‹ Le crime, causes et remèdes. Avec un appendice sur les progrès de l'anthropologie criminelle pendant les années 1895-98Chapitre 122 sur 205 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

lluonce personnelle et hiérarchiciue d'un individu qui en a tous les mérites do même que toutes les responsabilités et qui en disparaissant laisse un vide incomblable.

Dans les orphelinats do France, écrit Joly, on a été longtemps à ne songer qu'aux intérêts religieux des enfants. On les classait dans une confrérie sans leur donner un métier (1).

Roussel, lui aussi, fait remarquer que la charité congréganiste de France est toute appliquée aux jeunes filles, de sorte que les garçons abandonnés n'ont d'autre refuge que la prison ou les maisons de coiTection; sans compter que les asiles catholiques n'accueillent presque jamais les orphelins illégitknes et qu'à l'invei-se des protestants qui cherchent de mettre en lumière leur propre organisation, les institutions catholiques font tout leur possible pour l'esquiver et ne veulent avoir des rapports qu'avec leur évêque et avec Rome. — Les élèves des orphelinats grandissent donc sans aucxme pratique du monde et sont ensuite incapables de se créer un avenir (Roussel, Enquête sur les orphelinats^ 1882).

En conclusion, nous pouvons dire que la charité Anglo- Saxone se différencie d'une manière bien plus tranchée ; eUe a tout particulièrement soin de sauvegarder la fierté humaine en se servant de l'œuvre du pau\Te, en la rendant, en somme, coopérative et mutuelle: et elle s'occupe surtout de l'enfant encore au berceau, qui est à peine rappelé dans la race latine, où il est tout au plus nourri. Dans la première, on voit des sectes ou mieux des groupes religieux comme la SaU vation Army^ les Baptistes, se proposer comme le but plus grand de leur vie, la rédemption du crime, la prévention de l'alcoolisme, la tutelle de l'enfance. Et si l'influence d' un homme, comme Booth et Bamardo, y peut beaucoup par son génie et son inspiration dans la recherche des procédés meilleurs, ils peuvent toutefois s'en passer, parce que c'est la nation entière qui travaiQe et qui par son nombre et par son propre enthousiasme suggestionne le public

(1) Joly, Le combat contre le crime, pag. 91.

Ici donc, ce n'est pas aux religions que revient le mérite; mais à quelques religions seulement — ou, mieux encore, au penchant idéal de quelques races en progrès.

Quoiqu'il en soit on doit dire de l'action religieuse ce que nous avons dit de la charité — qu'elle est toujours individuelle — restreinte et de beaucoup inférieure à l'influence économique qui seule agit sur les masses.

Contre les dangers de rinstruction — Education — Maisons de réforme, etc.

L'influence bienfaisante de rinstruction sur le crime ! Voilà encore une autre exagération à laquelle personne ne croit plus!

Instruire le criminel c' est le perfectionner dans le mal et lui fournir de nouvelles armes contre la société. Il faut donc avant tout, supprimer les écoles dans les prisons qui ne servent qu'à multiplier les récidivistes, ainsi que nous l'avons démontré dans VHomme crimiiulle^ vol. I, IL

Cherchons, au contraire, d'étendre l'instruction au plus grand nombre de personnes honnêtes; fortifions le corps, en l'occupant agréablement par les exercices de gymnastique, les mar- <îhes et les danses en plein air (1); nous préviendrons, par ces moyens, la paresse, la lascivité précoce, bien plus qu' avec de simples préceptes; il faudrait aussi choisir de préférence des éducateurs mariés et supprimer les collèges, les couvents et les moines.

Et lorsque dans les écoles élémentaires on découvre un •enfant ayant les caractères connus du criminel-né, il faut, avant tout le séparer des autres et lui appliquer une méthode d'éducation spéciale ayant pour but d'augmenter la puissance des centres inhibiteurs, toujours déprimée chez les criminels-

(1) < L'entraînement est une école de continence et de chasteté ». La société l'.ontre la débauche atteindrait bien mieux son but qu'avec des sermons en inspirant à la jeunesse le goût de la gymnastique, etc., (Tissii, Revue scientifique, 1896).

nés et de dompter ou canaliser ses penchants mauvais, eu leur ouvrant une issue utile, tout en Tenipêchant de se perfectionner dans les arts dangereux.

Rappelons, ici, ces aveux des criminels-nôs eux-mêmes (1): ue Tinstruction fut pour eux un puissant auxiliaire dans le lal; et cela est doublement à redouter, aujourd'hui que nos onditions politiques permettent aux criminels-nés instruits n plus facile accès au pouvoir qu'aux gens honnêtes, grâce

la corruption, à la violence, à l'intrigue et à l'escroquerie ui dominent dans le monde politique. Que d' infortunes, que e sang, n'auraient pas été épargnés à l' Italie et à la France, i Napoléon, si Boulanger, et Crispi eussent été des illettiés ! î

Pour que l'école soit utile, non plus négativement comme Ue l'est maintenant, mais activement, nous devons changer 3S bases de notre éducation, qui, par l'admiration de la beauté t de la force, conduit à la paresse, à l' indocilité et à la iolence.

Nous devons placer en première ligne les écoles spéciales lour les travaux agraires; et dans les autres écoles, donner X première place au travail manuel en substituant par ce iioyen quelque chose de pratique et d'exact aux mirages né^ uleux do l'antique: cela joint à de très fortes- taxes uni^ ersitaires nous débarrasserait de ce déluge de déclassés (2) ue nous augmentons chaque jour avec les nouvelles facilicitions univei'sitaires.

« Jusqu'cà présent, écrit Sergi, l'école a discuté sur la meil- Bure manière d'enseigner l'alphabet, sur celle d'apprendre à icrire plus tôt, sur la meilleure méthode pour développer l'in^ elHgence, mais elle ne nous enseigne aucun moyen de diriger los sentiments et nos tendances.

(1) Voir H. crim.y vol. I.

(2) Qui douterait de la vérité de cette assertion, n'a qu'à se rappeler 3 classicisme des révolutionnaires de '89 et lire VALLts, Le bachelier t l'insurgé^ pour se convaincre combien cette instruction, en désaccord vec répoquo, n'aboutit qu'à faire des déclassés et des rebelles.

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« L'éducation est comme l'hygiène pour la conservation de la santé; celui qui doit présider à l'hygiène, en enseigner les préceptes, soigner, doit nécessairement savoir distinguer les fonctions saines des fonctions altérées; connaître ce qui a pu les altérer et comment on doit les garantir des altérations.

« D en est de même de l'éducateur: il doit connaître la xnature de l'âme humaine; savoir comment elle opère et agit individuellement et dans la société; quelles causes organiques peuvent en altérer les manifestations et quelles causes externes •et sociales peuvent faire dévier les fonctions normales.

€ Nos éducateurs ne sont pas instniits dans ce sens ; ils •entrent dans les écoles pour élever nos enfants sans aucune «conception déterminée du but difficile qu'ils doivent atteindre. €haque petit être humain qui va à l'école est un problème à diverses inconnues et on le considère comme un problème résolu î

€ Au lieu d'augmenter le nombre des écoles classiques, xéduisez-les au minimum et transformez toutes les autres en -écoles de conmierce, d'arts et métiers, en écoles professionnelles, en écoles pratiques, selon les exigences de la vie moderne ; introduisez dans ces écoles, l'école pour la culture de l'intelligence, celle du caractère, de la vie journalière ; vous inculquerez par ces moyens l'habitude du travail qui est par elle-même une éducation très efficace.

« Quand il y aura de nombreuses écoles d'arts et métiers, le travail manuel sera ennobli, tandis que maintenant celui qui veut apprendre un métier doit aller servir chez un chef de l'art oii il ne l'appnend que plus ou moins mal par la pratique. « Le but principal de toute école doit être l'éducation du <îaractère dont dépend toute la conduite humaine ; elle doit le fortifier où il est indécis, le créer où il n'existe pas encore, le diriger où il manque de direction.

Éducation en famille. — C'est pour cela surtout que la famille est nécessaire. Personne ne s'est jamais occupé de connaître quels rapports existent entre les succès de l'école et les

succès ou les insuccès de la vie ; personne n'a recherché les relations entre les énergies physiques, ethniques, typiques d'un jeune homme et les contingences et les accidents imprévus de la vie du futur citoyen (1).

C'est à cela surtout que doit s'appliquer la famille, qui chez nous compte sur l'école pour les soins de l'éducation, tandis que de son côté le maître d'école, qui du reste ne pourrait y parvenir à cause du grand nombre de sujets qu'il doit diriger, compte pour cela sur la famille, restant ainsi inactifs tous les deux là justement où Ton pourrait prévenir efficacement le crime.

Le public des familles ne sait pas que dans l'intégrale que nous donnera l'État et la destination du fils, la vocation et les aptitudes entrent comme exposants, et le manque de préparation intellectuelle comme coefficient : et que pour obtenii* l'intégration il faut l'union et la continuité des forces y compris celles que les parents devraient avec sollicitude s'ingénier à faire naître.

Et cependant, il faudrait si peu de chose pour réussir dans cette réforme de l'éducation.

€ Les enfants d'une fenmie de cœur, écrit Garofalo (2), affectueuse ou sévère selon les cas, sont habitués à guetter dans son regard l'approbation ou le blâme de chacune de leurs actions. Quelle peine peut être pour eux plus grande que le reproche affligé que fera la mère à l'enfiMit qui lui mentait ou qui a fait du mal à son camarade? Cet enfiant acquerra de mois en mois, d'année en année, ce qu'on pourrait appeler Finstinct négatif de la fausseté, du vol, de la cruauté; une répugnance organique, une aversion physiolo-

(1) M"" Francis Galton, On international antkropometry, ])al «. Bollottino dell'Istituto intornazionale di Statistica », 1890. — Idea libérale^ 1896 (maggio).

(2) L'educaxione m rapporta alla criminalità, Roma, 1896. — Voir aussi les belles pages de Desmoulins, A quoi tient la supériorité de^ Anglo-Saxony 1897.

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