

Dans son journal Night and Day^ publié pour la propagande de ses maisons, on trouve des avis comme celui-ci : « On a besoin, à cinquante milles de Londres, d'une bonne ferme en cultivation, etc.

Et de cette maison demandée avec tant de simplicité et de confiance, on passe aux chemises de nuit, pour jeunes filles^ do 50 à 58 pouces et à une série de besoins pour cette grande fcunille de 8000 enfants.

La même conception hardie que Bamardo a eue pour initier son œuvre de sauvetage, il l'apporte maintenant dans l'art de trouver les moyens de le pourvoir du nécessaire. Pour cette armée, qui compte désormais 100,000 enfants, c'est le public seul qu'il a pris pour collaborateur, il a tout organisé pour pouvoir enrôler tout le monde, se servir de tous et obtenir un obole de tous, et il y a réussi.

Qui ne peut donner de l'argent, prête son œuvre; et qui ne peut prêter son œuvre de tous les jours, la prête pour un jour seulement.

On peut dire qu'il a su transformer la sympathie en argent pour la refondre ensuite en charité.

Sur ce point la race anglo-saxone a vaincu, et de combien,, la race latine !

Impuissance de la charité. — Mais, toute utile qu'elle soit^ la charité ne peut êti-e qu'un palliatif très peu eflScace devant l'immensité des besoins et de la misère. Inévitablement soumise aux passions humaines, la charité dépend non seulement des conditions économiques, mais encore des conditions sentimen-

Page 1