DEUXIÈME PARTIE
gers d'antre relation que la banale lettre mensuelle ; tout, enfin, jusqu'à ces tristes et bestiales promenades en file indienne, est destiné à mécaniser le prisonnier qu'on réduit à l'état d'automate inconscient (1).
« Nous voulons en faire des citoyens utiles et nous les forçons à l'oisiveté ; nous les habituons à trouver la nourriture et le logement assurés, sans pensée pour le lendemain, sans autre préoccupation que celle d'obéir à la consigne imposée ; nous les forçons à être comme le chien à qui il suffit de soulever la jambe pour qu'il tourne le tambour de la broche, comme le mécanisme inconscient d'une machine: n'est-ce pas là l'idéal de la masse des inconscients et des lâches? (2).
€ Le nirvana! l'automatisme; mais c'est le paradis des Indiens ! !
« Mais pour combien d'honnêtes gens la lutte pour l'existence n'est-elle pas plus âpre, avec beaucoup moins de sécurité ! Lorsque les premières répulsions ont été surmontées beaucoup — et c'est sans doute la majorité — arrivent insensiblement à « so faire un avenir en prison » .
Gauthier connut un détenu qui occupait la place de comptable dans la prison de Clairvaux; c'était un ex-officier de l'armée qui escomptait sa quatrième ou cinquième condamnation pour prévarication : vers la fin de 1883 J étant sur le point d'être
libéré, ce qui le contrariait beaucoup, se recommandait pour qu'on lui conserva la place pour son prochain retour.
« Et remarquons encore, que sauf d'honorables exceptions, trop rares dans le haut personnel pénitentiaire, pour presque tous les directeurs de prison, l'idéal du t bon détenu > c'est le récidive, le vétéran, l'abonné dont l'éducation déjà faite et la docilité acquise sont une garantie de tranquillité.
« Le malheur, c'est que ce c bon détenu > suivant la formule, ne tarde pas sous ce régime, à devenir incapable de résister à ses compagnons, délinquants-nés, ou malfaiteurs de profession, il est si peu réfractaire aux excitations malsaines, à
(1-2) Le monde des prisons, Paris, 1888.
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Tappât d'un lucre illicite, à Tattraction des mauvais exemples, ". la discipline, qu'il est pire que les c mauvais » .
€ La seule émulation qui lui reste est pour le délit et la erv'ersité, fruit de Téducation mutuelle spéciale à laquelle il st soumis. Ce n'est pas sans raison que dans l'argot la prison st appelée « le collège » .
Ajoutez à cela la monomanie de la délation, l'esprit de uerelle et de mensonge et tous les autres vices spéciaux qui 'acquièrent ou se développent en prison.
« En présence de la solitude et du mesquin formalisme de i prison, écrit Prins, le directeur des prisons Belges, nous deons nous demander si l'homme des classes inférieures peut tre régénéré uniquement par la solitude et le formalisme.
« L'isolement volontaire, oh! certainement il élève l'âme du oëte. Mais la solitude imposée au criminel, de quel effet peut- Ile être, si ce n'est d'abaisser de plus en plus son niveau moral?
« Easeigne-t-on à marcher à l'enfant en lui opposant des ifiBcultés ou en lui inspirant la crainte d'une chute et le esoin de se fier aux autres? (Prins).
€ Enseigne-t-on la sociabilité à l'homme, en le destinant uniuement à la cellule, c'est-à dire au rebours de la vie sociale, en li enlevant jusqu'à l'apparence d'une gymnastique morale, en 3glant du matin au soir les plus petits détails de sa journée )us ses mouvements et jusqu'à sa pensée ?
« S'il s'agissait d'en faire de bons élèves, de bons ouvriers t de bons soldats, accepterions nous la méthode de l'isolement ^Uulaire prolongé ? Ce qui est condamné par l'expérience de L vie ordinaire, no peut assurément pas devenir utile le jour Il le tribunal a prononcé une condamnation » (Prins).
On trouvera des autres preuves des mauvais effets de la rison en consultant mes Palmipsestes (1) : voir, par exemple, }s lignes écrites par un prisonnier :
« J'ai 18 ans ; l'infortune me rendit coupable plusieurs fois : je fus toujours renfermé en prison. Mais quelle correction
(1) Les palimpsestes de la prison, — Lyon, Stork, 1896.